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Un gringo au Pérou

Petites histoires et impressions

Chronologie | 09 février 2007

1980 :
- 17 mai : des militants du Sentier Lumineux brûlent 11 urnes électorales à Chuschi, dans la région d'Ayacucho
- 26 septembre : dans les rues du centre de Lima, on retrouve des chiens morts pendus aux lampadaires publics, avec l'inscription : “ Teng Hsiao Ping, fils de chienne”

1981 :
- Mai : arrivée des Sinchis (armée civile) et des Llapan Atic (armée républicaine), forces spéciales de la Police, dans la ville d'Ayacucho pour combattre le Sentier Lumineux

1982 :
- Août : le pays entier est déclaré en état d'urgence
- 23 août : le Sentier Lumineux attaque le poste de l'armée civile de Vilcashuamán, Ayacucho ; mort de sept policiers

1983 :
- 26 janvier : huit journalistes sont assassinés dans la communauté de Uchuraccay, Ayacucho
- 3 avril : des militants du Sentier Lumineux s'introduisent dans la communauté de Lucanamarca, Ayacucho, et tuent 69 villageois
- 15 mai : une patrouille militaire exécute extrajudiciairement des villageois à Chuschi, Ayacucho
- 13 novembre : des militaires de l'armée civile, chargé du poste de Socos, tuent 32 villageois qui participaient à une fête communale

1984 :
- 22 janvier : première action du MRTA (Movimiento Revolucionario Tupac Amaru) ; le groupe armé tire sur un commissariat de Villa el Salvador, à Lima

1985 :
- 14 août : massacre de Accomarca, Ayacucho ; 62 villageois sont exécutés sommairement par une patrouille militaire commandée par T. Hurtado

1986 :
- 17 septembre : massacre de Ayaorcco, Apurímac ; une patrouille de police qui poursuivait une bande senderista arrive à Ayaorcco et exécute 13 personnes, les accusant d'aider les terroristas

1987 :
- 4 mai : la destruction des tours du système interconnecté de Mantaro plonge neuf départements dans l'obscurité (au sens progre du terme) ; à Lima, au commencement de la coupure, ont lieu au moins quinza attentats contre des agences bancaires

1989 :
- 3 février : Víctor Polay Campos, numéro un du MRTA, est capturé dans un hôtel à Huancayo, Junín
- 27 mars : attaque du Sentier Lumineux contre le poste policier de Uchiza, San Martín, qui est détruit avec l'aide des narcotrafiquants de la zone ; les policiers présents ne reçoivent pas de renforts et sont assassinés
- 28 avril : un groupe du MRTA, qui se déplaçait à Tarma pour prendre la ville, est pris dans une embuscade par les militaires dans la zone de Molinos, Junín
- 16 juin : près de mille soldats s'introduisent dans un local à Huaycán, Lima, et arrêtent une centaine de sans-papiers soupçonnés de commettre des actes terroristas
- 27 décembre : assassinat de 39 villageois de la communauté de Canayre, Ayacucho, par des membres du Sentier Lumineux

1990 :
- 9 juillet : à l'aide d'un tunnel, 47 détenus du MRTA s'échappent de la prison de Castro, Lima ; parmis eux, Víctor Polay Campos

1992 :
- 12 septembre : capture de Abimael Guzman Reinoso et d'autres membres du corps dirigeant du Sentier Lumineux à Surquillo, Lima, grâce au travail du Groupe Spécial d'Intelligence de la DINCOTE

1993 :
- 18 août : massacre dans la vallée de Tsiriari, Junín ; 65 victimes dont 21 indiens

2000 :
- 14 septembre : le Front Independant Moralisateur présente une vidéo qui montre le congressiste Alberto Kouri recevoir 15 000 dollars des mains de Vladimiro Montesinos ; scandale et découverte d'un grand plan de corruption ; Fujimori démissionne et s'exile au Japon


Quelques chiffres : Pourcentage de morts et disparus imputable à chacun des parties :

- Sentier Lumineux : 51%
- Agents de l'Etat : 37%
- Comités d'Auto-défense : 4%
- MRTA : 2%
- Autres/Non déterminés : 6%

Publié par gaspalima à 16:53:20 dans - Histoire contemporaine du Pérou | Commentaires (2) |

