<< In the mood for love, Wong Kar-Wai | 26 mars 2009 | 29 mars 2009 >>
"Et voici que l'humeur, l'affect désinhibé exerce une tutelle quasi absolue. Le raisonnement est sans pouvoir, les pensées impuissantes, les conseils extérieurs dérisoires, les résolutions inapplicables. Rien ne peut rien contre la tristesse. Une sourde mélancolie emporte la joie de vivre, ou le simple plaisir. Plus de projet. Plus d'avenir. Plus de temps si ce n'est cet instant sans début et sans fin de la mornitude. Plus de contact social, plus de sorties. Plus d'amour ou de désir. Et bientôt les pulsions elles-mêmes disparaissent. Vide sans nom, souffrance indicible du vide. Et la parole, et l'appétit lui-même viennent à manquer.
Tyrannie de l'humeur. Et caprice ! Car, tout aussi inexplicablement, cette nuit noire est parfois déchirée d'éclairs ! Des moments d'une intense allégresse, totalement absurde, totalement incongrue, soudain illuminent ces ténèbres. Moments extatiques, imprévisibles, et qui viennent et qui s'en vont, selon une logique sans logique, absurdement déconcertants, absurdement incontrôlables. Et puis cela retombe, ce n'était qu'une belle illusion. L'existence semblait d'un coup vivable, intéressante. Et puis, à nouveau la nuit. L'humeur est comme la déesse Fortune, capricieuse, imprévisible et folle. Comme la mort elle-même, et comme le Réel. Cela arrive, et vous êtes désemparé."
La passion du vide : dépression, psychothérapie, philosophie, Guy Amédé Karl
___________________________________________________________________________
A un moment souriante à parler de la vie à la rentrée prochaine, à lister toutes les nouveautés qu'il y aura dans quelques mois, d'imaginer la liberté et l'indépendance et tout ce qu'on peut en faire, à échafauder des projets, à bavarder en mangeant des pâtes sauce bolognaise au gruyère, à rigoler en cours en parlant d'épilation masculine au niveau du maillot et de poils entre les dents, à glousser parce qu'on se retrouve à aller au cours qu'on voulait sécher uniquement parce qu'on a trop mangé et qu'on n'a plus la force d'aller en ville, à faire un crumble, à s'interroger sur le fonctionnement d'un lave-linge parce que j'ai beau être une fille cette connaissance n'est pas dans mes gênes, à bouquiner un livre policier, à mêler thé et cookies,...
A un autre, désincarnée et déprimée à se dire que tout ne sert à rien, à avoir la tête qui tourne d'avoir trop ou pas assez mangé ou dormi, à ressasser cette histoire, à se faire du mal, à marcher pendant une heure dans les avenues venteuses et inconnues, à constater l'ironie de la vie qui amène la réussite d'études contraintes et ennuyeuse et l'échec d'une relation dans laquelle il y avait tant d'espoir d'investissement et de bonheur, à utiliser l'anti-cernes abandonné il y a plus d'un an, à prendre des cachets contre les maux de tête tous les jours, à être épuisée mais incapable de dormir, à se haïr parce que l'image qu'on a de soit résulte de celle que les autres nous renvoient, à se réveiller du sang sur la joue et des larmes dans les yeux,...
___________________________________________________________________________
A la caisse, deux personnes devant moi, il y avait cette femme qui pleurait. Elle essayait de se retenir, elle a eu quelques sanglots étouffés, mais l'homme qui passait avant elle pinaillait à propos d'une réduction. Alors ses larmes ont commencé à couler, puis elle s'est mise à pleurer franchement. La peau rougie et abîmée, les rides aux coins des yeux, son visage exprimait une telle douleur... J'aurais voulu la prendre dans mes bras, la réconforter, faire quelque chose pour l'aider. Mais quand je suis sorti du magasin je ne l'ai pas vue. Sinon, j'aurais été la voir. Je ne sais pas ce que j'aurais dit, ni ce que j'aurais fait, mais elle avait l'air d'avoir tellement mal que j'ai ressenti le besoin de l'aider. Je me demande où elle est ce soir, ce qu'elle fait, comment elle se sent.
Et il y a eu ce tableau aussi. Ce tableau qui était le symbole, la représentation d'un bonheur aujourd'hui perdu. Un bonheur serein, luxuriant, tendre, abondant et intense. Cette image était en face de moi, projetée sur une toile de plusieurs mètres. Cette plénitude disparue étalée sur le mur d'en face, dominant l'amphithéâtre, les dorures et l'éclat attirant le regard. Impossible de ne pas le voir, même sans le regarder. Alors j'ai pris sur moi, j'ai écouté la prof l'analyser, j'ai essayé de n'y voir qu'un tableau, de la peinture sur une toile. Et il y a eu les interprétations, dont une incertaine, mais ô combien réelle désormais. Je ne le lisais qu'au premier degré, d'autres y ont vu autre chose, et cela s'est révélé vrai ici.
Publié par Miss-C à 20:37:21 dans Nothing in particular | Commentaires (6) | Permaliens
29-03-2009 01:11
De Swan' Sujet:
Et sinon Url: [Liens]
27-03-2009 18:17
De Miss-C
Sujet:
.:. Url: [Liens]
27-03-2009 16:43
De Lucas Sujet:
(petit communiqué personnel) Url: [Liens]
27-03-2009 10:38
De wendy Sujet:
... Contact me
"Elle cherche quoi faire de sa vie entre soif d'absolu et peur de la déchéance."
"Elle est perdue avec elle-même, perdue avec le monde. Elle exige trop d'elle-même, trop du monde."
(Alain Rémond)