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Lumière des jours

le blog de Jacques Ancet

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Milonga del solitario | 10 décembre 2008

Voir le blog de Lucienne et Jacques Ancet, "El Compadrito", consacré au tango et à sa culture. (lien ci-contre)

 

 

 





Publié par Tecna à 11:57:37 dans Traductions inédites | Commentaires (1) |

L'orage vient | 28 novembre 2008

VIENT DE PARAÎTRE

L'orage vient 

 

Tu arrives de plus loin.

On ne sais pas d'où tu es

ni quel visage tu as.

On entend une musique

sous le silence. On voudrait

la garder trouver un nom

pour la dire. Mais on n'a pas

de bouche, pas de main

pour l'écrire. Seul ce feu

du désir, l'orage vient.

 

Editions
La Porte 
Yves Perrine, 215 rue Moïse Boudhuin, 02000 Laon 

Publié par Tecna à 16:12:22 dans Dernières parutions | Commentaires (1) |

La joie du monde | 07 novembre 2008

LA JOIE DU MONDE

Cazimi Éditeur, 2008


    Emmanuel Malherbet, dont on connaît le remarquable travail d'éditeur mené depuis près de vingt-cinq ans avec les éditions Alidades, mais moins celui de traducteur (Jonathan Swift, Mark Twain, Wilfred Owen, Siegfried Sassoon, William Godwin...) et d'écrivain, publie, après quelques tentatives plus discrètes, un livre, La Forge des arbres , où sa voix se découvre et s'affirme
    Un homme est là. Il vit près d'un lac. Et parce qu'il y a l'autre surgi dans sa vie, le monde est comme transfiguré. Et les mots aussi. C'est pourquoi ces pages témoignent d'une rencontre où se confondent indissociablement l'amour, le langage et le monde. Car la rencontre de l'autre éveille celle de l'autre en soi. Celui qui se met à parler dans le poème et qui, tout en le faisant, se fait par lui. Cette expérience d'altérité est la poésie même. La description habituée du monde— la réalité — dans laquelle nous sommes pris est soudain comme immobilisée, suspendue. C'est comme une panne de son, un arrêt sur image, un arrêt de ce temps qui vous emporte et vous défait, et quelque chose surgit, qui était déjà là, qu'on ne voyait pas, et dont l'apparition silencieuse au milieu du brouhaha vulgaire et de « l'indécence du monde » est comme une naissance :

j'écoutais j'entendais du silence
et c'était en dessous
le lac
l'image versée
de la nuit

nous sous le ciel noir
(les graviers crissaient)
ciel et lac faisaient
à la taille de nous
l'écrin et le début

pourquoi l'ai-je cru
que nous emplissions le monde ?



    Oui, dans cette rencontre, expérience érotique, cosmique et poétique désormais ne font qu'un. Soudain, le monde n'est plus en face, il est en vous autant que vous êtes en lui : « j'étais / comme le monde sous le ciel / le monde en moi / [...] j'étais : le bruit du monde / et l‘oreille qui écoute / et la lumière du monde / chevillée à l'oeil / et l'oeil et l'oreille étaient / le bruit la lumière du monde / qui est ton souffle ». Interpénétration qui est l'enfance retrouvée : « et cela met du rire en nous / et du jeu / comme si revenait / le temps des cabanes / ou quelque chose pareil / de la joie légère ... ». Le monde n'est plus cette routine, parfois obscure et sale, parfois violente. Il est, dans la montée du désir, ce grand souffle lumineux venu de la « forge des arbres », cet éclat qui fait briller l'instant et les mots, leur donne l'élan de ce qui commence : « il y a des paradis d'instant / [...] quand — dans la pénombre et le silence / les mots trouvent leur chemin / et c'est une grande force / touchant au près / disant juste ». Et le monde est là, comme si on ne l'avait jamais vu :

et c'était le monde
rempli d'un sens nouveau
et moi de nouveau
renouant



    Alors on ne sait plus qui on est, de l'autre, de soi ou des choses. Il se fait un grand silence, un grand suspens clair comme ces jours de neige où le monde s'efface pour renaître transfiguré. Et là, dans ce vide lumineux, on n'est pas loin, toutes proportions gardées, de certaines expériences extrêmes. Celle d'un Jean de la Croix, par exemple, lui aussi, traversé par l'amour — divin ou humain, peu importe, c'est le même amour —, quand il écrit : « Je suis entré où ne savais / et je suis resté ne sachant / toute science dépassant » et qu'Emmanuel Malherbet, sans doute sans le savoir, mais inspiré par la même force désirante, semble lui répondre en écho :

            
j'entrais
et ne savais
qui serait toi

ni moi

qui j'étais ce jour
non plus que les autres
ni même
si viendraient les autres


Dans ces poèmes, quelque chose emporte, soulève, brûle. Un feu venu de cette forge, ce souffle des arbres, dans la poitrine. Alors dedans et dehors confondus, transportés, éblouis, le temps d'une page, d'une strophe ou d'un vers, nous entrons nous aussi dans « la joie du monde » :

c'est du ciel — des dieux
des dieux que tu portes minuscules
.......................................................
oui dedans c'est
un fracas de forêt c'est
quand les branches cognent

oui cela le bonheur
c'est dedans
c'est pareil
portant le corps
et la vie dedans le corps

