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Un gringo au Pérou

Petites histoires et impressions

L'Opus Dei au Pérou - par Edgar González Ruiz | 24 mai 2007

Voilà un article bien compromettant sur Mgr Cipriano Thorne, actuel cardinal péruvien et ex-archevêque d'Ayacucho, dont j'avais déjà pas mal entendu parler ici... Quelques anecdotes contées par des Ayacuchanos pur souche, et largement confirmées dans cette article, dont voici l'introduction :

"Berceau de la théologie de la libération, le Pérou a fait l'objet d'une reprise en main des grands propriétaires et de l'Église catholique -qui y bénéficie d'un concordat avantageux-, par le biais de l'Opus Dei, une congrégation partiellement secrète. L'un de ses prélats, Mgr Cipriani Thorne, impliqué dans les crimes de la dictature d'Alberto Fujimori, a été « créé » cardinal par Jean-Paul II. Il exige de ses fidèles l'obéissance aux autorités et refuse la communion aux élus favorables au droit à l'avortement. Mis en cause par les jésuites, il est accusé de faire chanter ses collègues évêques, d'avoir couvert des meurtres et commandité l'assassinat de son prédécesseur. Edgar González Ruiz relate le combat mortel que se livrent des princes de l'Église. À Lima, le sang ne tache pas la pourpre cardinalice."

Pour ceux que ça intéresse, le lien se trouve dans la colonne de droite, en haut...

Publié par gaspalima à 18:51:39 dans - Histoire contemporaine du Pérou | Commentaires (0) |

Sendero Luminoso et guerre au Pérou (1980-2000) | 09 février 2007

A partir d'un rapport édité par la “Comisión de la Verdad y Reconciliación”, j'ai essayé de faire un résumé clair et concis (dans la mesure du posible) de la guérilla qui a saccagé le Pérou vingt années durant, et qui aujourd'hui encore reste un traumatisme dans bien des esprits, et particulièrement dans la région d'Ayacucho, la plus touchée.
La guerre a opposé les Forces Armées et la Police à deux groupes subversifs : le Sentier Lumineux (d'obédience maoïste) et, à partir de 1984, le Movimiento Revolucionario Tupac Amaru (MRTA, d'obédience guévarriste) ; deux groupes luttant pour instaurer un nouvel ordre social, économique et politique... avec des méthodes extrêmement violentes. Ce à quoi les Forces Armées, autrement dit les militaires, ont répondu par... la violence.
Un petit mot sur le contexte d'avant-guerre : entre 1977 et 1979, le Pérou a connu une période de très forte agitation sociale, marquée notamment par la plus grande grève de l'histoire du pays. Mais en 1979, le pays adoptait une nouvelle Constitution signifiant le retour à la démocratie après douze années de gouvernement militaire. Fernando Belaunde Terry arrivait alors au pouvoir.
C'est pourtant à ce moment là, en mai 1980, que le Sentier Lumineux a lançé sa “guerre populaire”.
Il a fallu attendre la fin des années 80 pour que le conflit armé devienne le thème central dans la presse nationale ; il y avait pourtant déjà bien longtemps que la destruction et la douleur s'étaient installées dans les recoins et les localités ignorées des Andes centrales et du Sud.
Il faut dire que les villes, et notamment Lima, n'étaient pas au centre du conflit ; les premiers actes de violence qui s'y sont déroulés ont logiquement eu un grand écho dans l'opinion publique, alors que les régions reculées et les plus pauvres du pays, à savoir Ayacucho, Junín, Huanuco, Huancavelica, Apurimac et San Martín ont comptabilisées au final 85% des victimes de la violence armée (près de 70 000 morts ou disparus au total).
Dans ces régions reculées, les militants du Sentier Lumineux ont réussi à faire accepter à une partie de la population une fausse idée de changement en s'appuyant sur son insatisfaction dûe à la pauvreté. La population avait en effet à faire face quotidiennement aux manques d'eau, de lumière, d'écoles, de postes médicaux, d'hôpitaux, de justice, de forces de l'ordre... Et d'autres furent recrutés par la force.
La Commission de la Vérité a divisé ces vingt années de guerre en cinq périodes distinctes :
- 80-82 : le début de la violence armée ;
- 83-86 : l'arrivée des Forces Armées ;
- 86-89 : d'Ayacucho au Pérou entier ;
- 89-92 : crise extrême ;
- 92-2000 : la fin du terrorisme et le début de l'autoritarisme

