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Deux heures et puis… | 14 février 2008

Deux heures et puis s'en va... Deux heures, c'est la durée d'une animation. Deux heures, c'est parfois long, quand la classe s'en fout, que les esprits s'enfuient, que les visages sous les parkas s'enfouissent. Et puis deux heures, c'est souvent trop court, quand les questions fusent sur les filles, les garçons, les histoires, les embrouilles, la fellation ou la sodomie, la transmission des virus, les moyens de contraception, l'orientation sexuelle, les agressions... Deux heures, ça suffit parfois à réveiller les vieux démons, à redonner vie aux cauchemars bien rangés, sous perfusion d'oubli, au fond de la mémoire. Je remarque alors un changement d'attitude, un regard mouillé, un rictus nerveux. Quelquefois, n'y tenant plus, certains ou certaines se lèvent et sans un mot, sortent, pour se jeter dans les bras de l'infirmière qui leur a embrayé le pas. Ensuite, il y a un blanc et des rires forcés.
Hier, dans un centre d'apprentis au cœur de Paris, c'est une jeune fille qui a patienté pour partager son intimité. Je l'ai trouvée toute suite cernée, comme très éprouvée par l'animation. Les mots se sont bousculés, véritable foule de syllabes tentant d'échapper aux flots des sanglots en train de monter. J'entends l'inceste, les rapports sexuels forcés avec un cousin plus âgé quand elle avait 11 ans... La police qui n'a rien voulu entendre, la culpabilisant... Les moqueries, les insinuations, et puis la vie qui balbutie... Bancale, la vie... Erigée en Tour de Pise sur ses fondations violentées... Sa sexualité bloquée sur son corps souillé... Sa boulimie, ses tentatives de suicides... Son copain, exceptionnel, qui comprend, qui soutient mais qui fatigue parfois. Je manque de temps car j'ai une autre classe dans la foulée, qui trépigne dans le couloir. Répondant à ses envies judiciaires, je lui conseille quand même de porter plainte car il n'y a pas prescription, de se faire accompagner car le combat sera rude, de tout mettre en œuvre pour faire reconnaître son statut de victime, condition à sa reconstruction. Je suis obligé d'être concis, professionnel, presque froid. Des élèves arrivent pour investir la classe, le prof s'agace... L'intimité est brisée, l'échange avorté... Un dernier sourire triste échangé et son visage s'efface dans les bousculades de couloirs. Deux heures et puis s'en va...

En rentrant chez moi, j'ai décidé de briser la confidentialité de notre entretien et j'ai informé l'assistante sociale du CFA de cette situation, craignant que l'animation ne l'invite à se taillader une nouvelle fois les veines... L'assistante sociale, émue, m'a dit qu'elle ferait tout pour rentrer en contact avec elle sans lui faire part de mon appel. Pourvu que...

Publié par didurban à 09:54:13 dans Prévention | Commentaires (8) |

Gym mammaire | 11 février 2008

C'est une classe de BTS, avec des élèves plus âgés que dans mes interventions habituelles. Elle est au troisième rang, pile dans mon viseur lorsque je passe en revue la classe. Au milieu de l'animation, la voilà qui se tortille dans tous les sens, les deux mains dans le tee-shirt, tirant sur les bretelles de son soutien-gorge, dénudant ses épaules. Ses seins, plutôt protubérants et méchamment secoués, finissent même par reprendre leur liberté et j'aperçois un mamelon surréaliste sous les néons froid de cette salle de classe. Elle me sourit et continue. J'évite de lui signaler oralement mon désaccord de peur que les garçons en profitent pour lui ruiner sa réputation. Je lui renvoie une moue, signifiant que sa gymnastique mammaire est un peu limite et surtout nuit un peu, il faut le dire, à ma concentration. Exprimer tout ça dans une moue me vaudra peut-être une nomination aux prochains césars...

Qu'importe, le regard teinté de provocation de jeune adulte en pleine crise hormonale, elle continue à se tortiller, m'invitant malencontreusement au lapsus :

- Bon vous me parliez des malades et de la prise en charge... Et bien l'accès aux seins...