Publié par Tecna à 11:56:54 dans Lectures | Commentaires (0) |

L'entre-deux | 07 novembre 2008

Vient de paraître aux Éditions TARABUSTE

rue du Fort

36170 Saint-Benoît-du-Sault

Fax 02 54 47 67 65

Jacques Ancet/Claude Melin

L'ENTRE-DEUX

Tirage 100 exemplaires

sur grands chiffons des papèteries Joahannot,

tous signés et numérotés

22,5cmX16,5cm

40 euros

 

 

Que ce soit l'éblouissement brusque, l'ombre passante sur ton

visage, c'est toujours cet instant qui s'arrache à lui-même, et

toi avec. Tu glisses à travers une douceur de feu, tes mains

sont des poignées d'étincelles. Très vite, tu as perdu ton nom

et quand ta bouche parle il en sort le jour: un voyage de syllabes.

 

 

 

 

 

 

 

Publié par Tecna à 11:32:01 dans Dernières parutions | Commentaires (0) |

La voix de la mer | 06 octobre 2008

Vient de paraître

aux éditions virtuelles publie.net. dirigée par François Bon

un recueil d'essai 

La voix de la mer

où figure l'extrait ci-dessous 

 

Le poème et l'ennui


Tout pourrait commencer par l'ennui. L'arrêt du monde. Le passé ne pousse plus, le futur ne tire plus. Une plage vide, une surface d'eau dormante. Ce qui se passe ne se passe pas. On s'enfonce peu à peu. La vie n'est plus un récit, une fuite vers la fin. Une attente, simplement. Qui n'attend rien. On voit le jour. Gris. On écoute les bruits. Comme sans les reconnaître. Ils ne désignent rien, n'annoncent rien. Des bruits, tout court. L'horloge marque dix heures. Un peu plus tard ce sera toujours dix heures. Et encore un peu plus tard. L'heure ne bouge pas. On est au centre. On s'enfonce, oui. On pourrait disparaître. Mais rien n'arrive. Pas même le pire. Les choses sont là, pétrifiées, hypertro-phiées. Comme les débris rejetés par la marée. Elles se serrent pour ne laisser aucun interstice, aucun jeu. Rien qui bouge. Même si le mouvement, l'agitation ne ces-sent pas. Alors, on se souvient. L'été, le jaune de la maison d'en face. Le soleil sur la rue vide. Épicerie, sa-lon de coiffure, boucherie. La vitre est fraîche contre le front. Qu'est-ce qu'on voit  ? Qu'est-ce qu'on est  ? Les lèvres bougent. Quelques mots répétés, toujours les mêmes. Á voix basse. Comme si les choses s'étaient mises à parler. Leur insignifiance, leur silence têtu. Comme si chaque son, chaque syllabe les faisaient ré-sonner. On écoute. Bruit de bouche, bruit de monde. On écoute, mais c'est l'enfance. On ne sait pas.

2

Ce qu'on ne sait pas insiste. Est-ce pourquoi on écrit, on n'en finit pas d'écrire  ? Le poème a-t-il partie liée avec l'ennui  ? Cet arrêt sur image – cet arrêt des images. Peut-être n'y aurait-il pas de poème sans ce suspens, cette sorte de blanc dans le film ininterrompu de la vie. Soudain, on ne voit plus, on n'entend plus ce qu'on voit, ce qu'on entend. Ou, plutôt, on ne voit plus, on n'entend plus qu'un obsédant il y a. Et quel-ques mots qui gomment ce qu'ils désignent, ouvrant l'éclat d'un sens évaporé. Et, non, très vite on ne sait plus où l'on est, qui on est. Le visage est familier mais étrange. Et ce que dit la voix, on ne le sait pas bien. Comme si c'était la même et une autre. Dans ce qui disparaît, ce qui apparaît. Disparition, apparition – « élocutoire », disait-il. Ça n'est plus là – c'est là. Et entre les deux, comme dans l'ennui, ce suspens, ce rien que suppose toute création  :

            Dieu dit  : – Que le Néant soit.
            Sa main droite se leva
            jusqu'à voiler son regard.
            Et le Néant exista.

3

Brusquement, chaque geste reste comme suspen-du, chaque parole au bord des lèvres. On n'a pas bou-gé. Les objets sont à leur place, familiers, rassurants. Pourtant, on est perdu. Parce qu'ils n'ont plus de sens. Quelle improbable main pourrait-elle les saisir  ? Et pour en faire quoi  ? On voit les lunettes sur la table et sur la vitre un paysage. On voit le monde, ses photos, ses images qui bougent. On entend un rire, un avion ou un cri. On n'attend rien. Tout est absent. La lumière touche la fenêtre. La même, toujours. On sombre dans son vide éblouissant. Les mots qui viennent n'en sont pas. Des vibrations, plutôt, une effervescence claire. On compte pour leur donner forme, les avoir dans la bouche. Parce qu'ils sont un pur venir, ce qui vient leur ressemble.