1) Le début de la violence armée : 80-82

Nous avons en tête le contexte : Belaunde fraîchement élu, retour à la démocratie, et pourtant, première action armée du Sentier Lumineux en 1980 ; début de la “guerre populaire” contre l'Etat péruvien, et bientôt contre la population civile. Mais jusqu'à l'année 1982, le gouvernement de Belaunde a cru qu'il s'agissait d'un jeu politique de la part de l'opposition et n'y a accordé que peu d'importance... En 1982, il apparut clairement que la Police était dépassée par les évènements. En décembre, Belaunde envoya les Forces Armées à Ayacucho pour rétablir l'ordre. Les morts se comptaient déjà par centaines, parmis lesquels une majorité de dirigeants locaux.

2) L'arrivée des Forces Armées : 83-86

A partir de 1983, le Gouvernement installa des commandos politico-militaires dans plusieurs départements du centre et du sud du pays. Il les chargea de lutter contre la subversion et leur délégua des tâches et des responsabilités de contrôle politique dans les localités déclarées en situation d'urgence. De son côté, le Sentier Lumineux organisait son Exercice Guerrier Populaire. Il réalisa des attaques contre des postes de police et des embuscades aux patrouilles militaires. Ces actions s'ajoutaient aux assassinats des dirigeants et des autorités ainsi qu'à des persécutions feroces contre les campagnards. Tous les jour plus de morts, et le terme de “massacre” commençait à apparaître quotidiennement dans les journaux.
Le pouvoir militaire n'était pas bien préparé pour ce combat et ne connaissait pas bien les senderistas : ni leur pensée maoïste, ni leur forme de lutte. Il avait l'ordre d'en finir rapidement avec le conflit ; ainsi les morts, les disparitions et les autres violations des droits de l'Homme furent considérés comme des coûts nécessaires. Les militaires qualifièrent certains endroits de “zones rouges”, et y tuèrent tous les suspects sans chercher à en savoir plus.
En 1984 apparut une nouvelle organisation subversive : le Movimiento Revolucionario Túpac Amaru (MRTA). Il combinait grèves, attaques armées et sequestrations dans les villes avec embuscades et organisa des camps paramilitaires dans les campagnes. Utilisant des uniformes et revendiquant ses actions, à la différence du Sentier Lumineux. Dans les dernières années du conflit, le MRTA a été responsable de nombreux crimes, notamment la séquestration d'entrepreneurs de qui il exigeait de l'argent pour financer ses actions. A l'instar du Sentier Lumineux, le MRTA a finit par réaliser des assassinats sur des personnes qui n'avaient strictement rien à voir avec le Gouvernement.
Avec l'arrivée de Alan Garcia à la présidence, en 1985, le Gouvernement a changé de stratégie. Les violations des droits de l'Homme par les forces armées furent critiquées pour la première fois. La commission de la Paix fut créée. Le Gouvernent essaya de vaincre les groupes subversifs en instaurant des politiques de développement dans les régions les plus pauvres. Les forces armées eurent quelques succès et il semblait que la guérilla était sous contrôle.
Cependant, au cours de l'année 1986 les actions du Sentier Lumineux s'intensifièrent et s'étendirent à d'autres zones du pays. Les politiques sociales et de développement du gouvernement s'accompagnèrent de politiques de militarisation du conflit armé. La situation en arriva à un point extrême avec le massacre de 200 détenus par les Forces Armées dans une prison de Lima, le Fronton.

