Ils ne sont que deux. Le reste de la classe a filé. Je me vois déjà, rentrant plus tôt, surfant sur le net, une bière fraîche à portée de main. Mais, ils me prennent de vitesse, réclamant une animation privée, en petit comité. Ils ont des questions et ne sont pas pressés. C'est si rare que je me fais un plaisir d'accepter. L'infirmière nous laisse sa pièce de repos à disposition. C'est plus intime qu'une grande classe vide. Ils veulent voir le préservatif féminin, cette curiosité, dont ils ont entendu parlé mais qu'ils n'ont jamais testé. L'objet les laisse sceptiques.
- « Avec ça, on doit avoir l'impression de taper dans le plastique »
- « Taper ? »
- ...
- « Ça te semble le mot approprié pour décrire une relation sexuelle ? »
- « Heu, vous m'avez compris... »
Une fois de plus, on se refait un petit débat sur les mots utilisés, leur signification, les interprétations possibles... Une fois de plus, ils conviennent qu'on peut décrire autrement, mais que tous les jeunes parlent ainsi... Rassurant, ce n'est qu'une histoire de langue mal traduite et non d'actes mal compris.
Vu qu'ils ne sont que deux et que la conversation se fait plus intime, je leur explique que j'ai deux enfants, information que je ne divulgue jamais pendant les animations. Le plus bavard des deux rebondit immédiatement, me questionnant pour savoir si je parle sexualité avec eux... Parce que chez lui, ce n'est pas envisageable une seule seconde. Sa mère a toujours censuré les films à la télévision dès qu'un couple s'y embrassait. Elle regarde donc la télé, le zappeur à la main, prête à officier à la moindre pelle... C'est Dieu, enfin Allah dans son cas, qui lui souffle l'attitude à avoir, qui maîtrise sa main, l'invite à protéger sa famille de ses images pornographiques, indécentes, qui salissent notre âme. Nous ne serions donc que des êtres bioioniques et c'est Allah qui aurait le boîtier de télécommande. Et Allah, ce n'est pas Manara. Son déclic ne nous titille pas la libido, mais juste la culpabilité. C'est Dieu qui donne du sens à l'existence, en assurant le contrôle social, en nous conférant une discipline de vie, en nous serrant la vis pour étouffer le vice...
Allah serait donc un gros zappeur, impossible à rentrer dans les statistiques de Médiamétrie. Un petit coup d'œil sur les programmes de ce soir s'impose, histoire de tenter de repérer ce qu'il va regarder... La soirée spéciale "polygamie" sur France 2 devrait le faire marrer. D'ailleurs, il faut qu'il pense à commander un plus grand canapé pour ses 70 vierges qui ont tendance à s'affaler devant la télé. Il m'est avis que le titre "Des pissenlits par la racine" sur Paris Première devrait l'interpeller, lui le vendeur de concessions immobilières privilégiant les grands sous-sols avec vue imprenable sur le ciel. Puis, une fois que tous les mortels seront couchés, il devrait finir sa soirée par une petite branlette devant "Les chevauchées amoureuses de Zorro" sur Cinecinéma Culte. Moi je dis ça, ce n'est pas pour blasphémer mais bon, puisqu'il nous a fait à son image, alors l'inverse doit être vrai.
Je ne sais plus qui disait : « ce ne sont pas ceux qui questionnent Dieu qui m'inquiète mais plutôt ceux qui entendent ses réponses... »
Publié par didurban à 15:09:11 dans Prévention | Commentaires (6) | Permaliens
Le RER me dégueule avec la horde d'esclaves du pouvoir d'achat, aux yeux boursouflés par le sommeil, qui m'accompagnent dans une banlieue du sud de Paris, cossue, propre et sicavée des caves aux greniers... Pas une cloche dans la rue piétonne, pas un attroupement de jeunes devant les établissements scolaires, pas un chewing-gum qui ferait de la résistance, accroché aux pavés... Les mecs marchent vite, le portable vissé à l'oreille. Les femmes roulent doucement entre dépose-chiards et shopping matinal. Tout baigne. J'ai RDV pour une formation d'adultes que je co-anime sur le thème du «comment parler sexualité aux ados ?», un bon fourre-tout d'outils et de pratiques pour faire le tour du caleçon et du string de ces futurs adultes qui nous inquiètent tant.
