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Space Hérésie

Contes et Récits Farfelus des Argonautes de l'Espace

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Ce blog présente les élucubrations de deux amis d'enfance. Contes et légendes farfelus, écris à deux mains, de l'espace ou d'ailleurs.

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Mezouk Agilix - ouvrier très spécialisé dans la centrale Magamix | 26 janvier 2007


Mezouk Agilix était le meilleur ingénieur spécialisé d'intervention en zone risque 5 de la centrale nucléaire. Job qu'il affectionnait particulièrement puisqu'il n'y avait eut en trente ans qu'une seule alerte de risque 4 et deux ou trois de risques 3. aussi, on ne l'avait jamais appellé en plus de trente ans. Les années passaient dans le bureau, où il discutait, jouait au carte, pratiquait son Yoga avec les quelques collègues qu'il avait. De temps à autre, il fallait astiquer telle ou telle combinaison, l'essayer, vérifier son étanchéité, puis faire quelques exercices. Une fois, il avait même du remplacer un haut parleur, mais ils étaient trois et ça n'avait pris que deux jours pour lire la notice et retrouver le tournevis. Mezouk s'était habitué à rester dans son poste, au sommet de la tour B du grand bâtiment central. Il y avait là une vue imprenable sur les deux grandes cheminées de la centrale.

La journée type se déroulait sans encombre, Mezouk avait les pieds sur le bureau et plongeait de temps à autre une main dans un seau de pop corn. Makimak son meilleur ami, assistant ingénieur et coordinateur de zone risque 5, jouait au minibasket contre mur. Il y avait là un mini panier de basket. Il y jouait depuis plus de vingt ans, aussi, il ne manquait jamais sa cible et marquait systématiquement. Il retournait chercher la balle avec le même flegm, faisait quelques pas en arrière, tirait, marquait, revenait vers la balle...
Parfois ça tapait un peu sur les nerfs de Mezouk, qui trouvait ainsi l'énergie de puiser un peu quelques grains de maïs éclatés qu'il grignotait pour se détendre.
Mais ce matin là, Mezouk s'était réveillé avec un étrange sentiment, il était passé à côté des cheminées et avait remarqué une certaine diminution du volume de fumé. "pas bon" avait-il pensé. Puis il s'était repris, après tout, ils risquaient au pire une alerte 2 ou 3 dans la semaine. De quoi enfiler les combi', redesendre au point de rassemblement, faire quelques blagues pendant que les équipes d'alerte 1, 2 ou trois intervenaient... Il prit l'ascenseur, défit son sac à dos et le posa dans son bureau. Il ouvrit le sac. Celui-ci était plein au ras bord de pop corn. Son téléphone sonna.
"Oui ?
- C'est Makimak au phone.

- Sans blague mec, t'es déjà arrivé ?

- Tu parles que je suis déjà arrivé ! S'exclama Mak. je suis au point de rassemblement avec l'équipe d'intervention 1, l'équipe d'intervention 2, l'équipe d'intervention3, l'équipe d'inter...
- Oui, je vois ou tu veux en venir...

- Bref, on est tous là et il fait super beau... Ah oui ! et tu devrais venir car personne ne sait exactement ce qu'il se passe ici. La fumée est toute bizarre mais ça ne correspond à aucun des critères de dysfonctionnement prise en charge par l'équipe d'intervention 1, ni par l'équipe d'intervention 2, ni par l'équipe d'intervention 3, ni...

- D'accord, d'accord ! et... est ce que... éventuellement on serait concerné par... hum... le phénomène ?

- ... Attend, je m'éloigne un peu... voilà... On est peut être dans la merde Mez. Ce matin je suis arrivé au bureau de bonne heure, vers 10h30 et...

- 10h30 !!!

- Ouais je sais, mais j'arrivais pas à dormir, je ne sais pas j'ai du faire une crise d'insomnie, bref je me suis dit ; allez tant qu'à faire profites-en pour abattre un peu de boulot au bureau ! en fait un truc m'avait tracassé toute la nuit et j'ai su qu'il fallait que je règle ça au plus vite...

- Mais quoi ? Tu me fais peur.

- Tu sais la boite de 1000 élastiques dans mon tiroir ?

- Ouais?

- Hier j'ai voulu faire une boule de 1000 élastiques mais à la fin de la journée à 16h ils en restaient encore dans la boite ! Ça m'a stressé tu peux pas savoir !

- Mak, essaie de rester concentré. C'est quoi le rapport avec la fumée ?

- j'y viens, mais ne prononce pas le mot « rapport » ça me donne la migraine depuis qu'on a du rédiger celui de 1981.

- 'scuze.

- bon alors je termine ma boule, je l'essaye, j'appelle le gars de l'entretien pour changer la vitre (d'ailleurs il commence à devenir désagréable lui, je sais pas pourquoi), et là je me dis qu'une petite pause serait la bienvenue. Alors tu me connais je commence à faire quelques paniers et puis je regarde la vitre toute neuve d'où on a une vue imprenable sur les cheminées... et puis là je me dit « tiens ! on dirait que la cheminée sud et comme qui dirait... à portée de panier ! ». C'était trop tentant Mez, tu comprends... j'ai tiré, J'ai marqué et j'ai hurlé « PANIER !!! », ça a résonné dans tout le site mais t'inquiète je pense que personne à compris d'où ça venait. Une demi-heure plus tard la fumée devenait toute bizarre.

- Ah c'est ça... bon, écoute Mak, outre le fait que depuis 25 ans tu continue à me surprendre, je ne pense pas qu'un mini-ballon de basket puisse faire quoique ce soit à une cheminée de centrale nucléaire. Ces trucs là sont conçus pour... Bon Mak, reste concentré. Personne en bas ne sait ce qui se passe, t'es sûr ?

- Sûr, et ça craint parceque si personne trouve une explication très rapidement ils vont finir par se dire que c'est un boulot pour les gars de la zone 5 !

- Restons calme Mak. Essaye de nous faire gagner du temps avant qu'ils ne remontent à nous, moi pendant ce temps je vais chercher dans un bouquin qu'on a au bureau. C'est un traité de Grenouille Fofolle, un chef cherokee spécialisé dans les signaux de fumée. Peut-être que cela nous éclairera sur ce que... la centrale veut nous dire !

Mezouk raccrocha. « bon dieu ! » se dit-il, « encore heureux que je profite de mes heures de loisirs pour approfondir mes connaissances techniques. Si tous les employés étaient zélés comme moi le monde marcherait mieux ! », et il se mit à la recherche du traité cherokee qu'il avait du ranger « à tous les coups ! » dans son rayon « technologie nucléaire et influences astrales ».
Il ouvrit les grandes portes vitrées de sa bibliothèque. Elle couvrait tout le mur du fond, les vitres étaient fendues à plusieurs endroits. ça datait des premières années de Mezouk, quand il avait encore quelques difficultés à viser le petit panier. Mezouk se rappelait avec plaisir de ces années là, Mak venait de sortir de son école d'ingénieur, tout jeune, pas une ride, sportif avec ça ! Et il avait l'arrogance de ces jeunaux qui sortent tout droit des écoles d'ingé. Il croyait tout pouvoir refaire à son idée. Une fois Mezouk était entrée dans le bureau et il avait trouvé Makimak entrain de dessiner au feutre indélibile sur la baie vitrée la forme que devraient avoir les cheminées pour augmenter le rendement de la centrale de refroidissement, ça faisait deux énomes cratères au feutre sur les vitres. Des trucs qu'auraient mesurés bien 850 ou 900 mètres de haut, en forme de pyramide aztèque pour "faire joli, parce que l'art importe au moins autant que la science Mr Mezouk !". Ah la douceur de ces premières années, quand la machine à pop corn n'était encore qu'au rez-de-chaussé et qu'il fallait toujours se taper les escaliers parce que les ascenseurs étaient régulièrement en panne ou coincés entre deux étages par d'étranges lambeaux de caoutchouc orange sur lesquel était parfois écrit "NBA". Ah ces années de bonheur, d'insouciance, de joie de...
- Chiotte ! il est où ce fichu bouquin ?
Et Mezouk tomba dessus, le prit, puis ce tourna vers l'encyclopédie "Centrale Universalis tout sur tout et même un peu en rab".
- O Zut ! Il est en 20 tomes ! Flute alors, j'aurai le temps d'en lire qu'un, et encore.... Lequel prendre...
Mezouk hésita entre le tome "T-U" qui comprenait "tuyau" et "turbine" et le tome "C" qui devait certainement comprendre "cheminée" et "Clé de 8". Il prit le C et entreprit de le lire en courant dans les couloirs tout en enfilant sa combi 8 - "combinaison protection totale de risque indéterminé de puissance 3 à 5".

Mezouk sortit du bâtiment, se faufila dans l'allée centrale, puis avant de rejoindre le groupe se débarrassa de son exemplaire C dans une poubelle, histoire de ne pas attirer trop l'attention des autres. En arrivant il remarqua que de l'autre côté de l'allée l'équipe d'intervention risque 4 descendait autour de la combi rouge de Bill Tcherno, le célèbre responsable de l'équipe zone 4.
"Merde, pensa-t-il, ils ont appellé Bill !".

Bill Tcherno. Une légende dans le monde des ingénieurs-techniciens du nucléaire. L'homme était aussi mystérieux qu'il était célèbre et vivait en reclus au sommet de la tour d'observation ouest. Il était formellement défendu de le déranger dans son antre et le petit groupe des techniciens de zone 4 qui vivait dans un préfabriqué au pied de la tour ne pouvait communiquer avec lui que par radio-téléphone.
Bill Tcherno. Toutes sortes de rumeurs circulaient sur son compte, certains prétendaient que cet immigré géorgien avait participé au programme nucléaire militaire russe puis avait été déporté au goulag pour être devenu un militant pacifiste gênant suite à certaines « expériences » dont il aurait été témoin.
D'autres au contraire affirmaient que Bill avait été un jeune étudiant surdoué qui vivait dans une petite ville universitaire des Etats-Unis et dont le hobby était la recherche sur la fission atomique qu'il menait dans le garage de son petit pavillon de banlieue. Un jour qu'il était allé chercher une baguette et une bouteille de lait dans la station service d'à coté, ses appareils étaient devenus brusquement instables et une fission avait eu lieu, vaporisant à la seconde son garage, sa maison et sa femme qui préparait le café. C'est depuis que Bill serait devenu cet ours bourru et solitaire.
Un autre avis enfin, très minoritaire puisque c'était celui seul de Yad Urab, le cuistot de la cantine de Magamix, mais qui comptait néanmoins puisque ce dernier en parlait inlassablement à qui voulait bien lui prêter l'oreille, affirmait que Bill était envoyé de l'espace par une civilisation supérieurement intelligente afin de surveiller le progrès des humains sur la maitrise de l'atome.

