Récemment agrégé de Sciences économiques et sociales, plus anciennement titulaire d'un DEA de Sociologie (aujourd'hui appelé Master de recherche), j'enseigne les sciences sociales en BTS auprès de futurs travailleurs sociaux et prépare au diplôme de Conseiller en ESF. j'interviens également en tant que formateur au CNAM de Bourges, ainsi qu'à l'Institut du Travail Social de Tours et plus ponctuellement à l'Université de Tours dans le cadre du DU Médiation et gestion des conflits.
Ce petit blog sans prétention... a quand même celle de fournir quelques pistes de réflexion et d'analyse à propos de concepts et d'auteurs essentiellement sociologiques.
J'apprécie tout particulièrement vos remarques et commentaires qui sont toujours une source de lecture et de réflexion stimulantes. Alors n'hésitez-pas!
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<< L'école est elle juste? I | Le dernier jour d'un condamné | 5 000 000 000 >>
Je viens de terminer la lecture ce matin d'un grand classique de la littérature française, à savoir Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo. Ce roman est un véritable plaidoyer contre la peine de mort alors en vigueur au moment où Hugo écrit, en 1829.
Sur une petite centaine de pages, l'auteur nous raconte, par la plume du narrateur, qui n'est autre que le condamné lui-même d'ailleurs dans sa première préface, Hugo laissait le doute planer quant à l'auteur de ces lignes, usant du subterfuge qui veut que l'éditeur ait trouvé quelques feuillets jaunis perdus dans un cachot, qu'il s'empressa de publier ou alors que l'histoire eut jailli de quelque poète bien informé sur les turpitudes de l'âme d'un condamné.
Il faut préciser qu'à l'époque où l'auteur écrit, la peine de mort est un acte de justice sociale, qui vient punir et venger une action délictueuse, un crime impardonnable. Si la peine de mort est considérée juste, l'exécution de la sentence est une fête, qui regroupe badauds et curieux sur la place publique (en l'occurrence dans le présent ouvrage, il s'agit de la place de Grève à Paris).
Ainsi, pour mieux comprendre et éprouver l'absolue modernité de l'œuvre et le progressisme profond de son auteur, il convient de bien mesurer le contexte social et historique dans lequel l'œuvre puise toute sa noblesse.
A sa sortie, l'ouvrage fit grand bruit ! Hugo fut raillé comme un vulgaire poète illusionné, à la naïveté enfantine. Mais l'Histoire lui donna raison. Il avait juste eu le tort d'avoir raison trop tôt.
Avant de revenir sur quelques passages magnifiques de la préface de 1832 que l'auteur consacra à défendre l'abolition de la peine de mort avec une plume acerbe une prose magistrale à l'encontre de la justice, revenons rapidement sur l'œuvre proprement dite.
Hugo y relate les derniers jours d'un homme condamné à mourir. Pour donner corps et force à son récit, l'auteur ne situe ni le crime, ni l'histoire du personnage, afin de ne pas en faire un héros, un martyr, un personnage particulier, mais un individu quelconque, comme tout un chacun. Il ne fait que le récit bref (100 pages), multiple (49 chapitres) des pensées, sentiments, angoisse, espérances, doutes, peurs, désespoir de ce condamné à mort qui sait son sort fixé, la date et l'heure précises de sa mort programmée. Hugo décrit à travers la plume du narrateur les tourments qu agitent l'âme, les pensées contradictoires, la vanité des choses, bref la grisaille quotidienne des heures étranges qui vous séparent de la mort, où le personnel est étrangement aimable : curé, gendarmes, bourreaux. Ce qui fera dire à Hugo cette phrase devenue célèbre : « Ces bourreaux sont des gens doux », quand voulant couper les cheveux du condamné quelques minutes avant de l'amener à la potence, et croyant l'avoir écorché il lui demanda de bien vouloir l'excuser s'il lui avait fait mal.
Mots simples, qui passeraient inaperçus dans un autre contexte, mais qui se chargent alors d'une ironie sordide, faisant ressortir la dimension tragique du lieu, de l'instant. Et de l'échafaud qui lui, sait que l'heure approche et que ce qui doit être fait là, sera fait là.
Le récit prend fin à quelques secondes du couperet fatal. Le condamné est sur l'échafaud, il lui reste quelques minutes de vie et il confie comme dernière volonté, vouloir un stylo et du papier afin de terminer son récit jusqu'au bout. Quatre heures sonne ; l'histoire prend fin.
