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Space Hérésie

Contes et Récits Farfelus des Argonautes de l'Espace

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Ce blog présente les élucubrations de deux amis d'enfance. Contes et légendes farfelus, écris à deux mains, de l'espace ou d'ailleurs.

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Mezouk Agilix - ouvrier très spécialisé dans la centrale Magamix | 26 janvier 2007


Mezouk Agilix était le meilleur ingénieur spécialisé d'intervention en zone risque 5 de la centrale nucléaire. Job qu'il affectionnait particulièrement puisqu'il n'y avait eut en trente ans qu'une seule alerte de risque 4 et deux ou trois de risques 3. aussi, on ne l'avait jamais appellé en plus de trente ans. Les années passaient dans le bureau, où il discutait, jouait au carte, pratiquait son Yoga avec les quelques collègues qu'il avait. De temps à autre, il fallait astiquer telle ou telle combinaison, l'essayer, vérifier son étanchéité, puis faire quelques exercices. Une fois, il avait même du remplacer un haut parleur, mais ils étaient trois et ça n'avait pris que deux jours pour lire la notice et retrouver le tournevis. Mezouk s'était habitué à rester dans son poste, au sommet de la tour B du grand bâtiment central. Il y avait là une vue imprenable sur les deux grandes cheminées de la centrale.

La journée type se déroulait sans encombre, Mezouk avait les pieds sur le bureau et plongeait de temps à autre une main dans un seau de pop corn. Makimak son meilleur ami, assistant ingénieur et coordinateur de zone risque 5, jouait au minibasket contre mur. Il y avait là un mini panier de basket. Il y jouait depuis plus de vingt ans, aussi, il ne manquait jamais sa cible et marquait systématiquement. Il retournait chercher la balle avec le même flegm, faisait quelques pas en arrière, tirait, marquait, revenait vers la balle...
Parfois ça tapait un peu sur les nerfs de Mezouk, qui trouvait ainsi l'énergie de puiser un peu quelques grains de maïs éclatés qu'il grignotait pour se détendre.
Mais ce matin là, Mezouk s'était réveillé avec un étrange sentiment, il était passé à côté des cheminées et avait remarqué une certaine diminution du volume de fumé. "pas bon" avait-il pensé. Puis il s'était repris, après tout, ils risquaient au pire une alerte 2 ou 3 dans la semaine. De quoi enfiler les combi', redesendre au point de rassemblement, faire quelques blagues pendant que les équipes d'alerte 1, 2 ou trois intervenaient... Il prit l'ascenseur, défit son sac à dos et le posa dans son bureau. Il ouvrit le sac. Celui-ci était plein au ras bord de pop corn. Son téléphone sonna.
"Oui ?
- C'est Makimak au phone.

- Sans blague mec, t'es déjà arrivé ?

- Tu parles que je suis déjà arrivé ! S'exclama Mak. je suis au point de rassemblement avec l'équipe d'intervention 1, l'équipe d'intervention 2, l'équipe d'intervention3, l'équipe d'inter...
- Oui, je vois ou tu veux en venir...

- Bref, on est tous là et il fait super beau... Ah oui ! et tu devrais venir car personne ne sait exactement ce qu'il se passe ici. La fumée est toute bizarre mais ça ne correspond à aucun des critères de dysfonctionnement prise en charge par l'équipe d'intervention 1, ni par l'équipe d'intervention 2, ni par l'équipe d'intervention 3, ni...

- D'accord, d'accord ! et... est ce que... éventuellement on serait concerné par... hum... le phénomène ?

- ... Attend, je m'éloigne un peu... voilà... On est peut être dans la merde Mez. Ce matin je suis arrivé au bureau de bonne heure, vers 10h30 et...

- 10h30 !!!

- Ouais je sais, mais j'arrivais pas à dormir, je ne sais pas j'ai du faire une crise d'insomnie, bref je me suis dit ; allez tant qu'à faire profites-en pour abattre un peu de boulot au bureau ! en fait un truc m'avait tracassé toute la nuit et j'ai su qu'il fallait que je règle ça au plus vite...

- Mais quoi ? Tu me fais peur.

- Tu sais la boite de 1000 élastiques dans mon tiroir ?

- Ouais?

- Hier j'ai voulu faire une boule de 1000 élastiques mais à la fin de la journée à 16h ils en restaient encore dans la boite ! Ça m'a stressé tu peux pas savoir !