En trente ans il n'y avait eu qu'un seul et unique incident de zone 4, mais l'intervention de Bill avait été tellement extraordinaire qu'elle avait suffi à graver son nom à jamais dans les mémoires des ingénieurs et techniciens du nucléaire civil et militaire du monde entier.

Les groupes se formaient par secteurs et spécialitées. Les 5 équipes d'intervention étaient là. L'équipe d'intervention risque 1 attendait plus ou moins gênée dans ses combis roses bonbon à casques vert pâle. L'équipe de niveau 2, mieux organisée et plus fière était rassemblée autour de son responsable Conrad Yoactyf en combinaison bleue à bande jaune. L'équipe d'intervention trois était en combi or à paillette d'argent et petites étoiles à 6 branches. Mais le plus impressionnant, c'était sans aucun doute la combinaison de Bill, large, épaisse, avec coquille, coudière, protège tibia et épaulette, avec un plastron épais sur le buste qui portait les traces énormes, larges, des coups de griffes de... La Bête. Personne n'avait oublié...
C'était au cours de l'été particulièrement tranquille de 1984, les équipes comme chaque année s'affrontaient au football américain sur le terrain de sport de la centrale. La surveillance était relayée par l'équipe 0, équipe de remplacement non formée, en short et T-shirt, inutile, et qui ne servait que pendant les 3 heures du match pour la surveillance des sites. Jusqu'alors c'était le boulot rêvé, la planque parfaite... Mais après les incidents de 1984... C'était devenu... Comment dire... Un poste de chair à canon, de cancereux, de charpie... Triste été 1984. Mak était en train de courir le ballon sous le bras et tentait une courbe rapide pour éviter la charge de Bill quand les sirènes syncopées propres aux phénomènes risqués de niveaux 4 sonna. Bill ne s'arrêta pas tout de suite dans sa course, il chopa soudain Mak, le poussa d'une main dans la boue avant de lancer le ballon entre les barres de l'équipe 5 puis il fit signe à son équipe de le suivre.
Ce qui s'était passé par la suite demeure pratiquement incroyable.
De nombreux rats infestaient le site dans les années 1980. L'un des membres de l'équipe 0 avait entendu un bruit suspect dans les sous-sols aux niveaux -5, il ne devait jamais remonter. Beaucoup d'hommes périrent dans les sous-sols avant qu'on ne puisse déterminer l'origines des disparitions et des cadavres déchiquetés dans les couloirs, entre les tuyauteries... Une fuite de radioactivité avait touché un rat, c'était devenu une bète énorme, la taille d'un lion, et elle hantait les niveaux -5 à -4... ça c'était un boulot pour l'équipe 4. On avait envoyé Bill...

La quasi-intégralité de l'équipe zéro (essentiellement composée d'étudiants se faisant un peu d'argent pendant l'été, et même de quelques malheureux stagiaires non-rémunérés en sécurité ou en « maitrise des risques sur l'environnement »), avaient était décimés dans le labyrinthe sous-terrain. Leur combinaison t-shirt-et-short de protection magamix 100% coton n'avaient pas résisté longtemps à la bête enragée. Seul deux d'entre eux avait pu ressortir à l'air libre pour décrire la vision cauchemardesque d'un rat de trois mètres de long avec des griffes de 60 cm emportant dans sa gueule Benoit Bertoux de Dijon, étudiant en sciences humaines en première année de sa thèse « les fondements épistémologique judéo-chrétien dans l'élaboration du paradigme moderne de la suprématie de l'homme sur le règne animal ».

Bill s'engagea dans un puits d'aération débouchant sur le niveau -3 après être passé s'équiper dans son « magasin personnel » d'un 9mm et d'un couteau de chasse ; il s'était aussi procuré une grosse tome de savoie auprès de Yad le cuistot, un plan complexe s'élaborant dans son esprit. Je pose le fromage, je me cache, le rat mange le fromage et... boum le rat ! Cet hiver j'irais à la chasse avec une veste de trappeur en peau d'enfoiré de rongidé !
Dans le souterrain on entendait encore des hurlements, les derniers stagiaires et intérimaires courant désorientés dans le noir presque total. Au détour d'un couloir Bill eu la surprise de voir qu'un des étudiants, probablement en ingénierie mécanique, avait eu la présence d'esprit de construire avec des matériaux d'étayage une tapette géante de fortune. Sacré p'tit gars ! il en faudrait plus des comme toi. L'étudiant n'avait malheureusement pas eu la présence d'esprit de ne pas marcher dessus en repartant. Je passerai le bonjour de ta part au sac-à-peste quand je lui ferais deux ou trois nombrils supplémentaires. Un reniflement saccadé résonna soudain derrière Bill, suivi d'un bruit mouillé répugnant. Bill abaissa doucement le cran de sécurité de son 9mm, fit volte-face et tira. Mais la tome de savoie de 5 kilos qu'il avait coincé sous son autre bras le déséquilibra et il manqua sa cible. Il eu le temps de voir une énorme fourrure grise disparaitre à l'angle du corridor. Une trainée brillante se dessinait sur le sol qu'il identifia comme la salive de la bête et qui avait du couler en cascade de sa gueule. Cette saloperie de muridé se voyait déjà se faire un Bill-Fromage en dessert ! j'ai mieux à proposer ; quelques pruneaux pour digérer. Ouais, des pruneaux de calibre 9.

Et Bill s'élança sur les traces de salive du rat.

Les traces débouchaient sur une trape. Bill passa la tête dans un corridor vérifia que le rat n'était pas là, se jeta dans le corridor et courrut en suivant les traces. Rien n'aurait pu arrêter Bill sur sa lancée. Il faisait de grandes enjambées, pressé de rattraper le rat. Sûr de le croiser bientôt dans la pénombre, quand il voyait une silhoutte bouger il vidait son chargeur en courant, dépassait la forme qui s'affaissait et changeait de chargeur dans le même mouvement. On put entendre un stagiaire hurler dans les corridors "A terre ! Y a un malade qui nous flingue !" ou "Faites gaffe au forcené !".
Aprés un silence qui suivit quelques coups de feu un stagiaire hurla : "Y a une bête ! Hey ! A moi ! Y a Arggh...............". Bouge pas gamin je vais lui apprendre qui est maître et possesseur de la nature ! Et Bill redoubla de vitesse, il passa un angle en pleine course et quelque chose vint le frapper à la nuque avec force, il vacilla, tituba, regarda bêtement le stagiaire qui venait de le frapper avec un gros tube en aluminium. "J'ai le forcené ! Faites vite !".
- Lache ton flingue le russe où je te fais sauter la tête!
- Ok petit, t'es le plus fort. Vrai, regarde : c'est bon, je le baisse mon flingue.
- Hey fait pas le malin, tout doux là, voilà c'est bien. Envois moi ça plus loin. Tout doux.
Bill jeta son 9 mm à quelques pas. Derrière le stagiaire une silhouette sombre roulait ses épaules aux longs poils hérissés.
Faut qu'j'gagne quelques minutes. Bon sang, juste quelques minutes.
- Hey gamin, t'en fait pas pour tes potes, c'est des balles en caoutchouc, c'est juste pour les asseoir et qu'ils restent tranquille, tu sais...
- Reste à ta place et garde les mains bien haut où tu feras plus jamais de gosse. Hey ! Les mecs ! J'ai le taré ! Grouillez !
Bon sang, pourquoi veut-il pas se bouger ce con de rongidé.
- Dit, fit Bill, tu veux pas arrêter tes conneries ? Y a un rat de trois mètres qui se ballade dans les couloirs et tu veux que je reste là à faire le marsoin ?
Derrière le stagiaire la silhouette s'avança d'un mouvement souple et silencieux et commença à se relever lentement sur les pates arrières.
- Ouais je sais qui tu es, t'es un taré et tu viens de buter trois ou quatre gars. J'ai pas vu de rat mec, t'es taré.
Le rat se souleva d'avantage. Bill frémit intérieurement au regard rouge du monstre, de la bave lui descendait du cou en se collant à ses poils.
- Allez gamin, fait pas l'idiot, baisse ton tuyau.
Le rat ne bougea pratiquement pas, il fit un léger écart sur la gauche et des griffes traversèrent l'épaule du jeune qui se débattit en hurlant, Bill courut jusqu'au flingue, se retourna. Plus rien.
Des stagiaires accoururent.
- Courageux gamin, dit Bill, il tenait l'espèce de marmotte géante à portée de tirs avec ce joujou. Mais il savait pas trop s'en servir... Je crois qu'il a dut en écorcher quelques-uns parmi vous.
Les stagiaires le regardèrent de haut en bas, lui, son flingue et son tome de Savoie.
- Mais le rat l'a choppé, ajouta Bill.
- Il est où Ratzinger ? Demanda un stagiaire.
- Je crois qu'il est fait comme un rat, dit Bill.
- Quoi ?
- Ouais zavez bien compris, c'est triste, le rat a rattrapé Ratzinguer : il est fait comme un rat.
- Hein ?
- Je veux dire, le rat s'est ramené, l'a rattrapé et l'a fait comme un rat le Ratzinger, zavé beau raticé vous trouverait pas un chat.
- Je vois pas le rapport.
- Le rapport c'est que le rat l'a ramassé en le rattrapant et l'a ramené je ne sais où : il est fait comme un rat.
- Je comprends pas.
- Laisse tomber filston, c'est une expression : à cause du rat, il est fait comme un rat. A votre âge vous devez pas encore savoir ça. Bon lequel de vous trois veut venir avec moi dézinguer, ou plutôt dépoiler l'congidé ?
- Quoi ? Mais qu'est-ce qui raconte s'vieux mécano ? Demanda Biji le stagiaire japonais.
- J'sais pas j'comprends rien à c'qui dit, répondit Hougoudangounou de centre Afrique.
- Vous les avez fait où vos études ? Dans une boite à cadeau ?
- Hein ?
- Ouais zavé bien compris, je veux dire dans une boite à surprise ?
- Quoi ?
- Mais vos études marsoins !
- ...
- Bon, fit Bill on va lui envoyer quelques pruneaux ?
- Mais à qui ?
- Ben au pongidé ?
- Non, dit Hougoudangounou, on va envoyer aucun fruit sur aucun animal, on va simplement aller voir la sécurité. Biji t'appelle la sécu ?
- ça marche, le quitte pas des yeux, il a dut se prendre une bonne dose de radioactivité le bonhomme. Va falloir vous soigner monsieur, ne vous inquiétez pas, vous êtes pas le seul blessé aujourd'hui, vous ne vous en tirez pas mal à côté de certains membres de notre équipe. Allô la sécu ? Ici Biji de l'équipe 0... Mais si, l'équipe en T-shirt blanc et tongues bleues... Le remplacement pour le matche, y a un type qui veut donner du fromage et des pruneaux aux rats, il a l'air un peu... Un peu perdu... Quoi ? ... Oui, j'ai bien entendu... Vous voulez dire un "rat". R. A. T. ? OK.... Non.... On bouge pas d'ici... Non il a pas l'air trop agressif... OK. Euh... Les gars, ça n'a rien à voir, mais y a un rat de trois mètres de long dans les couloirs, ils en sont sûr ils l'ont vu dans les caméras de surveillance et...
- Dites les gamins, dit Bill, zallez p'têtre m'écouter maintenant, c'est moi qui doit me charger de déplumer c't'oiseau de malheur.
- Oui monsieur, on verra ça tout à l'heure avec la sécurité, pour le moment on a fort à faire avec un rat de trois mètres de long, pas de pongidés ni de pruneaux, pas d'oiseaux, de chats, de marsoins ou de marmottes, ni surprises ni boites à cadeaux.
- « Ecoute l'ami, je crois que toi et tes copains vous avez pas encore réalisé qu'un cauchemar à poil gris avec des incisives plus grandes que la jambe en bois du vieux Jo' se cache quelque part dans ces couloirs et n'attend qu'une occasion pour vous dépiauter le larynx. Certains de vos amis l'avaient pigé plus vite que vous, comme ce brave gars qui a construit une tapette géante qui lui a été fatale, mais apparemment vous êtes les petits retardataires ; alors voila messieurs, disons que votre seule chance de revoir le ciel c'est ce bon vieux Bill, son cracheur de pruneaux et son cure-dent pour géant ». Dans l'obscurité il fit briller la lame de son couteau de chasse sous les yeux médusés des stagiaires. « Quand je pense que ce fils d'huissier de DRH de mes deux voulez me proposer un plan de reconversion vers un poste « plus conforme à mes capacités physiques », ha !ha ! J'me marre ! On dirait qu'il est encore vert le Bill pas vrai ! On dirait que comme qui dirait ça serait le foutoir sans lui, pas vrai ? »

