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Art Anthropophagie Aujourd hui !

A propos de l'exposition-événement de Gilles de Staal et Jaime Zapata qui s'est déroulée du 1er au 12 novembre 2006, à la Galerie de Nesle à Paris

Présentation

Les publicités Google affichées sur ce blog sont le fait de l'herbergeur. Nous considérons ces pubs comme une intrusion abusive sur cette espace consacré à l'Anthropophagie et aux oeuvres de Jaime Zapata et Gilles de Staal.

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Encontro Internacional de Antropofagia ! Thème traité, extrait 5 | 15 octobre 2006

II  L'indigestion coloniale



    Le 15 octobre, c'est-à-dire juste avant le début de cet incendie, un homme m'a rendu visite. Un homme de 73 ans. Il s'est présenté comme Marcel. Il m'avait connu quand j'étais gamin, j'avais 13 ans, et, dans notre petit village, il était alors un amoureux de ma sœur. Je n'avais à vrai dire plus entendu parler de lui depuis et j'ignorais pourquoi il m'avait retrouvé. A l'époque, il était un jeune soldat, fin de service militaire, revenant d'Algérie où il avait accompli ses trois ans, comme tous les jeunes Français à l'époque. Ce n'était pas pour me parler de ma sœur qu'il venait me voir.



 Il m'annonça tout de go qu'il était alcoolique, et que quand il fréquentait ma sœur il « était un peu fou. Mais, en réalité, je suis resté fou jusqu'à maintenant.» Il avait entendu parler de moi par mes écrits, et lui-même, de formation universitaire, avait, me dit-il, commis deux ou trois romans.  Mais avant de mourir d'alcool, il voulait impérativement écrire le livre qui lui importait, de ce qu'il avait vécu là bas, en Algérie, « mais je n'y arrive pas. Chaque fois que je tente de m'y mettre, je pleure, je vomis, je deviens malade avec des douleurs terribles... Je ne peux pas écrire, et pourtant je le dois. » Et la folie, qui dure depuis ce temps ? « C'est cela, bien sûr ; et l'alcool aussi, c'est cela. » - «  Et tu es venu me voir pour que j'écrive ton livre pour toi, c'est ça ? » C'était ça.

1) Le plat indigeste



La France est un pays de commémorations. Il adore revisiter périodiquement son histoire. Si l'identité française n'est ni ethnique ni religieuse, alors elle doit être politique. Les commémorations servent notamment à former le consensus moral, politique, culturel de la nation, l'identité commune. Faire le bilan périodique de ce qui est assumé et de ce qui fut condamnable. Il y a des commémorations difficiles et douloureuses, car elles rappellent des déchirures anciennes où le condamnable est resté difficile à digérer.



Ces commémorations là arrivent généralement au moment où la génération des faits à commémorer parvient à l'age de mourir. Les crimes pèsent sur les consciences, il faut se soulager, confesser. Les Français qui aiment les périphrases appellent ce bilan « devoir de mémoire ».



L'avant dernier grand rituel de ce genre fut la commémoration de l'occupation nazie, de la résistance et de la collaboration. Il débuta avec le procès de Klaus Barbie, en 1984, et s'acheva à la fin des années quatre-vingt-dix avec celui de Maurice Papon, ex administrateur de Bordeaux, responsable de la déportation des Juifs du sud-ouest de la France. Durant toutes les années Mitterrand, cela servit à construire le consensus moral et politique national, souvent appelé « consensus républicain », certes par aspects bien réducteur, mais enfin... : le rejet absolu de l'antisémitisme ; l'exclusion de l'extrême droite de toute alliance politique du fait de sa compromission dans la collaboration ; la valorisation de la démocratie comme Etat de droit égalitaire et universel, et de la résistance même minoritaire à l'oppression.



Aujourd'hui arrive le temps d'une autre commémoration. Celle de Marcel. Ils ont été quatre millions de Marcel qui, durant les deux ou trois premières années de leur vie de citoyen, firent la guerre en Algérie, au nom de la république, entre 1954 et 1962 : brûlant les villages, séquestrant les familles, massacrant les hameaux, torturant des millions de personnes, méthodiquement, administrativement, déportant des millions d'autres ou les mêmes, faisant dans ce qui s'appelait alors « les départements français d'Algérie » près d'un million de  morts et plus de deux millions d'estropiés ou rendus fous à vie. Quatre millions de jeunes hommes qui furent obligés à faire en Algérie exactement ce que les Allemands avaient fait, à peine dix ans auparavant, dans l'Europe occupée, sauf bien sûr l'extermination des Juifs.