3) D'Ayacucho au Pérou entier : 1986-1989

Le gouvernement d'Alan Garcia, en essayant de changer les manières de combattre le terrorisme, a on l'a dit créé des mesures favorables pour les secteurs les plus pauvres et les plus exclus. Mais le pays s'enlisa bientôt dans une dure crise sociale et économique. Les prix des produits augmentaient tous les jours. Les attentats étaient de plus en plus violents et les rues de plus en plus dangereuses. Tout allait mal de nouveau.
Le Sentier Lumineux se sentit fort et commença à sortir des frontières d'Ayacucho. Il s'organisa progressivement dans les départements de Junin, Pasco et Puno, ainsi que dans le nord de Huancavelica et à Huallaga. Sa “guerre populaire” s'étendit donc dans les campagnes tandis qu'il continuait à semer la terreur dans les villes. Plus tard, les régions de Huanuco, San Martin, Ucayali et une partie de Loreto furent à leur tour touchées.
Les Senderistas commencèrent les assassinats sélectifs de personnalités et de dirigeants, parmis lesquels le dirigeant apriste (du parti d'A. Garcia) Rodrigo Franco. Ce dernier a été tué par un groupe paramilitaire qui selon plusieurs sources aurait été lié à Agustin Mantilla...le ministre de l'Intérieur.
Après le massacre du Frontón, le Sentier Lumineux commença donc une étape d'extension de sa guerre populaire. Dans les zones urbaines, et particulièrement à Lima, il opta pour une politique d'assassinats sélectifs de dirigeants pour semer la terreur et pour affaiblir le gouvernement. Parallèlement, le MRTA créa un front guerrier dans le département de San Martin (Amazonie, nord du pays).
L'attaque de la base de police de Uchiza, en mars 1989, a été l'une des plus grandes opérations militaires realisées par le Sentier Lumineux en alliance avec les narcotrafiquants. Le Gouvernement et Alan Garcia, impuissants, affaiblirent encore plus leur propre image.
Face à la violence des groupes subversifs, le gouvernement se montra en effet incapable de protéger la population. A vrai dire, il semble que la violence surprit tout le monde, y compris les forces de l'ordre, qui au début durent travailler dans de mauvaises conditions, sans entraînement adapté et en sous-effectif. Cependant, les violations des droits de l'Homme par des membres des forces de l'ordre ne doivent pas être négligées, ni oubliées.
C'est seulement en 1989 que les Forces Armées établirent une “véritable” stratégie contre-subversive, en distinguant trois types de population : les amis, les neutres et les ennemis. Un groupe chargé d'éliminer les ennemis fut créé, engendrant encore plus de violence.

4) Crise extrême : 1989-1992

Les groupes terroristes utilisèrent la crise sociale, économique et politique comme argument pour combattre l'Etat Péruvien et pour justifier leurs actes de violence.
Le MRTA, pour répondre à l'arrestation de son principal dirigeant, Victor Polay Campo, décida de réaliser une grande opération militaire à Tarma, dans la Sierra centrale. L'action se termina en déroute, après un affrontement avec les militaires à Jauja. Plusieurs mois après, le MRTA tua le general López Albújar en guise de représaille.
Cette même année eurent lieu les élections municipales et regionales. Malgré les menaces des groupes subversifs, la population pu dans sa majorité exprimer son exigence de paix et de démocratie.
Arrivé à la Présidence, Alberto Fujimori fit de la lutte contre la subversión le centre de son plan de gouvernement. Le Sentier avançait fortement dans les villes. Le MRTA essaya de forcer le gouvernement à dialoguer, en séquestrant un député.
Dans ce contexte, Fujimori fit un coup d'Etat le 5 avril 1992, sans prendre en compte ni la loi ni la Constitution. Il créa une série de normes et de lois, donnant plus de pouvoir aux forces armées pour agir. Les violations des droits de l'Homme par des représentants de l'Etat continuèrent, notamment de la part du Groupe Molina, coupable de massacres à Barrios Altos (quartier du centre de Lima) et à La Cantuta (Université de Chosica). Ces opérations se déroulèrent à partir du début des années 90.
Les nouvelles lois donnaient un pouvoir sans limite au Service d'Intelligence Nationale (SIN).
Le Sentier Lumineux accélera son offensive contre la capitale : crimes, attentats, voiture piégées... ce qui accentua l'instabilité sociale et émotionnelle dans la population.
Dans ce contexte de crise extrême, les policiers des groupes spéciaux de lutte contre le terrorisme surprenèrent le pays en réalisant une série d'arrestations de dirigeants haut placés des groupes subversifs. Ces captures furent un élément fondamental de la déroute stratégique du terrorisme. Ainsi fut arrêté Abimael Guzman, le numéro 1 du Sentier Lumineux.
Le gouvernement de Fujimori maintint sa stratégie intégrale de force armée et créa de nouvelles lois pour la compléter.

