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Au milieu de ces réflexions, des sons agréables partis d'une maison voisine et formant des phrases musicales très-singulières vinrent frapper mon oreille. Je crus qu'ils appartenaient à quelque cérémonie religieuse. Je m'approchai : dans une cour séparée de la rue par une grille de fer, je vis un homme à qui je demandai si je pouvais entrer sans commettre d'indiscrétion. Il me répondit que le lieu était public. J'entrai, d'après ses indications, par une petite porte. Un escalier de huit à dix marches me conduisit à un vestibule qui donnait dans une salle peu spacieuse. La partie du milieu était occupée par un théâtre exhaussé d environ quatre pieds au-dessus du sol, long de quinze pieds sur dix de large ; une balustrade à hauteur d'appui en fermait l'enceinte avec un banc placé tout autour et dans l'intérieur. Au centre de l'estrade une table supportait quatre girandoles garnies chacune de trois lumières. Quatre lustres éclairaient le reste de la salle. En face de cette estrade, et sur le côté à droite, une espèce d'autel était plaqué contre le mur. On voyait dans le haut la représentation d un grand livre in-folio ouvert, tel qu'on nous peint les tables de la loi apportées par Moïse du mont Sinaï. Les deux pages du livre étaient couvertes d'écriture hébraïque. Cinq rangs de stalles occupaient l'autre partie de la salle, laissant entre elles un passage, et dans toute la circonférence, à la hauteur de trois toises le long des murs, régnait une galerie en bois peint de couleur d'acajou. Cette galerie est réservée aux femmes et aux filles, qui sont toujours séparées d'avec les hommes. Au moment où je pénétrai du vestibule dans la salle, un petit vieillard me fit signe de me couvrir de mon chapeau, que je tenais à la main. Lui-même portait sur la tête un chapeau couvert d'une grande toile d'un blanc sale qui descendait sur la figure, les épaules, une partie du dos et de la poitrine. Quatre vieillards placés sur l'estrade chantaient d'un ton grave quelques versets auxquels répondaient des femmes et des jeunes garçons. A leurs voix de haute-contre quelquefois les vieillards mêlaient la leur et faisaient la basse. Les assistants qui remplissaient les stalles formaient les chœurs et s'acquittaient avec justesse de leur partie.
Par intervalles les rabbins de l'estrade et les assistants exécutaient des mouvements de tête assez rapides en avant et en arrière ; d'autres fois ils se couvraient les yeux avec la main : tantôt ils se tenaient assis, tantôt ils se levaient ou se mettaient à genoux sur les bords de leurs stalles. Tantôt les chants étaient aigus et perçants, tantôt ils étaient graves et semblaient partir du nez. Les hommes placés sur l'estrade avaient tous des pièces de linge semblables à celle du petit vieillard qui m'avait invité à mettre mon chapeau sur la tête. Ils chantaient le plus souvent et faisaient des grimaces et des contorsions assez fréquentes. Ces grimaces nuisent peut être à l'effet de la musique, qui d'ailleurs est très-agréable, à l'exception du son nasal et de quelques inflexions de voix trop brusques. Plusieurs passages me rappelaient les belles compositions de Gluck.
Quoique la plupart des juifs qui remplissaient la synagogue, au nombre de quatre à cinq cents, soient nés dans le pays, ils ne ressemblent en aucune manière aux autres habitants ni pour la taille, ni pour la figure, ni pour la propreté. On voit distinctement que c'est une race à part. Les Hollandais de ce canton sont grands, gros, forts, bien proportionnés ; ils ont le visage régulier, agréable et coloré. Les juifs sont petits, trapus, trop larges pour leur hauteur, qui, terme moyen, n'est guère que de quatre pieds neuf pouces. Ils ont la face blême, hâve, sans couleur ; les sourcils, la barbe et les cheveux noirs, frisés et gros comme du crin. Leur physionomie n'a rien qui prévienne et leurs yeux semblent annoncer la duplicité du caractère.
Les uns et les autres ne différent pas moins pour la mise : celle des Hollandais est propre, chaude commode et bien entretenue de la tête aux pieds ; celle des juifs au contraire est sale, déchirée, sans goût. Ils se lavent rarement le visage et les mains, et ne se rasent que le moins souvent qu'ils peuvent. Les maisons qu'ils occupent ne sont pas mieux tenues que leur personne, et les femmes surtout sont très-malpropres.
Je sais qu'il y a des exceptions ; je conviens qu'il y a des juifs qui sont exempts des défauts physiques et des imperfections morales de leur nation, qui même sont aussi bien partagés de la nature que les hommes les plus favorisés ; mais cet avantage n'est pas commun et je n'émets que des observations générales.
En sortant de la synagogue, je dirigeai ma promenade le long du quai. Il se termine par une jetée en avant d'où l'on découvre le cours de la Meuse qui s'élargit en cet endroit et que la vue peut suivre jusqu'à d eux et trois lieues de distance. A côté de cette jetée se trouve un canal qui renferme d'assez gros bâtiments.
pp.191-93 (Google Books)
Voyage dans la Belgique, la Hollande et l'Italie...
De André Thouin (1841)
P.S. : on remarquera la délicieuse description, que l'auteur convient lui-même comme étant général, du "peuple juif". Idée commune au milieu du XIXe siècle, allant de l'étrangeté à l'horreur.
Publié par synagogo à 20:15:22 dans Rotterdam | Commentaires (0) | Permaliens
source : GoogleMaps 2007
Publié par synagogo à 14:04:42 dans Rotterdam | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par synagogo à 20:26:04 dans Rotterdam | Commentaires (0) | Permaliens
Rénovation de la synagogue de Botersloot, 1938 (Kramer, C), détruite
par un bombardement allemand lors de la IIe Guerre mondiale. Eerste steenlegging bij de bouw van administratiegebouw / kerkenraadszaal en renovatie van de synagoge Botersloot, Rotterdam, 1938. Op de voorgrond opperrabbijn Davids.
source : Geheugen van Nederland
Publié par synagogo à 23:37:59 dans Rotterdam | Commentaires (0) | Permaliens
source : Jewish Historical Museum Amsterdam
Publié par synagogo à 23:36:12 dans Rotterdam | Commentaires (0) | Permaliens
Ottomar Scholem et Abraham Loeweren
Coiffés de feutres verts le matin du sabbat
Vont à la synagogue en longeant le Rhin
Et les coteaux où les vignes rougissent là-bas
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