Quatre millions qui ensuite devinrent des pères de familles. Tous les pères des Français qui ont entre, disons, 35 et 48 ans, ont servi en Algérie. La guerre d'Algérie est le grand silence des familles françaises. Le trauma indicible. Les Français sont un peuple dont l'histoire contemporaine est jalonnée de grandes guerres, et les souvenirs de guerre font partie des rituels familiaux des anciens. Dans les familles, à table ou le soir, l'aïeul racontait « sa » guerre de 14-18 ; le grand père racontait « sa » guerre de 39-45, pas forcément glorieuse mais enfin, racontable ; et le père ? « Papa, raconte nous comment c'était ta guerre en Algérie ?! » - Silence, pesant. Le silence des pères, l'alcoolisme dans les familles, la violence familiale névrotique ont presque toujours pour arrière fond le crime inconfessable et douloureusement refoulé de l'Algérie. Non pas que tous furent des criminels, loin de là. Mais tous ont participé au crime de masse à grande échelle, organisé par l'institution républicaine, et signé de l'uniforme que tous portaient.  Et aucun ne peut s'en dégager individuellement, si ce n'est la propre nation, au nom de laquelle il fut commis et qui en était commanditaire, qui le reconnaît et le lave. Et jamais le crime ne fut reconnu, donc il n'a jamais été lavé.



La commémoration de l'occupation nazie a amené, presque naturellement, à celle de la guerre d'Algérie. Par la ressemblance des crimes, par la proximité dans le temps.


2) La nausée



Ces deux dernières années, il n'y eut presque pas de semaine sans qu'un général en retraite ne confesse des crimes qui feraient rougir des Pinochet, Videla ou Medici ; sans que d'anciens suppliciés ne viennent en France dénoncer leurs anciens tortionnaires ; sans qu'un livre, un documentaire,  une émission (3) ne révèle  la profondeur des tourments de cette génération de jeunes appelés obligés à faire une guerre atroce et inégale contre un peuple qui ne voulait rien d'autre que les libertés et l'indépendance dont eux, Français, jouissaient.



Le procès Papon, censé clore la commémoration de l'époque de l'occupation, fut à ce titre significatif. Il mit en évidence que le même Papon était Préfet de police de Paris durant la guerre d'Algérie et qu'il y organisa la répression d'octobre 1961 contre les manifestations pacifiques des ouvriers algériens qui fit 250 morts dans les rues de la  capitale dans l'indifférence générale, et fut suivie de la déportation dans des camps au Sahara de milliers d'ouvriers algériens de Paris...



Le général Aussaresse, octogénaire, publia un livre de souvenir pour expliquer comment il fit « disparaître », après tortures, pas moins de 7000 personnes, en à peine trois mois dans la seule ville d'Alger, avec l'approbation du gouvernement de Paris. Comment il organisa administrativement à travers toute la ville les centres militaires de détention et de torture en masse ; comment il tortura puis assassina le leader algérien Larbi Ben Mehidi, tortura et fit disparaître le mathématicien Maurice Audin, tortura le journaliste Henri Alleg...



Mais ni Papon, ni Aussaresse n'eurent à répondre de ces crimes avérés. Papon fut jugé pour la déportation des Juifs sous l'autorité nazie... jamais pour les massacres de Paris. Et Aussaresse fut condamné pour apologie de crimes, mais pas pour les crimes !



Il était plus facile de commémorer les temps de l'occupation nazie. Les coupables avaient été vaincus, les crimes déjà condamnés, et le nazisme banni. Mais le fait colonial est le socle historique sur laquelle la république moderne, la fameuse France républicaine, s'est formée dès la moitié du XIXème siècle. Le colonialisme fut assumé par la république toute entière, et fait partie des fondements de l'identité de tout le spectre politique français de la droite à la gauche... républicaines. Seules quelques voix, en marge du consensus national, dénoncèrent la réalité coloniale : Octave Mirbeau, Albert Londre, André Gide, Charles André Julien... écrivains et intellectuels de mauvaise fréquentation... jusqu'aux communistes français qui ne furent pas des anticolonialistes de fer. Et cela jusqu'aux dernières heures de l'époque coloniale : le gouvernement de Paris qui donnait ses ordres à Aussaresse était un gouvernement de coalition socialiste, et celui auquel obéissait quelques années plus tard le préfet Papon était celui du Gal De Gaulle. 



La plupart, pour ne pas dire toutes, les institutions de la république sont héritées et sont héritières du colonialisme : partis, administration, université, industries, armée, urbanisme, musées, institutions de recherche, monde littéraire, marques publicitaires... portent l'empreinte colonialiste au point que s'en est subliminaire. Et si les colonies furent abandonnées, de force, les institutions qui en furent les piliers n'ont jamais été questionnées... jusqu'au ministère de l'Outremer qui existe jusqu'à présent, sans budget.



