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Je suis flic. Commandant. Enfin je l'étais. Mais si on l'est assez longtemps, on le reste. C'est une question de rythme de vie, de compréhension des gens, d'habitudes.
En fait c'est une formation devenue déformation. Personne n'est innocent, mais comme on ne peut condamner tous les coupables, on a foutu des degrés. Le problème, c'est que parfois le curseur est placé n'importe comment. Au début, ça ne m'emmerdait pas forcément, j'ai fait avec. Et puis, au bout d'un moment, c'est comme tout, on se lasse. Moi j'ai pris le parti de me dire que le curseur, il valait mieux que ce soit moi qui le fixe. Mais tout seul, c'est un peu délicat. Emmerder un type soi-disant respectable qui colle des roustes à femme et enfants, alors que je relache le petit dealer, niveau justice, il paraît qu'il y a à redire. ça a jasé dans les sous-pentes.
Pragmatique tendance casse-burnes, je me suis orienté ver le syndicalisme. Et puis j'ai grimpé dans "l'appareil" comme on dit. J'avais une particularité, je voulais avoir des moments "de terrain", donc j'ai refusé de devenir permanent du syndicat, alors que d'autres en rêvaient. Moi, tous les matins, j'aimais bien aller prendre un noir bien serré au comptoir, écouter les gens sans me faire voir. Faut dire que j'ai une gueule qui s'oublie. J'ai cette particularité d'être invisible. Anodin. D'aucuns disent discret, moi je dis "effacé". Discret c'est pour ceux qui la ferment. Alors un pied dans la mouise quotidienne, un autre dans la corporation et ses vicissitudes, j'ai grimpé. Forcément. Entre l'entregent et la connaissance de la hiérarchie, j'ai su me placer. Jusqu'au jour où ça m'a fait chier. J'aurais pu aller plus haut. C'était pas le plus dur. Mais ce n'était même plus intéressant.
Maintenant je fais autre chose. Mieux payé. Pas forcément plus intéressant. Je suis député. Centriste paraît-il. J'ai jamais su choisir, mais j'ai toujours voulu faire en sorte que personne ne puisse m'y contraindre. Le curseur de la culpabilité, c'est moi qui essaie de le fixer. En votant des lois. Oh pas en les écrivant, pour ça il y a des gens bien plus compétents et encore moins drôles que moi.
J'ai vu le dossier du mari. Et puis j'ai laissé filer. J'ai attendu l'enquête. Il a tout de suite reconnu les faits. Pas eu d'enquête approfondie. Je n'ai même pas eu à témoigner, tout était plié d'avance. Je suis même allé le voir en prison. Pas lui directement, mais j'ai vu sa trogne dans un centre de détention longue peine parce que, en bon parlementaire, j'aime bien me pointer dans les locaux de l'administration pénitentiaire, comme ça au débotté. Je vais renifler l'odeur des voyous. Voir comment on les traite. A chaque fois on me présente comme un député qui vient les écouter. Ils se gourent, je suis un flic déguisé en parlementaire. Mais les fragrances de merde qui émanent de nos trous ne sont pas que celles des enfermés, ni celles de ceux qui les enferment d'ailleurs, c'est juste l'air d'une société qui s'oublie un peu trop.
Il paraît que je suis à part. C'est vrai.
Je les emmerde tous.
Publié par Swannn à 13:53:51 dans Swannn | Commentaires (6) | Permaliens
28-01-2009 12:04
De Margouilla81 Sujet:
De passage sur Bland
16-01-2009 14:13
De matendreamante
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j'avais cru Url: [Liens]
15-01-2009 15:49
De matendreamante
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Bonjour Swann, Url: [Liens]
14-01-2009 14:56
De Swannn
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14-01-2009 14:36
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vais-je