Le groupe est composé de parents d'élèves, exclusivement des femmes, qui ont décidé d'investir le lycée de leur progéniture pour y installer une structure d'écoute... Pourquoi pas ? Le projet est largement soutenu par le maire UMP de la ville, qui voit dans cet engagement familial, l'assurance que la morale sera sauve. C'est vrai, on imagine difficilement des parents d'élèves choisis sur des critères plutôt conservateurs, témoigner de leurs diverses expériences de fumette, défendre le droit à l'avortement et inviter Act-Up à un zap pour répondre à des actes homophobes. Histoire de les instrumentaliser un peu plus, il nous a même envoyé sa première adjointe pour nous faire la retape en introduction de la formation... Sortez les violons.
La "De Panafieu" locale tente d'abord de nous flatter l'ego en vantant les qualités internationales de notre savoir... Ni plus, ni moins ! Au passage, elle nous projette le diaporama de ses voyages cinq étoiles, tout en soulignant son profond désir de développer la prévention du sida au Chili, en Afrique du sud et même au Burundi (ne soyons pas radins). Les séropos de ces pays seront donc ravis d'apprendre qu'enfin, ils vont pouvoir découvrir ce qu'est une capote...
Et puis, elle se tourne vers sa bande de missionnaires patronnesses et les remercient de leur sens du devoir, de leur engagement (qui ne coûtera pas une thune à la mairie), et de cet exemple magnifique de solidarité qu'elles donnent aux autres concitoyens. Pourquoi aller chercher des travailleurs sociaux, parfois un rien gaucho, quand on peut faire le boulot nous-mêmes, entre gens de bien, hein, je vous le demande ?
«Sur ce, je vous laisse travailler et je vais visiter nos crèches, qui sont d'un cââlme, mesdââmes, qui prouve bien la quââlité de vie dans notre petite ville». On n'est pas chez les sauvages, ici.
Ben voilà, on s'est regardé. On avait 3 jours pour apporter une réflexion sur les pratiques d'un groupe de bénévoles, femmes au foyer, qui avait répondu à un appel municipal comme on irait au patronage, qui se préparait à recueillir la parole des ados sans cadre, sans réflexions, sans le soutien du proviseur et l'infirmière scolaire, sans expérience, et des connaissances sur la sexualité et les conduites addictives limitées à ce que leur laissait entrevoir leurs propres ados et google... Quand je vois les problématiques soulevées à chacune de nos interventions, je me dis que les élus sont non seulement irresponsables mais aussi de vrais assassins. Je ne remets pas en cause l'implication de ses femmes et la belle énergie dont elles font preuve mais je doute fort que l'adjointe au maire soit aussi dithyrambique à leur sujet en cas de dérapage... Un gros raté avec un ado sur le thème de la sexualité dans un lycée, ça peut vous valoir la une du Parisien et vous faire perdre une élection, ça...
Publié par didurban à 12:39:01 dans Prévention | Commentaires (2) | Permaliens
Il est plutôt agité, secoué de drôle de tics, déclenchant un remontée d'épaule peu esthétique, façon Le Quesnoy dans "la vie est un long fleuve tranquille". Il parle vite, bafouille un peu. Sur l'homosexualité, il a une opinion très tranchée : il ne comprend pas. Il n'a pas envie de comprendre. Pêle-mêle, il justifie son point de vue en associant des arguments religieux (Dieu a créé l'homme et la femme), esthétiques (c'est moche deux hommes qui s'embrassent), l'obligation de procréer, ce qui se fait, ce qui ne se fait pas, l'image insupportable d'un sexe pénétrant un anus... Il en fait beaucoup. Presque trop.
- « M'sieur. Je me souviens
d'une fois, gare de Lyon, on avait croisé un type avec un chapeau à
A la fin de l'animation, il passe à côté de moi et me remercie. Je lui signale qu'il n'est pas obligé de frapper toutes les personnes s'habillant différemment de lui... Il me répond qu'il a exagéré l'histoire, que ce n'était pas vrai. Qu'il l'avait raconté juste comme ça, pour rigoler.
- Pourquoi, alors ? Quel
intérêt ? Tu avais quelque chose à prouver aux autres ?
