Publié par junejb à 14:46:55 dans Ch. I | Commentaires (2) | Permaliens
Publié par junejb à 21:52:36 dans Ch. I | Commentaires (2) | Permaliens
Elle décroche :
- Eden Clérie.
- Hé Ninha, c'est Joao, habille toi. Fais fissa ! Je passe te chercher dans un quart d'heure. Je t'emmène à Parati, ma sœur a loué un appartement près du fort, c'est ma-gi-que ,
dit-il en accentuant bien chaque syllabe.
- Je ne peux pas t'accompagner Joao. As-tu vu Brito ces derniers jours ?
- Je l'ai vu hier après-midi à la Praia da Bica, sur sa moto. Il est trop beau ! Quelle chance tu as Eden. Rio est trop petit...
- Pas le cœur à plaisanter Joao. Et d'abord Brito et moi c'est fini. Je n'ai pas le temps, tu m'excuseras mais il faut que j'y aille...
- Aïe aïe aïe ! Eden, qu'est-ce que tu nous fais là, ça n'a pas l'air d'aller bien fort ? Bouge pas, j'arrive.
- Non, Joao, je pars. Salut !
Quel casse pied ce Joao ! Il a encore dû se faire larguer par son dernier petit chéri et cherche de la compagnie pour passer un week end à mourir avec sa soeur.
Deux minutes plus tard elle est dans la rue. Elle marche lentement, un peu inquiète. Elle a peur que l'on fasse pression sur elle. Des affaires récentes révélées par la presse à Rio montre que la Police n'est pas tendre. Il faut dire que la criminalité est en hausse, y compris au centre ville, et les autorités policières sont soumises à de fortes pressions de la part des politiques pour obtenir des résultats avant les élections. Paris ou Rio, c'est pareil, se dit-elle.
Elle reprend le même chemin que la veille, elle aurait pu prendre sa voiture, mais préfère marcher ; elle sera peut-être plus alerte devant l'inspecteur Pastor. Elle se demande comment elle va se présenter, si la police a déjà fait le lien entre Brito et la jeune femme, retrouvée morte ; elle se sent un peu perdue. Au loin, elle voit arriver un jeune homme qui la regarde avec insistance, elle n'y prête pas attention immédiatement. Il est vrai qu'elle est une très jolie jeune femme, aux cheveux châtains mi longs, de grands yeux noirs, assez grande, élancée, un port de tête majestueux. Il est assez rare qu'un homme la croise sans se retourner. A quelques mètres, elle remarque que le jeune homme arrivé à sa hauteur s'approche d'elle, lui tend la main.
- Bonjour, Melle Clérie, comment allez-vous ? Ça fait longtemps qu'on ne s'est vu ?!
Elle le regarde, dubitative
- Bonjour... Monsieur ?
- Jack Smith, nous nous sommes rencontrés chez le secrétaire d'Etat à l'environnement, Monsieur Brito da Silva.
- Ah oui, bien sûr, comment allez-vous ?
- Mais très bien, que faîtes-vous de bon matin sur la
corniche ?
- Je me rends à un rendez-vous. D'ailleurs il faut que je vous laisse.
- Bien sûr, je ne vous retiens pas plus longtemps. Mais appelez-moi, je serai ravi de déjeuner avec vous pour que nous parlions de vos recherches
- D'accord, j'en serai ravie également, je vous appelle en fin de semaine.
En la quittant, Jack Smith se dit qu'elle lui a promis de l'appeler pour s'en débarrasser ; depuis qu'il la connaît, il n'a jamais réussi à créer un contact réel avec elle, comme si elle s'empressait de tuer dans l'oeuf toute tentative d'approche. Elle ne parlait jamais d'elle, ni anecdotes, ni confidences. Mais Jack ne s'avoue pas vaincu, il la trouve tellement jolie, il aime sa douceur froide, son air emprunté qui cachait mal sa volonté de fer. Si, cette fois, elle ne tient pas sa promesse, lui, se fait le serment de la prendre par surprise un jour chez elle, de la convaincre avec une place de choix sur le plus beau char du Carnaval. Des rêves pleins la tête, il pénètre dans le consulat du Royaume-Uni.