- Mak, essaie de rester concentré. C'est quoi le rapport avec la fumée ?

- j'y viens, mais ne prononce pas le mot « rapport » ça me donne la migraine depuis qu'on a du rédiger celui de 1981.

- 'scuze.

- bon alors je termine ma boule, je l'essaye, j'appelle le gars de l'entretien pour changer la vitre (d'ailleurs il commence à devenir désagréable lui, je sais pas pourquoi), et là je me dis qu'une petite pause serait la bienvenue. Alors tu me connais je commence à faire quelques paniers et puis je regarde la vitre toute neuve d'où on a une vue imprenable sur les cheminées... et puis là je me dit « tiens ! on dirait que la cheminée sud et comme qui dirait... à portée de panier ! ». C'était trop tentant Mez, tu comprends... j'ai tiré, J'ai marqué et j'ai hurlé « PANIER !!! », ça a résonné dans tout le site mais t'inquiète je pense que personne à compris d'où ça venait. Une demi-heure plus tard la fumée devenait toute bizarre.

- Ah c'est ça... bon, écoute Mak, outre le fait que depuis 25 ans tu continue à me surprendre, je ne pense pas qu'un mini-ballon de basket puisse faire quoique ce soit à une cheminée de centrale nucléaire. Ces trucs là sont conçus pour... Bon Mak, reste concentré. Personne en bas ne sait ce qui se passe, t'es sûr ?

- Sûr, et ça craint parceque si personne trouve une explication très rapidement ils vont finir par se dire que c'est un boulot pour les gars de la zone 5 !

- Restons calme Mak. Essaye de nous faire gagner du temps avant qu'ils ne remontent à nous, moi pendant ce temps je vais chercher dans un bouquin qu'on a au bureau. C'est un traité de Grenouille Fofolle, un chef cherokee spécialisé dans les signaux de fumée. Peut-être que cela nous éclairera sur ce que... la centrale veut nous dire !

Mezouk raccrocha. « bon dieu ! » se dit-il, « encore heureux que je profite de mes heures de loisirs pour approfondir mes connaissances techniques. Si tous les employés étaient zélés comme moi le monde marcherait mieux ! », et il se mit à la recherche du traité cherokee qu'il avait du ranger « à tous les coups ! » dans son rayon « technologie nucléaire et influences astrales ».
Il ouvrit les grandes portes vitrées de sa bibliothèque. Elle couvrait tout le mur du fond, les vitres étaient fendues à plusieurs endroits. ça datait des premières années de Mezouk, quand il avait encore quelques difficultés à viser le petit panier. Mezouk se rappelait avec plaisir de ces années là, Mak venait de sortir de son école d'ingénieur, tout jeune, pas une ride, sportif avec ça ! Et il avait l'arrogance de ces jeunaux qui sortent tout droit des écoles d'ingé. Il croyait tout pouvoir refaire à son idée. Une fois Mezouk était entrée dans le bureau et il avait trouvé Makimak entrain de dessiner au feutre indélibile sur la baie vitrée la forme que devraient avoir les cheminées pour augmenter le rendement de la centrale de refroidissement, ça faisait deux énomes cratères au feutre sur les vitres. Des trucs qu'auraient mesurés bien 850 ou 900 mètres de haut, en forme de pyramide aztèque pour "faire joli, parce que l'art importe au moins autant que la science Mr Mezouk !". Ah la douceur de ces premières années, quand la machine à pop corn n'était encore qu'au rez-de-chaussé et qu'il fallait toujours se taper les escaliers parce que les ascenseurs étaient régulièrement en panne ou coincés entre deux étages par d'étranges lambeaux de caoutchouc orange sur lesquel était parfois écrit "NBA". Ah ces années de bonheur, d'insouciance, de joie de...
- Chiotte ! il est où ce fichu bouquin ?
Et Mezouk tomba dessus, le prit, puis ce tourna vers l'encyclopédie "Centrale Universalis tout sur tout et même un peu en rab".
- O Zut ! Il est en 20 tomes ! Flute alors, j'aurai le temps d'en lire qu'un, et encore.... Lequel prendre...
Mezouk hésita entre le tome "T-U" qui comprenait "tuyau" et "turbine" et le tome "C" qui devait certainement comprendre "cheminée" et "Clé de 8". Il prit le C et entreprit de le lire en courant dans les couloirs tout en enfilant sa combi 8 - "combinaison protection totale de risque indéterminé de puissance 3 à 5".

