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Un gringo au Pérou

Petites histoires et impressions

Histoire de se changer les idées… Pampamarca | 23 avril 2007

 

 L'idée initiale était d'aller passer le week-end à Vinchos, petit village du district voisin étendu au bord d'une rivière... Mais samedi matin, pour cause de veille arrosée et de sommeil à rattraper, difficile de décoller... Et lorsqu'en début d'après-midi, nous sommes fin prêts et qu'il n'y a plus qu'à chercher d'où sortent les combis... on apprend qu'on a raté le notre depuis bien longtemps! Peu importe, les terminaux ne manquent pas, les destinations non plus...
-         Vous allez où?
-         A Putacca...
-         C'est joli par chez vous?
-         Oui c'est joli... Et puis il y a une lagune pas très loin...
Et bien parfait, on monte au milieu d'une population rurale et qui n'a clairement pas l'espagnol comme langue maternelle... Environ une heure sur la route qui mène à Lima, puis une heure de piste au bord d'un joli fleuve... Deux heures à monter en altitude, deux heures pour rencontrer Alejandro, ouvrier qui travaille à Ayacucho et qui rentre une fois par mois dans sa communauté de Pampamarca... où selon lui aucun touriste ne s'est encore arrêté, ce pourquoi il nous invite à y passer la nuit, ou au moins à venir assister à la levée du drapeau le lendemain à 7 heures du matin. Descente à Putacca, village du fin fond de la province de Humanga, où les gens nous regardent déjà avec étonnement... Une heure de marche tranquille jusqu'à ce fameux lac, apparement la réserve d'eau d'Ayacucho... Semi naturel, semi artificiel, joli sous certains angles mais loin d'être inoubliable... Nous voilà dans la province de Cangallo, district de Chuschi (village dans lequel a eu lieu le 1 mai 1980 la première action du Sentier Lumineux). Et rencontre de David qui nous mène jusqu'au village de Pampamarca, perché à 3725 m d'altitude et comme oublié par le temps...
Nous cherchons Alejandro au milieu de toutes ces baraques de torchi, nous trouvons sa femme et son fils, lui n'est pas encore arrivé, mais déjà nous sommes invités à entrer et notre hôte ne tardera pas... Un mois sans rentrer mais pourtant, les retrouvailles avec son fils de 9 ans, Maycol, ne semblent pas l'émouvoir plus que ça...
La nuit tombe vite et un froid glacial recouvre le village plongé dans l'obscurité... Une tisane chaude et quelques pains frits autour d'une petite chandelle, et nos hôtes nous offrent des couches recouvertes de peaux de mouton et quelques couvertures pour entamer une nuit inconfortable dès 8 heures du soir...
Le réveil se fait donc logiquement à 6h30... Le village est imprégné d'un épais brouillard qui se lève en même temps que je sors de la léthargie matinale... Ambiance surréaliste... 7 heures, regroupement sur la petite place centrale avec une dizaine d'hommes de la communauté, dont le président, Frédérico, qui nous invite dans la sommaire municipalité et nous fait un exposé peu réjouissant de l'état de son village. Puis au milieu de la place, alors que le drapeau rouge et blanc vient d'être élevé vers les cimes et que le soleil a percé le voile de brume, l'histoire du village pendant les années de violence politique nous est contée... 10 ans d'exil, de nuits d'insomnie, dans les grottes alentours... Fujimori le sauveur, c'est le “Chino” qui a éradiqué tout cet enfer (comment ces gens pourraient-ils retenir le plan de corruption du président de la décennie 1990, alors qu'aucun d'eux ne paie le moindre impôt... encore un problème de riches!)... Le jeune Romulo arrive avec deux fromages et un sachet de fèves grillées (le “chewing-um des Andes”) en offrande pour clôre le sujet, Alejandro nous invite à petit-déjeuner en famille, riz et frites autour de la cuisinière de torchi... Remerciements, petit soutien financier et séance photo... Petite visite à Romulo avant de partir, il nous l'avait demandé et nous offre une soupe de cébada qu'il faudra lutter pour finir, dix minutes après un repas déjà bien conséquent... Et vers 10 heures, la page Pampamarca se tourne, redescente sur Putacca, d'où l'on attrape un combi qui nous dépose à Rosaspata, paisible village bordé par un fleuve, et dont les berges tapissées d'herbe sont idéales pour le pique-nique du midi... Et retour à Ayacucho en début d'après-midi, dans un bus aux sièges complètement défoncés et aux freins douteux... A peine plus de 24 heures au large de la ville, mais des images plein la tête... Avant d'aller découvrir les résultats français... Quelques photos en bas à droite.