Blanc. Eclat de rire. J'ai dû rougir un peu. Elle, hilare, rééquilibre une dernière fois sa poitrine et reprend ses notes, avec un brin de fierté d'avoir réussie à me déstabiliser.

- Je voulais donc dire vous l'avez compris, l'accès aux soins... Et me voilà à embrayer sur la prise en charge des malades du sida et le coût d'un traitement...

A la cantine, je raconte ma mésaventure au prof qui accompagne mon steack-frite. En décrivant la fille, il sourit et me dit aussitôt :

« Celle-là, c'est une spécialiste du genre découvert. Régulièrement, je lui demande de reboutonner son décolleté et de fermer le canyon du Colorado... »

Est-ce bien la peine de spécifier que c'était un prof d'histoire-géo.

Publié par didurban à 18:31:35 dans Prévention | Commentaires (15) |

Souriez, vous êtes virés. | 22 janvier 2008

D'entrée, elle m'a toisée du regard, en imposant un rapport de force, avec de vrais yeux revolvers (pour ceux ou celles qui ont la nostalgie des variétés des années 80). Les cheveux bien tirés, le jogging gris difforme, le tee-shirt dernière démarque de chez Sympa à Pantin... Elle semble osciller entre les deux sexes, masculine pour le direct au foie, féminine dans l'esquive, sapée plus sac que sexy au nom du Coran. Elle se promène dans la classe comme télécommandée par ses nerfs, évitant la position repos. Elle parle fort, joue avec son portable et m'insulte à mots couverts. Les mots, je les devine aux éclairs de son regard, je les traduis aux rires gênés de ses voisines. J'hésite à la virer car son agressivité parle pour elle : c'est ce qu'elle cherche. Je tiens la barre pendant 1 heure, partagé entre l'agacement et l'envie de la gifler.
Elles sont 22 à bavarder entre elles comme si je n'étais pas là, me posant des questions sans en attendre les réponses, se traitant parfois de sale pute, mais toujours « sur le Coran ma sœur », en mâchant, la bouche ouverte par ultime provocation, un chewing-gum qui n'a probablement plus de goût.
Du coup, je sors l'arme fatale, la fameuse histoire qui bruit dans les couloirs, grossissant de bouches en oreilles, le matin ruisseau, le soir tsunami... Une fille a sucé un mec et s'est laissé filmer par sa copine. Celle-ci a envoyé les images à d'autres et la scène a fait le tour du lycée. L'actrice a été virée et la réalisatrice graciée. Autrement dit, l'exhibitionniste est bannie et la voyeuse, starifiée... D'un coup, les filles prennent parti. La salope est jugée sans la moindre empathie. Sa réputation est faite et définitive.
J'ai beau leur dire que la jeune fille n'a peut-être pas, tout bêtement, mesuré toutes les conséquences de son acte, qu'elle a certainement été doublée par sa fausse sœur et que la circulation des images n'était pas prévue au programme, que sa façon de s'exhiber cache peut-être une fragilité, un déséquilibre, une sale histoire... Qu'importe, elles l'ont clouée au pilori et je me suis dit que Badinter avait bien fait de proposer l'abolition de la peine de mort...
Je n'ai pas trop insisté et, à la demande générale, nous sommes passé aux préservatifs, comme un sparadrap sur une jambe de bois, un cheveu sur la soupe, un diaphragme dans un anus...
Alors, au moment de la manipulation des capotes, la nerveuse de service s'est approchée, a suivi le moindre de mes gestes, le regard bloqué sur le phallus en bois et s'est même fendue d'un sourire au moment de partir. Puis se reprenant, elle a ponctué sa sortie d'une savate sur la pauvre porte qui avait déjà tant souffert. Par la suite, l'infirmière me confirmera les difficultés familiales de cette jeune fille et ses nombreuses fugues, mises à pied...
Ce qui m'a le plus désolé dans cette animation, c'est que les filles n'avaient de cesse de ponctuer leurs phrases d'un « vous les Français », détaché et parfois envieux. Elles s'autoproclamaient noires, arabes, musulmanes... J'ai écouté ce matin Fadela Amara sur France Inter. Elle a insisté sur l'importance de l'intégration et surtout du sentiment d'appartenance des jeunes des quartiers à notre société. Ces gamines qui sont françaises depuis parfois 3 générations sont loin du compte. Souriez, vous êtes expulsés...