Ayacucho, petite présentation et premières impressions | 07 février 2007

Me voilà à Ayacucho, petite ville de 200 000 habitants, posée sur un plateau à 2 800 mètres d'altitude et encerclée par des monts encore verts...
La ville aux 33 églises, réputée aussi pour ses maisons coloniales, est dotée d'un charme indéniable. Accueilli par le soleil et un ciel bleu limpide à 7 heures du matin, j'ai posé mes affaires chez Ivan, un avocat avec qui je vais travailler et qui vit seul avec son fils de 9 ans, André.
Les conditions sont bien plus modestes que ce que j'ai connu à Lima, et la douche froide risque de ne pas être facile tous les jours, mais au moins je m'approche beaucoup plus de la réalité provinciale du Pérou. Je reste donc là jusqu'à nouvel ordre.
Ayacucho, c'est avec Huancavelica l'une des deux régions les plus pauvres du Pérou. L'ambiance de la ville est très rurale, tout le monde se connaît ou presque ; les paysans viennent vendre leurs produits dans des marchés animés et colorés, et donc partiellement Quechua “hablante”... Je pense d'ailleurs prendre quelques cours pour acquérir les bases...
Et puis la région est aussi tristement célèbre pour avoir accueilli les plus sanglantes batailles de l'Indépendance, et beaucoup plus récemment pour avoir été le berceau de la guérilla entre le Sentier Lumineux et le pouvoir militaire (1980-2000)... Thème sur lequel je vais travailler et dont je vous dirais plus au fur et à mesure.
La saison des pluies, qui s'étend de janvier à mars, s'est illustrée à 17 heures : des trombes d'eau soudaines qui ont transformé en moins d'une heure les rues pentues du centre en véritables torrents, qu'il faut donc traverser en sautillant, ce qui n'empêche pas les pieds de se tremper. Puis l'alcalmie.
Bref, la première impression, à chaud, est excellente et les gens paraissent bien accueillants. Jeudi, je commence le travail de terrain à Huanta, à 45 minutes de combi...

Publié par gaspalima à 18:29:58 dans - Ayacucho | Commentaires (0) |

Sur le départ... | 04 février 2007

Cette fois ça y est, je pars de Lima... Vingt-quatre heure plus tard que prévu, puisque le bus du dimanche est plein, mais pour de bon. Petit bilan d'un dernier mois un peu particulier...
Un mois qui a senti la transition du début à la fin ; fin de la grisaille et arrivée d'un soleil brûlant ; fin du stage et dernières tâches à boucler ; quelques visites francophones et petit relâchement dans mes efforts pour n'être qu'avec des autochtones... Mais aussi plongée dans mon quartier de Salamanca et découverte de quelques lieux inconnus à Lima...
Tout d'abord la vie de quartier... Outre les relations très sympas avec les commerçants du coin et dignes d'une vie de village, j'ai eu la chance d'approfondir avec Oscar, Ricardo, Alex et compagnie, toute cette bande du petit parc, déjà la trentaine et plutôt désoeuvrés mais toujours le cœur à rire et à prendre la vie du bon côté... Et pourtant, les perspectives ne sont pas toujours bien encourageantes... Entre celui qui a une fille à deux pâtés de maison qu'il n'a jamais pu voir, celui qui a la sienne aux Etats-Unis, tous ceux qui sont au chômage et qui vivent encore chez leur mère, celui qui vient de se faire expulser des Etats-Unis après 12 ans de vie et quatre ans au trou, que je n'ai jamais aperçu sobre, et puis tous ceux avec qui il n'est déjà plus possible de parler, parce que la pasta de coca les a eu (ce qu'on appelle crack : les restes de la première transformation de la feuille de coca, qui coûtent trois fois rien et brûlent sérieusement le cerveau à les voir)... Bref, le tableau n'est pas bien beau mais je le présente de la pire des manières, parce que tout cela est bien loin de se sentir aux premiers abords. L'optimisme continue à régner. Et ces gens là m'ont permis de découvrir une autre réalité du Pérou, d'aller manger dans les petits bouis-bouis populaires que je n'avais jusqu'à là pas même remarqués, de me faufiler dans les petites allées de Salamanca si discrètes qu'on ne les voit pas, de participer aux rares fêtes, de rigoler, de passer du bon temps, d'apaiser la solitude de certains soirs (car j'ai vécu seul tout un mois dans cette immense maison un peu glauque), d'arpenter Lima allongé à l'arrière du micro van de Rafi... Bref, de me faire un ou deux bons amis et pas mal de connaissances.
Et puis cette dernière quinzaine a aussi été l'occasion pour moi de découvrir de nouveaux endroits à Lima...
Las Malvinas, sur l'Avenue Argentina : des immenses entrepôts reconvertis depuis peu en centres commerciaux un tantinet anarchiques et complètement informels, mais apparemment rien comparé à ce que c'était il y a encore quelques mois...
Gamarra, étendu sur deux ou trois immenses pâtés de maison au cœur de la Victoria et truffé de mille et une boutiques d'habits, d'ateliers de confection, de centres commerciaux installés comme ils le peuvent dans des vieux immeubles coloniaux défraîchis, bref un centre du textile tellement énorme et animé qu'il en devient une véritable attraction pour les sens... Par contre, que les choses soient claires, Lima est bien loin d'être à la pointe de la mode et du goût... Difficile de trouver son bonheur !
Le Mercado mayoristo de frutas de Circunvalación, immense entrepôt dans lequel les tas de bananes s'élèvent à perte de vue, au milieu des papayes, ananas, mangues, avocats, oranges, fraises, melons et de tous ces autres fruits auxquels on n'avait encore jamais eu affaire, un véritable tourbillon de couleurs animé par toutes ces charrettes encore pleines qui vous bousculent de tous les côtés et cette soif de vendre qui vous suit dans tous vos mouvements...
Et puis Pueblo Libre et son riche musée de l'Anthropologie, un quartier que je ne connaissais pas mais bourré de charme et de petits endroits sympas, à l'instar du Queirollo, vieille taverne à vin, à Pisco et à jambon du pays, jumelle de celle du centre avec ce côté populaire un peu atténué.