Mezouk sortit du bâtiment, se faufila dans l'allée centrale, puis avant de rejoindre le groupe se débarrassa de son exemplaire C dans une poubelle, histoire de ne pas attirer trop l'attention des autres. En arrivant il remarqua que de l'autre côté de l'allée l'équipe d'intervention risque 4 descendait autour de la combi rouge de Bill Tcherno, le célèbre responsable de l'équipe zone 4.
"Merde, pensa-t-il, ils ont appellé Bill !".

Bill Tcherno. Une légende dans le monde des ingénieurs-techniciens du nucléaire. L'homme était aussi mystérieux qu'il était célèbre et vivait en reclus au sommet de la tour d'observation ouest. Il était formellement défendu de le déranger dans son antre et le petit groupe des techniciens de zone 4 qui vivait dans un préfabriqué au pied de la tour ne pouvait communiquer avec lui que par radio-téléphone.
Bill Tcherno. Toutes sortes de rumeurs circulaient sur son compte, certains prétendaient que cet immigré géorgien avait participé au programme nucléaire militaire russe puis avait été déporté au goulag pour être devenu un militant pacifiste gênant suite à certaines « expériences » dont il aurait été témoin.
D'autres au contraire affirmaient que Bill avait été un jeune étudiant surdoué qui vivait dans une petite ville universitaire des Etats-Unis et dont le hobby était la recherche sur la fission atomique qu'il menait dans le garage de son petit pavillon de banlieue. Un jour qu'il était allé chercher une baguette et une bouteille de lait dans la station service d'à coté, ses appareils étaient devenus brusquement instables et une fission avait eu lieu, vaporisant à la seconde son garage, sa maison et sa femme qui préparait le café. C'est depuis que Bill serait devenu cet ours bourru et solitaire.
Un autre avis enfin, très minoritaire puisque c'était celui seul de Yad Urab, le cuistot de la cantine de Magamix, mais qui comptait néanmoins puisque ce dernier en parlait inlassablement à qui voulait bien lui prêter l'oreille, affirmait que Bill était envoyé de l'espace par une civilisation supérieurement intelligente afin de surveiller le progrès des humains sur la maitrise de l'atome.

En trente ans il n'y avait eu qu'un seul et unique incident de zone 4, mais l'intervention de Bill avait été tellement extraordinaire qu'elle avait suffi à graver son nom à jamais dans les mémoires des ingénieurs et techniciens du nucléaire civil et militaire du monde entier.

Les groupes se formaient par secteurs et spécialitées. Les 5 équipes d'intervention étaient là. L'équipe d'intervention risque 1 attendait plus ou moins gênée dans ses combis roses bonbon à casques vert pâle. L'équipe de niveau 2, mieux organisée et plus fière était rassemblée autour de son responsable Conrad Yoactyf en combinaison bleue à bande jaune. L'équipe d'intervention trois était en combi or à paillette d'argent et petites étoiles à 6 branches. Mais le plus impressionnant, c'était sans aucun doute la combinaison de Bill, large, épaisse, avec coquille, coudière, protège tibia et épaulette, avec un plastron épais sur le buste qui portait les traces énormes, larges, des coups de griffes de... La Bête. Personne n'avait oublié...
C'était au cours de l'été particulièrement tranquille de 1984, les équipes comme chaque année s'affrontaient au football américain sur le terrain de sport de la centrale. La surveillance était relayée par l'équipe 0, équipe de remplacement non formée, en short et T-shirt, inutile, et qui ne servait que pendant les 3 heures du match pour la surveillance des sites. Jusqu'alors c'était le boulot rêvé, la planque parfaite... Mais après les incidents de 1984... C'était devenu... Comment dire... Un poste de chair à canon, de cancereux, de charpie... Triste été 1984. Mak était en train de courir le ballon sous le bras et tentait une courbe rapide pour éviter la charge de Bill quand les sirènes syncopées propres aux phénomènes risqués de niveaux 4 sonna. Bill ne s'arrêta pas tout de suite dans sa course, il chopa soudain Mak, le poussa d'une main dans la boue avant de lancer le ballon entre les barres de l'équipe 5 puis il fit signe à son équipe de le suivre.
Ce qui s'était passé par la suite demeure pratiquement incroyable.
De nombreux rats infestaient le site dans les années 1980. L'un des membres de l'équipe 0 avait entendu un bruit suspect dans les sous-sols aux niveaux -5, il ne devait jamais remonter. Beaucoup d'hommes périrent dans les sous-sols avant qu'on ne puisse déterminer l'origines des disparitions et des cadavres déchiquetés dans les couloirs, entre les tuyauteries... Une fuite de radioactivité avait touché un rat, c'était devenu une bète énorme, la taille d'un lion, et elle hantait les niveaux -5 à -4... ça c'était un boulot pour l'équipe 4. On avait envoyé Bill...