5) La fin de la subversión et le début de l'autoritarisme : 1992-2000

Une fois Guzman arrêté, le Sentier Lumineux commença à se diviser et à s'affaiblir. Fujimori fit de son succès dans la lutte contre le terrorisme sa principale source de popularité.
En octobre 1993, depuis sa prison de Callao et après des conversations avec les dirigeants senderistas permises par Vladimiro Montesinos, Guzman proposa de signer un Accord de paix avec le Gouvernement. Ce geste augmenta encore la popularité du gouvernement de Fujimori, et la nouvelle Constitution de 1993 fut approuvée par référendum.
Les dénonciations des violations des droits de l'Homme se firent plus pressantes avec la découverte des fosses de la Cantuta en juillet 1993. Le gouvernement de Fujimori n'assuma pas ses responsabilités et discrédibilisa moralement les dénonciateurs afin de ne pas avoir à reconnaître leur droit à faire des recherches sur ce qui s'était passé.
Le Service d'Intelligence Nacional, dirigé par Vladimiro Montesinos, devînt le principal appareil gouvernemental de lutte antisubversive, avant de devenir un centre de corruption.
S'ensuivirent des changements et des lois qui affectèrent l'Etat de droit. Notamment la Loi d'Amnistie de 1995, qui garantissait l'impunité à tout membre du gouvernement impliqué dans des violations des droits de l'Homme.
Le MRTA continua ses actions armées à San Martin. Depuis la capture de son dirigeant principal, Victor Polay Campos, ses membres étaient dirigés par Nestor Cerpa Cartolini. Il prit la ville de Moyobamba et essaya de développer des groupes organisés de guérilla dans les villes. En 1995, les forces de l'ordre empêchèrent la prise du Congrès, mais en 1996 le MRTA envahit la résidence de l'ambassadeur du Japon qui donnait une fête...
Les dernières actions de grande importance du conflit armé se terminèrent en succès gouvernementaux, à l'instar de cette prise de la résidence de l'ambassadeur du Japon. Parallèlement, en juillet 1999, Oscar Ramírez Durand, qui était considéré comme le successeur de Guzman, fut arrêté. Ces deux faits augmentèrent encore la popularité de Fujimori.
Malgré le contrôle de la situation, Fujimori décida de maintenir l'état d'urgence dans plusieurs départements, pour détourner l'attention de la guerre qui opposait le Pérou à l'Equateur pour des questions de frontière, et pour occulter un grand plan de corruption.
En termes stricts, la politique de pacification consista à maintenir en prison le plus possible de subversifs dans des conditions très dures mais sous sécurité maximale, et à isoler les groupes armés.

Ci-dessous, une petite chronologie et quelques chiffres...

Publié par gaspalima à 16:54:40 dans - Histoire contemporaine du Pérou | Commentaires (0) |

Chronologie | 09 février 2007

1980 :
- 17 mai : des militants du Sentier Lumineux brûlent 11 urnes électorales à Chuschi, dans la région d'Ayacucho
- 26 septembre : dans les rues du centre de Lima, on retrouve des chiens morts pendus aux lampadaires publics, avec l'inscription : “ Teng Hsiao Ping, fils de chienne”

1981 :
- Mai : arrivée des Sinchis (armée civile) et des Llapan Atic (armée républicaine), forces spéciales de la Police, dans la ville d'Ayacucho pour combattre le Sentier Lumineux

1982 :
- Août : le pays entier est déclaré en état d'urgence
- 23 août : le Sentier Lumineux attaque le poste de l'armée civile de Vilcashuamán, Ayacucho ; mort de sept policiers

1983 :
- 26 janvier : huit journalistes sont assassinés dans la communauté de Uchuraccay, Ayacucho
- 3 avril : des militants du Sentier Lumineux s'introduisent dans la communauté de Lucanamarca, Ayacucho, et tuent 69 villageois
- 15 mai : une patrouille militaire exécute extrajudiciairement des villageois à Chuschi, Ayacucho
- 13 novembre : des militaires de l'armée civile, chargé du poste de Socos, tuent 32 villageois qui participaient à une fête communale

1984 :
- 22 janvier : première action du MRTA (Movimiento Revolucionario Tupac Amaru) ; le groupe armé tire sur un commissariat de Villa el Salvador, à Lima

1985 :
- 14 août : massacre de Accomarca, Ayacucho ; 62 villageois sont exécutés sommairement par une patrouille militaire commandée par T. Hurtado

1986 :
- 17 septembre : massacre de Ayaorcco, Apurímac ; une patrouille de police qui poursuivait une bande senderista arrive à Ayaorcco et exécute 13 personnes, les accusant d'aider les terroristas