Publié par didurban à 10:28:28 dans Prévention | Commentaires (18) |

Doris vaut bien une grève… | 23 novembre 2007

Ils sont cinq à tenir le crachoir, postillonnant leur éternelles vannes de cités, niveau « vase-bitume ». Impossible de les calmer, le sujet les rendant prolixes. Certains des autres élèves sourient à leurs blagues, d'autres haussent les yeux au ciel. Ils ont démarré fort, par un grand classique des animations, ce que j'ai finit par appeler « la coupe du monde des séropos » :
- Monsieur, y'a beaucoup de malades au Mali ?
- Oui, le Mali est un pays touché par la pandémie. Mais...
Les rires fusent , les doigts désignent. Celui qui ne rigole pas reprend :
- Et au Congo, Monsieur ?
- Oui, le Congo aussi...
Les rires reprennent. Mais cette fois, celui qui ne rigole pas n'est plus le même... Et ainsi de suite, en passant en revue, le pays d'origine de l'un ou l'autre.
Afrique, tu te meurs et tes petits-enfants, français aujourd'hui, se foutent de ta gueule...

Puis, nous avons parlé des relations filles/garçons et comment ils envisageaient leur avenir amoureux. Hétérosexuel, bien sûr, l'avenir. Parce que c'est bien connu, l'homosexuel est aux quartiers, ce que Ness est au Loch, un monstre qui sommeille et qu'on aperçoit les soirs de fog au pays des hommes en jupe.
Leurs femmes seront vierges, fidèles, bien roulées, bonnes cuisinières et surtout devront avoir une bonne paire de "boops" pour satisfaire à la fois leurs fantasmes élevés aux mamelles pornographiques et allaiter la tripotée de morveux issus d'un siège continu de leur utérus. Mais avant la cérémonie nuptiale, elles ne doivent pas sortir seules et encore moins avec le string qui dépasse ou le short trop court. Autrement dit, elles n'ont pas le choix de leur garde-robe et doivent commander en VPC au rayon burka des Galeries Talibans... Pas question d'essayer en cabines, on ne sait jamais, avec les miroirs sans tain.
Ceci dit, je commence à être rodé à ce type de discours, un rien provo dans le conventionnel barbu... Autrement dit, je m'ennuyais presque.
Et puis, il y a eu un éclair : elle s'est présentée sous le prénom de Doris et leur a tout balancé aux Pits de la morale. Que toutes les filles n'avaient pas forcément envie de vivre dans des sacs, qu'elles ne les emmerdaient pas quand ils avaient le caleçon qui sortaient du pantalon porté aux genoux, qu'elle ne serait pas forcément vierge au moment du mariage et qu'elle n'irait pas se faire recoudre un semblant d'hymen, qu'elle travaillerait et que son mec, et ben, elle irait le chercher ailleurs...

Ils ont été soufflés les censeurs. D'autant plus que Doris était assise à leurs côtés, qu'elle était jolie et que visiblement, plus d'un en pinçait pour elle. Je les ai senti déstabilisés, refroidis dans leurs ardeurs de jihad domestique... Doris avait lancé les hostilités et d'autres filles suivaient, voire d'autres garçons, plus effacés... Doucement, la classe a basculé dans la révolte. Les timides, les humiliés, les offensés ont pris à leur compte cette parole qu'on leur offrait, leur restituait. Deux heures de liberté pour se dédouaner du joug des dictateurs. Le débat a duré, avec des cris et beaucoup de bruit. J'ai essayé tant bien que mal de réguler avec équité les temps de parole et j'ai surtout laissé faire. Je me suis dit que l'école publique prenait là toute sa vraie dimension, celle de l'éducatif et du débat, celle de l'ouverture et de la liberté de parole, cette dimension laïque et indépendante qu'on se doit de défendre. Pour preuve, nous sommes rarement conviés dans le privé, où les ados, c'est bien connu, n'ont pas de sexualité. Alors, un jour de grève de temps à autre pour la soutenir cette école, c'est si grave que ça ?...