- « monsieur il faut se calmer là, on comprend rien à ce que vous dites », dit Hougoudangounou essayant de prendre un ton décontracté. « On va attendre la sécurité tous ensemble, tranquillement, on va curer aucune dent d'aucun DRH ».

- je crois que t'as pas imprimé Ouagadougou. La sécurité ici c'est moi. Je suis responsable de la zone d'intervention 4 et surtout j'aime pas qu'on me contredise. Et en plus c'est moi qu'a le fromage.

Les étudiants se jetèrent un regard en coin. Biji prit la parole avec le plus de courtoisie et de diplomatie possible ; « monsieur, vous devez comprendre que pour nous la principale menace dans ce sous-terrain - ne le prenez pas mal - c'est vous. Vous tenez des propos incompréhensibles, vous affirmez avoir croisé tout un zoo dans ces couloirs, et vous vous promenez avec une arme à feu et un gros fromage. En plus on vu a très bien vu descendre Paul et Caro tout à l'heure, vous couriez comme un fou en chantant une musique de suspens ».

- « dommage collatéral, mon gars. J'ai fais de mon mieux ».

L'écho d'un hurlement retentit dans les couloirs. «Et ça c'est la Callas ? » repris Bill d'un air victorieux. « Bon sang les enfants, je sais bien que dans vos écoles ont vous apprend à penser de travers mais là il est temps de réaliser qu'un vous avez un problème plus sérieux que moi ! ouaip, un problème de trois mètres de long ; sa majesté rongideux-le-baveux ! Alors soit vous arrêtez de terviger... de vergiter... de me contredire et vous passez à l'action, soit je vous propose de vous déguiser en granulé pour muridé et d'attendre que Pongidé 1er viennent vous croquez tout cru ! »

Les étudiants se regardèrent tandis que des hurlements résonnèrent à nouveau. « Bon c'est d'accord on vous suit, mais s'il vous plait arrêtez vos expressions ».

- « Heeepeeee ! C'est d'accord les gars, vous allez voir on va lui apprendre que c'est pas l'année chinoise du rat au rongeur de l'espace. Je vais couper le fromage en quatre ; Ouaga tu prends un morceau et tu va réenclencher la tapette géante, les deux autres on prend chacun un couloir, vous placez le fromage dans un endroit stratégique d'où vous aurez un bonne vue et dès qu'il pointe ses moustaches de l'enfer vous appelez les autres. Bonne chance les gars, et roulez à droite... »

Et les stagiaires, leur quart de tome de Savoie dans les bras, virent Bill s'élancer dans l'un des couloirs sans un regard en arrière, écoutant diminuer peu à peu le sifflotement d'un air de suspens.

Bill courrait. Il se fiait à son flair. Il aurait pu fermer les yeux et accélérer encore. Il connaissait à fond les coursives, les virages, les différentes tuyauteries qui courraient au plafond et sur le bord gauche des murs. Les tuyaux d'un mètre de diamètre où passaient les vapeurs, les tuyau plus petits où l'eau froide était injectée sous très haute pression. "Où pouvait-il bien se cacher ? Où aimerait-il prendre son dernier repas le marsupiaux... ?".
Bill connaissait bien ces rats. Pendant les nombreuses années qu'il avait passé en solitaire dans son bureau, Bill avait préparé cette intervention à merveille. Il avait épluché les plans des souterrains, marché de long en large le long des tuyauteries, examminant chaque aspérité, comptant la longueur de chaque couloir en nombre de pas, comptant mentalement les virages et les angles, pour préparer une éventuelle intervention dans le noir absolu. Bill avait aussi étudié à fond chaque espèce animale des abords de la centrale, il connaissait chaque espèce de libellule, de moustique, de moucheron, de pissenlis, d'orties, et bien sûr, les rats... C'était des Rattus Mordax, une espèce agressive qu'on croyait spécifique à l'Australie et qu'on croyait éteinte depuis 1982. Bill avait fait un papier là-dessus et l'avait publié à la prestigieuse revue "Nature". ça avait fait sensation. Des Rattus Mordax dans la drôme... Il avait été invité par la communauté de taxinomie parisienne et avait présenté un spécimen Rattus Mordax Drômo-BillTcherno à la grande galerie des espèces... Bill avait aussi trouvé des Ortica Ardens dans la pelouse de l'allée centrale, une espèce très rare d'ortie extrêmement toxique. Il avait trouvé Zozo, le chien de Yad Urab, le cuitot de la centrale, qu'était sur le dos, bleuâtre, les jambes dressées, un peu molles, quelques feuilles d'orties dépassaient entre deux canines... Ah... Tout ces préparatifs, tout ce travail pour ce grand jour... "C'est pas des cons de stagiaires qui vont m'gacher ça, pensa Bill. Je crois bien que ni Biji ni Ougadougou ne seraient de taille. Là c'est le grand jour pour l'vieux Bill. Le jour Ji comme qui dirait, J comme Biji pour Bill."
Quelque chose dans le cerveau de Bill se mit à bourdonner doucement. Il est pas loin. Bill ralentit, tint fermement la tome de Savoie de sa main gauche et fit sauter le cran de sûreté de son 9 mm. Quelque chose bougea sur sa gauche, Bill se tourna, mais trop tard, le rat avait sauté sur son fromage et tenait entre deux paires de dents énormes la croute de la grosse part de tome. - Rend moi ça l'asticot. Et Bill ne lachait pas prise, d'une main il tirait sur le fromage. Il se pencha légèrement sur le côté pour poser délicatement son calibre au sol. "J'ai besoin de mes deux mains pour ça" Pensa Bill. Puis il fila une bonne giffle au museau de la bête qui ouvrit grand des yeux ronds. - Lâche ça l'ancêtre, ça ça apparatient à Yad Urab, un homo sapiens sapiens, pongidé ! Et il lui fila une grosse baigne et un coup de tête au museau. Le rat lâcha prise, se mit sur les pattes arrières et poussa un sifflement qui envoya valser des pans entier de matière baveuse sur Bill, qui put protéger le fromage à temps en le faisant passer derrière le dos. - Saleté de Mordax, je vais te renvoyer en Australie vite fait bien fait. je vais te faire regretter d'avoir muté sale... Et le rat contourna Bill à une vitesse proprement incroyable et se saisit du fromage. Bill ne lâcha pas et lui envoya un nouveau coup de tête. - Fumier de pongidé, je vais te rogner la tronche ! Le rat recula, se leva sur la pattes arrières, Bill put constater qu'il devait dépasser un peu les 3 mètres puisqu'il frolait le plafond de 5 m 50. Bill se sentait petit avec le fromage, il s'en voulait un peu, il se sentait lâche : il commençait à songer à abandonner le fromage au rat. "Tant pis pour Yad" pensa Bill. Et le rat lui envoya un coup de griffe terrible qui le propulsa loin derrière. Quand Bill se releva le rat avait le fromage dans la gueule. Bill se mis sur pied aussitôt, courrut en poussant un cri rauque terrible, le rat fonça vers lui, Bill se laissa glisser au sol, passa sous les pates du rat, se saisit du revolver, se releva en faisant volte face et vida son chargeur sur l'arrière crâne du rongeur qui s'affaissa.
Quand Biji et Ougoudangounou arrivèrent avec la sécurité, Bill, une trace profonde de griffes dans le plastron, pleurait en tentant de dégager le fromage de la gueule du rat mort. Ils firent les yeux ronds face à la carcasse énorme, et Bill baissa les yeux sur les quelques bouts de fromage qu'il tenait entre les mains. - J'ai rien pu faire, dit Bill. C'est tout ce qu'il reste. Et Bill versa une larme.