1987 :
- 4 mai : la destruction des tours du système interconnecté de Mantaro plonge neuf départements dans l'obscurité (au sens progre du terme) ; à Lima, au commencement de la coupure, ont lieu au moins quinza attentats contre des agences bancaires

1989 :
- 3 février : Víctor Polay Campos, numéro un du MRTA, est capturé dans un hôtel à Huancayo, Junín
- 27 mars : attaque du Sentier Lumineux contre le poste policier de Uchiza, San Martín, qui est détruit avec l'aide des narcotrafiquants de la zone ; les policiers présents ne reçoivent pas de renforts et sont assassinés
- 28 avril : un groupe du MRTA, qui se déplaçait à Tarma pour prendre la ville, est pris dans une embuscade par les militaires dans la zone de Molinos, Junín
- 16 juin : près de mille soldats s'introduisent dans un local à Huaycán, Lima, et arrêtent une centaine de sans-papiers soupçonnés de commettre des actes terroristas
- 27 décembre : assassinat de 39 villageois de la communauté de Canayre, Ayacucho, par des membres du Sentier Lumineux

1990 :
- 9 juillet : à l'aide d'un tunnel, 47 détenus du MRTA s'échappent de la prison de Castro, Lima ; parmis eux, Víctor Polay Campos

1992 :
- 12 septembre : capture de Abimael Guzman Reinoso et d'autres membres du corps dirigeant du Sentier Lumineux à Surquillo, Lima, grâce au travail du Groupe Spécial d'Intelligence de la DINCOTE

1993 :
- 18 août : massacre dans la vallée de Tsiriari, Junín ; 65 victimes dont 21 indiens

2000 :
- 14 septembre : le Front Independant Moralisateur présente une vidéo qui montre le congressiste Alberto Kouri recevoir 15 000 dollars des mains de Vladimiro Montesinos ; scandale et découverte d'un grand plan de corruption ; Fujimori démissionne et s'exile au Japon


Quelques chiffres : Pourcentage de morts et disparus imputable à chacun des parties :

- Sentier Lumineux : 51%
- Agents de l'Etat : 37%
- Comités d'Auto-défense : 4%
- MRTA : 2%
- Autres/Non déterminés : 6%

Publié par gaspalima à 16:53:20 dans - Histoire contemporaine du Pérou | Commentaires (2) |

Une brève présentation de Alan Garcia | 15 novembre 2006

Alan Garcia est l'actuel Président de la République péruvienne, élu le 4 juin 2006 et en poste depuis le 28 juillet. Il l'a emporté au second tour contre le très controversé ex-commandant militaire Humala, ultra-nationaliste et indigéniste, auteur notamment d'une tentative de coup d'Etat en 2001 contre Fujimori.



Alan Garcia



Alan Garcia a déjà une histoire au Pérou : il en a été le Président pendant 5 ans, de 1985 à 1990. Le bilan peut tenir en deux points :


- Une incroyable déroute économique : l'inflation était de 120 % en 1987, 1722 % en 1988, 2776 % en 1989 et 7649 % en 1990! Soit une inflation cumulée de 2 200 200 % en 5 ans! Bref, une surémission de monnaie conjuguée à une accumulation de la dette extérieure, l'instauration d'une nouvelle monnaie puis la tentative de nationalisation des secteurs de la banque et de l'assurance ont conduit au plus gros désastre économique jamais connu par le pays. Les années Garcia ont vu le pourcentage de péruviens vivant en-dessous du seuil de pauvreté passer de 41 à 55!


- Le terrorisme : le Sentier Lumineux, qui avait commencé ses activités terroristes quelques années avant Garcia, a profité de la situation économique et des tensions sociales pour redoubler de violence. Le gouvernement a pour répliquer instauré la terreur militaire, coupable de nombreux massacres, de rafles (1600 disparus en 5 ans) et d'exécutions sommaires dans les prisons lors de mutineries.


La population, mécontente, ne réélira pas Garcia en 1990. Fujimori prendra alors les rênes (j'en parlerais un autre jour).



Revenu récemment au pouvoir, il s'est déjà illustré : face au fléau que représente ici le problème du viol des mineurs, il propose de modifier la Constitution pour élargir la peine de mort (réservée aujourd'hui aux cas de trahison de la Nation) ; même peine proposée contre les terroristes...! Certes cela permettrait de dégrossir les prisons, mais à part ca! Pas sortis d'affaire, les péruviens!