Publié par didurban à 09:38:41 dans Prévention | Commentaires (28) |

La capote du diable | 16 octobre 2007

D'entrée, il s'est mis à l'écart. Il est rentré dans la salle comme une balle, s'est précipité au fond de la classe, a reculé au maximum sa table et s'est bouché les oreilles... Puis il s'est écroulé sur celle-ci, faisant corps avec elle, pour disparaître de mon champ de vision, devenir une simple excroissance du mobilier... Comme inanimé. Je n'ai pas relevé, ne voulant pas le stigmatiser. Ce sont les autres qui en ont rajouté :

- Il est puceau, M'sieur, il ne veut pas entendre le mot sexe.

- Et pourtant, il kiffe grave... Regardez, il se frotte à la table.

- C'est ramadan, M'sieur. Il dit qu'il n'a pas le droit d'écouter ça... mais c'est un chaud.

Il a relevé la tête, preuve que les sons traversent facilement la paume des mains. Il a sourit bêtement, un rien gêné. J'ai senti un peu de détresse dans son regard fuyant. J'ai préféré laisser faire plutôt que de lui mettre la classe à dos, rappelant quand même le cadre de mon intervention, dans le respect des sensibilités de chacun.

L'intervention s'est déroulée normalement avec une classe plutôt participative et les deux-trois grandes gueules habituelles qui avaient déjà tout vu, tout tenté, tout vécu, les professionnels de la baise. Je le surveillais du coin de l'œil et je m'aperçu rapidement qu'il avait légèrement incliné sa tête pour s'offrir un meilleur angle de vue et d'écoute tout en conservant une pseudo attitude de repli.

Je n'ai pas remarqué le garçon qui grâce à une belle plongée en apnée sous les tables, avait réussi a récupéré le préservatif de démonstration dans la poubelle. A la sonnerie, il s'est précipité sur l'exilé du fond et lui a chatouillé l'oreille avec. Les autres, autour, comme une meute de hyènes, excitées par l'odeur du lubrifiant, se sont mis à hurler de rire. Une fille s'est saisie de la capote et l'a jetée sur le visage du malheureux garçon. J'ai entendu un hurlement et il s'est précipité à l'extérieur comme si le diable était à ses trousses.

Au moment de quitter l'établissement, la proviseure m'a interpellé :

- Que s'est-il passé, un élève est arrivé en courant et a demandé qu'on lui ouvre la porte rapidement...Il avait l'air tourmenté... Et il n'a pas voulu répondre à mes questions.

Je lui narre la scène, signalant mon étonnement quand au caractère disproportionné de sa réaction. Nous convenons que l'évènement devra être repris le plus tôt possible avec l'infirmière.

Plusieurs témoins ont vu le garçon dévaler la rue du lycée. Aux dernières nouvelles, il aurait pris la porte de Bagnolet, puis le périphérique. Peut-être qu'il continue de tourner aujourd'hui.

Ses parents vont peut-être porter plainte pour « incitation à la débauche » ou « tentative d'homicide religieux par préservatif ». Je me suis dit que je contre-attaquerais pour « satanisation abusive de pulsions naturelles»...

Publié par didurban à 09:49:36 dans Prévention | Commentaires (33) |

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Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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Le Buzz autour du Dr

Lisabuzz.com parle de Dr Kpote et Mr Sexuel : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Dr Kpote et Mr Sexuel, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Didurban mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Dr Kpote et Mr Sexuel et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com

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