Publié par junejb à 23:36:18 dans Ch. I | Commentaires (3) | Permaliens
Elle pleure à chaudes larmes, bruyamment, et petit à petit se calme, lentement... Ces quelques larmes lui ont fait du bien ; elle est sereine maintenant. Elle tiendra le mensonge, s'il le faut... le sac, des empreintes, mais parce qu'elle l'a poussé en voulant s'approcher de la victime ; elle ne veut rien dire à la police pour le moment ; elle veut voir Brito d'abord. Soudain, elle a envie de l'appeler, prend le téléphone, commence à composer le numéro... elle se reprend. Non. Elle veut être en face de lui quand elle lui annoncera qu'elle sait que la jeune femme morte le connaissait, elle veut lire dans ses yeux la vérité. Depuis un an, elle le connaît ; elle l'a vu quasiment tous les jours où il était à Rio durant cette longue année, elle a rencontré tous ses amis, ses collègues, est sortie avec lui dans tous les restaurants, bars, boîtes de nuit de la ville. Jamais, elle n'a rencontré cette femme, jamais elle n'a pu soupçonner le moindre problème dans sa vie personnelle. Leur rupture. Une anicroche. Elle voulait s'installer avec lui, il a refusé. Et Eden a fait son sac, un matin, il y a une semaine, en lui disant que s'il ne voulait pas s'engager, elle préférait le quitter que souffrir à vivre à côté de quelqu'un qui ne l'aimait pas assez pour vivre sous le même toit qu'elle.
Maintenant le soleil est levé, elle sait qu'elle ne dormira plus. Elle se prépare un café, de sa petite cafetière ramenée d'un voyage en Italie ; elle fait passer le café lentement, pour qu'il soit plus corsé, tout en écoutant la radio. Le flash d'actualité annonce qu'un cadavre a été découvert pendant la nuit sur le Quai de Porto. L'identité de la victime n'est pas révélée, il s'agit d'une jeune femme de trente ans, tuée par balle, découverte par une passante vers trois heures. La Police n'a pas donné plus d'informations. Trente ans, le même âge que moi, pense Eden. L'odeur du café envahit la cuisine, elle se précipite mais il est trop tard, un peu de café a débordé sur la cuisinière. Eden s'énerve, elle se sent fatiguée. De fait cette nuit n'a pas été reposante, c'est le moins que l'on puisse dire. Elle boit le café qui reste brûlant, retire son tee-shirt et va dans la salle de bain. Elle a la ferme intention de s'habiller au plus vite, de faire un tour sur le marché voisin, pour admirer les fleurs, et boire un jus de goyave frais, tout en se rendant au commissariat. En se douchant, elle éprouve la même sensation procurée par la douche de la nuit. Elle se sent sale, comme pénétrée par un serpent visqueux qui s'agite dans ses entrailles. Intérieurement sale, ce n'est pas cette eau qui va la purifier. Elle ressent, intuitivement, que Brito est lié à cette histoire et cela lui noue le ventre de rage.
Elle sort enfin de la douche, se sèche lentement le corps et les cheveux, puis se maquille légèrement pour masquer les marques de sa nuit blanche. Elle enfile un jean et un tee-shirt, une paire de ballerines, noue ses cheveux en chignon et retourne à la cuisine pour prendre une autre tasse d'un café bien serré. Cette nuit, elle n'arrivait pas à trouver le sommeil, mais là soudain, la lassitude l'envahit ; envie de dormir pour oublier. Il va bientôt être l'heure de rendre visite à l'inspecteur Abel Pastor. Elle ouvre la porte fenêtre, et s'installe sur la terrasse avec sa tasse de café ; au loin la mer est calme, en cette heure matinale la plage est encore déserte, hormis Pedro, son voisin, qui fait son jogging en compagnie de son labrador. Il lui fait un signe, elle lui répond en lui souriant ; Pedro est un adorable monsieur d'une soixantaine d'années, qui a tout fait dans sa vie, acteur de cinéma, agent de change, coiffeur de mannequins, photographe... elle le soupçonne d'avoir surtout été gigolo. Avec l'âge, et la richesse surtout, il vit seul dans une adorable maison, voisine de la sienne, en compagnie de son fidèle Nestor. Perdue dans ses pensées, elle regarde ses ongles. Elle aperçoit une petite tâche sombre, restée là après sa douche. Manifestement c'est un peu de sang. Dégoûtée elle va chercher une lime dans la salle de bain. Le téléphone sonne.
