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Un gringo au Pérou

Petites histoires et impressions

Rapport de stage - Mémoire et Réconciliation, le défi de la société péruvienne après vingt années de conflit armé | 10 mars 2008

Pour ceux que ça intéresserait, mon rapport de stage est en ligne et accessible grâce au lien placé dans la colonne de droite (format pdf, à ouvrir avec Acrobat Reader).

Publié par gaspalima à 11:14:32 dans - Mon stage | Commentaires (0) |

Pukayacu II (2) | 17 avril 2007

Retour à la case départ. Retour dans les niches ou retour sous terre pour les quatre corps déterrés en début de semaine dernière.
Les choses se sont déroulées dans l'ordre suivant : lundi et mardi, les corps ont été exhumés ; le reste de la semaine a été consacré à leur examen, à l'hôpital de Huanta, par l'équipe d'anthropologues-légistes (discipline qui apparement n'existe que dans très peu de pays). De notre côté, avec Iván, nous avons démarché le Comité International de la Croix Roug, pour qu'il offre deux cercueils aux Cunto Tincopa, qui n'avaient pas les moyens de remplacer les vieilles caisses en bois déjà bouffées par le temps.
Victór Flores nous a aidé, en payant deux boîtes... de 110 cm sur 45! Un peu glauque, le samedi matin, de voir les anthropologues recomposer les squelettes, sortis en vrac de sacs en papier, dans des cercueils beaucoup trop petits...
            Cimetière vers midi... Petit discours du représentant du Ministère public, petite prière, et tous les professionnels s'en vont en nous laissant les quatre cercueils. Il ne reste plus qu'Alejandro, fils et frère de deux des victimes, sa mère, déjà vieille et qui ne parle pas un mot d'espagnol, et son oncle ; Marino, mari d'une des victimes et qui a été torturé avec elle, avant d'être relaché ; la belle-mère de la dernière victime et sa nièce ; et Karim, l'avocate.
Il a donc fallu jouer aux fossoyeurs... Charger les deux premiers cercueils, d'origine, et les remettre dans leurs niches. Charger les deux derniers et les remettre sous terre...
Longue matinée à la suite de laquelle Alejandro nous invitera tous à déjeuner.
Longue matinée qui certes m'a permit de créer des liens particuliers avec ces familles de victimes... Mais qui je l'avoue aura aussi achevé de m'affecter, pour si ce n'était pas encore fait...
Voir ces squelettes en décomposition... Avec une dentition encore parfaite, qui me laisse penser qu'ils les ont reconnu, eux, leurs proches, morts depuis 22 ans, torturés par des militaires qui coulent aujourd'hui une retraite dorée aux frais de l'Etat... Ce fils Cunto, 16 ans seulement, mort avec son père et son oncle... En laissant une mère et quatre frères et soeurs dont deux sont morts peu après de la typhoïde... Ces témoignages que je vais encore aller devoir recueillir avec mon petit dictaphone, dès demain...
Bref, je ne veux pas faire ici du sensationnel, ni de l'émotif gratuit... Simplement, j'ai abordé ce sujet, pendant deux mois, avec une froideur dont je me demandais si elle était normale, et voilà qu'aujourd'hui je ressens enfin la douleur qui a été vécue par ces gens... Ça ne me paraît pas négatif pour autant, ça me renforce même dans ma volonté de les aider.
Le résultat de ces exhumations est d'ailleurs positif : chacun des quatre crânes est très nettement percé en deux endroits par des balles. C'est ce que l'on cherchait, les militaires vont enfin pouvoir être inquiétés. Quelques photos de ces moments particuliers, en bas à droite... Et puis je profite de l'occasion pour ajouter quelques photos en vrac... Huayra Molino, escapade dont je n'ai pas parlé, aux alentours de Huanta...

Publié par gaspalima à 00:27:39 dans - Mon stage | Commentaires (4) |

Pukayacu II | 11 avril 2007

 

