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Swannnnnnn

HAINE, PEINE, PARSEME LE DILEMME

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Rien... | 15 septembre 2009

Rien n'empêchera la vie de les frapper,

De désespoir en miroir, ils se virent renoncer,

A chaque instant nouveau de brèves turpitudes

Aux excréments d'esprit et d'habitudes.

 

Sale à chaque fois que je me vois,

C'est bien toi qui me laisse sans voie

Sans issues, les routes infinies

De cette mort promise à chaque ni. 

 

Y'avait pourtant à croire,

A croire quoi ? Quelle histoire ?

Finalement, tu avais raison

la vie est une question de saison. 

Publié par Swannn à 20:08:27 dans Swannn | Commentaires (1) |

Le calancheur 01 | 27 mai 2009

- Qui êtes-vous ?

- Peu importe. Votre mémoire ne vous servira plus.

- Pourquoi ?

- Parce que vous allez mourir.

- Comment ça ?

- Je veux dire par là que tout être humain est ontologiquement mortel, mais que pour vous, ça va se vérifier rapidement.

Il n'a pas été plus étonné que ce qu'il aurait dû au moment où il a eu sa crise cardidaque. Mortelle. Il était seul. Le produit était indétectable. Il a depuis augmenté le nombre de croix du Père Lachaise. Cela aurait pu être effrayant, choquant, dégueulasse, ... Mais je m'en fous. Après tout, la calanche, c'est mon métier. 

Je suis tueur. Mais pas mercenaire. Je suis un fonctionnaire du dernier gaz. Payé par l'Etat. Alors évidemment sur ma feuille de salaire, c'est pa vraiment cet intitulé mais n'empêche, je suis payé - très bien payé - pour buter qui gêne. Enfin "qui pourrait substantiellement gêner". Je n'ai rien à voir avec les diverses fantaisies cinématographiques façon Nikita, Léon, Kill Bill, etc.

Non, mon truc à moi, c'est le crime parfait.

Vous savez, ce crime dont vous ne savez pas qu'il en est un. Le crime parfait existe, c'est justement parce que vous l'ignorez qu'il existe. Et moi, je les commets. Et comme ils sont parfaits, on ne sait pas qu'ils en sont. Du coup je peux continuer à en faire.

Mes publics sont divers. Mais pour faire simple, lorsque l'Etat commence à sentir qu'une personne pourrait embarrasser ses affaires et que sa disparition, si elle apparaissait comme naturelle, pourrait simplifier les choses, on fait appel à moi. En général, on me laisse un dossier et trois jours ouvrés pour mettre en oeuvre ma basse besogne.

C'est pas difficile. Enfin, si le dossier est bien ficelé, ça se fait tranquillement. Le truc, c'est de ne pas céder à la facilité. Eviter le suicide, ou l'accident trop inattendu. Mais sinon, aujourd'hui la science permet bien des choses. Un exemple : un comptable est un maillon dans une chaîne qui pourrait relier un haut fonctionnaire à un pays étranger ayant versé des commissions. Dès que les convocations sont envoyées, il est trop tard. En revanche, si l'on sait que les soupçons vont se porter sur les deux maillons de la chaîne avant le comptable en question, il est encore possible d'agir. Maintenant, imaginons que le comptable est atteint d'une légère surcharge pondérale et d'un putain de taux de cholestérol, le job est quasiment fait, il suffit juste d'aider la nature. Avant que l'idée de la convocation ne germe. Alors, évidemment, s'il a des enfants, une femme, une famille, des amis, c'est toujours emmerdant, ça fait souffrir une mort. C'est normal. Mais en même temps, étant donné les vicissitudes des circuits judiciaro-administratifs, je leur évite bien des soucis. En plus, pour peu que le comptable ait mis un peu d'argent à gauche - ce qu'il avait fait -, que sa femme soit plutôt jolie -ce qu'elle était - et, finalement, je leur évite bien des emmerdes. Le truc ultime, c'est que la mort soit "normale", mise en agenda en fait. Avec un bon choléstérol recensé, c'est crédible. Il m'a juste suffit de regarder où il allait déjeuner, de me mettre à côté, de l'écouter blablater et puis quelques gouttes suffisent. 

Je ne dis pas que niveau Etat de droit, c'est super conforme, mais niveau efficacité, honnêtement, ça dépote sévère. Et puis, on ne peut pas regretter ce que l'on ignore. Tant que personne ne sait que des gens sont assassinés, ça leur laisse l'espoir de vivre libre. Comme la mort est, par essence injuste, je ne fais que me couler dans cette injustice.

Le vrai problème, je veux dire, le seul truc qui pourrait fausser cette machine parfaitement huilée serait qu'elle se grippe finalement. Qu'un type faisant le même job que moi commence à avoir une conscience et veuille la partager. 