- J'sais pas, moi. Ses yeux fuient
les miens.
- Tiens, c'est le numéro de la ligne
Azur. Si tu as de questions sur tout ce qui touche les orientations sexuelles...
C'est gratuit et anonyme, bien sur.
- Mais j'ai pas de problème, moi. Néanmoins,
il glisse la carte dans sa poche.
- Personne ne t'a parlé de problème.
Tu posais des tas de questions sur l'homosexualité tout à l'heure. Je n'ai pas
eu le temps de répondre à toutes mais eux, peuvent le faire. C'est tout.
- Ah, ok. Merci.
Ligne Azur : 0810 20 30 40 du lundi au samedi de 17h à 21h ou http://www.ligneazur.org
Publié par didurban à 10:08:01 dans Prévention | Commentaires (4) | Permaliens
Le tarbessadu ne convient pas à tout le monde. En effet, il n'est pas barbu donc pas exportable sur les terres de Mahomet. Il faudrait remplacer le cochon et éliminer l'alcool... Curieusement, même si j'essaye toujours de faire l'effort d'intégrer les subtilités culturelles de mes interlocuteurs, j'ai du mal à éviter la critique vis à vis des guérisseurs, marabouts et autres charlatans qui contribuent au développement de l'épidémie. En son temps, Dieu garde son âme et laisse moi la mienne comme disait Desproges, Jean-Paul 2 s'érigea en chef des manipulateurs lorsqu'il proclamait, après sa succion des terres séchées des tarmacs africains, son anus en plastique érigé vers le ciel, que « seul l'abstinence pouvait sauver les Africains »... La fondation Bush (Tiens, un autre charlatan) a d'ailleurs repris le flambeau en ne finançant que les associations qui excluent le préservatif de leur programme de prévention.
A une époque, j'ai animé un atelier
d'aide à la recherche d'emploi, fréquenté exclusivement par des femmes africaines,
séropositives et sans papiers... Autrement dit, tout ce que le français moyen de
droite rêve de fréquenter... D'ailleurs, avec le recul, je me dis que mon salaire
aurait pu me servir pour cantiner si le mec de Carla avait été au Ministère de
L'histoire de ces femmes avait en commun la découverte de leur séropositivité au moment de leur grossesse. Et comme en Guinée, leur ami/mari étaient persuadés que la maladie était le fait de leur femme et non l'inverse. Le vieux coup de la pomme version virale. Certains étaient dans le déni total, quand bien même leur compagne et parfois leurs enfants étaient séropositifs. Aujourd'hui, je me dit que plutôt que leur proposer un café ou un thé, j'aurais dû leur cuisiner un petit tarbessadu bien arrosé...
Publié par didurban à 09:37:35 dans Prévention | Commentaires (5) | Permaliens
Une fois n'est pas coutume, je vous fait du resaucé... Pour ceux qui ont vu le reportage de Caroline Fourest sur Envoyé Spécial, hier, dont le titre était "certifiées vierges" (tiens), voici un petit supplément de vécu avec ce texte que j'avais publié en juillet dernier... Bon allez, c'est pas tout ça, mais je prends le périph' direction le sud, moi...
(...) C'était avant la fameuse loi sur le port du voile à l'école, ou bien dans un établissement où celle-ci n'était pas appliquée à la lettre, je ne me souviens pas très bien. Par contre, j'ai bien en mémoire les visages de ces trois jeunes filles qui ne voulaient pas entendre parler de sexualité, en pleine période de ramadan, et qui avaient, pour montrer symboliquement leur hostilité, relevé leurs foulards et couvert leurs oreilles.
Qu'importe. Plutôt que les inviter bêtement à sortir, je
m'étais dit qu'elles pourraient toujours entendre une partie de l'intervention
et y prendre ce qu'elles voulaient. Comme la classe était peu réactive, j'ai
proposé les « petits papiers » : les élèves posent une question
anonyme par écrit et nous tentons ensemble d'y apporter une réponse.