Lundi 9 avril, 10 heures du matin, rendez-vous devant la Municipalité de Huanta. Isaac et Marino sont déjà là, le second avec son fils et sa fille... Cinq autres personnes que je ne connais pas encore. Iván, mon logeur et avocat de ADEHR (l'ONG pour laquelle je fais mon stage), arrive quelques minutes plus tard. On attend encore Karim, avocate de ADEHR également... Elle n'arrive que peu avant 11 heures, les retardataires sont tous là. On file au cimetière.
L'équipe d'anthropologues-légistes arrive à midi, en compagnie du représentant du Ministère public. Les exhumations vont pouvoir commencer, alors que les témoignages des familles des victimes viennent d'être recueillis par le journaliste d'une radio locale.
Aujourd'hui, on sort les cadavres de Dionisia Villarroel Villanueva, feu épouse de Marino, et de Esperanza Ruiz Soto... Les cercueils ont été déposés il y a bientôt 22 ans dans des niches, à la façon locale... pour ceux qui en ont les moyens.
Pukayacu II : 7 août 1985, sept personnes soupçonnées d'être de mèche avec les terroristes sont assassinées par les Forces Armées, arbitrairement, après avoir été interrogées et torturées. 29 août, les corps sont découverts dans une fosse commune, à Pukayacu. Les militaires avouent avoir tué sept personnes, d'une balle derrière la tête. L'équipe de légistes chargée des exhumations à cette époque écrit dans son rapport que les corps découverts et identifiés n'ont pas été tué par arme à feu. Un classique à cette époque...
22 années plus tard, les corps sont de nouveau examinés. Si les légistes trouvent des traces de balle sur les crânes, l'affaire pourra être réouverte et les coupables inquiétés (certains sont encore en poste). Sinon, affaire classée, on n'en parle plus.
Le premier corps est donc sorti vers 13 heures, sous les yeux de la famille. Les anthropologues l'amènent bientôt à la morgue pour pouvoir l'analyser. Puis vient le tour du second que je vois de près, un squelette en décomposition, habillé et chaussé. Fin du premier acte.
Et premier coup de théâtre le lendemain matin : trois corps sur les sept prévus ne seront pas exhumés. Ils sont enterrés sous terre, dans la plaine des pauvres... Mais on n'est pas sûrs de l'emplacement exact, le risque serait de se tromper de sujets... Ce qui desservirait fortement l'enquête. La famille Palomino, qui est venue pour l'occasion d'une communauté située à cinq heures de Huanta, et qui ne sait toujours pas comment elle arrivera à payer son billet de retour (15 soles chacun, 3,75 euros), a de quoi être dépitée. De mon côté, j'en profite pour recueillir leurs témoignages. D'abord de Mercedario, 40 ans, qui a perdu son père dans cette affaire. Il me raconte les dix années d'exil de toute sa communauté. Leur village a été brûlé, ils se sont cachés dans les montagnes, dans des grottes, et dans quelques villages reculés. Ce n'est qu'en 1997 qu'ils sont rentrés chez eux, pour récupérer leurs quelques parcelles. Aujourd'hui, ils produisent tout juste de quoi se nourrir, et la peur ne les a pas vraiment quitté. Puis vient le tour des mamás qui ne parlent que quechua, mais un des fils est là pour traduire.
Pendant ce temps, et jusqu'à tard dans l'après-midi, les anthropologues se chargent de déterrer les corps de Alejandro Cunto Yaranga et de Faustino Cunto Tincopa (père et fils). Eux aussi ont été enterrés sous terre, avec une petite pierre gravée comme seule sépulture. Deux des autres fils d'Alejandro sont présents, la pelle à la main. Les restes des cercueils sont atteints en fin de matinée, dans un état déplorable. Les squelettes devront du coup être dépecés, répartis dans des sachets en papier. Les analyses appronfondies commencent ce mercredi 11 avril à la morgue de Huanta mais déjà, on a pu facilement reconnaître dans les crânes les trous percés par les balles... Exhumations qui partent bien. Quelques photos de ces moments en bas à droite.
(Les photos de couverture des journaux ci-dessus sont des photos d'archive)
                                                     

Publié par gaspalima à 22:09:15 dans - Mon stage | Commentaires (0) |

"Haga de escoba"...Quelques photos quand même... | 31 janvier 2007


Pour voir les autres, un clic en bas à droite... Malheureusement il y en a très peu... Photos envoyées par Ciudad Saludable...

Publié par gaspalima à 23:58:37 dans - Mon stage | Commentaires (0) |

"Haga de Escoba" | 14 janvier 2007

Samedi 13 janvier, sortez vos balais et venez nettoyer avec nous votre colline... Après une dernière semaine de préparation, surtout dédiée à la communication et à l'harcèlement de la municipalité, le grand jour a eu lieu, hier...

            Le vendredi, on avait du attendre le représentant de la mairie jusqu'à 19h30 ; le rendez-vous était initialement prévu à 14h. Tour de la colline en mototaxi, avec Marlene de Ciudad Saludable et Giovanna de la Table de Concertation de lutte contre la pauvreté ; ça y est, on nous accorde définitivement un camion, qui restera en bas, mais aussi une pelleteuse et quatre travailleurs équipés de pelles et de brouettes !

            Je rentre à 20h30 chez moi après une longue journée. Tout est réuni pour que demain soit une réussite !

