Adagio, Secret Garden (sur la BO de 2046 de Wong Kar-Wai)
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Je me rappelle que j'avais acheté des places pour le concert de ce soir, c'était avant, c'était une autre époque. Maintenant, les billets ont été remboursés, tout est terminé. A la place je suis en train d'écouter le ciel pleurer. C'est un vrai concert, parfois les gouttes vont crescendo et fortissimo, exprimant l'intensité, la colère, le désespoir, le déchaînement des passions, puis decrescendo, les évènements et les sentiments s'apaisent, et enfin morendo, le silence et le calme reviennent. Puis à nouveau une brusque envolée, les gouttes tombant violemment, comme une cacophonie d'instruments désaccordés, la crise revient, violemment, douloureusement. Et enfin un rythme se dégage à nouveau. Et les mélodies s'enchaînent ainsi à mon oreille, c'est le seul concert que je vais écouter ce soir, ce sont les mélodies sur lesquelles je vais sombrer dans le sommeil.
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"La crise, c'est le moment de l'effondrement du monde. Les certitudes s'écroulent, les repères s'effacent, le décor ne fait plus illusion. Mais si l'on cesse de croire à ce qui allait de soi, c'est qu'une lucidité corrosive est à l'œuvre, la lucidité étant "la blessure la plus rapprochée du soleil" (René Char)."
"Etre en crise, c'est ne plus pouvoir, même si on le voulait encore, être bercé par les illusions, et voir ce qui est sous nos yeux, sans avoir encore la force ou les moyens de l'appréhender. C'est donc passer de l'aveuglement des faux-semblants à l'aveuglement du réel. Voir, c'est toujours d'abord être aveuglé. C'est pourquoi il faut toujours réapprendre à voir. Non pas tant pour éviter la crise, que pour tenter d'apprendre d'elle. Car en brisant les apparences, la crise nous prépare d'étonnantes révélations."
"La crise est ce que nous n'avions pas prévu, et ce devant quoi nous ne pouvons nous dérober. Mais ce que nous n'avions pas prévu, n'est-ce pas, fondamentalement, d'être là, d'exister ? L'état de faiblesse où la crise nous trouve, n'est-il pas d'abord celui de l'homme démuni face au fait brut du monde et de l'existence ?"
"La crise est sans doute la plus profonde lorsqu'elle n'est causée par rien, ou par un détail insignifiant qui nous met subitement devant l'abîme. C'est pourquoi il est préférable de l'évoquer à travers certaines tonalités affectives, comme l'angoisse ou la nausée qui, venues de nulle part, remettent complètement en cause notre rapport au monde."
"En effet, dans la crise l'existence est comme suspendue, happée par des gouffres inaperçus jusqu'alors. Mais s'ils étaient inaperçus, ils n'étaient pas inexistants pour autant. La crise est donc simultanément révélation, en nous montrant ce qu'on ne voulait ou ne pouvait pas voir. La crise, ce n'est personne, personne d'autre que nous-mêmes, c'est pourquoi dans la crise nous sommes démunis, seuls face à nous-mêmes. La crise est une épreuve de soi car elle est d'abord un affect, une tonalité affective. Provoquée par personne, la crise est une modification de moi-même, où je perds les repères rassurants de la quotidienneté. Certes, elle peut être déclenchée par l'intermédiaire d'autrui, dans le deuil ou la rupture amoureuse par exemple. Mais par sa radicalité et sa démesure, elle dépasse toujours les circonstances où elle a lieu, de même qu'un très grand bonheur se situe toujours au-delà de ses "causes", s'il en a."
"Quelle est la nature et la portée de cette crise ?
Lorsque je suspends mes tâches quotidiennes qui, de projet en projet, permettent de glisser à la surface du monde, alors les choses peuvent m'apparaître dans leur existence brute, dans leur radicale inhumanité. Au lieu de prendre sens par rapport à mes projets, les choses se contentent de manifester leur présence absurde, en deçà des significations humaines."
