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Dérive.....

.....des rives..

Christian........ | 11 septembre 2008

 

C'est un éclat de rire...

tonitruant , dévastateur , gargantuesque...rabelaisien...c'est d'abord une énorme joie de vivre Christian.


La première rencontre ....en 73 ...
une rue paumée de Lima , il la remonte , je la descend sur le trottoir opposé...le sac à dos me scie les épaules...il m'interpelle :

-Si tu cherches un pieu pour la nuit , pas la peine de continuer...que dalle derrière moi... !

 Nous avons poursuivi notre quête ensemble et ne nous sommes plus quittés tout au long de notre périple en Amérique du Sud.

 

C'est aussi la pirogue qu'il se met à balancer hilare sur un bras mort de l'amazone dès qu'il apprend qu'il est dangereux de laisser traîner sa main dans l'eau à cause des piranhas...


C'est le cigare qu'il allume sur le crête déchiquetée au-dessus de Machu Picchu alors que le manque d'air nous déchire les poumons...


C'est la silhouette en poncho qui se découpe dans la nuit glaciale à l'arrière du camion qui nous ramène à Puno....bras en croix sous les étoiles à rire de nous voir grelotter serrés les uns contre les autres bercés par les voix graves d'un quatuor argentin qui nous serine les tangos de Carlos Gardel...


C'est la grand place de La Paz ... traversée au pas de l'oie dans les vapeurs d'alcool et le concert nocturne de klaxons furibards...


C'est la panne de nuit au bord de la transaméricaine où  le nez au ciel dans le firmament constellé il m'isole Bételgeuse..


C'est un coup de téléphone d'une capitale Africaine où il dirige les pompes funèbres...


C'est une ballade sur les rives du lac de Genève où il est prof de Maths dans un cours privé...à refaire le monde en faisant des ricochets sur l'eau noire...


C'est sa femme qui m'appelle pour me dire qu'il va très mal...rongé par le cancer..en phase terminale... il ne veut voir personne et la charge de me dire adieu...

 

C'est cette église de la rue Boulainvilliers ...où plein de gens que je ne connais pas rendent un dernier hommage à une absence....ses cendres dispersées depuis longtemps déjà


C'est un rire qui s'est éteint.....et qui résonne encore dans mes oreilles......

 




 

Publié par Drift à 17:06:43 dans Ailleurs.. | Commentaires (1) |

Arequipa..... | 05 septembre 2008

Août 73
  
Je débouche sur la place du  marché d'Arequipa devant la cathédrale ,

j'ai quitté l'hôtel depuis une demi-heure , après avoir déambulé le nez au vent dans un lacis de ruelles désertes baignées de la lumière glacée d'un soleil polaire sous un ciel bleu profond sans le moindre nuage comme on peut le voir en haute montagne , c'est le matin , les couleurs me sautent au visage , le spectacle est grandiose , j'enlève le cache de l'objectif de mon appareil , partout un débordement multicolore incroyable , fruits , légumes , laines , objets de toutes sortes au milieu d'une foule de ponchos bariolés de feutres de gala de rubans scintillants , pas de couleur pastel , pas de demi-teinte , une symphonie de tons crus , agressifs , électriques , des visages mongoloïdes taillés dans la brique , un festin pour l'œil , un délire chromatique , du bleu , du rouge , du vert , du jaune , je suis ébloui , sans plus attendre je me rive au viseur et mitraille .

 
Tout à mon affaire je ne prend pas garde aux cris ou invectives que je traîne dans mon sillage , ma présence ne passe apparemment pas inaperçue , des femmes se cachent derrière leur chapeau , leur marchandise ou leurs mains plaquées sur le visage , visiblement je dérange mais continue néanmoins jusqu'à ce que les premières pierres commencent à voler , alors seulement , je prend brutalement conscience du danger , des projectiles divers s'abattent à mes pieds , à quelques mètres devant moi une vieille femme en furie ameute la population , bientôt je vois converger dans ma direction une foule en colère , sans demander mon reste ni chercher à comprendre je décide de battre en retraite , je fend la populace hostile sous une bordée d'injures une cohorte d'excités accrochée à mes basques , je cherche désespérément une planche de salut , sans réfléchir je me met à courir vers la cathédrale , j'arrive sous le porche et m'engouffre à l'intérieur par une petite porte latérale miraculeusement non verrouillée , le souffle court je me dissimule derrière une colonne priant le ciel que mes poursuivants auront suffisamment de religion pour respecter  la quiétude de mon refuge .

 
Dieu merci la vindicte populaire s'est arrêtée à la porte , même si je suis momentanément en sécurité je ne me sent pas le courage de la franchir dans l'autre sens ..Rassuré quand à mon futur immédiat je promène un regard circulaire sur les lieux , je n'en croit pas mes yeux , j'en oublie ma peur et me pince pour savoir si je ne rêve pas , je suis dans la caverne d'Ali Baba , au centre d'une débauche d'or et de pierreries , un décor d'opérette surchargé de dévotion naïve , kitschissime , incroyable , au-dessus de ma tête je croise le regard d'un Christ en croix plus vrai que nature , hyperréaliste ,plus impressionnant qu'un personnage en cire du musée Grévin , pâle et couvert de sang , sur son visage déchiré par les épines de sa couronne , le long de ses jambes échappé d'une blessure béante à son côté , sur ses poignets et ses pieds percés d'énormes clous , il paraît réel , la stupeur me laisse bouche bée , quelqu'un me touche le bras , je sursaute , près de moi se tient un vieux prêtre que je n'ai pas entendu approcher .

 
Il parle un peu français , je comprend qu'attiré par le brouhaha inhabituel aux portes de son église il est venu aux nouvelles pour me retrouver planté là comme une énième statue , il m'explique que les vieilles croyances sont toujours vivaces dans l'esprit autochtone , prendre leur image c'est voler leur âme et interdire toute chance de vie dans l'au-delà , on ne photographie pas un descendant des Incas , j'ai sans le savoir transgressé un terrible tabou , j'ai beaucoup de chance de m'en être tiré à si bon compte , il me conseille néanmoins de ne pas trop tirer sur la corde , de cacher mon appareil et de disparaître discrètement . J'obtempère illico et le suit jusqu'au chœur de la nef d'où il me fait sortir par un petit portail après s'être assuré que la voie était libre .
 
 
 

Publié par Drift à 18:29:13 dans Ailleurs.. | Commentaires (1) |

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