T'arrives juste pas à dormir le soir. T'es fiévreuse ou glacée. T'as beau essayer de ne pas pleurer, les larmes coulent toujours, même un mois après, le matin, le soir, pendant la journée, n'importe où. Et tu fais tout le temps des cauchemars, tu te réveilles trop tôt le matin, complètement paniquée et tu ne sais même pas pourquoi, tu te retrouves en pleine nuit à étouffer tes sanglots, recroquevillée sur le sol de ta chambre parce qu'en allant prendre la boîte de mouchoirs sur ton bureau t'as même pas au assez de force pour retourner dans le lit. La tête déraille et le corps suit. Tu te sens tellement mal, t'as retrouvé celle que t'étais avant de tomber amoureuse, alors que tu pensais que c'était fini maintenant. Mais en fait, c'est pire maintenant, tu n'as jamais été aussi mal. Tu te demandes pourquoi les choses se sont passées de cette manière, pourquoi il t'a laissée du jour au lendemain sans élément annonciateur, sans même t'en avoir parlé, sans t'avoir préparée un peu. Parce que pour lui c'est facile, il était prêt, il a eu du temps pour envisager la situation, y réfléchir, mais pas toi. Un jour tu as tout et le lendemain tu n'as plus rien. Qu'est-ce que t'as fait pour mériter ça ?! Pour être rejetée comme si t'étais complètement négligeable et inutile ?! Pourquoi a-t-il fait preuve d'aussi peu de respect et d'egards ?! T'aurais tellement aimé que cela n'arrive pas. T'étais pas prête, t'avais encore tellement de choses avec lui devant toi. Et puis maintenant plus rien, à part ce profond sentiment d'inachevé, et ce vide abyssal. Maintenant, t'es complètement à la dérive, t'as plus envie de rien, t'as pas envie d'aller à la fac parce de toute façon les cours ne t'intéressent pas et en plus tes études ne débouchent sur rien. Mais t'essaie quand même d'y aller parce que c'est tout ce qu'il te reste : des études qui te pèsent et que tu fais parce qu'il faut bien faire quelque chose. En fait, t'as juste envie d'une chose c'est d'oublier, de ne plus penser, alors tu passes l'essentiel de ton temps libre à dormir, parce que quand tu dors tu n'as plus mal, tu te souviens plus et tu ne penses plus non plus, sauf quand tu fais des cauchemars. Alors t'es là, à sans cesse dormir, fixer le vide, à pleurer ou à essayer de ne pas pleurer. T'aimerais juste que tout soit comme avant, quand tu étais sereine, apaisée après des années de troubles, quand t'étais heureuse tout simplement, mais tu sais que c'est pas possible, et que ça ne le sera plus. On te dit que tu retomberas amoureuse, mais NON, tu ne les seras plus vraiment de l'amour parce qu'il y aura toujours la méfiance, la peur d'être à nouveau abandonnée sans raison valable du jour au lendemain. Maintenant il y aura toujours une fêlure, quelque chose de brisé et d'irréparable. D'ailleurs qu'est-ce qui pourra à nouveau te rendre heureuse ? Il n'y a plus RIEN. Tu sais juste que tu vas devoir ramer pour un résultat minuscule même pas garanti, et t'as pas le courage de ramer, t'es trop fatiguée de tout. Tu sais que tu vas pas bien, tu sais que t'es en train de t'effondrer, mais tu ne sais pas quoi y faire. Tu peux toujours parler à ton entourage, mais ils n'ont pas la solution, pour la simple et bonne raison qu'il n'y en a pas. Et tout ce que tu vas faire c'est les saouler, et ils finiront par se lasser de te porter à bout de bras. Tu te dis qu'il faudrait que tu vois un médecin, mais tu les détestes et de toute façon, qu'est-ce qu'ils peuvent y faire ?! Il n'y a pas de remède au mal de vivre, pas de cachets à prescrire, de sirop à prendre. Et puis tu sais que ton médecin traitant ne connaît pas grand-chose en-dehors des maladies infantiles et des virus alors en quoi est-ce qu'il va t'aider ? Il y a bien du personnel médical à la fac, mais tu ne l'as jamais vu, tu n'auras pas l'occasion de le revoir d'ici quelques semaines et il n'ont rien à proposer non plus alors y aller ne servira à rien. T'es dans une impasse. T'as pas envie de finir à l'hôpital parce que tu sais que ça ne sert à rien à part te couper de tout et te briser un peu plus moralement, et en plus tu finis pas sans cesse faire des allers-retours là-bas parce que finalement t'arrives plus à te débrouiller seule, en fait ça te rend juste un peu plus inadaptée. Et t'as pas envie de consulter un psy-quelque chose parce que là aussi les résultats sont nuls sur toi. Et puis de toute façon, les médecins te fileront des antidépresseurs et qu'est-ce qui se passera ? Rien. T'en as déjà eu des doses énormes, 10 à 20 fois plus que d'autres qui étaient comme toi, tu l'as même eu par perfusion, et est-ce que ça t'a rendue heureuse, ou au moins, un peu moins mal ? Même pas. Ca t'empêche juste de trop penser et de ressentir quoique ce soit, tu deviens un zombie qui ne pense plus à rien le jour et qui est assomé par un sommeil de plomb la nuit. Alors il reste quoi comme solution ??? T'as plus envie de vivre, t'as même plus de raison de le faire, mais tu ne veux pas non plus mourir parce que tu ne veux faire de mal à personne et que t'en as pas le courage de toute façon. Quoique tu fasses il y aura toujours quelque chose de mort en toi, rien ne sera plus JAMAIS comme avant. T'iras peut-être un peu moins mal un jour, mais ça veut pas dire que tu te sentiras bien pour autant. Tout ce qu'il te reste c'est l'oubli, dormir toute la journée pour ne plus penser, ne plus pleurer, ne plus avoir mal. Mais quand tu te réveilles c'est toujours pareil. Et t'auras beau dormir aussi longtemps que tu voudras, le monde pourra changer, mais quand tu te réveilleras, tu seras toujours la même, avec ce vide, ce gouffre, cette déchirure à l'intérieur.