La quasi-intégralité de l'équipe zéro (essentiellement composée d'étudiants se faisant un peu d'argent pendant l'été, et même de quelques malheureux stagiaires non-rémunérés en sécurité ou en « maitrise des risques sur l'environnement »), avaient était décimés dans le labyrinthe sous-terrain. Leur combinaison t-shirt-et-short de protection magamix 100% coton n'avaient pas résisté longtemps à la bête enragée. Seul deux d'entre eux avait pu ressortir à l'air libre pour décrire la vision cauchemardesque d'un rat de trois mètres de long avec des griffes de 60 cm emportant dans sa gueule Benoit Bertoux de Dijon, étudiant en sciences humaines en première année de sa thèse « les fondements épistémologique judéo-chrétien dans l'élaboration du paradigme moderne de la suprématie de l'homme sur le règne animal ».

Bill s'engagea dans un puits d'aération débouchant sur le niveau -3 après être passé s'équiper dans son « magasin personnel » d'un 9mm et d'un couteau de chasse ; il s'était aussi procuré une grosse tome de savoie auprès de Yad le cuistot, un plan complexe s'élaborant dans son esprit. Je pose le fromage, je me cache, le rat mange le fromage et... boum le rat ! Cet hiver j'irais à la chasse avec une veste de trappeur en peau d'enfoiré de rongidé !
Dans le souterrain on entendait encore des hurlements, les derniers stagiaires et intérimaires courant désorientés dans le noir presque total. Au détour d'un couloir Bill eu la surprise de voir qu'un des étudiants, probablement en ingénierie mécanique, avait eu la présence d'esprit de construire avec des matériaux d'étayage une tapette géante de fortune. Sacré p'tit gars ! il en faudrait plus des comme toi. L'étudiant n'avait malheureusement pas eu la présence d'esprit de ne pas marcher dessus en repartant. Je passerai le bonjour de ta part au sac-à-peste quand je lui ferais deux ou trois nombrils supplémentaires. Un reniflement saccadé résonna soudain derrière Bill, suivi d'un bruit mouillé répugnant. Bill abaissa doucement le cran de sécurité de son 9mm, fit volte-face et tira. Mais la tome de savoie de 5 kilos qu'il avait coincé sous son autre bras le déséquilibra et il manqua sa cible. Il eu le temps de voir une énorme fourrure grise disparaitre à l'angle du corridor. Une trainée brillante se dessinait sur le sol qu'il identifia comme la salive de la bête et qui avait du couler en cascade de sa gueule. Cette saloperie de muridé se voyait déjà se faire un Bill-Fromage en dessert ! j'ai mieux à proposer ; quelques pruneaux pour digérer. Ouais, des pruneaux de calibre 9.

Et Bill s'élança sur les traces de salive du rat.

