Tandis que les deux poulets vont chercher du matériel dans le coffre de leur véhicule, elle s'abaisse, vite, se saisit de la photo et l'enfouit dans la poche extérieure de son sac à main. Tu es folle Eden, pense-t-elle, à l'instant même où elle décide de ne rien dire. Elle affirmera que la femme lui semblait morte, c'est tout ; elle ne veut surtout pas le trahir. S'il était avéré que c'est lui, il sera toujours temps de rétablir la vérité. Ce n'est certes pas sans risques. Elle s'en moque comme de sa première clope, mais ne peut s'empêcher de penser qu'elle a un peu forcé sur la caïpirinha... Ce courage, ou cette inconscience, n'est pas d'elle. Abel Pastor se dirige à nouveau vers elle pour l'interroger, elle lui raconte ce qu'elle a entendu, comment elle a trouvé la jeune femme, où elle était avant, etc. Tout sauf la photo, elle serre fort son sac contre elle. Dès que cet interrogatoire sera terminé, elle rendra visite à Brito ; il faut qu'elle en ait le coeur net, elle saura lire dans ses yeux s'il l'a tué. Elle laisse son numéro de téléphone à l'inspecteur et s'apprête à repartir vers le port, l'inspecteur la hèle :
- Mais je croyais que vous habitiez sur la jetée.
Elle se retourne, interdite :
- Heu... oui... mais je préfère retourner sur le port pour trouver un taxi.
- Non, ce n'est pas la peine, je vous raccompagne.
Elle hoche la tête, elle ne peut qu'accepter ; elle monte dans la voiture d'Abel passablement dépitée, tirant au maximum sa robe courte sur ses genoux ; tout à coup elle se sent nue et fragile. L'autre enquêteur, en prenant place derrière Abel, offre son paquet de Camel à la ronde. Eden en prend une, l'allume avec son vieux Zippo récalcitrant, les deux pandores se bidonnent.
Eden essaie de remettre ses idées au clair, tout en avalant la fumée par de profondes inspirations. Retrouver son calme, voilà ce qu'il lui faut. Les cris... entendus, mais elle n'a rien vu. La femme allongée sur le ventre, la face au sol, le sang, la trace de pneu... et ce prénom, comme un couteau, Brito ! Abel interrompt le fil de ses pensées :
- Vous n'auriez pas dû toucher cette femme. Le sang sur votre main... c'est pas génial quoi !
Evidemment, elle n'a pas pensé à cela, qu'on puisse la soupçonner, bien que peu avant qu'ils ne quittent la scène du crime, la Police scientifique avait pris ses empreintes et, ayant noté la présence de sang, l'avait immédiatement prélevé sur sa main droite.
- Je l'ai touchée parce que je ne voyais pas si elle était inconsciente ou si c'était plus grave ; et je n'ai pas tout de suite compris qu'elle avait été agressée, je suis désolée. Vous ne pensez pas que c'est moi tout de même ? Abel lui sourit.
- Non, bien sûr... pas pour le moment.
Publié par junejb à 23:54:23 dans Ch. I | Commentaires (24) | Permaliens
Publié par junejb à 00:14:34 dans Ch. I | Commentaires (11) | Permaliens

C'est la nuit, il est deux heures. De la pop, elle se sent au top et se déhanche sur la piste. Elle rêve, un peu shootée... La musique la transporte. Elle se sent envahie par un désir fou d'être sur le bord de la plage avec lui. Elle a envie de l'appeler, mais elle n'ose pas ; depuis qu'ils sont séparés, elle n'a pas vraiment réussi à le quitter. Elle commande un autre verre, une caïpirinha bien dosée.
Frissons sur la peau... le souvenir soudain de cette plage d'Ipanema, où elle l'a rencontré un mercredi soir. Il est assis, seul au coin d'une table, devant une feijoada. Il porte un short et ce beau métis musclé, dont les cheveux longs ondulent jusqu'aux épaules, c'est lui, pas le courage de l'affronter ; elle essaie de chasser cette image de son esprit, de ne pas se laisser aller à la nostalgie et de ne pas se laisser tenter à l'aborder.
Elle retourne danser, embarquée par la salsa endiablée, qui a succédé aux mélodies métalliques du rock anglais. Elle ferme les yeux et se laisse transporter dans les souvenirs de ces nuits à Salvador de Bahia... L'atmosphère est torride dans la chambre encore chauffée à blanc, malgré que le soleil soit couché depuis longtemps. Elle le voit encore, sombrer à l'horizon, achevant sa descente rapide, comme une flèche rougie au feu du jour. Nue derrière les claustras tirées, à l'abri des regards, elle admire la plage où peu à peu s'illuminent, de loin en loin, les terrasses des bars. Elle entend une mélopée sensuelle, dominée par les accents aigus d'un cuica...
Elle ouvre les yeux, il n'est plus là. Peut-être a-t-elle rêvé ? Ce n'était pas lui ? Elle ne sait plus, elle a trop bu et se sent étourdie par la chaleur et le bruit assourdissant de la musique. Elle récupère ses affaires au vestiaire et rentre chez elle à pieds. Elle a hâte de retrouver sa grande maison vide, ses quelques livres sur des étagères basses de bric et de broc, sa couette légère, dormir, oublier. L'oublier. Chez elle, seule une boîte à café lui sert de souvenir. De lui, elle a tout balancé. Les photos... brûlées. Les lettres... brûlées, mais son cœur brûlé, elle n'a pu l'arracher, ni son ventre qui l'appelle, qui le voudrait, là, maintenant, pour l'emplir de son être. Tu me manques Brito, dit-elle à voix haute, en marchant sur le quai...
Il n'y a plus personne à cette heure tardive de la nuit et l'éclairage ne fonctionne pas ; elle s'enfonce peu à peu dans la nuit noire ; soudain, elle entend un cri étouffé, puis un bruit sourd. Elle a envie de rebrousser chemin, mais une force inconnue la pousse à suivre son chemin ; elle arrive à hauteur d'un corps allongé sur le quai, de tout son long. Une lueur au loin lui permet de voir que c'est une femme, face contre terre. Elle se penche, la secoue, sent un liquide chaud sur sa main ; elle allume son briquet pour y voir mieux. Du sang.
Publié par junejb à 20:44:09 dans Ch. I | Commentaires (45) | Permaliens
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Damned ! Vous avez laissé des empreintes...