J'avais repéré le papier à gros carreaux utilisés par les
trois jeunes filles et j'ai pu facilement les identifier :
« Peut-on être "déviergée" par
derrière ? »
« Pourquoi la sodomie donne des grosses
fesses ? »
« Peut-on attraper le sida par les fesses ? »
Sodomie et virginité, les frères ennemis de la religion, l'association lubrique qui fait que probablement les nuits des croyants sont plus lubrifiées que leurs jours, surtout du côté de l'Orient... Derrière tout ça, émerge la question de la vraie définition de la virginité. Une fille peut-elle être considérée comme encore vierge si elle pratique la sodomie ? Ou la fellation ? La virginité se limite ou pas au caractère intact de l'hymen ?...
Les élèves sont souvent partagés sur la question, toutes confessions confondues. En tout cas, celles qui se battent chapelets et ongles pour limiter la virginité à la seule pénétration du vagin, ont parfois des petites aventures anales ou buccales à cacher... Dans l'intensité du débat, ça finit toujours par transpirer et surtout ça jette un petit froid... Pour résumé, et à l'unanimité, ça se pratique au bled, mais ici, silence radio, le téléphone arabe est au abonné absent...
Après avoir tant bien que mal régulé un débat parfois
houleux, je me souviens avoir posé la question : « l'hymen d'une
jeune fille vierge est-il toujours un peu ouvert ? »
La réponse a fait l'unanimité. C'était non. L'hymen était un
voile (tiens, encore là, lui), dur, fermant hermétiquement le vagin, une sorte
de couvercle Tupperware assurant la fraîcheur du produit...
J'avais imprimé quelques dessins de différents types d'hymen
trouvés sur un site de gynécologie (http://www.aly-abbara.com/livre_gyn_obs/termes/hymen.html ).
Je les ai fait passé en parlant de la compliance de l'hymen, de son ouverture
plus ou moins importante selon les filles et de cette possibilité d'une
première fois indolore et sans écoulement sanguin... Certaines étaient en état de
sidération, au point de se demander si je n'étais pas rémunéré par le gros
poilu aux sabots et à l'haleine de bouc pour semer le trouble dans les esprits
sains. Je risquais le bûcher, frisais la lapidation. Heureusement que nous
n'étions ni au Yémen, ni au Nigeria...
Je leur ai fait part d'un témoignage d'une jeune femme qui le soir de ses noces s'était vu répudier par son mari d'importation parce que la pénétration avait été trop facile à son goût, à cause d'un hymen certainement compliant. L'acte avait provoqué des doutes quand à la véritable virginité de son épouse et le type avait demandé l'annulation de la cérémonie... Encore un mariage qui reposait sur l'amour et la confiance entre deux êtres et voué à la réussite !!
Les trois jeunes filles écoutaient attentivement. Je le devinais à la concentration de leurs visages. J'ai proposé ensuite une séance de scénarios à laquelle, elles ont refusé de participer en s'installant au fond de la classe... On frisait l'overdose de révélations. Aussi, je les laissais un peu mariner.
À la fin des deux heures et au moment où les élèves sortaient, je décidais de les interpeller pour leur demander leurs avis. J'ai d'abord lu l'incompréhension dans leurs yeux. Puis les doigts ont fouillé maladroitement dans les poches. Des lecteurs mp3 sont sortis et sous les voiles, j'ai distingué des écouteurs... C'est drôle quand la tradition vient masquer l'arnaque, ça démystifie le concept d'intégrisme. Le voile se faisait malin. Prises la main dans le pot de confiture, elles se sont marrés, non sans rajouter gentiment : « Merci, m'sieur, on a appris des choses ! »
Je suis certain que les intégristes de tout bord ne vont pas tarder à demander la mise en place d'une norme ISO, certifiant la virginité et estampillée par le grand mufti, le rabbin en chef ou le pape... Avant d'épouser une femme, ils chercheront l'étiquette et comme devant la barbaque au supermerde, ils exigeront la traçabilité... Pour peu, on assistera alors à l'émergence d'un nouveau métier : éleveur de vierge.
Pour illustrer mes propos, j'ai pris ce petit texte à la
volée via google sur un forum beur (fautes comprises) :
L. - 07/02/2006, 19h46
Moi franchement ça m'angoisse de ne pas saigner la nuit de
noce, mon mari va forcément se poser des questions. Et la belle famille qui
attend de voir la tache de sang. Imagine qu'il n'y en ai pas, je me sentirai
trop male.
Publié par didurban à 09:16:42 dans Prévention | Commentaires (6) | Permaliens
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