Et puis en plus de ça bien sûr, pas mal de nuits festives dans les « beaux » quartiers de Barranco et Miraflorès, un ou deux concerts de groupes liméniens, et pas mal de moments de répit aussi ! Et puis quelques autres bons moments que j'oublie, comme cette Pachamanca chez la mère de Giovanna au Cerro el Pino (plat des Andes, orgie de viande, de pommes de terre et de camote, traditionnellement cuit sous la terre dans un four en pierre construit pour l'occasion). Voilà, Lima, une page qui se tourne, et une nouvelle qui s'ouvre, Ayacucho... Mes récentes entrevues avec ma nouvelle maître de stage et ses collègues promettent un stage passionnant mais également dur, un vrai rythme de travail et des semaines chargées, et la confrontation à des gens au passé très lourd. Je vous réserve les détails pour la prochaine fois...

(ci-dessous, extrait d'un bouquin qui décrit étonnement bien un voyage en combis à travers Lima)

Publié par gaspalima à 17:40:53 dans - Petites histoires liméennes | Commentaires (0) |

Les années inutiles | 04 février 2007

“De la fenêtre embuée du microbus Sebastián observa le changement graduel du paysage : d'abord les maisons petites et coquettement kitsch de Jesús María, les seconds étages et leur linge discrètement étendu au vent bleu de l'après-midi sur les terrasses, aux fenêtres ; les jardins abandonnés, les parcs terreux en friche où les gosses jouaient au football ; l'avenue José Leal s'appauvrissant irrémédiablement, pleine de crevasses et de tas d'ordures aux angles, aux portes des restaurants, chinois et autres, qui défilent. Puis le quartier du marché, le rythme lent de la circulation, des gens, des vendeurs ambulants, délicieux avocats madame, délicieux avocats, oignons, poisson, profitez-en, madame, jusqu'à cette avenue qui débouche dans l'avenue Javier Prado, la circulation dense et les immeubles en épis bâillant leur ombre sur le pavement : une avenue longue, très longue, qui change peu à peu comme à coups de gifles : le collège San Augustin, la clinique Ricardo Palma. Encore de hauts édifices, un tronçon de résidences ignorantes du dynamisme des bureaux et des commerces qui resurgissent au-delà du croisement avec l'avenue Aviación, puis à nouveau des maisons, les maisons de San Borja, le quartier des nouveaux riches, pense Sebastián, d'immenses bâtisses qu'a construites le caprice de celui qui ne sait plus comment prouver qu'il a triomphé, des demeures à la noix, Sebastián, qui s'étendent jusqu'à ce secteur clairsemé de Monterrico avant que le microbus ne prenne la route en face de l'hippodrome et, cette fois oui, les urbanisations des gens biens, Sebastián, voilà ton économie de marché : vin gt minutes de résidences de plus en plus luxueuses et individuelles contemplées de la fenêtre du microbus, voilà la richesse du pays, Sebastián, sur ces coteaux bruns et pelés au dos desquels surgissent les cabanes des plus pauvres, ceux qui sont arrivés trop tard à Lima, au Pérou, à la vie, nom de Dieu. Mais ensuite, quand tu te mets à avoir mal aux fesses d'être assis depuios si longtemps, quand tu te mets à désespérer de cette odeur de dessous de bras, quand tu ne supportes plus la chaleur d'intimités gênantes, commence le Pérou réel, pas le Pérou profond et toutes ces balivernes ; la misère profonde, les coteaux sablonneux et la terre stérile où l'on construit les cabanes de paille qui ressemblent à des plaies puantes à la surface du terrain, la foule misérable qui grouille dans ses entrailles, les microbus bariolés, les très vieux camions rouillés qui s'ouvrent un chemin entre les des vendeurs ambulants, le pavement qui peu à peu disparaît. Des constructions ininterrompues, habitables dans leur inachèvement essentiel, bâties comme pour enlaidir un peu plus le paysage, pour te rappeler que tu es désormais sur la terre de l'imparfait, de l'occasion ratée, du rêve détruit. Le microbus roule lentement, en soulevant des nuages de