Publié par gaspalima à 16:43:49 dans - Escapades | Commentaires (0) |

Pukayacu II (2) | 17 avril 2007

Retour à la case départ. Retour dans les niches ou retour sous terre pour les quatre corps déterrés en début de semaine dernière.
Les choses se sont déroulées dans l'ordre suivant : lundi et mardi, les corps ont été exhumés ; le reste de la semaine a été consacré à leur examen, à l'hôpital de Huanta, par l'équipe d'anthropologues-légistes (discipline qui apparement n'existe que dans très peu de pays). De notre côté, avec Iván, nous avons démarché le Comité International de la Croix Roug, pour qu'il offre deux cercueils aux Cunto Tincopa, qui n'avaient pas les moyens de remplacer les vieilles caisses en bois déjà bouffées par le temps.
Victór Flores nous a aidé, en payant deux boîtes... de 110 cm sur 45! Un peu glauque, le samedi matin, de voir les anthropologues recomposer les squelettes, sortis en vrac de sacs en papier, dans des cercueils beaucoup trop petits...
            Cimetière vers midi... Petit discours du représentant du Ministère public, petite prière, et tous les professionnels s'en vont en nous laissant les quatre cercueils. Il ne reste plus qu'Alejandro, fils et frère de deux des victimes, sa mère, déjà vieille et qui ne parle pas un mot d'espagnol, et son oncle ; Marino, mari d'une des victimes et qui a été torturé avec elle, avant d'être relaché ; la belle-mère de la dernière victime et sa nièce ; et Karim, l'avocate.
Il a donc fallu jouer aux fossoyeurs... Charger les deux premiers cercueils, d'origine, et les remettre dans leurs niches. Charger les deux derniers et les remettre sous terre...
Longue matinée à la suite de laquelle Alejandro nous invitera tous à déjeuner.
Longue matinée qui certes m'a permit de créer des liens particuliers avec ces familles de victimes... Mais qui je l'avoue aura aussi achevé de m'affecter, pour si ce n'était pas encore fait...
Voir ces squelettes en décomposition... Avec une dentition encore parfaite, qui me laisse penser qu'ils les ont reconnu, eux, leurs proches, morts depuis 22 ans, torturés par des militaires qui coulent aujourd'hui une retraite dorée aux frais de l'Etat... Ce fils Cunto, 16 ans seulement, mort avec son père et son oncle... En laissant une mère et quatre frères et soeurs dont deux sont morts peu après de la typhoïde... Ces témoignages que je vais encore aller devoir recueillir avec mon petit dictaphone, dès demain...
Bref, je ne veux pas faire ici du sensationnel, ni de l'émotif gratuit... Simplement, j'ai abordé ce sujet, pendant deux mois, avec une froideur dont je me demandais si elle était normale, et voilà qu'aujourd'hui je ressens enfin la douleur qui a été vécue par ces gens... Ça ne me paraît pas négatif pour autant, ça me renforce même dans ma volonté de les aider.
Le résultat de ces exhumations est d'ailleurs positif : chacun des quatre crânes est très nettement percé en deux endroits par des balles. C'est ce que l'on cherchait, les militaires vont enfin pouvoir être inquiétés. Quelques photos de ces moments particuliers, en bas à droite... Et puis je profite de l'occasion pour ajouter quelques photos en vrac... Huayra Molino, escapade dont je n'ai pas parlé, aux alentours de Huanta...