Publié par Swannn à 17:43:19 dans Swannn | Commentaires (1) |

Indulgence 03 | 04 février 2009

C'est curieux mais lorsque l'on ne connait pas une personne et qu'elle commence à vous raconter sa vie, on prend tout argent comptant.

Que ce soit une femme qui arrive dans le voisinage et qui vous dit qu'elle a voulu changer de carrière en déménageant avec ses deux enfants dans un deux pièces presque insalubre à l'homme ivre qui vous raconte comment sa vie a été brisée par un petit chef qui n'en voulait qu'à lui, à chaque fois on prend ça comme on nous le dit. Simplement. Sans arrière-pensée. Après tout, c'est bien la première des politesses.Et puis, pour une première fois, la nana va pas me conter comment elle s'est faite rembarrée par son Jules quand il l'a chopée chevilles derrière les oreilles avec une vague connaissance. Pareil pour l'ivrogne, il va pas débiter toutes ces petites saloperies qu'il a pu faire à son petit chef et qui, à force, ont eu raison de sa patience.Mais avec elle, ce n'était pas pareil. La première fois que je l'ai vue dans ce café, commander son allongé du matin, une vague trace de larme sur la joue, j'ai été ému. Pas de sa condition. Des femmes en larmes, quand j'étais flic, c'était un peu le lot commun. C'était logique, à situation dramatique, comportement dramatique. C'était pareil pour les gonzes d'ailleurs, la libération de la femme a eu cette grandeur de libérer l'homme et quelques flots lacrymaux.Non là, c'était la détresse qui était imprégnée dans son visage qui avait su m'émouvoir.

Comme elle se tenait à côté de moi, j'avais eu un mot rassurant à la con d'une voix grave et paternaliste. Mot qui n'appelait pas de réponse en soi mais auquel elle répondit immédiatement. C'est ce contreton qui m'a interpellé. Je me souviens de ses premiers mots, prononcés d'une voix douce : "On ne trahit pas impunément, vous savez." auquel je n'ai pu m'empêcher de répondre que le contraire me paraissait bien plus sensé. J'eus l'heurt de la faire sourire.

Peut-être en récompense, en tout cas en signe de sollicitude, elle me déballa toute son histoire. Une vie non pas triste mais monotone. Mariée à un connard dont elle fut la midinette au lycée, elle avait réalisé un peu tard que l'abruti se contenterait d'en faire le minimum en essayant de récolter le maximum. Elle tomba dans les bras d'un plus jeune, fougueux, plein d'ardeur, qui fit moins le malin avec deux coups de tuyaux à travers la gueule fournis en direct par le cocu. Une histoire simple en fait. Mais justement racontée avec une telle lucidité que cela en faisait tout le charme.Je ne sais pas si cela tenait à mon détachement, à ma disponibilité, à mon allure bonhomme ou à mon écharpe d'élu, mais nous fûmes rapidement sous nos charmes réciproques, sous nos draps et dans nos vies. Le sentiment que deux îles, au fil de tectoniques étranges, avaient fini par se toucher.

Publié par Swannn à 19:00:44 dans Swannn | Commentaires (3) |

Indulgence 02 | 14 janvier 2009

Je suis flic. Commandant. Enfin je l'étais. Mais si on l'est assez longtemps, on le reste. C'est une question de rythme de vie, de compréhension des gens, d'habitudes.

En fait c'est une formation devenue déformation. Personne n'est innocent, mais comme on ne peut condamner tous les coupables, on a foutu des degrés. Le problème, c'est que parfois le curseur est placé n'importe comment. Au début, ça ne m'emmerdait pas forcément, j'ai fait avec. Et puis, au bout d'un moment, c'est comme tout, on se lasse. Moi j'ai pris le parti de me dire que le curseur, il valait mieux que ce soit moi qui le fixe. Mais tout seul, c'est un peu délicat. Emmerder un type soi-disant respectable qui colle des roustes à femme et enfants, alors que je relache le petit dealer, niveau justice, il paraît qu'il y a à redire. ça a jasé dans les sous-pentes.

Pragmatique tendance casse-burnes, je me suis orienté ver le syndicalisme. Et puis j'ai grimpé dans "l'appareil" comme on dit. J'avais une particularité, je voulais avoir des moments "de terrain", donc j'ai refusé de devenir permanent du syndicat, alors que d'autres en rêvaient. Moi, tous les matins, j'aimais bien aller prendre un noir bien serré au comptoir, écouter les gens sans me faire voir. Faut dire que j'ai une gueule qui s'oublie. J'ai cette particularité d'être invisible. Anodin. D'aucuns disent discret, moi je dis "effacé". Discret c'est pour ceux qui la ferment. Alors un pied dans la mouise quotidienne, un autre dans la corporation et ses vicissitudes, j'ai grimpé. Forcément. Entre l'entregent et la connaissance de la hiérarchie, j'ai su me placer. Jusqu'au jour où ça m'a fait chier. J'aurais pu aller plus haut. C'était pas le plus dur. Mais ce n'était même plus intéressant. 