4

Tout poème est une amnésie. Celle du présent. Á chaque instant, à chaque mot, l'oubli de tout. De ce qui précède, de ce qui suit. Nul précepte, nul espoir. Le seul mouvement de ce qui passe. Et, pour le porter, cet il y a. On dit  : soir, collines, visages. On dit  : voyage, pain, rivière. On ne dit rien. On dit ce souffle porté par chaque mot. Ce que dit un poème, c'est ce mouvement de dire qui le traverse. Bouteille à la mer, poignée de main  : un passage, toujours. Celui d'un corps et sa chaleur continuée. Et tout ce qui l'habite, l'enveloppe  : le bruit du bidon à lait un soir ou celui des bottes  ; les trous dans le mur et la poussière qui en tombe quand y passe le doigt  ; cette odeur de guerre civile, un matin  ; et les ardoises du toit, l'inépuisable, ou la chaleur va-cante. On peut énumérer sans en jamais finir. Mais tout est là entre ces quelques mots et leurs réseaux d'échos qui font signe. Non pas dehors, là-bas, mais dedans, vers la figure que dessine leur trame. Ce « latent com-pagnon qui en [vous] accomplit d'exister  ». Une om-bre qui passe. On ne la connaît pas et, pourtant, on la reconnaît.

5

On s'arrête dans le minuscule, dans l'infime  : comme quand l'enfant à plat ventre regarde les brindil-les, les fourmis. Et, comme dans l'enfance, les mots du poème sont petits. Ils ne disent rien que leur propre présence. Ils font peu de bruit, mais dans ce bruit, quelque chose résonne. Une rumeur. Comme dans le coquillage, le bruissement qui pourrait être celui de la mer ou de la profondeur de la terre. Ou de la nuit qui tombe en rouge et mauve. On dit  : le bruit du monde. Le poème, c'est le bruit que fait le monde quand on parle. Non pas quand on parle pour dire, quand le bruit des paroles couvre de son brouhaha ce qu'il faudrait entendre et qu'on n'entend pas. Mais quand on parle en silence. Quand quelque chose parle, résonne dans ces paroles muettes. Quelque chose de plus vaste que tout ce qu'on peut dire. Le monde, oui.

6

L'ennui, c'est regarder – habiter – ce qui n'a pas de sens. C'est perdre soi-même son sens – moi, identi-té. Devenir autre, anonyme, comme les choses, comme les mots qui semblent vous regarder mais ne vous re-gardent pas. Le réel, c'est comme l'ennui  : l'insignifiant qui s'ouvre à tous les sens – dans tous les sens. Ce que chaque forme, chaque odeur, chaque image, chaque son ne fait que révéler et masquer à la fois. Le réel, c'est l'invisible, l'inaudible – l'imperceptible. Et comme l'ennui, comme le réel, le poème n'a pas de sens. Il ne montre rien, ne dit rien  : il résonne, il rayonne. Écho, vibration, éclat.  Y entrer, c'est être traversé, remué, aveuglé. Y entrer, c'est ne plus savoir. Ni du langage, ni du monde. C'est dire, c'est écouter, c'est voir ce qu'on ignore mais qui com-mence. Ne cesse jamais de commencer.

7

Ce qui commence c'est aussi du sens. Non pas ce qu'on comprend  mais ce qui s'ouvre, ce qui emporte. Disparition, apparition. Systole, diastole. Ce qui se perd (le connu), ce qui se trouve (l'inconnu). Où est-on  ? Dans quelle attente, le front contre la vitre ? Dans quel élan de paroles muettes  ? On avance. Vers la rue vide, avec sa maison jaune, son épicerie, son salon de coif-fure, sa boucherie. Avec sa fenêtre où un enfant re-garde. Mais ce qu'il regarde, on ne le voit plus, puisqu'on est ce qu'il regarde. Puisqu'on est ce qui vient. Ce qui, dans la bouche, s'est mis à parler. Les choses sans leur nom. Une invisible marée sans limites ni formes. Jours, nuits, nébuleuses, visages, en jaillis-sent, s'y défont. La lumière, pourtant, n'a pas bougé. Elle dessine sur le trottoir sa géométrie d'ombres im-mobiles. Les yeux regardent ce qui les traverse. Les mains sont vides. Rien ne s'y loge. Comme si elles ne cherchaient plus à saisir mais à recevoir. Elles sont là, posées sur le bord de la fenêtre. On dirait qu'elles at-tendent. On ne les voit pas, mais on les devine. L'ennui est là, dans cette image. Et le poème avec. On ne sait pas pourquoi.

Publié par Tecna à 20:48:23 dans Dernières parutions | Commentaires (0) |

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