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Stairways.2.L

L'Antechrist est un petit capitaliste frustré...

Chasseur De Têtes Et Coiffures De Plumes... | 24 janvier 2008

Photo : Pillow Fight 2008, Paris, par Philippe Leroyer.

Il est des jours où l'on réagit plus vivement, des jours où l'on a moins de patience que d'ordinaire. Des jours aussi où l'on s'emporte plus facilement, où chaque petit désagrément peut prendre des proportions gigantesques (et pour le moins inconsidérées). Ce genre de "pétage de câble" peut aisément mener un être humain normal jusqu'au point de non-retour (ou de non-rémission si vous parlez en termes de péchés) ; je vous laisse en revanche imaginer ce que cela peut donner quand il s'agit d'un Antéchrist...

J'avais mal dormi cette nuit-là, à cause de la chaleur (allez savoir pourquoi mon chauffage infernal marche toujours trop bien) et du tapage nocturne d'un groupe de jeunes amateurs de Gospel - auxquels je compte bien, par ailleurs, jouer d'ici peu un tour à ma façon. Je commençai donc la journée avec deux aspirines et l'humeur maussade des mauvais jours ; je pestai contre la cafetière, contre la publicité mélangée au courrier et le carrelage glacé du vestibule (même l'Antéchrist peut parfois égarer ses pantoufles). Mes tartines avalées, je sortis dans le jardin ; les plumes d'Ange qui jonchaient l'allée furent en quelque sorte la goutte qui fit déborder le vase. Quoi, sous prétexte qu'une bande d'exaltés chante des Negro-Spiritual, il faut que ces emplumés viennent en récompense mener leur sabbat juste au-dessus de mon jardin ?! Mon sang, brûlant de fièvre, ne fit qu'un tour, et je rentrai chez moi pour me saisir d'un fusil. Ah, ils voulaient semer des plumes ? Qu'à cela ne tienne, j'allais les y aider !

Ma première victime fut le fameux Angelot du square ; depuis le temps qu'il me narguait, ce petit joufflu sur sa colonne de marbre... Ensuite, ce fut le tour de cet espèce de Séraphin qui nichait sur la façade de l'église du quartier. Hé, grand naïf, tu croyais que je ne t'avais pas vu, hein ? Je vous assure, il rigole moins maintenant. De même, son collègue du cimetière que j'ai truffé de plomb au passage. Oui Madame, les Anges existent ; vous voyez bien, je viens d'en abattre un...

A midi, assis sur un banc public, j'avalai un sandwitch en restant prudemment aux aguets, prêt à toute éventualité. Bien m'en prit, et je stoppai net pour le dessert une attaque de Chérubin (qu'est-ce qu'il croyait faire, ce petit morveux ailé, avec son épée lilliputienne en bronze face à mon calibre 12 ??) . Cette intervention d'Ange -prétenduement- vengeur ranima ma fureur guerrière, et avant le soir j'en avais trois de plus à mon palmarès. Des plumes, il y en avait à tous les coins de rues quand j'eus terminé mon nettoyage du quartier par le vide ; et plus un ange vivant à moins de deux kilomètres. En prime, je me payai le luxe d'offrir aux riverains le spectacle apocalyptique de deux archanges dégringolant en vrille à travers le ciel de Janvier enflammé par le crépuscule...

Si vous passez un jour chez moi, demandez-moi donc d'où proviennent les têtes blondes empaillées qui trônent sur les murs du salon, couronnées de leurs ailes dégarnies. Je me ferai un plaisir de vous répondre. Ceci dit, s'il vous prenait l'envie de suivre mon exemple, je me dois de vous prévenir : franchement, les plumes, c'est un véritable nid à poussière...


Signé : Cousin Gat'.

Publié par Cousin à 16:05:33 dans Antechrist | Commentaires (3) |

Antechrist Pop Stars... (4/4) | 26 octobre 2007


     Ils commencèrent par un morceau court ; mais déjà l'effet produit sur la salle fut saisissant. Plusieurs jeunes femmes s'évanouirent ; et un vent froid souffla parfois, inexplicablement, dans la pièce. J'aurais dû remarquer alors que quelque chose ne tournait pas rond...mais non. J'étais trop absorbé, trop ému sans doute ; sinistre erreur (on ne m'y reprendra plus).

     Après ce premier essai, le silence se fit dans la salle ; Tromsö testait son public, seul un léger filet de batterie portait la tension dramatique à son maximum. Sur le bar, ma main tremblait... "Un autre !" cria quelqu'un sans rompre la transe ; "encore !" ajoutèrent plusieurs voix en choeur. Le chanteur sourit ; il leva la main, comme un signal, et ce fut l'explosion.