Maintenant je fais autre chose. Mieux payé. Pas forcément plus intéressant. Je suis député. Centriste paraît-il. J'ai jamais su choisir, mais j'ai toujours voulu faire en sorte que personne ne puisse m'y contraindre. Le curseur de la culpabilité, c'est moi qui essaie de le fixer. En votant des lois. Oh pas en les écrivant, pour ça il y a des gens bien plus compétents et encore moins drôles que moi.

J'ai vu le dossier du mari. Et puis j'ai laissé filer. J'ai attendu l'enquête. Il a tout de suite reconnu les faits. Pas eu d'enquête approfondie. Je n'ai même pas eu à témoigner, tout était plié d'avance. Je suis même allé le voir en prison. Pas lui directement, mais j'ai vu sa trogne dans un centre de détention longue peine parce que, en bon parlementaire, j'aime bien me pointer dans les locaux de l'administration pénitentiaire, comme ça au débotté. Je vais renifler l'odeur des voyous. Voir comment on les traite. A chaque fois on me présente comme un député qui vient les écouter. Ils se gourent, je suis un flic déguisé en parlementaire. Mais les fragrances de merde qui émanent de nos trous ne sont pas que celles des enfermés, ni celles de ceux qui les enferment d'ailleurs, c'est juste l'air d'une société qui s'oublie un peu trop. 

Il paraît que je suis à part. C'est vrai. 

Je les emmerde tous.


Publié par Swannn à 13:53:51 dans Swannn | Commentaires (6) |

Indulgence 01 | 12 janvier 2009

- Forioli, tu n'es qu'un con !

Fallait pas que je me formalise. En même temps, je devais m'y attendre. D'abord parce qu'être traité de con dans cette société blasée de tout, c'est presque un signe de vie. Et puis ensuite, je ne peux pas dire que je n'avais pas fait ce qu'il fallait pour être traité comme ça. ça faisait des mois que je la faisais chier avec mes atermoiements. Un jour j'étais d'accord pour me donner corps et âmes, et puis le lendemain, plus rien.

Enfin plus rien... Si. Bien sûr. Quelques chatouillis dans la nuque. Des envies bien plus que des besoins. Mais pas le grand frisson. Celui qui te soulève. Elle aurait voulu que je lui écrive des poèmes à la con et que je sois disponible H24. Ce n'était pas impossible. Je veux dire matériellement. Non pas que je sois absolument fidèle mais de toute façon, je ne voyais qu'elle. Je ne fréquentais qu'elle. MAis passer d'envies à l'Envie singulière, majuscule, majestueuse, il y avait ce pas que je ne franchissais pas.

On se retrouvait dans un hôtel de coeurs brisés dont les murs sentaient la sueur de tous ces couples qui nous avaient précédé. Elle y oubliait mari et enfant et moi le fait que je n'ai ni femme ni descendance. Nos désespoirs réciproques étaient troqués contre des ébats compassés. Au rythme de fantasmes éculés nous nous faisions jouir. Mais était-ce suffisant pour dire que nous nous aimions. Et puis fallait-il le dire ? Pour quoi faire ? Pour que l'on se déçoive. Encore. J'avais assez connu ça pour que le goût me passe. Que l'amertume me remonte systématiquement à la simple évocation de ces trois maudits mots synonymes d'un engagement bêlant au service d'une société toujours un peu plus rassasiée par l'illusion de ce bonheur éphémère. J'avais assez entendu pleurer les amoureux pour savoir à quel point je ne voulais pas leur ressembler.

Le problème, c'est que ce sont les derniers mots qu'elle m'ait dits. Son connard de mari, infoutu de faire son bonheur au point qu'elle vienne le chercher dans mes bras a définitivement conclu sa vie en lui fracassant la tête contre le carrelage. Je vais pas m'épandre sur le fait q matériellement. Non pas que je sois absolument fidèle mais de toute façon, je ne voyais qu'elle. Je ne fréquentais qu'elle. MAis passer d'envies à l'Envie singulière, majuscule, majestueuse, il y avait ce pas que je ne franchissais pas.

On se retrouvait dans un hôtel de coeurs brisés dont les murs sentaient la sueur de tous ces couples qui nous avaient précédé. Elle y oubliait mari et enfant et moi le fait que je n'ai ni femme ni descendance. Nos désespoirs réciproques étaient troqués contre des ébats compassés. Au rythme de fantasmes éculés nous nous faisions jouir. Mais était-ce suffisant pour dire que nous nous aimions. Et puis fallait-il le dire ? Pour quoi faire ? Pour que l'on se déçoive. Encore. J'avais assez connu ça pour que le goût me passe. Que l'amertume me remonte systématiquement à la simple évocation de ces trois maudits mots synonymes d'un engagement bêlant au service d'une société to

Publié par Swannn à 20:20:10 dans Swannn | Commentaires (5) |

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