Publié par gaspalima à 00:27:39 dans - Mon stage | Commentaires (4) |

Pukayacu II | 11 avril 2007

 

Lundi 9 avril, 10 heures du matin, rendez-vous devant la Municipalité de Huanta. Isaac et Marino sont déjà là, le second avec son fils et sa fille... Cinq autres personnes que je ne connais pas encore. Iván, mon logeur et avocat de ADEHR (l'ONG pour laquelle je fais mon stage), arrive quelques minutes plus tard. On attend encore Karim, avocate de ADEHR également... Elle n'arrive que peu avant 11 heures, les retardataires sont tous là. On file au cimetière.
L'équipe d'anthropologues-légistes arrive à midi, en compagnie du représentant du Ministère public. Les exhumations vont pouvoir commencer, alors que les témoignages des familles des victimes viennent d'être recueillis par le journaliste d'une radio locale.
Aujourd'hui, on sort les cadavres de Dionisia Villarroel Villanueva, feu épouse de Marino, et de Esperanza Ruiz Soto... Les cercueils ont été déposés il y a bientôt 22 ans dans des niches, à la façon locale... pour ceux qui en ont les moyens.
Pukayacu II : 7 août 1985, sept personnes soupçonnées d'être de mèche avec les terroristes sont assassinées par les Forces Armées, arbitrairement, après avoir été interrogées et torturées. 29 août, les corps sont découverts dans une fosse commune, à Pukayacu. Les militaires avouent avoir tué sept personnes, d'une balle derrière la tête. L'équipe de légistes chargée des exhumations à cette époque écrit dans son rapport que les corps découverts et identifiés n'ont pas été tué par arme à feu. Un classique à cette époque...
22 années plus tard, les corps sont de nouveau examinés. Si les légistes trouvent des traces de balle sur les crânes, l'affaire pourra être réouverte et les coupables inquiétés (certains sont encore en poste). Sinon, affaire classée, on n'en parle plus.
Le premier corps est donc sorti vers 13 heures, sous les yeux de la famille. Les anthropologues l'amènent bientôt à la morgue pour pouvoir l'analyser. Puis vient le tour du second que je vois de près, un squelette en décomposition, habillé et chaussé. Fin du premier acte.
Et premier coup de théâtre le lendemain matin : trois corps sur les sept prévus ne seront pas exhumés. Ils sont enterrés sous terre, dans la plaine des pauvres... Mais on n'est pas sûrs de l'emplacement exact, le risque serait de se tromper de sujets... Ce qui desservirait fortement l'enquête. La famille Palomino, qui est venue pour l'occasion d'une communauté située à cinq heures de Huanta, et qui ne sait toujours pas comment elle arrivera à payer son billet de retour (15 soles chacun, 3,75 euros), a de quoi être dépitée. De mon côté, j'en profite pour recueillir leurs témoignages. D'abord de Mercedario, 40 ans, qui a perdu son père dans cette affaire. Il me raconte les dix années d'exil de toute sa communauté. Leur village a été brûlé, ils se sont cachés dans les montagnes, dans des grottes, et dans quelques villages reculés. Ce n'est qu'en 1997 qu'ils sont rentrés chez eux, pour récupérer leurs quelques parcelles. Aujourd'hui, ils produisent tout juste de quoi se nourrir, et la peur ne les a pas vraiment quitté. Puis vient le tour des mamás qui ne parlent que quechua, mais un des fils est là pour traduire.
Pendant ce temps, et jusqu'à tard dans l'après-midi, les anthropologues se chargent de déterrer les corps de Alejandro Cunto Yaranga et de Faustino Cunto Tincopa (père et fils). Eux aussi ont été enterrés sous terre, avec une petite pierre gravée comme seule sépulture. Deux des autres fils d'Alejandro sont présents, la pelle à la main. Les restes des cercueils sont atteints en fin de matinée, dans un état déplorable. Les squelettes devront du coup être dépecés, répartis dans des sachets en papier. Les analyses appronfondies commencent ce mercredi 11 avril à la morgue de Huanta mais déjà, on a pu facilement reconnaître dans les crânes les trous percés par les balles... Exhumations qui partent bien. Quelques photos de ces moments en bas à droite.
(Les photos de couverture des journaux ci-dessus sont des photos d'archive)
                                                     