C'est la sensation du filet de bave qui coulait sur son menton qui fit reprendre ses esprits à Mezouk. Durant tout ce long flash-back mental il était resté debout le regard dans le vide, la bouche pendante, si bien que malgré l'attention portée aux chefs d'équipe qui donnaient les instructions, pas mal de personne le regardait curieusement.

Il reprit ses esprits à temps. Il n'y avait que lui et Mak de l'équipe d'intervention zone 5 ce jour là, et il n'avait donc pas d'instruction de groupe à donner. Il avait raté l'organisation des trois premières équipes mais à présent Bill Tcherno allait prendre la parole et l'attente dans le groupe de technicien devint palpable.
« Messieurs, bien que personne ici ne sache encore à quoi correspond cette diminution du volume de fumée, pas besoin d'être Sherlock Holmes pour deviner qu'il y a des boulons dans la soupe... l'équipe d'intervention 1 va donc partir examiner le réseaux hydraulique afin de vérifier qu'aucun acte de malveillance ne soit à l'origine de ce dérèglement. Pour les équipes 2 et 3 j'ai pas bien écouté mais ça sonnait stratégique. Moi et mon équipe on va contrôler les sous-sols -4 et -5. Histoire d'être sur  qu'aucuns prétendants au trône de rongideux 1er, ou autres, ne veuille du rab de pruneaux. j'me comprends. Je pense que tous les rôles ont été distribués, messieurs dispersez-vous mais surtout restez groupés. Les jeunes vous z'êtes trop jeune pour vous douter mais disons que j'ai pas envie d'un nouveau carnage à cause de l'amateurisme de certains. Y'a qu'les anciens qui saisissent les tenants et les z'aboutissement, ouais j'me comprends ».

Sur ce Bill tourna sur ses talons et s'élança dans l'air encore frais de la matinée finissante, les membres de son équipe en combinaison rouge sur ses talons. Ils n'avaient pas fait 10 mètres qu'une voix s'éleva du groupe des techniciens qui renâclaient à partir ; « et attendez ! L'équipe d'intervention zone 5, ils font quoi alors ? ».

Tous les regards convergèrent vers Mezouk et Mak qui, la tête rentrée dans les épaules, étaient en train de partir en douce en rasant le mur du bâtiment C.

Publié par argonautes à 11:52:07 dans Mezouk Agilix | Commentaires (3) |

Dialogue du coeur de la marmitte | 26 janvier 2007


Ceci est appellé dans le jargon "le coeur de la marmitte", parce que c'est ici que circulent quelques infos bien secrètes sur les histoires en fabrication.

Merci de présenter votre badge avant d'entrer.

Bien que cet espace soit plus précisément réservé aux auteurs, vos commentaires sont les bienvenus, peut-être parviendront-ils à influencer le destin de quelques personnages...

Publié par argonautes à 08:51:55 dans Dialogue au coeur de la marmitte | Commentaires (12) |

Lebon Flair | 25 janvier 2007

Un matin peu banal, Lebon Flair, jeune homme de 19 ans, fait le tour des remparts de sa ville. A un endroit le rempart s'était écroulé et un bloc de pierre énorme bouchait le sentier, Flair le contourna et vit une main violette dépassant du rocher. La main était crispée sur un vieux parchemin. Au centre du mur éventré un petit coffre de bois était visible. Flair ouvrit le coffre et vit à l'intérieur une paire de lunette d'apparence banale et couverte d'une fine couche de poussière. Il s'en empara, les essuya délicatement et les posa sur son nez. Il était dans la rue, seul par cette heure très matinale et il ne remarque rien ; les lunettes ne grossissait pas la vue. Un peu dépité il s'apprêtait à partir lorsqu'il se souvint du vieux papier dans la main violette de ce qui devait un myope malchanceux. Il défroissa le papier et lu...
Dans la ville endormi baigné par la lumière du jour naissant, quelques lève-tôt purent entendre un cri lointain qui venait des remparts : « YOUPIIII !!! »
Lebon Flair parti en courant et en sautant de joie tandis qu'on pouvait lire sur le vieux papier jeté par terre « Carte du coffre aux lunettes qui voit le gens tout nus ».


Flair déambula en ville avec ses lunettes sur le nez. Les rues étant désertes il décida de passer prendre des pains aux chocolats à la boulangerie. Il n'y avait personne dans la boulangerie et il appela Georgette, la grosse boulangère... lorsqu'elle arriva derrière le comptoir il poussa un cri d'horreur les yeux figés sur son énorme ventre. Elle s'écria « Mais oh ! » et lui mit une mite. Il ramassa ses lunettes et s'excusa « Fuis Déffolé », et s'apprêta à partir lorsque Lili, jeune paysanne du coin entra, fine, longue, mince aux formes gracieuse et enchanteresses. Flair, la joue enflée, les yeux exorbités, scruta de haut en bas puis de bas en haut la jeune fille. Un filet de bave s'échappa de son sourire béat. Une rapide gifle (provenant de Lili) siffla et fit voler ses lunettes. Georgette la boulangère, qui avait déjà fait le tour du comptoir les rattrapa au vol. Puis il saisi Flair par le col et le jeta dans la rue. Georgette dit à Lili « ça va ma petite t'en fais pas, si ch'abruti là y r'vient j'ui en colle une terrible ! D'ailleurs comme j'ai ses lunettes y r'viendrai qu'ça m'étonnerait point ».
En effet à l'instant même Flair entra timidement dans la boulangerie ; « efcuvez-moi, pourrais-ve reprendre mes lunettes ? ». Il reparti dans la rue sans toucher le sol. Flair se releva furieux et hurla à la boulangère (une fois au bout de la rue) : « J'm'en fous ! Je reprendrai mes lunettes ! ».


2 heures plus tard Flair revint dans la boulangerie affublé d'une fausse barbe, d'un chapeau et de lunettes de soleil. Il demanda une baguette et scruta le magasin à la recherche de ses lunettes et finit par les trouver, poser sur une table derrière le comptoir. Prenant une voix grave il s'exclama :
« Mais ça alors ! que font mes lunettes chez vous ? »
« Vos lunettes ? »
« Mais oui, il y a quelques jours un jeune voyou a volé mes lunettes et je voudrai que vous m'expliquiez ce qu'elles font chez vous ? »
La boulangère lui expliqua toute l'histoire et se confondit en excuses. Elle lui tendit les lunettes quand Flair entendit un « Scritch ! ». Par la suite Flair écrirait une longue lettre d'insulte au fabriquant de colle à postiche, mais pour l'heure il sortit dignement de la boulangerie et une fois au bout de la rue hurla « ‘e me ‘engerais ! ». Il est difficile d'articuler avec une baguette coincée entre les deux joues. Il déglutit, failli mourir étouffé en avalant la baguette puis eu un éclair de génie ; « je sais quoi faire ! ». Il lui revenait en mémoire une nuit ou en marchant dans la rue il avait remarqué que la fenêtre de l'appartement de Georgette (juste au dessus de la boulangerie) était ouverte... il se rappelait aussi que sifflotant légèrement il avait réveillé Georgette. Elle lui avait lancé de toutes la force de son âge mur un sac de 50 kg de farine... puis un autre et enfin un troisième. Il était resté dessous jusqu'à ce que quelqu'un remarque la chaussure dépassant des sacs. L'idée germa en lui de rentrer de nuit dans l'appartement de Georgette et de récupérer ses lunettes.


La nuit venu il se dirigea vers la boulangerie, deux pulls dans son sac-à-dos. Il escalada la façade par une gouttière jusqu'à la fenêtre et jetant un coup d'œil à l'intérieur il put voir une énorme masse dépasser des couvertures (trop petites pour couvrir un telle surface). Contre la fenêtre il y avait un meuble chargé de bibelot (dont une collection de clochettes) ; il fallait le sauter sans faire de bruit ni faire tomber d'objet.  C'est là que les deux pulls lui servirent ; il en attacha un sous son pied et l'autre à l'autre, de manière à étouffer les bruits de ses pas et ici de son saut.


Le lit était prés du meuble, ainsi devait-il sauter avec précision entre le meuble et le lit ou Georgette débordait... la boulangère ronflait.