"Cet absolu est absurde, c'est pourquoi il est susceptible de provoquer malaise et écœurement chez celui qui a compris son caractère indépassable. En effet, toute tentative pour fonder ou justifier l'être (notamment par le recours à Dieu) est de mauvaise foi et vouée à l'échec. C'est pourquoi la Nausée est une "extase horrible" (Jean-Paul Sartre). Extase car je suis entièrement présent à ce qui est, je me fonds dans la présence universelle des choses. Mais cette présence, loin d'être rassurante, est bien plutôt horrifiante : je ne puis plus me raccrocher à rien, je suis pris dans une assomption d'être que je ne maîtrise pas."
"Le fait d'être guéri, de s'être relevé d'une maladie, ne me replace pas dans une situation identique à celle que la maladie m'a fait quitter. Quand bien même je peux à nouveau faire les même choses qu'avant, je ne les fait pas de la même manière. La vie ne connait pas en ce sens de réversibilité."
L'épreuve de soi, Claire Marin (dir.)
Publié par Miss-C à 22:47:03 dans Nothing in particular | Commentaires (1) | Permaliens
So you'll aim toward the sky, Grandaddy
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"Pour celui qui se trouve acculé à cette solitude que crée la rupture, la souffrance, la disparition de l’autre, la norme ne vaut plus, les discours des autres sonnent creux, les réconforts parlent d’un monde qui ne vaut plus pour lui. L’épreuve apparaît comme le moment où le sujet est sommé de redéfinir ce qui lui est propre sans pouvoir se réfugier derrière les valeurs et les repères communs à la sphère sociale, professionnelle ou communautaire qui servait de paravent à son identité. Cette mise à nu, véritable épochè existentielle, dépouille aussi les valeurs anciennes de leur attrait superficiel. L’épreuve apparaît comme une remise à zéro des compteurs."
Le sujet face à l’épreuve, article de Claire Marin
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"Peut-être est-ce même le trait le plus original, le plus essentiel de l'homme : son incomplétude, cet être "raté". "Heureusement nous ne nous rencontrons jamais". L'ontologie de Michaux se résume dans cette phrase. Heureusement que nous nous manquons, que nous nous ratons, car ce n'est que dans la perpétuelle invention de nous-mêmes que nous sommes. Ce n'est que dans cette quête d'un horizon inaccessible que notre identité se construit et se révèle. L'adéquation, l'identité tautologique est régression : "Revenir à soi, c'est retomber dans l'inconscience". Se rencontrer, ce serait coïncider avec un être défini, c'est-à-dire figé dans sa définition, gelé dans une formé déterminée. Un être fini, sans zone d'ombre ou de flou, sans mystère. Un être parfaitement lui-même, mais dont la perfection signifie finitude, fin des possibles. Or Michaux refuse l'idée de se réduire à ce qu'on est.
C'est pour cette même raison que Michaux revendique une perpétuelle enfance, il refuse l'idée d'un être adulte, abouti, fini. L'adulte est celui qui, parvenant à ses fins, parvient à sa fin. Il est comme un homme mort que plus rien ne motive."
L'épreuve de soi, Claire Marin (dir.)
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Tout s'éclaire à présent. Les non-dits, les doutes, les troubles sont avoués et dévoilés. Les pièces du puzzle se mettent en place. Il y a toujours cette incompréhension, pourquoi ne pas avoir parlé, ou plutôt pourquoi avoir mal parlé ? L'échange permet de résoudre autant qu'embrouiller, il faut savoir dire les bonnes choses avec les bons mots à la bonne personne. Ca aurait tellement tout changé de parler, ou au moins de dire la vérité même si elle n'est pas une certitude. Tant de douleur et de destruction à cause d'un manque de confiance infondé. Le soulagement maintenant, même s'il reste des encore des interrogations et des scories d'incompréhension, de colère, de déception. Mais désormais je comprends. Et même si les larmes ont encore coulé, ce n'est plus exactement pour les mêmes raisons. Et même si ce n'est pas le grand soleil, c'est peut-être une aube qui est en train de poindre.