Publié par gaspalima à 22:09:15 dans - Mon stage | Commentaires (0) |

Semana Santa | 11 avril 2007

La Semana Santa d'Ayacucho est censée être la plus belle du Pérou... Voilà de quoi attirer les visiteurs.
Les festivités ont commencé en douceur, le jeudi 29 mars... Ambiance fête forraine sur une petite place d'Ayacucho, pommes d'amour et barbes à papa, les énormes tours en bambou nous ont offert l'une après l'autre une explosion de couleur, un tourbillon de pétarades, un spectacle vraiment joli et original...
1er avril, dimanche des rameaux, défilé de lamas et de chevaux, d'ânes et de leurs cavaliers...
Et mercredi, arrivée en masse des touristes. Parmi eux, Sandrine, débarquée d'Iquitos, Justine, de Puno, et Alex, un parisien que je ne connaissais pas encore mais qui a passé un mois et demi dans la même famille que moi, à Lima.
Prise de contact avec la ville, visite du Musée de la Mémoire, ANFASEP (dont je serais très certainement amené à parler prochainement), et le soir, procession autour de la Plaza de Armas, dont le sol a été recouvert pour l'occasion de gigantesques fresques de poussière colorée.
Le jeudi, premier jour ferié de la semaine, et alors qu'Ayacucho commence à vraiment prendre des allures de Cuzco avec tous ces gringos, on part en escapade, histoire de voir un peu la région... Combi jusqu'à Quinua, petit patelin situé une trentaine de kilomètres au Nord de la ville. Déjeuner au marché, chicharones et aji de gallina, et longue marche dans la vallée... Les paysages n'ont déjà plus grand chose à voir avec ce que je connaissais, et le soir, la lumière nous offre des couleurs splendides qui transforment tout ce qu'on avait déjà pu apprécier dans la journée. Cheminées de fée grandioses découvertes à la tombée de la nuit, qui nous surprend et nous oblige à finir la marche à la lampe torche... Le village d'Acosvinchos finit par s'offrir à nous, bien plus grand et bien plus animé que ce que l'on pensait... La mairie nous ouvre ses portes pour la nuit et nous trouve même des matelas, tandis que les villageois nous invitent à fêter avec eux l'anniversaire de la “tia” (la tante)... Caña (alcool de sucre de canne) et chicha de jora (maïs fermenté), danses sur le trottoir et bons contacts avec la population... C'est la deuxième fois seulement que des touristes arrivent jusqu'ici!
Le vendredi, après un rapide petit déjeuner, nous redécollons pour rejoindre Muyurina, ce qui nous prendra bien quatre heures de marche dans une vallée encore bien agréable et arrosée par un puissant fleuve. Arrivée à Muyurina, on se renseigne sur la fête électro qui aura lieu sur place le soir même et dont j'entends parler depuis un bon mois.
Fin d'après-midi à Ayacucho, dîner au marché de la Semana Santa, assiette de chorizo et verre de ponch à la cacahouète (spécialités de la Semaine Sainte qui ne sont servies qu'une semaine par an ; le chorizo n'a rien à voir avec la définition espagnole)... Et départ à Muyurina avec Jimmy et Aron... Pas encore grand monde sur place, mais l'ambiance laisse présager une bonne soirée... La tente est montée au milieu des autres dans une salle qui se transforme vite en salon d'apéro... Beaucoup de liméniens... Le décallage entre ceux de la capitale et les locaux est incroyablement frappant. Et puis le jardin se remplit et la fête commence vraiment, elle se prolongera jusqu'au lever du soleil... et même encore beaucoup plus tard.
Je rentre à Ayacucho vers midi et demi et dors une bonne partie de l'après-midi... Pas très en forme pour la dernière soirée de la Semana Santa. Un monde incroyable... Quelques bières sur la Plaza de Armas... Un jeu de capsules pour passer le temps, qui en quelques minutes crée un énorme attroupement autour de nous! Explosion des dernières tours de bambou et feu d'artifice à minuit, mais il faudrait attendre encore quatre heures pour pouvoir assister à l'ultime procession... C'est trop pour moi, et alors que la Plaza de Armas prend des allures festives et que l'alcool commence à en abîmer certains, je rentre me coucher.
Dimanche tranquille, férias artisanales peu convaincantes, ceviche puis “fondue” chez mon logeur, au queso andino et au vin blanc, et les visiteurs s'en vont après un week-end prolongé bien agréable... Quelques photos en bas à droite.

Publié par gaspalima à 18:45:16 dans - Ayacucho | Commentaires (0) |

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Présentation

28 juillet 2007, retour à Lyon après 10 mois passés au Pérou, entre Lima et Ayacucho. L'aventure s'arrête et avec elle, ce blog. Merci à tous ceux qui m'ont suivi à travers lui durant cette extraordinaire année. N'hésitez pas à me contacter à l'adresse suivante : gasamoreau@gmail.com 
A bientôt!
Gaspard

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