Il s'élança. Une des manches d'un pull se détacha et fit vaciller une cloche de cristal. Flair chuta et il s'étala, sa tête s'arrêtant à deux centimètres de celle de la femme tandis qu'avec un de ses pieds il retint la cloche qui menaçait de tomber... le bruit assourdit de sa chute fit cesser de ronfler la boulangère qui fini par se retourner dans le grincement plaintif des lattes de son lit. Il soupira silencieusement et replaça la cloche. Il se redressa, marcha vers la porte en se félicitant d'avoir eu l'idée des pulls dont le seul inconvénient et qu'ils glissaient légèrement sur le parquet. Il ouvrit la porte qui grinça. La boulangère gémit « méeuuu ! On peu pas dormir... », Ouvrit un œil « quéque y se passe ? ».
« Miiiaaouuu !! », imita Flair et elle resombra dans le sommeil.
Il descendit l'escalier et entendit du bruit en provenance de l'arrière boutique, un cambrioleur ? Non, George le boulanger qui faisait son pain !
Flair passa devant la porte entrouverte de l'atelier et vit un petit homme sec et maigre, à l'air malheureux, s'affairait devant les fours à pain. Flair dépassa la porte sans se faire voir, alla dans la boutique, prit les lunettes qui n'avait pas bougé de place et les mit sur son nez avant de reprendre les escaliers. En arrivant dans la chambre il tomba nez-à nez sur l'informe Georgette nue sur son lit. Il ne put réprimer un cri d'horreur.


Georgette se réveilla en sursaut. Flair comprit le danger de la situation. Il s'élança, sauta sur le gros ventre de Georgette, rebondi et s'envola par la fenêtre. Mais sa chute fut stoppée au milieu du vide ; une des manches d'un pull s'était accrochée au meuble de la fenêtre. La tête à l'envers il essayait de tirer sur la manche du pull quand il vit dix gros doigts boudinés se posait sur le rebord de la fenêtre, suivit d'une grosse tête très en colère. Flair tenta un « Miaoooooooou ! » mais Georgette comprit l'astuce et le saisi par les chevilles. Alors avec la rapidité du félin enragé il saisit ses lunettes et les plaça sur le nez de Georgette. Puis il écarta les jambes. Georgette hurla, prit juste le temps de lui planter une clochette dans le front et le lâcha dans le vide.


La nuit suivante Flair revint mieux équipé ; tenu de commando noir, cirage sur le visage, harnais de sécurité, lunette infrarouge et pull sans manche sous les chaussures. Il lança un grappin vers le toit au dessus de la fenêtre de Georgette. Il accrocha d'abord un chat puis une gouttière et il escalada la façade. Comme il l'avait prévu Georgette avait fermée la fenêtre. Avec sa montre laser il fit fondre le loquet ainsi qu'une clochette. Il ouvrit doucement la fenêtre et constata que, comme il l'avait prévu, aux clochettes s'était ajouté boites de conserves, casseroles, billes et clous sur le plancher. Georgette ronflait sur son lit et un troisième pied dépassant de sous la couverture laissait deviner que George dormait lui aussi, sous Georgette.
Flair constata que, comme il l'avait prévu, ses lunettes étaient accrochées au cou de Georgette. Il sortit ses ventouses et commença à se déplacer collé au plafond. Une fois arrivé à la verticale du lit il se laissa descendre en douceur suspendu à un filin accroché à une ventouse. Il prit une fine paire de ciseaux et entreprit de couper le cordon des lunettes. Soudain Georgette ouvrit les yeux et le fixa. Il réprima un hoquet d'effroi mais Georgette se retourna et se rendormit ignorant le cri étouffé de son mari. Flair comprit que si lui la voyait grâce aux lunettes infrarouges, elle ne pouvait l'avoir vu dans cette obscurité complète (c'était une nuit sans lune et sans lampadaires). Il soupira mais une goutte de sueur tomba de sa tempe et plongea dans l'oreille de Georgette.
Elle se releva brusquement, frôlant Flair, donna un grand coup de poing à George et se rendormit. Flair entreprit alors de finir de couper le cordon. Il saisit délicatement les lunettes et les empocha. Il profita d'un bâillement de la boulangère pur lui placer une canine micro-émetteur-récepteur. Enfin il sorti de son sac la lettre qu'il avait préparé et l'accrocha au cou de la grosse femme.


Le lendemain Georgette se réveilla, s'étira, mit une trempe à George pour se dégourdir la main puis constata avec étonnement qu'elle avait une lettre accroché autour du coup. Elle la déplia et lut ;


« Chère Georgette, ou plutôt devrais-je dire salle grosse pouffe,


Tes minables billes et autres clous m'ont fait rire tellement il était enfantin de les éviter. Ainsi cette nuit je suis descendu au dessus de ta grosse masse graisseuse pour reprendre mon bien, puis je suis reparti aussi tranquillement que je suis venu, plus silencieux qu'un loup, en écoutant les gémissements de ta femelette de mari. On ne se moque pas impunément de Flair, grosse boursoufflure.


Et sache que le jour ou la graisse t'éclatera le cœur, je viendrai cracher sur ta tombe.


L. Flair »

Georgette resta interloquée quand elle entendit un petit bruit. Elle leva les yeux et découvrit Flair, tout rouge, qui malgré s'être débattu toute la nuit était resté suspendu à son filin coincé dans la ventouse.


Il déglutit et articula péniblement ; « tout peupeupeu s'expliquer ! ». Il perdit deux dents et la ventouse se détacha.
Il fut trainé à la cave, attaché à une chaise les mains derrière le dos. Il se félicita d'avoir au préalable placé l'écouteur de la micro-canine dans son oreille ; « dis-moi George, passe-moi ta scie, ton marteau, ta bêche, de l'essence, des allumettes et le hachoir. On va resculpter l'ordure en bas... ». Flair pâlit dangereusement. Mais il reprit confiance en lui. Il cracha son chewing-gum explosif dans la serrure de la porte, puis sa mini-lime d'une de ses dents creuses et entreprit de limer les chaines qui le retenaient.

Au bout d'un moment il entendit Georgette descendre les marches et à l' instant où elle allait tourner la poignée piégée sa voix grésilla dans son oreillette « zut j'ai oublié la râpe et les aiguilles à tricoter », et elle remonta. Flair fini par se détacher  et trouva un soupirail qui donnait dans la rue. Avec un jet d'acide il l'ouvrit et sorti. Il s'éloigna en courant et entendit dans son écouteur « George, il faudra tout nettoyer après, je ne veux pas salir la boutique ». Sur-ce elle tourna la poignée et la boulangerie explosa.

Une odeur de baguette cuite flotta deux jours sur la ville. On ne retrouva jamais George et Georgette. Et depuis on voit souvent un jeune garçon affublé de lunettes trainer dans les cafés, les universités, les rue fréquentés et les boites de nuits.


 


Fin


Villeneuve-lès-Avignon, 1997

Publié par argonautes à 11:10:50 dans Georgette et les lunettes | Commentaires (0) |

Amytéglise, la maison du diable | 24 janvier 2007

              Alfrid le bon prêtre sortit du confessionnal ou le concierge l'avait enfermé par mégarde deux jours plus tôt. Il réprimanda le concierge, dans le respect de Dieu, d'un mini-crucifix dans l'œil. Puis il se rua sur une boite d'Hostie qu'il dévora (la boite passa mal) en arrosant le tout de vin de messe. Son petit creux comblé il se calma et reprit ses exercices d'apnée dans le bénitier.

Dans son bénitier il pensait. Cette journée était plutôt banale mais la simplicité de sa vie le rendait heureux. Le sommeil commençait à l'envahir. Il se sentait reposé pourtant, il était calme, heureux... très heureux... Ah ! Cette fraicheur de l'église, cet air pur... Il inspira profondément.
L'eau bénite le fit tousser si bruyamment que les vielles dames qui se recueillait se retournèrent et le virent la tête trempée prés du bénitier. « Hum ! J'étais en train de bénir l'eau... lorsque je... me suis endormi... veuillez m'excuser mesdames ». Un paysan très rustre qui était restait derrière une colonne, se leva et lui refit bénir l'eau puis s'enfuit rapidement, laissant Alfrid expliquer ses nouvelles quintes de toux à une robuste paysanne, Monique.
Monique Tamaire, fière paysanne, s'expliqua poliment avec lui et c'est depuis cet entretien qu'Alfrid fut connu dans tout l'archevêché comme étant le prêtre qui bu un bénitier par les narines.

Alfrid, remit de ses émotions prit sa bicyclette pour faire sa tournée de visite matinale en cette belle journée de décembre 1851, ce qui était toujours très sportif car chaque matin des enfants plaisantins accrochaient des cadenas dans ses roues. Comme chaque matin (sauf celui d'hier puisqu'il était enfermé) Alfrid mit sa bicyclette en bandoulière et partit en courant dans la rue quand une calèche arriva en trombe.
Il hurla « seigneur pitié ! Un miracle, je ne veux pas mourir maintenant ! ». Comme par miracle Alfrid remarqua une bouche d'égout ouverte à deux pas de lui. Il se rua vers elle et y sauta dedans juste au moment ou les chevaux arrivaient sur lui. Alfrid comprit trop tard qu'il venait de sauter dans le puits du village qui faisait 25 mètres de profondeur. En tombant il fit sa prière favorite pour le saint roi Henrate.
Alfrid qui voyait toujours le coté positif des choses se dit que finalement cette chute lui avait permis d'apprendre des choses fascinantes. Par exemple Alfrid ne savait pas qu'il pouvait y avoir des requins blancs au fond des puits. Alfrid ne savait pas non plus qu'un être humain était capable de rester suspendu par les mains à une bicyclette coincée à travers un puits pendant deux jours.

