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SIDA, on meurt. Certains en font leur beurre. | 28 mars 2009

Sidaction télégénique, capotes hérétiques et déclarations canoniques, le sida refait la une. Trente ans d’épidémie et d’information n’ont pas suffi à avoir la peau de certaines représentations. Petit florilège drainé au fil de séances de prévention qui prouve qu’il n’y a pas que le pape qui dit des conneries.

Le sida est toujours un facteur de discrimination. Les séropositifs, dès lors que leur statut sérologique est révélé, rencontre des difficultés professionnelles, administratives et relationnelles… Mais plus vicelard, le sida sert aussi d’alibi pour stigmatiser un peu plus tous ceux qui incarnent la différence. Les « déviants » infectés sont devenus l’exutoire idéal pour les intégristes de tout bord.
À qui la faute ? Dans l’histoire du sida, la question de l’origine de la contamination est un grand classique. Il faut un coupable. Donc une victime qui a subi la contamination comme une agression. C’est un mécanisme de défense très utilisé, pour éviter d’être celui ou celle qui l’a bien cherché.

Du coup, beaucoup de jeunes Africains revendiquent la thèse du virus inoculé sciemment par les blancs, qui souhaitent s’octroyer les richesses du continent et se débarrasser des noirs.
Le virus du sida a franchi la barrière des espèces et réussi sa mutation en passant du singe à l’homme. Acte zoophile et preuve ultime de la décadence humaine, nombreux sont ceux qui pensent que l’origine de ce passage est anale. Pratique, puisque ça permet aussi d’égratigner, sous l’étiquette sodomite, les homos pour les hétéros, les noirs insatiables pour les blancs coincés de la fesse et les fausses vierges déniaisées par derrière pour les barbus du cul… Du coup, la théorie du singe à l’anus étoilé, demeure largement véhiculée.
À l’annonce de la séropositivité, le couple implose, chacun renvoyant l’autre à sa culpabilité, à son infidélité. Mais en général, on en profite aussi pour faire le solde de tout compte.
Côté réacs, l’étranger est souvent le vecteur de transmission et les jouisseurs multi partenaires subissent l’opprobre des missionnaires au foyer fixe…

Depuis quelque temps, je rencontre un vrai retour du concept de punition divine autour des personnes infectées. Les voies du seigneur étant impénétrables, seuls les mécréants nymphomanes peuvent être punis. La muqueuse du gland étant plus épaisse chez les circoncis, les risques de transmission sont plus faibles. À la diffusion de l’information, beaucoup d’entre eux ont traduit qu’ils pouvaient enfin sortir à découvert et les VRP de l’au-delà s’en sont servi pour faire la chasse au prépuce. Les différents papes en ont fait leur fond de commerce pour vendre de l’abstinence et je me souviens d’une église évangéliste qui faisait monter sur scène des miraculés ayant soit disant réussit une séroconversion grâce à la lumière divine… "Le seigneur est mon berger" et le sida, un chien qui sert à rabattre les agneaux en perdition.

La fameuse paranoïa de la seringue infectée sous les sièges du RER ou du cinéma est déjà une légende urbaine. Cette rumeur invite à la discrimination des toxicos, puisque la seringue infectée aurait été installée par ce salaud de drogué qui veut se venger de la société…Combien de quartier ont été nettoyés en aiguillonnant la peur ancestrale de la seringue volontairement jetée pour infecter les pauvres petits enfants innocents. À la RdR (réduction des risques), beaucoup préfèrent la EdT (l’élimination des toxs).

Si on rajoute à cette longue liste de parias, les détenus qui s’enculent en cellule, les prostitué(e)s et le pauvre moustique, bien incapable de contaminer qui que ce soit, on finit par comprendre que le sida a une utilité pour les parangons de la morale et tous ceux qui gagnent leur croûte sur la chasse aux nuisibles. C’est à se demander si certains ne rêvent pas de voir le virus obtenir le label "d’utilité publique".
Le slogan d’Act-Up "Sida, on meurt. L’indifférence demeure." n’est plus d’actualité. Il conviendrait de scander "Sida, on meurt. Certains en font leur beurre."

Publié par didurban à 14:33:14 dans Pensées partagées | Commentaires (6) |

Sous le masque

Monsieur sexuel... Il n'y a rien de présomptueux dans le choix de ce titre. N'y voyez pas non plus une quelconque référence au Doc des ondes radios. J'ai été ainsi baptisé par des élèves que j'avais eu en séance de prévention sur le thème de la sexualité et les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) dans un lycée pro de Bagnolet. Je les ai croisé une semaine après l'intervention alors que j'étais avec mon fils dans sa poussette. Ils se sont mis à hurler en pleine rue : "Mr Sexuel, Mr Sexuel... il vous reste des capotes." Puis en s'approchant tout en fixant mon fils : "Ah, on peut dire que les capotes, vous ne les utilisez pas trop, vous !" Quel vieux con a dit que les jeunes manquaient d'humour ?

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