Publié par Miss-C à 13:05:43 dans Nothing in particular | Commentaires (3) | Permaliens
Jouer à être normale, comme Dexter. Les cookies cranberry-chocolat blanc. Lire de la philo dans le bus à 8h15 le matin. Black hearted love, PJ Harvey & John Parish. Détruire pour reconstruire ou juste pour détruire ? Résille et plumes. "Just because it’s a game doesn’t mean that it doesn’t really hurt." (Juliana Hatfield). Twix, Efferalgan et Redbull, le petit déjeuner des championnes (ou pas). Planer sur Lights d'Archive au crépuscule. Ne pas avoir le droit de prendre le train toute seule à 21 ans. La Marquise de Merteuil comme inspiration. En huit jours, les trois hommes des deux mois. Que tout est noir, Saez. "[...] je sais que quelque chose ne va pas -mais je m'en fiche complètement. Je me fous de m'en foutre, mais peut-être que je ne me fous pas de ne pas me foutre de m'en foutre." (Elizabeth Wurtzel). Ne pas trop réfléchir parce qu'à trop creuser on déterre des cadavres. Not an addict, K's Choice. Il neige des pétales de fleurs de cerisier. Je hais les repas de famille. Sécher les cours pour un 5 à 7 de 11 à 13. Grandes vacances le 7 mai. Cet après-midi je marcherai sur le sable. Réflexion insconsciente, instinct féminin ou révélation soudaine ? "Je n’ai jamais connu, et ne connaîtrai jamais, d’homme pire que moi." (Henry David Thoreau). Non ce n'est pas un collant blanc, c'est la peau de mes jambes. Black, Archive. J'irai (au moins) en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, en Inde et en Nouvelle-Zélande. L'océan n'est qu'un désert recouvert d'eau.
Publié par Miss-C à 07:52:41 dans Nothing in particular | Commentaires (10) | Permaliens
Wrong, Depeche Mode. Ou le goût de l'échec et l'impression de ne rien contrôler.
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"On se dépensait sans compter, on brillait, on s'agitait, on courait dans tous les sens, on lisait tout, on savait tout, on pouvait tout. Et soudain, c'est l'écroulement. Le corps vous lâche : plus d'énergie, plus de souffle, plus de joie, plus de plaisir, plus de goût à rien. Le néant. Et cette épouvantable impression de n'être plus qu'une loque dépressive, un déchet social, une merde. [...] Et ce qui est effrayant dans cette affaire c'est l'ostracisme qui va s'abattre sur vous, la solitude infinie, et cette honte intime d'avoir été quelqu'un et de n'être plus rien."
La passion du vide : dépression, psychothérapie, philosophie, Guy Amédé Karl
Publié par Miss-C à 00:11:12 dans Nothing in particular | Commentaires (5) | Permaliens
"Et voici que l'humeur, l'affect désinhibé exerce une tutelle quasi absolue. Le raisonnement est sans pouvoir, les pensées impuissantes, les conseils extérieurs dérisoires, les résolutions inapplicables. Rien ne peut rien contre la tristesse. Une sourde mélancolie emporte la joie de vivre, ou le simple plaisir. Plus de projet. Plus d'avenir. Plus de temps si ce n'est cet instant sans début et sans fin de la mornitude. Plus de contact social, plus de sorties. Plus d'amour ou de désir. Et bientôt les pulsions elles-mêmes disparaissent. Vide sans nom, souffrance indicible du vide. Et la parole, et l'appétit lui-même viennent à manquer.
Tyrannie de l'humeur. Et caprice ! Car, tout aussi inexplicablement, cette nuit noire est parfois déchirée d'éclairs ! Des moments d'une intense allégresse, totalement absurde, totalement incongrue, soudain illuminent ces ténèbres. Moments extatiques, imprévisibles, et qui viennent et qui s'en vont, selon une logique sans logique, absurdement déconcertants, absurdement incontrôlables. Et puis cela retombe, ce n'était qu'une belle illusion. L'existence semblait d'un coup vivable, intéressante. Et puis, à nouveau la nuit. L'humeur est comme la déesse Fortune, capricieuse, imprévisible et folle. Comme la mort elle-même, et comme le Réel. Cela arrive, et vous êtes désemparé."