Alfrid avait froid, car en plein cœur d'un village d'Angleterre, en décembre, au fond d'un puits il fait rarement chaud. Il était en train de priait Dieu lorsqu'il entendit les pas de quelqu'un à coté du puits. Il aurait volontiers appelait au secours mais le requin dormait et il ne pouvait pas laissait pendre se jambes lorsque le requin guettait. Soudain il entendit un sifflement caractéristique de quelque chose de lourd qui fend l'air en chutant. Il ne put esquiver le sceau que venait d'envoyer Monique. La douleur le fit lâcher prise, il but la tasse mais réussi à se retenir de tousser car il avait le nez collé à celui du requin qui dormait encore. Le sot venait de se remplir et commençait à remonter. Alfrid s'y agrippa. Et entendit Monique se lamenter sur la lourdeur du sot.
Quand Monique aperçut Alfrid accroché au seau elle lâcha la corde de surprise mais eut quand même le temps de lui mettre une beigne. Alfrid reprit le long cheminement vers la gueule grande ouverte du requin qui était maintenant bien réveillé s'étant pris la bicyclette dans la tronche.
Il écarta de justesse la gueule du requin qui claqua vainement dans l'air puis il nagea jusqu'à ce qu'il soit en dessous de la bête. Le requin ouvrait de grands yeux ahuris ; sa proie avait subitement disparue ! Peut-être l'avait-il croqué ? Alfrid était très content de s'être entrainé en apnée. Le requin finit par se lasser et se dit qu'un petit somme serait le bienvenu. Alfrid put remonter à la surface pour respirer.
Le père Alfrid n'était pas homme à se laisser abattre mais là il commençait quand même à perdre espoir. On ne peut pas tenir longtemps dans un puits en compagnie d'un requin affamé et dans une eau avoisinant les zéro degré. Soudain le sifflement se fit à nouveau entendre. Alfrid lutta pour réprimer un hurlement de douleur. Il s'accrocha au seau à moitié assommé et commença la lente remontée vers la lumière.
Georgette, une paysanne, elle aussi se lamentait. Mais cette-fois dès qu'Alfrid fut en haut il s'agrippa au parapet, de sorte qu'il n'eut que la beigne. En fait, les beignes. Alfrid tenu bon.

Alfrid bénit Georgette et la poussa dans le puits. Il repartit à pied sans sa bicyclette, décidé à ne pas laisser sa tournée matinale être gâchée par ce petit contretemps, et rendit visite au premier fidèle de sa paroisse ; Mr Grodin.
 
TOC TOC ! TOC !
DRiiNG ! DRiiiiNG ! DRiNG !
TOC ! TOC ! TOC ! TOC ! DRiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiNG !
HOOOOOOO !!!!
DRiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiNG !

Alfrid se rappela que Mr Grodin était sourd et ouvrit la porte. Heureusement Mr Grodin savait lire sur les lèvres et n'était pas muet, de telle sorte que l'on pouvait converser avec lui. Alfrid longea le couloir qui menait au salon de son ouaille. Thierry Grodin était assis dans un fauteuil au centre de la pièce, il lui tournait le dos et lisait un livre.
« Salut Thierry ! »
« ...... »
Alfrid lui tapota le dos. Thierry sursauta se retourna et s'exclama :
« Père Alfrid ! Quelle joie !!!!! ».
Alfrid, courbé en deux, les mains collé sur les oreilles, lui hurla :
« Moins fort ! T'es sourd ou quoi
 ? Oh ! Pardon ».

Thierry était sourd mais susceptible. Thierry Grodin était musclé. Le père Alfrid savait encaisser. Ainsi ils conversèrent dans le meilleur des mondes. Le seule qui put s'en plaindre fut la fenêtre du premier étage que traversa Alfrid, qui poursuivi sa chute dans le puits du jardin. Alors qu'il tombait à grande vitesse vers le fond, Alfrid fut soulagé d'apercevoir des échelons. Il eut peur un moment qu'un requin ne l'attende au fond mais il fut vite rassurer : le puits était sec.
Mais pas vide à en juger tous les tessons de bouteilles. « SCRATCH ! KRUNCH ! SPLOTCH ! PISSSSSSSSS ! (n'étant pas doué pour les onomatopées, l'auteur tient à préciser que là Alfrid s'est d'abord empalé sur une bouteille cassé et qu'ensuite il a commencé à pisser le sang). La blessure était au niveau de l'estomac et Alfrid ne savait pas où faire le garrot. Il remonta vite par l'échelle et fonça chez le rebouteux du village. Il frappa à la porte, le rebouteux ouvrit, vit l'ampleur des dégâts et s'évanouit. Alors Alfrid se dit qu'il ferait mieux d'aller voir un médecin. Ce qu'il fit.

Il sonna, attendit, resonna, attendit encore et se rappela que le médecin aussi était sourd. Il entra dans la maison et là quelle ne fut pas sa stupéfaction en voyant que le médecin n'était plus sourd ! En effet le médecin était mort, une pierre attaché autour du coup, la tête la première dans son aquarium. Alfrid pria Dieu de le laisser en vie jusqu'à l'hôpital. A l'hôpital il ne se passa rien d'exceptionnel, si ce n'est qu'il entendit un hurlement lorsqu'on le descendit en ascenseur au bloc opératoire. Sorti de l'hôpital avec ses point de sutures tout neuf, Alfrid reprit sa tournée matinale là ou il l'avait laissé et se dirigea vers la maison de... Mme Vérolin !

Il marchait lentement en sifflotant et arriva finalement en vue de la grande maison blanche de style colonial de Mme Vérolin. Il sonna et aussitôt la porte s'ouvrit. Il entra, se retourna, mais... personne. Courant d'air ? Hallucination ? Ou fait paranormal ?                                 
Mme Vérolin arriva en se précipitant et en pleurnichant vers lui :
« Ah ! Sniff... vous êtes enfin venu... sniff... quelle maison horrible ! C'est l'horreur ! J'ai peur... »
« Je sais, je sais... » Reprit le père Alfrid, « moi-même lorsque j'ai sonné j'ai vu de mes propres yeux la porte s'ouvrir toute seule ! »
« Ah ! Mais non, ça c'est un installation de mon mari ; quand on sonne, la porte s'ouvre ».
Alfrid toussa un peu dans sa soutane, rouge de honte. Il reprit ;
« Eh bien ! Madame Vérolin, que se passe-t-il d'anormal ? »
« Ma maison est hanté ! »
« Que se passe-t-il ? Apparition ? Poltergeist ? Démon ? Voix satanique ? »
« Non, non, architecturalement elle est en T ! »
« ... »
« J'aimerais bien que vous l'exorcisiez, une amie m'a dit qu'il fallait toujours faire exorciser une maison en T par un prêtre ! »
« T bien ! AH ! AH ! AH ! T bien... très bien... en T... Ah ! Ah ! Jeu de mots... non ? »
« Écoutez père Alfrid, c'est sérieux ! Déjà que vous ne venez plus depuis trois ou quatre matin...et que vous n'avez certainement aucun excuse valables, je vous prie de faire votre boulot correctement ! »
« Écoutez, c'est que je suis tombé dans un puits infesté de requins et que la mère Monique m'en voulait... j'avais sauté dans le puits pour éviter une calèche ».
« Dites père Alfrid, vous vous foutez de moi ? Cessez de plaisanter je vous prie ! L'heure est grave, ma maison est en T ! »
« Excusez-moi, je n'étais pas conscient de la gravité de la situation ».
« Bon, avez-vous besoin de quelque chose pour votre séance de spiritisme ? »
Alfrid n'avait pas mangé depuis quatre jours.
« Oh ! Il me faudrait une bible, de l'eau à bénir (deux ou trois litres), de la farine, des œufs, du sucre en poudre et des pommes de terre qui serviront à la fabrication d'hostie anti-maison en T, et du pain. De plus il faut que vous me laissiez seul dans la cuisine. Ne me dérangez sous aucun prétexte ».
« Vos désirs sont des ordres ».
« Des ordres/ désordres ! Ah !ah ! »
« Pardon ? »
« Non, rien ».
 
Une fois rassasiez, Alfrid vint trouver Mme Vérolin pour lui dire que tout était rentré dans l'ordre.

Alfrid décida que cela suffirait pour sa ballade matinale. Il rentra à pied vers sa petite paroisse, a travers les sombres ruelles de la petite ville enneigé. Il y avait beaucoup de misère dans les rues et Alfrid ne put s'empêcher de faire une bonne bataille de boule de neiges avec les clodos, qui très vite cessèrent de s'amuser quand Alfrid truffa ses boules de cailloux. Ils lui exprimèrent son mécontentement et c'est depuis ce jour que les détracteurs d'Alfrid l'appellent « pelle à neige ».
Il arriva à l'église pile pour l'heure de la messe. Il entra avec assurance et traversa avec élégance la nef pleine de monde. Il se fit plus petit lorsqu'il aperçut Monique, GEORGETTE, Mr Grodin, Mme Vérolin et le paysan rustre dans la foule. Il monta dans sa chaire pour le sermon, oublia la quatrième marche bancale, remonta dans sa chaire et commença son discours :
« Un peu de silence s'il vous plait... nous sommes le second dimanche de décembre, Noël approche. Si nous sommes réunis ce matin, c'est pour partager nos prières habituelles... patati patata... blablabla...que le seigneur soit avec vous ! »
« Et avec votre esprit ! » répondirent en chœur les fidèles.
« Entamons le chant de la page 13 du livret 1 »
« G zut est né !
G zut est mort !
G zut est ressuscité ! »
«  Et G zut rompit le pain avec son couteau, le partagea avec ses zapôtres. Ils se saoulèrent la gueule. Et G zut était tellement bourré qu'il dit « buvez », en désignant le vin, « car ceci est mon sang ! AH ! AH ! AH ! ». Jean le célèbre zapôtre lui répondit « et le pain c'est quoi ? Ta chair pendant qu'on y est ! ». Ils rirent beaucoup.
« À présent prenons le chant de la page 18 »
« Je veux voir Dieu,
Le voir de mes yeux,
Joie sans fin du bienheureux
Qui peuuuuuut voir dieuuuuuu ! »
« Et G zut marcha sur l'eau sans se casser la gueule. Il dit à ses zapôtres « venez, c'est trop fastoche ! », et ils marchèrent tous sur l'eau sauf Judas qui nageait. G zut dit avec compassion « Judas ! Mais qu'est-ce que tu fous bordel de dieu ! Marches sur l'eau ! », Mais Judas prisonnier de sa fourberie répliqua « t'es malade ? Elle est trop bonne ! »
« Chant de la page 74 ! »
« Bénis sois-tu Satan, dieu du mal !
Ton règne viendra,
Tu enferm... »
« Arrêtez ! heum... prenez la page 174 ! »
« Bénis sois-tu seigneur, dieu du bien !
Ton règne viendra,
Tu enfermeras le mauvais dans une boite au fond d'un gouffre
Pendant 1000 ans ».