Les traces débouchaient sur une trape. Bill passa la tête dans un corridor vérifia que le rat n'était pas là, se jeta dans le corridor et courrut en suivant les traces. Rien n'aurait pu arrêter Bill sur sa lancée. Il faisait de grandes enjambées, pressé de rattraper le rat. Sûr de le croiser bientôt dans la pénombre, quand il voyait une silhoutte bouger il vidait son chargeur en courant, dépassait la forme qui s'affaissait et changeait de chargeur dans le même mouvement. On put entendre un stagiaire hurler dans les corridors "A terre ! Y a un malade qui nous flingue !" ou "Faites gaffe au forcené !".
Aprés un silence qui suivit quelques coups de feu un stagiaire hurla : "Y a une bête ! Hey ! A moi ! Y a Arggh...............". Bouge pas gamin je vais lui apprendre qui est maître et possesseur de la nature ! Et Bill redoubla de vitesse, il passa un angle en pleine course et quelque chose vint le frapper à la nuque avec force, il vacilla, tituba, regarda bêtement le stagiaire qui venait de le frapper avec un gros tube en aluminium. "J'ai le forcené ! Faites vite !".
- Lache ton flingue le russe où je te fais sauter la tête!
- Ok petit, t'es le plus fort. Vrai, regarde : c'est bon, je le baisse mon flingue.
- Hey fait pas le malin, tout doux là, voilà c'est bien. Envois moi ça plus loin. Tout doux.
Bill jeta son 9 mm à quelques pas. Derrière le stagiaire une silhouette sombre roulait ses épaules aux longs poils hérissés.
Faut qu'j'gagne quelques minutes. Bon sang, juste quelques minutes.
- Hey gamin, t'en fait pas pour tes potes, c'est des balles en caoutchouc, c'est juste pour les asseoir et qu'ils restent tranquille, tu sais...
- Reste à ta place et garde les mains bien haut où tu feras plus jamais de gosse. Hey ! Les mecs ! J'ai le taré ! Grouillez !
Bon sang, pourquoi veut-il pas se bouger ce con de rongidé.
- Dit, fit Bill, tu veux pas arrêter tes conneries ? Y a un rat de trois mètres qui se ballade dans les couloirs et tu veux que je reste là à faire le marsoin ?
Derrière le stagiaire la silhouette s'avança d'un mouvement souple et silencieux et commença à se relever lentement sur les pates arrières.
- Ouais je sais qui tu es, t'es un taré et tu viens de buter trois ou quatre gars. J'ai pas vu de rat mec, t'es taré.
Le rat se souleva d'avantage. Bill frémit intérieurement au regard rouge du monstre, de la bave lui descendait du cou en se collant à ses poils.
- Allez gamin, fait pas l'idiot, baisse ton tuyau.
Le rat ne bougea pratiquement pas, il fit un léger écart sur la gauche et des griffes traversèrent l'épaule du jeune qui se débattit en hurlant, Bill courut jusqu'au flingue, se retourna. Plus rien.
Des stagiaires accoururent.
- Courageux gamin, dit Bill, il tenait l'espèce de marmotte géante à portée de tirs avec ce joujou. Mais il savait pas trop s'en servir... Je crois qu'il a dut en écorcher quelques-uns parmi vous.
Les stagiaires le regardèrent de haut en bas, lui, son flingue et son tome de Savoie.
- Mais le rat l'a choppé, ajouta Bill.
- Il est où Ratzinger ? Demanda un stagiaire.
- Je crois qu'il est fait comme un rat, dit Bill.
- Quoi ?
- Ouais zavez bien compris, c'est triste, le rat a rattrapé Ratzinguer : il est fait comme un rat.
- Hein ?
- Je veux dire, le rat s'est ramené, l'a rattrapé et l'a fait comme un rat le Ratzinger, zavé beau raticé vous trouverait pas un chat.
- Je vois pas le rapport.
- Le rapport c'est que le rat l'a ramassé en le rattrapant et l'a ramené je ne sais où : il est fait comme un rat.
- Je comprends pas.
- Laisse tomber filston, c'est une expression : à cause du rat, il est fait comme un rat. A votre âge vous devez pas encore savoir ça. Bon lequel de vous trois veut venir avec moi dézinguer, ou plutôt dépoiler l'congidé ?
- Quoi ? Mais qu'est-ce qui raconte s'vieux mécano ? Demanda Biji le stagiaire japonais.
- J'sais pas j'comprends rien à c'qui dit, répondit Hougoudangounou de centre Afrique.
- Vous les avez fait où vos études ? Dans une boite à cadeau ?
- Hein ?
- Ouais zavé bien compris, je veux dire dans une boite à surprise ?
- Quoi ?
- Mais vos études marsoins !
- ...
- Bon, fit Bill on va lui envoyer quelques pruneaux ?
- Mais à qui ?
- Ben au pongidé ?
- Non, dit Hougoudangounou, on va envoyer aucun fruit sur aucun animal, on va simplement aller voir la sécurité. Biji t'appelle la sécu ?
- ça marche, le quitte pas des yeux, il a dut se prendre une bonne dose de radioactivité le bonhomme. Va falloir vous soigner monsieur, ne vous inquiétez pas, vous êtes pas le seul blessé aujourd'hui, vous ne vous en tirez pas mal à côté de certains membres de notre équipe. Allô la sécu ? Ici Biji de l'équipe 0... Mais si, l'équipe en T-shirt blanc et tongues bleues... Le remplacement pour le matche, y a un type qui veut donner du fromage et des pruneaux aux rats, il a l'air un peu... Un peu perdu... Quoi ? ... Oui, j'ai bien entendu... Vous voulez dire un "rat". R. A. T. ? OK.... Non.... On bouge pas d'ici... Non il a pas l'air trop agressif... OK. Euh... Les gars, ça n'a rien à voir, mais y a un rat de trois mètres de long dans les couloirs, ils en sont sûr ils l'ont vu dans les caméras de surveillance et...
- Dites les gamins, dit Bill, zallez p'têtre m'écouter maintenant, c'est moi qui doit me charger de déplumer c't'oiseau de malheur.
- Oui monsieur, on verra ça tout à l'heure avec la sécurité, pour le moment on a fort à faire avec un rat de trois mètres de long, pas de pongidés ni de pruneaux, pas d'oiseaux, de chats, de marsoins ou de marmottes, ni surprises ni boites à cadeaux.
- « Ecoute l'ami, je crois que toi et tes copains vous avez pas encore réalisé qu'un cauchemar à poil gris avec des incisives plus grandes que la jambe en bois du vieux Jo' se cache quelque part dans ces couloirs et n'attend qu'une occasion pour vous dépiauter le larynx. Certains de vos amis l'avaient pigé plus vite que vous, comme ce brave gars qui a construit une tapette géante qui lui a été fatale, mais apparemment vous êtes les petits retardataires ; alors voila messieurs, disons que votre seule chance de revoir le ciel c'est ce bon vieux Bill, son cracheur de pruneaux et son cure-dent pour géant ». Dans l'obscurité il fit briller la lame de son couteau de chasse sous les yeux médusés des stagiaires. « Quand je pense que ce fils d'huissier de DRH de mes deux voulez me proposer un plan de reconversion vers un poste « plus conforme à mes capacités physiques », ha !ha ! J'me marre ! On dirait qu'il est encore vert le Bill pas vrai ! On dirait que comme qui dirait ça serait le foutoir sans lui, pas vrai ? »