     Dès cet instant, Tromsö lâcha les chevaux, et la musique s'enfla dans toute la salle, lourde et puissante comme une émanation directe des Enfers. Je ne bougeais pas, mais les pans de mon vêtement et mes cheveux en bataille volaient autour de moi... Les notes et les ondes issues des amplis tournaient en une infernale sarabande, se répercutant sur les murs et sur les spectateurs qui recevaient tout cela les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Sans aucune restriction possible, le courant passait ; il se déversait même de la scène en flot continu et sauvage, dans les conditions quasi-réelles d'un concert infernal tel que les rares Démons qui me lisent ont pu en connaître. C'était fort, c'était beau ; pas un instant je n'envisageai que cela pût être trop. Et pourtant...

     Voilà bien le souci avec les Mortels ; ils n'assument pas. Ils veulent à tout prix compenser le Bien par le Mal, le Clair par l'Obscur, le Divin par le Malin. Mais quand vous leur donnez exactement ce qu'ils demandent...ils pètent les plombs. Ils craquent, ils grillent un fusible. Faibles gens... Au moment le plus intense du premier concert de Tromsö, un morceau complexe et hardi, il se produisit une sorte de choc. Comme un disque qui saute, une locomotive qui quitte les rails. Tous les spectateurs se dressèrent ensemble, agités de mouvements divers et désordonnés. Je crus à une ovation quand ils levèrent leurs verres ; à une émeute quand ils les brisèrent sur les tables... La réalité était bien pire. Ils s'égorgèrent tous avec leur propre verre. Sans exception, les yeux fous et la Terreur inscrite au fond...

     Que dire, après ça ? Encore une fois, Faibles gens ! Ayant consolé comme je pouvais mes musiciens en larmes (crise de nerf, on les comprend : ces évènements collectifs, la première fois ça surprend), je rentrai chez moi par les rues sombres et désertes, en maudissant à grands cris l'Humanité toute entière. Ces gens-là vous gâchent une soirée comme de rien, bêtement, en se suicidant ; tout ça parce qu'ils ont peur d'eux-mêmes. Fichue conscience...

Cousin Gat'.

Publié par Cousin à 14:11:04 dans Antechrist | Commentaires (1) |

Antechrist Pop Stars... (3/4) | 23 octobre 2007


...La salle était comble ; mes efforts publicitaires avaient porté leurs diaboliques fruits. Je dois admettre que j'étais d'ailleurs extrêmement fier ; "Tromsö" était un peu mon bébé, et je le présentais ce soir à la face du Monde ! Les répétitions s'étaient si bien passées qu'elles avaient dissipé tous mes doutes, et je ne ressentais plus qu'un stress bien naturel en somme quand on va mettre en scène un petit bout de Soi. Si le public renvoyait à l'écoute de ce pur produit des ateliers musicaux de l'Enfer ne fût-ce qu'un dixième de l'exaltation que j'en retirais moi-même, le pari était gagné ; et les âmes de mes petits protégés iraient figurer en bonne place sur le rebord de ma cheminée. Des pièces de choix dans une collection qui débutait sous les meilleurs augures ; mon Maître serait fier de moi...

     Je m'installai au bar, loin des lampes qui éclairaient la scène de couleurs enflammées mais il ne fait aucun doute que dans l'ombre mes yeux brillaient d'impatience tandis que mes poulains piaffaient, faisant leur apparition sous les acclamations des spectateurs qui scandaient le nom du groupe en frappant sur les tables avec leurs verres. "Trom-sö !... Trom-sö !... Trom-sö !..." entendait-on ; cela sonnait comme une incantation venue des profondeurs insondables de l'âme humaine (il n'est rien de plus sombre et vertigineux, dit un vieil adage démoniaque)...

     Ils entamèrent le spectacle, pour gagner le public, par une série de reprises rondement menées - la première, "Bad Religion" de Motörhead, me fut dédiée ! Puis suivirent d'autres grands classiques, d'AC/DC à Black Sabbath et j'en passe. La foule en liesse hurlait les refrains et s'emportait à battre des mains en rythme même lorsqu'on ne l'y invitait pas (et souvent je n'étais pas en reste). Il va sans dire qu'à l'entracte qui suivit cette première partie, quarante-cinq minutes plus tard, la bière coula à flots ; j'en profitai pour aller féliciter mes musiciens (en particulier le bassiste, qui tirait de son instrument de tels sons qu'on eût cru que ses cordes étaient tressées de cheveux du Diable lui-même...)

     Le silence se fit, presque religieusement (!) lorsqu'ils reprirent place en annonçant qu'ils joueraient à présent des morceaux de leur composition ; dans mon coin je retenais mon souffle, en haleine...