Soudain une femme se rua vers l'autel, se jeta à genoux et pleura, pleura, pleura. Alfrid qui en avait ras la carotte lui dit « mais vous allez vous la fermer ! »
« Pardon ? »
Alfrid qui sentait peser sur lui le regard lourd de nombreuses paysanne, répéta sans se faire prier « Mais vous allez tout me raconter ! »
La femme : « bonjour. Moi c'est jacqueline et c't y pas qu'c'est mon mari qu'y est envouté ! »
La foule : « ôôôôôôôôôh ! »
Alfrid : « est-ce un envoutement partiel et périodique ou un envoutement total à phase anti-biblico-religieuse ? »
La foule : « ??? »
La femme : « ni l'un ni l'autre, c'est un dédoublement de personnalité avec des phases de violence incontrôlable et inconsciente, parfois accompagné par de puissant phénomène extérieur à l'enveloppe corporelle et plutôt paranormaux ».
La foule : « ... »
Alfrid : « Je vois, je vois... Ecoutez jacqueline, pourriez vous attendre un instant ? Je me prépare ».

Alfrid quitta l'autel d'un air profond et impénétrable, démarche ambitieuse et fière qui prit fin à la quatrième marche. Il se releva immédiatement après une roulade avant contrôlée qui fut stoppé net par le piédestal de la vierge Marie. Il rejeta en arrière son capuchon, épousseta sa soutane et repartit en boitillant imperceptiblement. Il accéléra l'allure, se prit les pieds dans les fils du micro, se releva en boitillant visiblement et entra dans la pièce « interdite ».
Il referma la porte, se débarrassa de sa soutane, jeta ses mocassins et enfila un treillis, mis ses rangers, glissa une croix affuté dans une de ses chaussures.
Il mit une casquette kaki et des lunettes noires puis passa une mitraillette autour du coup avec des cartouches d'eau bénite en bandoulière. Il sortit de la pièce et traversa l'église sous les yeux médusé de la foule qui fixait le bras de ce prêtre timide sur lequel était tatoué « born to kill ». Il s'arrêta devant jacqueline, cracha par terre, s'essuya le menton, et dit ; « femme ! Montrez-moi ou se trouve votre malheureux époux que je puisse faire reculer Satan devant la force de Dieu ».

Jacqueline l'amena chez elle. Devant la porte d'entrée Alfrid entendit des hurlements atroces venant de la maison. Il dit à Jacqueline : « mon Dieu ! Il est puissamment envouté par le démon ou alors j'y connais rien, fois d'Alfrid ! »
« Ah non, là il crit parce que je lui ai coincé un orteil sous l'armoire normande pour pas qui s'échappe ».
« ...très bien... vous pouvez disposer ».
« Attend l'curé... là j'crois qu'j'ai pas bien pigé... »
« Bon. C'est pourtant simple ; TU TE CASSE ! Et tu... Aïe ! Aïe ! »
Jacqueline de son bras musclé cognait Alfrid sur le mur.
« Non mais j'vais t'y apprendre moi à causer aux dames !!! »
Une fois redescendu Alfrid reprit un air grave et fort. Puis, désignant du doigt une porte entrouverte « il est là ? »
« Oui ».
« Bien, à présent auriez vous l'obligeance de bien vouloir me laisser entrez seul, s'il vous plait ? »
« Ouaip !!! »
Alfrid entra, referma la porte... l'homme était là, appuyé contre l'armoire, habillé de noir. Alfrid remarque de suite que la température était étrangement basse. L'homme tourna son visage pâle vers le prêtre... il ricanât ; un vent qui venait d'on ne sait où agitait ses cheveux. Alfrid alla refermer la fenêtre et demanda à l'homme :
« Qui es-tu ? »
L'homme d'une voix rauque et caverneuse répondit :
« LEUUU DEMON !!! AH ! AH ! »
Alfrid ravala sa salive et remarqua que le démon souffrait d'une conjonctivite aiguë.
Le vent repris, accompagné du froid, la chemise du démon se gonfla, ses cheveux volaient dans tous les sens et ses yeux rouges fixaient le prêtre.
« Mais tu vas arrêter d'ouvrir cette fenêtre ! » cria Alfrid. Il fut soudain projeté en arrière contre le mur. Il se releva, cracha au sol et sorti sa bible... « Que le mal quitte ton corps ! », de sa main droite il brandissait une croix de fer.
« Qui es-tu ? »
« LEUU DEM
enageur ! Ah ! Ah ! »
« Ciel ! Un démon farceur ! »
Il tira une rafale d'eau bénite sur le démon et hurla ;
« QUI ES-TU ? »
«  LEUUU DEMO...GRAPHE ! »
Alfrid s'empara du crucifix d'argent glissé dans sa ranger et le lança. Le crucifix passa à coté mais emporta quand même l'oreille gauche du démon. Alfrid l'avait raté à cause de l'obscurité. « D'ailleurs... il fait étrangement sombre pour cet heure de la journée... », Pensa-t-il. Puis il comprit et retira ses lunettes noires.
Le démon leva sa main droite et l'armoire se souleva, libérant ainsi son orteil.
« Mais qui es-tu ? »
« Des monts ! Ah !ah ! »
Le démon abaissa la main et grimaça de douleur.
« Je ne te crois pas ! Qui es-tu ? »
« Le pape ! »
« Oh pardon très saint père ! » s'exclama Alfrid en se jetant aux genoux du pape. Au moment ou il allait embrasser la main du pape celui-ci lui envoya une sacré beigne. Alfrid compris qu'il avait été victime d'une ruse.
« Non ! Tu n'es pas le pape ! Rusé démon ! »
Un vent terrible se leva, des feuilles tourbillonnait dans la pièce, les deux hommes secouaient par les rafales se regardaient intensément. Le démon poussa un rugissement de lion et sauta sur Alfrid. Il s'effondra à ses pieds. Il leva la main, dégagea son orteil, se releva et chargea le prêtre. Alfrid lança un coup de pied retourné, le mal vola dans le mur, grogna et s'élança de nouveaux vers Alfrid. Ils se roulèrent par terre, s'étranglèrent, puis Alfrid sorti son couteau suisse et l'enfonça dans le ventre du diable qui mugit, et mourut.

La porte s'ouvrit sur jacqueline qui vit Alfrid au-dessus du corps sans vie de son mari qui baignait dans le sang. Alfrid, le couteau à la main ne put que dire ; « le coup est parti tout seul... ».
La rafale de beigne de jacqueline parti toute seule, elle aussi. Puis elle s'effondra en larme « bouhouou ! Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? Moi, une pauvre femme si fragile ! » 
« Oui fé fa ! bien fur ! »
Une seconde rafale parti.
Lorsqu'Alfrid reprit connaissance il vit une jacqueline verte de rage s'approcher avec une hache à la main. Il contempla un instant la hache puis sorti du cirage et bondit en haut de l'armoire. Le corps sans vie du mari rouvrit un œil rouge, bougea un peu la tête, et leva brusquement la main droite. Le corps rabaissa la main, jacqueline hurla ; « haaaaaaaaaaa ! Mon armoire salaud ! » Et elle trancha la tête de son mari. Alfrid, que ses multiples fractures faisait beaucoup souffrir, prit bien garde de ne pas crier et sorti en catimini par la fenêtre pendant que Jacqueline découpait le cadavre en petit morceau. Ce faisant il avait oublié qu'il était au premier étage.
Mais le plus embêtant c'était le puits construit en bas au pied du mur. Il eu peur un instant d'y rencontrer un requin mais fut à nouveau rassurer ; ce puits aussi était sec.
Cependant il apprit encore une chose fascinante... les crocodiles du Nil peuvent s'acclimater au climat froid.

 Fin
  
Villeneuve-lès-Avignon, 1995

Publié par argonautes à 10:20:13 dans Le prêtre Alfrid | Commentaires (2) |

Dans la nuit | 23 janvier 2007

Steve marchait silencieusement dans la ruelle sombre qui menait à la voiture de Pat, le contact qui devait l'intégrer au Q.C.M, le célèbre groupuscule terroriste qu'il devait espionner. Steve tata de sa main son imperméable pour vérifier qu'il avait bien son M6 9mm à viser-laser.
C'est bon, il l'avait. Plus que 500 mètres et il y était. De brusques rafales de vents secouaient son imperméable ; ses longs cheveux s'agitaient. Mais Steve continuait de marchait, tel un héros, d'une démarche solide et régulière. Une silhouette sombre, quasiment invisible, se tenait devant l'arrêt de bus mais Steve avait le coup d'œil. Il l'avait remarqué.
300 mètres plus loin il passa devant un bar « au joyeux Q.C.M » mais il n'y prêta pas attention. Soudain son patron entra en communication dans son oreillette, malheureusement celle-ci avait un léger dysfonctionnement au niveau du réglage sonore et c'est depuis ce jour qu'on le nomme Steve le sourd.