- « monsieur il faut se calmer là, on comprend rien à ce que vous dites », dit Hougoudangounou essayant de prendre un ton décontracté. « On va attendre la sécurité tous ensemble, tranquillement, on va curer aucune dent d'aucun DRH ».

- je crois que t'as pas imprimé Ouagadougou. La sécurité ici c'est moi. Je suis responsable de la zone d'intervention 4 et surtout j'aime pas qu'on me contredise. Et en plus c'est moi qu'a le fromage.

Les étudiants se jetèrent un regard en coin. Biji prit la parole avec le plus de courtoisie et de diplomatie possible ; « monsieur, vous devez comprendre que pour nous la principale menace dans ce sous-terrain - ne le prenez pas mal - c'est vous. Vous tenez des propos incompréhensibles, vous affirmez avoir croisé tout un zoo dans ces couloirs, et vous vous promenez avec une arme à feu et un gros fromage. En plus on vu a très bien vu descendre Paul et Caro tout à l'heure, vous couriez comme un fou en chantant une musique de suspens ».

- « dommage collatéral, mon gars. J'ai fais de mon mieux ».

L'écho d'un hurlement retentit dans les couloirs. «Et ça c'est la Callas ? » repris Bill d'un air victorieux. « Bon sang les enfants, je sais bien que dans vos écoles ont vous apprend à penser de travers mais là il est temps de réaliser qu'un vous avez un problème plus sérieux que moi ! ouaip, un problème de trois mètres de long ; sa majesté rongideux-le-baveux ! Alors soit vous arrêtez de terviger... de vergiter... de me contredire et vous passez à l'action, soit je vous propose de vous déguiser en granulé pour muridé et d'attendre que Pongidé 1er viennent vous croquez tout cru ! »

Les étudiants se regardèrent tandis que des hurlements résonnèrent à nouveau. « Bon c'est d'accord on vous suit, mais s'il vous plait arrêtez vos expressions ».