            Samedi, rendez-vous 8h. Il faut aller emprunter les balais à la Junta Directiva, et surtout trouver une batterie 12 volts pour le son. Avec Yuri et son mototaxi, on attend une bonne demi-heure sur l'Avenue Mexico que Stefan arrive, pourra t'on compter sur cet inconnu... ? Et oui, mieux vaut tard que jamais, l'on peut brancher le mégaphone, ça y est la journée démarre.
            Pas grand monde avant que ne l'on s'attaque au premier point... Une vraie décharge... Les gants et les masques sont fournis par Ciudad Saludable, et bientôt nos rangs grossissent... Les enfants se motivent et nous impressionnent, Maycol finit par aller au charbon, les étudiants de la Cantuta arrivent en nombre... Bref, plus on avance et plus on est nombreux ; les sacs poubelles se remplissent à un rythme incroyable, et Nelly hèle les voisins de son microphone afin qu'ils nous rejoignent et qu'ils prennent conscience du problème que représentent les ordures.
            11h, première pause, sur la place centrale. Le bilan jusqu'à là est plus que satisfaisant... Presque inespéré. Adela sort du foyer du Buen Pastor, faussement surprise. Voilà. La sœur avec qui l'on a affaire depuis 3 mois et demi et à qui on a parlé maintes fois du projet dans lequel on s'investissait n'est pas venue, et fait semblant de ne pas avoir réalisé l'ampleur de l'évènement. Ça fait plaisir ! C'est pourtant la première fois de l'histoire du Cerro El Pino que toutes les associations de la colline travaillent ensemble. C'est un jour historique qui en appellera d'autres, on y travaille depuis si longtemps avec l'étiquette de la Congrégation, mais la Congrégation ne le sait pas ! Enfin peu importe, la journée continue ; mon appareil photo s'avère être l'œil le plus convoité, « Gaspard, prend une photo de l'équipe du Centre de Santé », « Gaspard, une photo des étudiants de la Cantuta »... Les gamins aussi, évidemment, je mitraille et ai déjà hâte de les imprimer pour les afficher dans les lieux publics de la colline...

           
La campagne dure jusqu'à 13h30, heure à laquelle le gros camion mis à disposition par la municipalité est presque plein. Je sens la fatigue, on a bien travaillés, et la satisfaction, surtout. La journée a été à la hauteur de nos espérances, la directrice de Ciudad Saludable est partie en me remerciant et en me faisant part de sa volonté de collaborer encore, tout le monde était au rendez-vous, les habitants du Cerro El Pino nous ont remarqué et jamais on n'avait autant parlé du problème des ordures dans le village. Et puis l'on parle déjà de la prochaine, sans doute le mois prochain.

           
Quelques petites choses à régler avant d'aller boire un verre tous ensemble chez Giovanna. Avec Maycol et Sandrine, on prend un mototaxi pour remonter à la place centrale. Dans la raide courbe du secteur 13, alors que le véhicule chargé peine à avancer, un gros type au regard haineux me saute dessus par la droite et tire violemment sur ma sacoche. Je résiste mais déjà, un autre me saisit par derrière et m'étrangle, son canif posé sur ma gorge. Je résiste encore tant bien que mal, mais ma sacoche finit par craquer et le voleur part en courant, équipé de mon appareil photo... Maycol court derrière eux mais il est déjà trop tard, je suis complètement blasé... Les habitants sortent de chez eux, presque aussi écoeurés que moi, ils me témoignent une solidarité qui me fera chaud au cœur le jour où j'aurais digéré... On me nettoie mes quelques plaies superficielles et pendant quelques heures, chacun exploite les moyens dont il dispose pour retrouver mes affaires, d'ailleurs tout le monde sait qui a fait le coup... Ils me promettent qu'ils le retrouveront, je crois volontiers en leur bonne foi mais ne me fais pas d'illusions... On finit même chez les flics, peu convaincants ;

           
Voilà comment cette journée si réussie est quelque peu gâchée... Alors qu'aujourd'hui, je m'étais senti dans cette colline presque comme chez moi, que tout le monde ici sait qui je suis, il a fallut que deux connards viennent foutre leur merde. C'est vraiment à la colline toute entière qu'ils portent préjudice. La veille, j'avais voulu y monter en taxi. J'ai méprisé ces chauffeurs qui ont refusé, parce que trop de danger. Quant aux flics, l'un deux a cyniquement dit aux gens qui m'accompagnaient : « des étrangers viennent vous aider et ils se font voler ; qu'ils arrêtent de venir, vous ne méritez pas qu'on se préoccupe de vous ».

           
Je n'arrêterais pas pour autant de venir, bien au contraire, mais aujourd'hui ce sont les yeux d'une journée exceptionnelle qui ont été volés, vous n'aurez pas de photos pour voir à quel point elle était colorée. Désolé.

Publié par gaspalima à 18:08:34 dans - Mon stage | Commentaires (1) |

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Présentation

28 juillet 2007, retour à Lyon après 10 mois passés au Pérou, entre Lima et Ayacucho. L'aventure s'arrête et avec elle, ce blog. Merci à tous ceux qui m'ont suivi à travers lui durant cette extraordinaire année. N'hésitez pas à me contacter à l'adresse suivante : gasamoreau@gmail.com 
A bientôt!
Gaspard

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