poussière asphyxiants et en vacillant comme un monstre pataud et ivre entre les crevasses et les ornières. Sebastián regarde sans grand intérêt cette zone peu connue de la ville, les visages identiques se basanant peu à peu, s'indianisant ; les vêtements misérables des filles qui sortent de l'école de comptabilité frauduleuse, aussi irrémédiablement minable que peut l'être un centre de formation de pacotille. Elles sont là, avec leurs petits cartables de merde serrés contre leur corps, avec leur maquillage criard et bon marché, putain, avec leurs prétentions de bourges : tu imagines une de ces petites métis à côté de Rebeca et tu as envie de pleurer, qu'a-t-on fait au Pérou pour qu'il devienne ce pays de castes de merde. Pauvres gamines qui maintenant mettent des chaussures pour oublier qu'il y a cinq, dix ans, elles couraient nu-pieds et sales dans ces mêmes rues mal asphaltées où les immeubles ont remplacé les cabanes, parce que le microbus s'enfonce de nouveau dans une zone d'immeubles en brique et en béton, qui singe la ville, Sebastián, attention, tu descends bientôt, simplement ces immeubles ont été construits comme des rejetons hypertrophiés des cabanes de paille : ils n'ont pas de façades, certains ont même le dernier étage inachevé, interrompu pour un temps, puis pour des mois, pour un an et finalement pour toujours, il n'est plus temps de construire, il est temps de survivre ; Infirmières, Institut d'Education, Cosmétologie, Billard, Restaurant chinois, Bazar, jusqu'à la stridente présence d'une supérette qui ressemble autant à celles de la ville qu'une pute à une fille bien : cette ordure aussi c'est ton pays, Sebastián.
            Le microbus prend un  virage, ressort de son bref passage à travers ce quartier de la ville et surgit entre les bâtisses clairsemées qui se dressent, complaisantes, misérables, sales, dans les faubourgs de San Juan de Miraflores, pour ensuite, après toutes ces ornières, glisser sur une bande d'asphalte construite au milieu du néant, comme une langue assoiffée et noire où roule le bus désormais presque vide pour rejoindre le dernier recoin de Lima, la plaie la plus récente de la capitale, les dernières invasions qui étranglent la ville. Presque deux heures depuis Jesús María, à peine deux heures et tout le Pérou à travers une fenêtre embuée, le vrai, l'authentique tourisme, pensa Sebastián en descendant du bus quand celui-ci s'arrêta au terminus et que le conducteur, un métis qui portait une veste graisseuse, annonça d'une voix essoufflée terminus, aux rares passagers qui épient Sebastián sans oser le regarder en face, se rendant compte qu'il n'est pas d'ici, quel con tu fais, Sebastián, tu croyais qu'il suffisait de mettre un vieux jean et un polo défraîchi ? Tu le croyais vraiment ? La pancarte d'Inca Kola était là comme l'avait dit Augusto, c'est facile, on ne peut pas se tromper, et puis l'affiche Carmencita, ça doit être ça, c'est forcément ça. »
Jorge Eduardo Benavides, Les années inutiles
Publié en 2002 (traduction française : 2004)
L'histoire se déroule alors que l'APRA est au pouvoir et que le terrorisme sévit durement (entre 1986 et 1990).

Publié par gaspalima à 17:39:28 dans - Petites histoires liméennes | Commentaires (0) |

"Haga de escoba"...Quelques photos quand même... | 31 janvier 2007


Pour voir les autres, un clic en bas à droite... Malheureusement il y en a très peu... Photos envoyées par Ciudad Saludable...

Publié par gaspalima à 23:58:37 dans - Mon stage | Commentaires (0) |

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Présentation

28 juillet 2007, retour à Lyon après 10 mois passés au Pérou, entre Lima et Ayacucho. L'aventure s'arrête et avec elle, ce blog. Merci à tous ceux qui m'ont suivi à travers lui durant cette extraordinaire année. N'hésitez pas à me contacter à l'adresse suivante : gasamoreau@gmail.com 
A bientôt!
Gaspard

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