Publié par junejb à 18:31:21 dans Ch. I | Commentaires (6) | Permaliens

Elle ne répond rien, continue à fumer sa cigarette en essayant de paraître le plus calme possible. La voiture s'arrête enfin près de chez elle, elle ouvre la portière pour descendre. Abel lui attrape le bras :
- Vous seriez aimable de venir faire votre déposition le plus tôt possible au 5ème Commissariat, avenue Gomes Freire. 9 heures, ça vous convient ?
- Oui, ça ira, répond-elle dans un souffle.
Seule chez elle, elle se jette sous la douche. Elle a besoin de se séparer de toute cette salissure qui la souille. La nuit est étouffante à tous points de vue et elle laisse longuement pulser l'eau froide sur sa peau, jusqu'à ce qu'elle frisonne. La nausée qu'elle éprouve ne passe pas. De l'armoire à pharmacie elle extrait un tube de nux vomica 9CH. Cinq granules devraient arranger tout cela rapidement. Elle s'allonge sur le lit, lumières éteintes, fenêtre grande ouverte. A l'est le ciel commence à se teinter de rosé. La tranquillité ne vient pas et le sommeil l'ignore. Soudain une vague de dégoût l'inonde. Elle se précipite dans les toilettes pour vomir dans un seul et même trait, l'alcool, son angoisse et sa peur.
Elle n'arrivera pas à dormir ; elle se cale dans une couette et deux gros coussins devant la télé ; à 5 heures du matin pas grand-chose d'intéressant à regarder, tant mieux, parce qu'elle n'a pas la tête à ça, la dernière novela en vogue sur TV Globo ; Eden n'est pas une amatrice du genre mais ces séries télé font un carton au Brésil. Tout en essayant de trouver un peu de calme dans les histoires à l'eau de rose, de pièges et de trahisons de la série, elle pense à ce qu'elle vient de vivre cette nuit. Elle essaie de se rappeler tout ce que Brito a pu lui raconter, sur sa vie, ses anciennes petites amies ; mais rien de particulier. Evidemment, son poste de directeur du secrétariat au développement durable l'emmenait souvent loin de Rio, il partageait sa vie entre Brasilia et l'Amazonie ; c'est à l'occasion d'un de ses colloques sur le peuple Shuar, auquel participait Eden en tant qu'ethnologue, qu'ils s'étaient rencontrés.
Pour l'heure elle aimerait bien qu'un chamane Jivaro vienne lui réduire la tête, au moins ses connaissances amazoniennes lui seraient, pour une fois, de quelque utilité. Tout ça... au moment où elle hésitait à le contacter. Bon dieu, que de complications en perspective. Voilà bien la façon dont la vie sait repasser certains plats ! Que va-t-elle bien pouvoir raconter aux flics tout à l'heure ? Ils ne vont certainement pas se contenter d'approximations. Ils auront déjà le résultat d'analyses, ils auront déjà décortiqué le contenu du sac à main. Elle ne se souvient pas si elle a touché le sac. Si... peut-être légèrement lorsqu'elle s'est approché de la femme, mais pas quand elle a pris la photo, de cela au moins elle est sûre. En revanche, elle ne mettrait pas sa main à couper que son geste soit passé inaperçu. La télé achève de la saouler. Zap et stop ! Le film des événements continue dans sa tête. Elle n'en peut plus et fond en larmes.
Publié par junejb à 19:09:43 dans Ch. I | Commentaires (2) | Permaliens
Damned ! Vous avez laissé des empreintes...