Pourtant, sa récente réelection n'est pas due au hasard et s'explique par plusieurs facteurs. Garcia est avant tout un grand orateur, ce qui on le sait, séduit. Imaginez en plus que le Pérou a vécu onze années avec un président japonais qui ne maitrisait pas l'espagnol (Fujimori, 1990-2001)! Toledo, son successeur, ne flambait pas par sa dialectique non plus.
Mais la raison la plus déterminante réside sans doute dans le fait que Garcia est à la tete du parti le mieux organisé du pays, et historiquement l'un des plus importants du continent sud américain : l'APRA (Alianza Popular Revolucionaria Americana), créée en 1921 par Haya de la Torre et dont les principes ont été exposés en cinq points en 1926:
- Action contre l'impérialisme américain ;
- Pour l'unité politique de l'Amérique latine ;
- Pour la nationalisation des terres et des grandes entreprises ;
- Pour l'internationalisation du canal de Panama ;
- Pour la solidarité avec tous les peuples et classes opprimés dans le monde.

Et ce parti a du livrer plus de 60 ans de lutte politique pour enfin accéder au pouvoir... en 1985, avec Alan Garcia. Voilà son doute ce qui explique qu'aujourd'hui encore, il ait eu les armes pour accéder au pouvoir...

Publié par gaspalima à 01:21:42 dans - Histoire contemporaine du Pérou | Commentaires (0) |

Le Sentier Lumineux | 24 octobre 2006

Je suis sûr que peu d'entre vous en ont entendu parler... Pourtant ce mouvement d'inspiration maoïste a secoué le Pérou pendant 20 ans, et la guérilla qui l'opposait aux militaires aurait fait plus de 69 000 victimes...Et ce dans un passé très récent : entre 1980 et 2000. Autant dire que le pays en parle encore et que bien sûr, il continue d'en souffrir. Je vous laisse dans un premier temps lire cette petite réflexion que se faisait Alain Labrousse, spécialiste du sujet, en 1989 :


"C'est en 1980, dans l'incrédulité ou l'indifférence de leurs concitoyens, que les militants du groupe maoïste "Sentier lumineux" déclenchent la "guerre populaire" dans les Andes du Pérou. Aujourd'hui, ils ont étendu leurs opérations à l'ensemble du pays, en particulier en Amazonie dont ils utilisent la production de drogue pour se financer. Ils menacent désormais les voies d'accès à la capitale péruvienne, Lima, et leur dirigeant, le quasi-mythique "Président Gonzalo", n'hésite pas à appeler de ses voeux "un génocide de proportion nationale".


Au nom de quoi se battent ces guérilleros sectaires et sanglants qui ne recoivent le soutien d'aucun pays socialiste ? De la soif de revanche du monde indien écrasé durant cinq siècles ? D'un retour à la pureté du maoïsme et de la Grande révolution culturelle chinoise ? Ou d'une mystique de la révolution qui rappelerait celle de certains intégristes musulmans ?


Pour répondre à ces questions, les auteurs sont allés sur tous les terrains où se développe le Sentier lumineux : les montagnes d'Ayacucho, les contreforts de l'Amazonie ou les bidonvilles de Lima. Dans les "zones d'appui", ils ont interrogé ceux qui vivent quotidiennement au contact d'une des guérillas les plus mystérieuses du monde qui a su capitaliser le désespoir des exclus et des déracinés. Les nombreux témoignages qu'ils ont recueilli leur ont permis d'écrire pour la première fois l'histoire du Sentier et d'analyser son idéologie. Surtout, leur enquête laisse prévoir, en Amérique latine et dans le tiers-monde, d'autres explosions dont la guerre populaire au Pérou ne serait qu'un signe annonciateur."


 La suite à venir

Publié par gaspalima à 19:13:04 dans - Histoire contemporaine du Pérou | Commentaires (0) |

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Présentation

28 juillet 2007, retour à Lyon après 10 mois passés au Pérou, entre Lima et Ayacucho. L'aventure s'arrête et avec elle, ce blog. Merci à tous ceux qui m'ont suivi à travers lui durant cette extraordinaire année. N'hésitez pas à me contacter à l'adresse suivante : gasamoreau@gmail.com 
A bientôt!
Gaspard

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