Mais plus que le récit du condamné, ce qui m'a profondément marqué, c'est la seconde préface que fait l'auteur à son édition de 1832 (le premier ouvrage fut publié en 1829). C'est une véritable diatribe contre le système judiciaire, contre les juges et les politiciens. Hugo précise ici qu'il ne s'adresse pas aux intellectuels ou aux artistes mais aux hommes de lois, aux dialecticiens. « Ce n'est pas à eux que nous nous adressons, mais aux hommes de lois, aux dialecticiens, aux raisonneurs, à ceux qui aiment la peine de mort pour la peine de mort, pour sa beauté, pour sa bonté, pour sa grâce. »
Pour donner corps à sa diatribe, Hugo fait ici le récit de trois ou quatre exécutions qui se sont « mal passées », notamment l'épisode suivant où le bourreau dut s'y reprendre à cinq fois, sans succès ... avant que son valet ne saute sur le supplicié pour achever de trancher avec un couteau la partie de la tête encore attachée au tronc tandis que l'homme était toujours en vie et hurlait de douleur.
Bref, la préface est d'une beauté tragique, où l'auteur critique l'hypocrisie des parlementaires, (à l'époque des illustres hommes furent condamnés : on décida alors de poser la question de la peine de mort ; on décida de l'abolir mollement, maladroitement, de manière vile afin de sauver ces quatre pauvres hommes, mais on enterra le dossier et tous les condamnés qui s'étaient cru sauvé de la mort eurent le plaisir de constater qu'il n'en était rien), la main ensanglantée de la justice, où il n'hésite pas à parler des juges comme des assassins.
Une phrase mieux que tout autre résume le point de vue de l'auteur : « Sous la patte de velours du juge, on sent les ongles du bourreau. »
Puis Hugo termine sa préface par une ouverture sur l'avenir, comme pour mieux prendre l'Histoire à témoin. Où il expose ce que devrait être la justice de son temps, sans aucun doute ce qu'elle sera demain. Où expose t-il, comme on peut regretter les rois, il demeure la patrie ; comme on peut regretter Dieu, il demeure la foi ; mais on ne pourra regretter le bourreau. S'y substituera une justice véritablement juste, qui ne prendra pas ce qu'elle n'a pas donnée. Qui ne vengera pas, ce n'est pas là son rôle, qui ne punira pas, ce n'est pas là sa seule fonction.
Il est des moments où il fait bon relire certains classiques. Celui-ci en est un. Où l'on entend, plus ou moins sourdement résonner les pas sur l'échafaud. La peine de mort est une abomination. Non pas parce qu'elle tue (cela suffit déjà !) mais parce qu'elle est une insulte à la notion même de justice. Victor Hugo l'avait remarquablement bien repéré et décrit il y a plus d'un siècle et demi. Il est vivement conseillé de relire cet ouvrage (ou de le lire) et notamment cette magistrale préface.
Lire Le dernier jour d'un condamné, c'est presque faire œuvre de salubrité publique.
Cela m'a fait repenser à une situation récemment apparue. Si le père du petit Enis (je crois que c'était son nom) avait raison quand il disait vouloir que la peine de mort s'applique pour les tueurs d'enfants, il réagissait en tant que père, en tant que victime. Il était dans son « bon » droit. En revanche, le Président de la République, garant des institutions et du bon fonctionnement de la Justice se devait de s'y opposer. A travers sa voix, c'est la Justice qui doit parler, pas l'homme.
Je terminerai juste par cette dernière phrase empruntée à V. Hugo qui résume bien ce qu'est la justice et ce qu'elle doit continuer à être.
« Mais reprend-on, il faut que la société se venge, que la société punisse. Ni l'un ni l'autre. Se venger est de l'individu, punir est de Dieu. La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d'elle, la vengeance au-dessous. Rien de si grand et de si petit ne lui sied. Elle ne doit pas « punir pour se venger » ; elle doit corriger pour améliorer »
Publié par deusexmachina à 18:01:23 dans fragments | Commentaires (52) | Permaliens
15-02-2012 20:12
De el mehdi Sujet:
le resume
14-02-2012 23:57
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le resumé
14-06-2011 22:14
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à tous le monde
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le derniér jour ...
11-05-2011 19:24
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soal
12-04-2011 00:42
De mohamed Sujet:
le dernier jour d`un condamne
06-03-2011 23:27
De manal Sujet:
derneur jour d'un condamné
03-06-2010 21:25
De hal rad bigg Sujet:
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03-06-2010 21:24
De hal rad bigg Sujet:
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03-06-2010 21:23
De hal rad bigg Sujet:
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02-06-2010 17:25
De latifa Sujet:
le resumé
17-12-2009 21:31
De hakmaouui Sujet:
je veut critiquer
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De anonime Sujet:
victor hugo
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23-02-2009 13:54
De avril Sujet:
pour les rageux !!
12-02-2009 21:49
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07-09-2008 23:42
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