(à suivre)

Publié par Cousin à 11:10:54 dans Antechrist | Commentaires (4) |

Antechrist Pop Stars... (2/4) | 18 octobre 2007


Fort de mes nouveaux pouvoirs, je me mis à la recherche d'un groupe qui en vaudrait la peine. Castings et showcases privés se succédèrent dans un vieux hangar transformé en studio d'enregistrement ; et après quelques tâtonnements - un chanteur ayant un soir quitté la scène en marmonnant que, décidément, nous n'étions pas du même monde...ou quelque chose dans ce goût-là - je finis par tomber sur LA pépite, LE grand coup, le truc qui faisait mouche... Ça aurait pu être un phénoménal succès, oui ; j'aurais pu devenir le producteur du plus puissant, du plus brut et subliminal à la fois, bref du plus infernal groupe de rock de tous les temps, je pèse mes mots... Mais non. Je ne perdrai pas de temps à vous expliquer en détail les raisons de ce fiasco : il me suffira de vous raconter ce qui est arrivé le soir de leur premier - et unique - concert. Vous comprendrez...

Ils avaient tout pour plaire, ces petits gars ; leurs bouilles un peu tristes d'angelots déplumés auraient tiré des larmes au portier de l'Enfer (qui n'est ni un comique ni un sentimental, je vous assure). Et leur musique... Imposante. Effrénée. Sublime... Imaginez un magma sonore mélangeant allègrement Korn, Iron Butterfly et les White Stripes. Un vrai bonheur (en d'autres termes, sur scène, ils allaient faire un malheur)... Et puis ils s'étaient choisi un chouette nom de groupe de métal : " Tromsö".

Je leur avais dégotté pour commencer une date dans un bar de ma connaissance, une sorte de 'CBGB' en devenir qui donnait au moins une fois par mois dans le café-concert et produisait des gens pas mal du tout. Je pensais faire d'une pierre deux coups, consacrer à la fois le groupe et l'endroit dans un concert de tous les Diables (sic) qui resterait dans les mémoires ; mais j'étais loin, bien loin de m'imaginer à quel point le résultat dépasserait mes espérances. A côté de ça, l'incident malheureux du concert des Rolling stones à Altamont en 1969 avec les Hell's Angels prendrait des allures de broutille insignifiante ( ce que les politique appellent, en France, un "détail")...

Comme je n'aime pas faire les choses à moitié, j'avais distribué des flyers et mobilisé tout spécialement une équipe de colleurs d'affiches, loué des colonnes Morris et des encarts dans les journaux. Ah, il allait y en avoir, du monde, à la première de Tromsö. Malheureusement.



(à suivre)

 

Publié par Cousin à 10:06:37 dans Antechrist | Commentaires (3) |

Antechrist Pop Stars... (1/4) | 24 avril 2007

 
"Il y avait une fois un jeune homme un peu désorienté qui dormait à un carrefour, serrant contre son coeur...une guitare. S'éveillant comme je m'approchais, il se mit à genoux et joignit les mains, me suppliant d'accepter son âme en échange de quelques cours... Bon Prince, je lui accordai une petite leçon qui visiblement lui fut profitable : il est devenu depuis l'un des plus grands Bluesmen de son époque..."

Ainsi me parlait mon Maître un soir au coin du feu, alors que débutait mon apprentissage. Bien sûr, je savais qu'il parlait de Robert Johnson ; ce dernier avait en son temps cru malin de révéler à tout un chacun l'origine de son talent. Cela dit, ne boudons pas notre plaisir ; ledit Johnson et ses alter-ego ont eu une descendance très prolifique sur le plan musical. Et puis le Blues a donné naissance à son enfant terrible et superbe : le Rock !
Je le fis remarquer au Maître, avec des étincelles dans les yeux et mes doigts frémissant sur mes accords préférés. Lucifer souffla sur les braises pour ranimer le feu mourant ; puis il se tourna vers moi, posant sur mon épaule sa main lourde et brûlante (mon cher mentor oublie toujours que moi, je suis fait de chair ; mais ému par la solennité de l'instant, je passai sur cette marque de sénilité précoce et ne pipai mot).

"Tu sais, Fiston, murmura-t-il ; je me fais vieux, et j'admets volontiers que j'ai un peu de mal à suivre les derniers développements en matière de musique. Mais toi, tu connais ça sur le bout des doigts, et les petits gars de Black Sabbath ou Metallica qui n'étaient à mes yeux que de grands escogriffes bien sympathiques semblent beaucoup t'inspirer..."

Je hochai la tête frénétiquement, pressentant la suite :

"...alors je vais te transmettre ce Don, qui te sera plus utile qu'à Moi. Je te laisse tout pouvoir pour donner leur chance à ces...musiciens ; tu n'auras qu'à faire suivre leurs âmes, et je réceptionnerai".

Ramenant discrètement le tissus de ma chemise pour cacher mon épaule brûlée, je tremblais d'orgueil et de joie devant cet Honneur inespéré...
 
-à suivre-
 
 

Publié par Cousin à 11:29:42 dans Antechrist | Commentaires (2) |

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Le Collectif "Cousins"

Nous nous sommes rencontrés dans la Terre, la boue, la pluie ; dans les fragments d'un monde nous avons picolé. Mais c'est "Au Mandarin Brutal" qu'est née l'idée du Blogg. Un 24/12/06, précisément. Christ naissait mais nous l'avions oublié à cause du saké...

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