Il arriva au lieu de rendez-vous, à la voiture de Pat. Ce qu'il vit était atroce. Le carnage était complet. « Pat a eu une mort digne » pensa Steve. En effet des inconnus avaient enfoncé la tête de Pat dans le pot d'échappement tandis que sa main était coincée dans la portière avant. Pat avait réussi à écrire quelques lettres de sang sur le bitume avant de rendre le dernier soupir, ce qui n'est pas une mince affaire dans un pot d'échappement. « STEVE, IL M'EST ARRIVE UN PEPIN. VA AU JOYEUX Q.C.M ET DIT LE MOT DE PASSE QUI EST « J'AI OUBLIE ». ENSUITE DEMANDE A VOIR LE « BIG BOSS » QUI EST EN REALITE LE PATRON. STEVE MON POTE, JE CROIS QUE C'EST RAPE POUR LA PARTI DE PECHE DE CET ETE. ADIEU ARRG ! »
Steve fit une prière tout en s'étonnant de la quantité de sang qu'il y avait dans un corps humain. Le sixième sens de Steve lui dit que le danger de mort était toujours présent. Il ne savait pas ou se trouvait le « joyeux Q.C.M ». Comment faire ? Il tomba soudain le nez sur un badge « MR Philebroken- Videur du Q.C.M ». Cette étiquette était accroché à un homme en costume noir qui lui aussi d'ailleurs était noir mais un peu moins que le costume. L'homme en noir agitait ses lèvres depuis un moment lorsque Steve lui dit ; « C'est pas la peine, je suis sourd et muet ». L'homme en noir eu beaucoup de mal à le croire et Steve gouta au pot d'échappement d'une voiture garé à proximité. Il en ressortit plus noir que la veste de l'homme qui l'était moins que sa veste et il le suivi le plus discrètement possible malgré le bruit que faisait sa mâchoire à chacun de ses pas. L'homme noir avait disparu par une porte au coin d'une rue mais Steve pouvait encore entendait le faible bruit de ses pas derrière le mur. Il commença à creuser dans le mur avec son foreur en alliage polyméthanique, puis se résolu à toquer à la porte d'à coté sur laquelle était inscrit « au joyeux Q.C.M ». « Hum ! Je m'éloigne de mon but... », S'inquiéta-t-il. Une voix parla derrière la porte ; « mot de passe ? ». Fier d'enfin comprendre quelque chose à cette histoire il s'exclama ; « je vais m'en rappeler ! » puis il se rappela qu'il était sourd et muet et qu'il ne valait mieux pas trop parler.


Cette fois c'est un homme blanc en costume noir qui ouvrit la porte. L'homme commença à agiter les lèvres avec force. Steve lui répondit plein d'une colère froide qui le brulait « ferme la pauvre tâche ! D'abord je suis sourd et muet et je ne perds pas de temps en bavardage inutile. Mon grand-père adorait la pêche. Et moi je cherche le Big B... ». L'homme blanc avait une sacré force. Mais Steve savait encaisser et il lui dit « ouais ze zait... ze vais aller dans le pot d'ézappement... ». L'homme blanc lui envoya une seconde rafale de coup de poing. Steve dans un dernier souffle murmura « ze veut voir le Big... Boss... ».


Il reprit lentement conscience la tête coincé dans la poubelle du bureau du Big Boss tandis que sa main était restée coincé dans la porte d'entrée. Le Big Boss l'aida à se dégager à coup de rango, l'assit sur une chaise et s'installa derrière son bureau. « Alors p'tit merdeux, qui est-ce qui t'as envoyé ici ? Pourquoi tu voulais me voir ? T'as intérêt à vite parler ! »
Le boss observait Steve qui restait silencieux. Celui-ci avait l'air très concentré et semblait réfléchir intensément. Soudain il explosa de rire. Le Big Boss furieux hurla « qu'est ce qui te fait marrer ! »
« Maaaaaaa ! La super blague que j'ai trouvé ! Les initiales de Big Boss c'est BB ; Hou ! Le petit bébé ! HI ! HI ! HI ! Hi !hi !hi hi...hi...heum... heu... le petit bébé, non ? C'est pas marrant ? Le petit bébé ! ahahah... »


Le Big Boss le regarda, effondré, puis se prit la tête dans les mains et murmura « oh mon dieu... ». Steve un peu moins fier de son calembour lui dit penaud ; « s'cusez moi m'sieur, je suis sourd et muet. S.A.M, ça s'prononce sourd et muet ». Puis il alla se coincé la tête dans la corbeille. B-B lui donna un coup de main puis le fit passer par la fenêtre. Malheureusement la vitre était blindée. Le Big Boss, honteux et ridicule, ouvrir la fenêtre puis y fit passer Steve la tête la première. Pour s'occuper en descendant, Steve compta les étages. Il s'emmêla les pinceaux vers le 43eme car il allait vite. Il continuait à chuter lorsqu'il aperçut un camion benne qui s'arrêta en bas en dessous de lui. Steve se dit « Dieu, si ce camion et plein de matelas je jure que j'achèterais des matelas toute ma vie ! ». L'impact eu lieu. Steve n'acheta plus jamais un clou.


Il se hissa hors de la benne, en grimaçant de douleur. Il tituba jusqu'à une cabine téléphonique et demanda une pièce à un passant qui lui répondit « désolé, j'ai pas un clou ». Là s'en était trop, Steve ne supportait pas qu'on se foute de lui ; il lui vola son argent et le jeta dans le camion benne. Le passant en ressortit et Steve lui fit découvrir à quel point Pat avait souffert. Le passant faisait semblant de souffrir car le pot d'échappement du camion faisait 60 cm de large par contre Steve fut sincère lorsque le camion fit marche arrière. Steve essaya en vain de se dégager lorsqu'il entendit le chauffeur claqué la portière et lancer au commerçant d'en face « vous en faites pas j'en ai que pour une heure ! ». Steve décida de patienter. Il chanta des airs scouts pour passer le temps. Ce qui l'agaça fortement c'est le chien qui vint uriner sur la roue. Une fois l'heure passée et le camion reparti, Steve se mit au milieu de la chaussée pour arrêter la circulation et réquisitionner un véhicule. Il attendit longtemps, l'insigne à la main, mais aucune voiture ne se montra. Puis un passant lui appris que c'était un zone piétonne.
Steve soupira, abaissa le bras et se fit percuté par une bagnole. Ce passant était un sacré farceur. Une fois relevé Steve couru le plus vite possible et finit par rattraper le passant qui était à moins de dix mètres (Steve avait mal). « ‘U ‘é ‘ien ‘outu de ‘a ‘eule ! » jura-t-il. Il recracha l'essuie-glace et reprit ; « tu t'es bien foutu de ma gueule ! ». Le passant lui répondit d'une voix atterré : « vous avez déjà vu une rue piétonne avec des trottoir ? ». Steve resta muet quand soudain il aperçut le badge sur la chemise du passant « terroriste Q.C.M- les plus discrets, les moins cher ». « J'ai oublié » rétorqua Steve.
-« Ah ! Je vois que vous n'êtes pas un passant comme les autres... je vous avais sous estimé » dit le terroriste.
-« Je veux revoir le Big Boss »
-« Nooaooon, c'est pas la peine, tu fais pas le poids »
-« Encore heureux, avec mes 1m12 si je faisais son poids je serais énorme »
-« Écoute je fais te faire une confidence parcequ'on commence à se connaitre. Je suis en fait un espion à la solde de B.B et je suis à la recherche d'un tueur à gage fou dangereux du nom de... STEVE LE SOURD ET MUET ! »
-« Eh bien tu l'a devant toi ! »
-« Ha Ha Ha»
-« Quoi ha ha ha? »
-« Sourd et muet »
-« Oui certes... c'est un peu dur à expliquer... en fait... »
-« Te fatigue pas mec, ça marche pas. En plus Steve le sourd et muet c'est un balèze, il a un entrainement de fakir »
-
« ... Dis, ou est-ce que je peux revoir le grand patron ? »
-
« Qui ça ? »
-
« Le big boss »
-
« Ah ! Le super chef. Mais t'es fou ! Le Big Boss est super recherché par la police et par des espions invisibles genres Steve, que personne ne connait, ni n'a vu ! »
-
« Ouais mais c'est juste pour le voir »
-
« Ah si c'est pour le voir alors... tu le trouvera au casino de la ville. Allez ciao ! Et la prochaine fois marche sur les trottoirs ! »
Steve lui dit adieu et reprit son chemin sur le trottoir. Une moto le faucha.


Il faucha à son tour la moto est fonça droit vers le casino. Après un bon quart d'heure de slalom entre les voitures du périphérique et après un mauvais quart d'heure à s'expliquer pour l'éraflure qu'il avait faite à une BMW dont le conducteur était ceinture noire de karaté, il arriva au casino. Il descendit de sa moto, entra dans le casino et repéra de suite un colosse d'à peu prés 7 ou 8 m3. À coté de lui se trouvait B.B. Steve s'apprêtait à sauter sur le colosse quand il vit que celui-ci était armé d'un pot d'échappement ce qui le fit hésiter. B.B le reconnut à cet instant et hurla « Maillekeul ! C'est lui le sourd et muet, attrape le ! ». Maillekeul regarda son boss puis regarda Steve qui chantonnait innocemment. Maillekeul démissionna. C'est à ce moment précis que Steve dégaina son 9mm. Il se dirigea calmement vers B.B qui tremblait de peur. Steve commença un discours ; « vous êtes mort Big Boss... S.A.M. ça s'prononce mort. Vous avez tué Pat, mon meilleur ami, copain et camarade préféré. En plus c'était un collègue de travail. Donc d'une pierre quatre coups, vous m'avez amputé de mon bras droit ! Je suis Steve LE SOURD ET MUET et je suis revenu pour venger Pat ! Et aussi et surtout pour démanteler le groupe Q.C.M que vous avez fondé ». Big Boss lui dit ; « Pa-as besoin de s'é-énerver... je vais tout t'expliquer » et il lui tendit une brochure publicitaire sur le fonctionnement du Q.C.M. Steve répondit « te fatigue pas mec, je suis sourd et muet de naissance et j'ai jamais appris à lire alors tu t'explique en causant ! ».
Steve savourait ce moment historique car le Q.C.M avait mobilisé les services secrets du monde entier depuis plusieurs années sans aucun résultat et désormais plus rien ne l'empêcherait d'avoir par B.B des renseignements cruciaux pour l'équilibre du monde. Et tout ça grâce à lui.


Steve regretta longtemps le coup de feu qui partit tout seul. Il avait au moins démantelé la tête du Big Boss qu'on appela par la suite Boss tout court. Mais cela ne suffit pas aux patrons de Steve qui pour le remercier l'envoyèrent sur une autre mission. Depuis maintenant plusieurs années Steve travaille à infiltrer une organisation très secrète : l'A.N.P.E.


FIN


Villeneuve-lès-Avignon, 1995

Publié par argonautes à 09:53:57 dans Steve, l'espion sourd-muet | Commentaires (1) |

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