Il n'y a pas plus éloigné que le monde où nous sommes. Nous ouvrons les yeux mais tout est inaccessible, nous ne pourrons jamais atteindre ce que nous voyons. Nos yeux se sont ouverts pour nous montrer à quel point nous sommes loin de tout, à quel point il a fallu nous éloigner de tout pour pouvoir exister.
Jean-Luc Parant, Nuit dorées
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Je marche à quatre pattes dans les rues hélicoïdales des becs de gaz décoiffés par l'alcool se tordent atrocement pour vomir leur lumière éthylique dans le caniveau des foules par milliards tournent autour de moi à la vitesse d'une paire de gifles mais je leur réponds par des grimaces invisibles et bien que les pavés difformes et monstrueux se dérobent sous mes genoux je finis par atteindre le Pont-Neuf où là des suicidards ivres morts se pendent aux réverbères blaffardingues.
C'est par dizaines que livides sous le ciel sali ils projettent leur cicatrice pâle dans l'eau du fleuve comme si leur douleur belle était une étoile de plus dans ce putain de ciel il y a dans ces bras qui tombent jaunis de rides froides une angoisse mort-née qui rend toute grâce impossible.
Pris de nausées abominables je vais vers le parapet appuyer mes mains indénombrables et penché vers les flots affreusement maquillés je dégueule mes propres mensonges et l'horreur de moi-même je deviens ce Narcisse pervers qui contemple sa déchéance dans le miroir dilué de ses vomissures !
Publié par Filiiip à 23:12:16 dans Esperluette | Commentaires (3) | Permaliens
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