La passion du vide : dépression, psychothérapie, philosophie, Guy Amédé Karl
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A un moment souriante à parler de la vie à la rentrée prochaine, à lister toutes les nouveautés qu'il y aura dans quelques mois, d'imaginer la liberté et l'indépendance et tout ce qu'on peut en faire, à échafauder des projets, à bavarder en mangeant des pâtes sauce bolognaise au gruyère, à rigoler en cours en parlant d'épilation masculine au niveau du maillot et de poils entre les dents, à glousser parce qu'on se retrouve à aller au cours qu'on voulait sécher uniquement parce qu'on a trop mangé et qu'on n'a plus la force d'aller en ville, à faire un crumble, à s'interroger sur le fonctionnement d'un lave-linge parce que j'ai beau être une fille cette connaissance n'est pas dans mes gênes, à bouquiner un livre policier, à mêler thé et cookies,...
A un autre, désincarnée et déprimée à se dire que tout ne sert à rien, à avoir la tête qui tourne d'avoir trop ou pas assez mangé ou dormi, à ressasser cette histoire, à se faire du mal, à marcher pendant une heure dans les avenues venteuses et inconnues, à constater l'ironie de la vie qui amène la réussite d'études contraintes et ennuyeuse et l'échec d'une relation dans laquelle il y avait tant d'espoir d'investissement et de bonheur, à utiliser l'anti-cernes abandonné il y a plus d'un an, à prendre des cachets contre les maux de tête tous les jours, à être épuisée mais incapable de dormir, à se haïr parce que l'image qu'on a de soit résulte de celle que les autres nous renvoient, à se réveiller du sang sur la joue et des larmes dans les yeux,...
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A la caisse, deux personnes devant moi, il y avait cette femme qui pleurait. Elle essayait de se retenir, elle a eu quelques sanglots étouffés, mais l'homme qui passait avant elle pinaillait à propos d'une réduction. Alors ses larmes ont commencé à couler, puis elle s'est mise à pleurer franchement. La peau rougie et abîmée, les rides aux coins des yeux, son visage exprimait une telle douleur... J'aurais voulu la prendre dans mes bras, la réconforter, faire quelque chose pour l'aider. Mais quand je suis sorti du magasin je ne l'ai pas vue. Sinon, j'aurais été la voir. Je ne sais pas ce que j'aurais dit, ni ce que j'aurais fait, mais elle avait l'air d'avoir tellement mal que j'ai ressenti le besoin de l'aider. Je me demande où elle est ce soir, ce qu'elle fait, comment elle se sent.
Et il y a eu ce tableau aussi. Ce tableau qui était le symbole, la représentation d'un bonheur aujourd'hui perdu. Un bonheur serein, luxuriant, tendre, abondant et intense. Cette image était en face de moi, projetée sur une toile de plusieurs mètres. Cette plénitude disparue étalée sur le mur d'en face, dominant l'amphithéâtre, les dorures et l'éclat attirant le regard. Impossible de ne pas le voir, même sans le regarder. Alors j'ai pris sur moi, j'ai écouté la prof l'analyser, j'ai essayé de n'y voir qu'un tableau, de la peinture sur une toile. Et il y a eu les interprétations, dont une incertaine, mais ô combien réelle désormais. Je ne le lisais qu'au premier degré, d'autres y ont vu autre chose, et cela s'est révélé vrai ici.
Publié par Miss-C à 20:37:21 dans Nothing in particular | Commentaires (6) | Permaliens
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"Elle cherche quoi faire de sa vie entre soif d'absolu et peur de la déchéance."
"Elle est perdue avec elle-même, perdue avec le monde. Elle exige trop d'elle-même, trop du monde."
(Alain Rémond)
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