- « Heeepeeee ! C'est d'accord les gars, vous allez voir on va lui apprendre que c'est pas l'année chinoise du rat au rongeur de l'espace. Je vais couper le fromage en quatre ; Ouaga tu prends un morceau et tu va réenclencher la tapette géante, les deux autres on prend chacun un couloir, vous placez le fromage dans un endroit stratégique d'où vous aurez un bonne vue et dès qu'il pointe ses moustaches de l'enfer vous appelez les autres. Bonne chance les gars, et roulez à droite... »

Et les stagiaires, leur quart de tome de Savoie dans les bras, virent Bill s'élancer dans l'un des couloirs sans un regard en arrière, écoutant diminuer peu à peu le sifflotement d'un air de suspens.

Bill courrait. Il se fiait à son flair. Il aurait pu fermer les yeux et accélérer encore. Il connaissait à fond les coursives, les virages, les différentes tuyauteries qui courraient au plafond et sur le bord gauche des murs. Les tuyaux d'un mètre de diamètre où passaient les vapeurs, les tuyau plus petits où l'eau froide était injectée sous très haute pression. "Où pouvait-il bien se cacher ? Où aimerait-il prendre son dernier repas le marsupiaux... ?".
Bill connaissait bien ces rats. Pendant les nombreuses années qu'il avait passé en solitaire dans son bureau, Bill avait préparé cette intervention à merveille. Il avait épluché les plans des souterrains, marché de long en large le long des tuyauteries, examminant chaque aspérité, comptant la longueur de chaque couloir en nombre de pas, comptant mentalement les virages et les angles, pour préparer une éventuelle intervention dans le noir absolu. Bill avait aussi étudié à fond chaque espèce animale des abords de la centrale, il connaissait chaque espèce de libellule, de moustique, de moucheron, de pissenlis, d'orties, et bien sûr, les rats... C'était des Rattus Mordax, une espèce agressive qu'on croyait spécifique à l'Australie et qu'on croyait éteinte depuis 1982. Bill avait fait un papier là-dessus et l'avait publié à la prestigieuse revue "Nature". ça avait fait sensation. Des Rattus Mordax dans la drôme... Il avait été invité par la communauté de taxinomie parisienne et avait présenté un spécimen Rattus Mordax Drômo-BillTcherno à la grande galerie des espèces... Bill avait aussi trouvé des Ortica Ardens dans la pelouse de l'allée centrale, une espèce très rare d'ortie extrêmement toxique. Il avait trouvé Zozo, le chien de Yad Urab, le cuitot de la centrale, qu'était sur le dos, bleuâtre, les jambes dressées, un peu molles, quelques feuilles d'orties dépassaient entre deux canines... Ah... Tout ces préparatifs, tout ce travail pour ce grand jour... "C'est pas des cons de stagiaires qui vont m'gacher ça, pensa Bill. Je crois bien que ni Biji ni Ougadougou ne seraient de taille. Là c'est le grand jour pour l'vieux Bill. Le jour Ji comme qui dirait, J comme Biji pour Bill."
Quelque chose dans le cerveau de Bill se mit à bourdonner doucement. Il est pas loin. Bill ralentit, tint fermement la tome de Savoie de sa main gauche et fit sauter le cran de sûreté de son 9 mm. Quelque chose bougea sur sa gauche, Bill se tourna, mais trop tard, le rat avait sauté sur son fromage et tenait entre deux paires de dents énormes la croute de la grosse part de tome. - Rend moi ça l'asticot. Et Bill ne lachait pas prise, d'une main il tirait sur le fromage. Il se pencha légèrement sur le côté pour poser délicatement son calibre au sol. "J'ai besoin de mes deux mains pour ça" Pensa Bill. Puis il fila une bonne giffle au museau de la bête qui ouvrit grand des yeux ronds. - Lâche ça l'ancêtre, ça ça apparatient à Yad Urab, un homo sapiens sapiens, pongidé ! Et il lui fila une grosse baigne et un coup de tête au museau. Le rat lâcha prise, se mit sur les pattes arrières et poussa un sifflement qui envoya valser des pans entier de matière baveuse sur Bill, qui put protéger le fromage à temps en le faisant passer derrière le dos. - Saleté de Mordax, je vais te renvoyer en Australie vite fait bien fait. je vais te faire regretter d'avoir muté sale... Et le rat contourna Bill à une vitesse proprement incroyable et se saisit du fromage. Bill ne lâcha pas et lui envoya un nouveau coup de tête. - Fumier de pongidé, je vais te rogner la tronche ! Le rat recula, se leva sur la pattes arrières, Bill put constater qu'il devait dépasser un peu les 3 mètres puisqu'il frolait le plafond de 5 m 50. Bill se sentait petit avec le fromage, il s'en voulait un peu, il se sentait lâche : il commençait à songer à abandonner le fromage au rat. "Tant pis pour Yad" pensa Bill. Et le rat lui envoya un coup de griffe terrible qui le propulsa loin derrière. Quand Bill se releva le rat avait le fromage dans la gueule. Bill se mis sur pied aussitôt, courrut en poussant un cri rauque terrible, le rat fonça vers lui, Bill se laissa glisser au sol, passa sous les pates du rat, se saisit du revolver, se releva en faisant volte face et vida son chargeur sur l'arrière crâne du rongeur qui s'affaissa.
Quand Biji et Ougoudangounou arrivèrent avec la sécurité, Bill, une trace profonde de griffes dans le plastron, pleurait en tentant de dégager le fromage de la gueule du rat mort. Ils firent les yeux ronds face à la carcasse énorme, et Bill baissa les yeux sur les quelques bouts de fromage qu'il tenait entre les mains. - J'ai rien pu faire, dit Bill. C'est tout ce qu'il reste. Et Bill versa une larme.



