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Le mariage breton | 21 octobre 2006


J'ai très peu de souvenir de mon arrière-grand-mère maternelle. Juste quelques images gardées lors de mon enfance, celle d'une très vielle dame à la recherche de la pénombre, là sur une chaise, tantôt dans un coin de la pièce centrale, là où la cheminait crépitait parfois si fort que j'en sursautais ; tantôt à l'ombre d'un vieux pommier, où seuls quelques rayons de soleils furtifs venaient lui carresser une peau toute ratatinée. Et puis un jour, elle s'est éteinte. Ce n'est que bien plus tard, que j'ai mis la main sur une collection de vielles photos, ces images sépia, conservées à l'abri de la lumière dans une vielle boite à sucres, à l'abri des regards, comme pour ne pas raviver les souvenirs enfouis. Et là, j'ai retrouvé son regard, mais jamais, non jamais je n'avais imaginé sa jeunesse. Comme cette photo le jour de leur mariage.

Grand-père m'a raconté ce mariage, selon ce qu'il en a su. Nous sommes là le 12 février 1911, à quelques lieues au nord de Vannes, la ville. A l'époque, le mariage prenait environ une semaine, avec une ou deux journées de préparatifs, on tuait la bête, le plus souvent un bœuf, ou deux, pour les faire longuement rôtir. Un champ aménagé de tables de fortune, du feu, une grange, de la paille et du foin ... Et puis dans le village, partie prenante de la fête, il y avait toujours une famille, qui de père en fils, cultivait l'esprit bombarde ou biniou.

Faut dire que tous parlaient breton. Cette langue est d'ici, car ces mots sont d'ici et décrivent des choses d'ici. Un mot breton désigne une technique, une pratique agricole, un savoir-faire, qui ne connaîtra pas sa traduction en français. C'est aussi un savoir-être, avec sa sonorité si franche, vous l'imaginez bien mon arrière-grand-père, avec toute sa fierté de breton, malgré la dureté de la vie.

Et déjà dès le deuxième jour, les convives arrivent peu à peu, du fin fond de notre campagne, à plusieurs dizaines de kilomètres, prenant grand soin de se parer une fois arrivés seulement, de leurs beaux costumes. Deux jours, je vous dis, deux jours de fête, après le passage à l'église. Toute la famille, réunie là, pour la grande fête. Les cousins, les oncles, les tantes, les voisins et leurs voisins, tous étaient là ... malgré la froidure hivernale, ou grâce à elle, car en cette période de repos végétatif, l'absence de travaux agricoles permettait à toute cette ruralité d'être présente, de faire une pause. Le mariage avait ce rôle social, très fort. Lien entre les générations, liens entre les villages, liens entre la jeunesse pour aussi de nouvelles rencontres, un nouveau mariage l'année suivante. Et ainsi allait la vie. L'impact religieux était je dirais le conditionnement même de ces unions, mais le mariage en lui-même, ces retrouvailles prenaient vite un esprit païen !

Des heures je vous parlerais de ces traditions, je vous le dis. Quand je prépare « mes mariages bretons », j'ai toujours en moi l'envie forte de faire partager, cette ferveur bretonne.

Chouette la photo, non ? Ecoutez-la parler !

Véro

Publié par VEROLJV à 14:29:11 dans Organisation de mariage | Commentaires (1) |