<< 18 avril 2009 | 25 avril 2009 | Procrastination ante-partiels >>
Adagio, Secret Garden (sur la BO de 2046 de Wong Kar-Wai)
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Je me rappelle que j'avais acheté des places pour le concert de ce soir, c'était avant, c'était une autre époque. Maintenant, les billets ont été remboursés, tout est terminé. A la place je suis en train d'écouter le ciel pleurer. C'est un vrai concert, parfois les gouttes vont crescendo et fortissimo, exprimant l'intensité, la colère, le désespoir, le déchaînement des passions, puis decrescendo, les évènements et les sentiments s'apaisent, et enfin morendo, le silence et le calme reviennent. Puis à nouveau une brusque envolée, les gouttes tombant violemment, comme une cacophonie d'instruments désaccordés, la crise revient, violemment, douloureusement. Et enfin un rythme se dégage à nouveau. Et les mélodies s'enchaînent ainsi à mon oreille, c'est le seul concert que je vais écouter ce soir, ce sont les mélodies sur lesquelles je vais sombrer dans le sommeil.
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"La crise, c'est le moment de l'effondrement du monde. Les certitudes s'écroulent, les repères s'effacent, le décor ne fait plus illusion. Mais si l'on cesse de croire à ce qui allait de soi, c'est qu'une lucidité corrosive est à l'œuvre, la lucidité étant "la blessure la plus rapprochée du soleil" (René Char)."
"Etre en crise, c'est ne plus pouvoir, même si on le voulait encore, être bercé par les illusions, et voir ce qui est sous nos yeux, sans avoir encore la force ou les moyens de l'appréhender. C'est donc passer de l'aveuglement des faux-semblants à l'aveuglement du réel. Voir, c'est toujours d'abord être aveuglé. C'est pourquoi il faut toujours réapprendre à voir. Non pas tant pour éviter la crise, que pour tenter d'apprendre d'elle. Car en brisant les apparences, la crise nous prépare d'étonnantes révélations."
"La crise est ce que nous n'avions pas prévu, et ce devant quoi nous ne pouvons nous dérober. Mais ce que nous n'avions pas prévu, n'est-ce pas, fondamentalement, d'être là, d'exister ? L'état de faiblesse où la crise nous trouve, n'est-il pas d'abord celui de l'homme démuni face au fait brut du monde et de l'existence ?"
"La crise est sans doute la plus profonde lorsqu'elle n'est causée par rien, ou par un détail insignifiant qui nous met subitement devant l'abîme. C'est pourquoi il est préférable de l'évoquer à travers certaines tonalités affectives, comme l'angoisse ou la nausée qui, venues de nulle part, remettent complètement en cause notre rapport au monde."
"En effet, dans la crise l'existence est comme suspendue, happée par des gouffres inaperçus jusqu'alors. Mais s'ils étaient inaperçus, ils n'étaient pas inexistants pour autant. La crise est donc simultanément révélation, en nous montrant ce qu'on ne voulait ou ne pouvait pas voir. La crise, ce n'est personne, personne d'autre que nous-mêmes, c'est pourquoi dans la crise nous sommes démunis, seuls face à nous-mêmes. La crise est une épreuve de soi car elle est d'abord un affect, une tonalité affective. Provoquée par personne, la crise est une modification de moi-même, où je perds les repères rassurants de la quotidienneté. Certes, elle peut être déclenchée par l'intermédiaire d'autrui, dans le deuil ou la rupture amoureuse par exemple. Mais par sa radicalité et sa démesure, elle dépasse toujours les circonstances où elle a lieu, de même qu'un très grand bonheur se situe toujours au-delà de ses "causes", s'il en a."
"Quelle est la nature et la portée de cette crise ?
Lorsque je suspends mes tâches quotidiennes qui, de projet en projet, permettent de glisser à la surface du monde, alors les choses peuvent m'apparaître dans leur existence brute, dans leur radicale inhumanité. Au lieu de prendre sens par rapport à mes projets, les choses se contentent de manifester leur présence absurde, en deçà des significations humaines."
"Cet absolu est absurde, c'est pourquoi il est susceptible de provoquer malaise et écœurement chez celui qui a compris son caractère indépassable. En effet, toute tentative pour fonder ou justifier l'être (notamment par le recours à Dieu) est de mauvaise foi et vouée à l'échec. C'est pourquoi la Nausée est une "extase horrible" (Jean-Paul Sartre). Extase car je suis entièrement présent à ce qui est, je me fonds dans la présence universelle des choses. Mais cette présence, loin d'être rassurante, est bien plutôt horrifiante : je ne puis plus me raccrocher à rien, je suis pris dans une assomption d'être que je ne maîtrise pas."
"Le fait d'être guéri, de s'être relevé d'une maladie, ne me replace pas dans une situation identique à celle que la maladie m'a fait quitter. Quand bien même je peux à nouveau faire les même choses qu'avant, je ne les fait pas de la même manière. La vie ne connait pas en ce sens de réversibilité."
L'épreuve de soi, Claire Marin (dir.)
Publié par Miss-C à 22:47:03 dans Nothing in particular | Commentaires (1) | Permaliens
25-04-2009 15:50
De Soleil Noir Sujet:
Petite Musique de Nuit Contact me
"Elle cherche quoi faire de sa vie entre soif d'absolu et peur de la déchéance."
"Elle est perdue avec elle-même, perdue avec le monde. Elle exige trop d'elle-même, trop du monde."
(Alain Rémond)