C'est la sensation du filet de bave qui coulait sur son menton qui fit reprendre ses esprits à Mezouk. Durant tout ce long flash-back mental il était resté debout le regard dans le vide, la bouche pendante, si bien que malgré l'attention portée aux chefs d'équipe qui donnaient les instructions, pas mal de personne le regardait curieusement.

Il reprit ses esprits à temps. Il n'y avait que lui et Mak de l'équipe d'intervention zone 5 ce jour là, et il n'avait donc pas d'instruction de groupe à donner. Il avait raté l'organisation des trois premières équipes mais à présent Bill Tcherno allait prendre la parole et l'attente dans le groupe de technicien devint palpable.
« Messieurs, bien que personne ici ne sache encore à quoi correspond cette diminution du volume de fumée, pas besoin d'être Sherlock Holmes pour deviner qu'il y a des boulons dans la soupe... l'équipe d'intervention 1 va donc partir examiner le réseaux hydraulique afin de vérifier qu'aucun acte de malveillance ne soit à l'origine de ce dérèglement. Pour les équipes 2 et 3 j'ai pas bien écouté mais ça sonnait stratégique. Moi et mon équipe on va contrôler les sous-sols -4 et -5. Histoire d'être sur  qu'aucuns prétendants au trône de rongideux 1er, ou autres, ne veuille du rab de pruneaux. j'me comprends. Je pense que tous les rôles ont été distribués, messieurs dispersez-vous mais surtout restez groupés. Les jeunes vous z'êtes trop jeune pour vous douter mais disons que j'ai pas envie d'un nouveau carnage à cause de l'amateurisme de certains. Y'a qu'les anciens qui saisissent les tenants et les z'aboutissement, ouais j'me comprends ».

Sur ce Bill tourna sur ses talons et s'élança dans l'air encore frais de la matinée finissante, les membres de son équipe en combinaison rouge sur ses talons. Ils n'avaient pas fait 10 mètres qu'une voix s'éleva du groupe des techniciens qui renâclaient à partir ; « et attendez ! L'équipe d'intervention zone 5, ils font quoi alors ? ».

Tous les regards convergèrent vers Mezouk et Mak qui, la tête rentrée dans les épaules, étaient en train de partir en douce en rasant le mur du bâtiment C.

Publié par argonautes à 11:52:07 dans Mezouk Agilix | Commentaires (3) |

23-02-2007  09:46  23-02-2007 09:46
To Ster  De  argonautes identité certifiée Sujet:  To Ster Url: [Liens]
Je ne pense pas que ça finira juste apèrs les rats... C juste un Flash back sur les évènements marquants des années 80, qd Bill devenait une légende. Après la véritable intrigue devrait débuter...
16-02-2007  11:16  16-02-2007 11:16
c fini ??  De  ster  Sujet:  c fini ?? Url: [Liens]
je voudrais savoir si c'est fini après les rats ..... je trouve que ce n'est pas fini moi !!!
29-01-2007  17:57  29-01-2007 17:57
haha!  De  Cécile  Sujet:  haha!
très bon début!!

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