Dès 1962 et l'Indépendance algérienne, le trauma de la guerre d'Algérie a été refoulé. C'était un sujet auquel on ne touchait pas. La guerre elle-même n'avait pas existé. Il fallut attendre le gouvernement Jospin pour admettre officiellement qu'il y avait eu une guerre en Algérie !  Il y avait le souci de ne pas incommoder le million d'ex-colons d'Algérie et leurs descendants, qui formaient de véritables bataillons électoraux dans le sud de la France. Mais surtout, il y avait le fait que la guerre d'Algérie révélait et condensait par sa débâcle, la véritable nature de l'ensemble du fait colonial : discrimination raciale institutionnelle, exploitation et généralisation du travail forcé, spoliation systématique des peuples originaires, truculence administrative organisée, négation et humiliation culturelle, esclavage domestique, extermination de populations entières... cette histoire coloniale qui se confond avec celle de  la république moderne et qui est au cœur de ses institutions et de ses représentations. Un voile pudique fut jeté sur cette histoire refoulée.



C'est cette réalité qui remonte aujourd'hui à la surface, avec l'arrivée de la génération de la guerre d'Algérie à l'age des confessions terribles. Cela crée dans la société française un malaise profond et questionne des identifications qui jusqu'alors paraissaient inquestionnables. Et derrière ces questions, combien d'autres : le trafic d'esclaves, dont les descendants, parfaitement français, vivent aux Antilles mais aussi dans la métropole, souvent justement dans les banlieues, - ces fameux « Noirs » d'Alain Finkielkraut ? -, la repression de Madagascar de 1947, le travail forcé en Afrique noire...



Et ce retour à la surface de l'héritage colonial à travers la mémoire tourmentée de la guerre d'Algérie, oblige à revisiter le fameux « consensus républicain » formé si récemment dans le bilan de l'expérience fasciste.

Publié par staal à 23:07:05 dans Rencontre Internationale d Anthropophagie ! | Commentaires (0) |

Ramiro Oviedo | 15 octobre 2006

Enseigne la littérature Hispano-américaine dans la Section d'Etudes Hispaniques et Hispano-américaines de l'université di Littoral-Côte d'Opale.



Plusieurs recueils publiés, en espagnol (Serpencicleta, 1995. Esquitofrenia, 2001. Scanner, 2005) et en français (Hiéroglyphe, 1997. Semaine Sainte, 1998; Fanesca, 1999; La nature se méfie de la vitesse, 2001; Les poèmes du Colonel, 2002 [Prix Trouvères, 2002; Prix Georges Sernet, 2004]).



Durant l'exposition , retrouvez Ramiro Oviédo le samedi 04 novembre 2006 


17h30 : Lecture du Manifeste Anthropophage. Puis, Flop et Tante Hortense, avec Eddy Goldeberg et Christophe Rodomisto : chansons et mise en musique des textes anthropophages.



19h00: Ramiro Oviédo, poèmes déclamés.



20h00 : manger.

21h00 : débat : « Nationalité  Identité  Citoyenneté : bons et mauvais Français ? » introduit par Mehdi Belhaj kacem (Une psychose française. Gallimard 2006), médiation du réseau CEDETIM/CICP (rue Voltaire).

Publié par staal à 22:34:06 dans Intervenants | Commentaires (0) |

L HOMME DISPARU DANS LA PLUIE et LA DETTE NOUS EST EXTÉRIEURE de Ramiro Oviedo | 15 octobre 2006


 L'HOMME DISPARU DANS LA PLUIE


   Un gros nuage s'était pendu sur Macondo.
Le ciel  avait du mal à se tenir.
Le vent montrait ses dents de chien.
 Alors
une petite goutte en velours a chuté  sur mon nez.
Ensuite deux ou trois pas de danseuse ont frôlé mon chapeau
et puis j'ai senti des petits baisers d'eau sur mes épaules
Pour toréer la pluie je suis rentré au bistrot de Catarino
d'où j'ai vu Isabel regarder derrière sa fenêtre.


Le dernier rayon de soleil illuminait la nappe de ma table
pendant que l'ombre d'un homme s'enfonçait  dans la pluie.
 Nous étions  déjà deux à le regarder.
 On voyait sa trace.
C'était  comme le passage d'un loup
le cœur un tambour
l'œil allumé.
Il  rentrait avec une heureuse ignorance dans une forêt d'eau
dans une pluie de brouillard pourri
pendant que les nuages s'arrachaient les tripes.
 Et puis Dieu s'est mis à pisser debout.
 Il pleuvait des araignées
il pleuvait du gazole
il pleuvait des nœuds et des ongles
il pleuvait des papillons noirs
il pleuvait des boucles d'oreille de toutes les vierges.
 L'homme
voulait s'accrocher à un courant d'air
trancher la pluie avec ses mains aveugles.
mais il pleuvait des seringues.
  Trébuchant sur les cordes
Accablé par cette pluie d'épingles
l'homme s'enfonçait  dans le gouffre de la brume.
 On l'a vu rester suspendu entre les lèvres du torrent
comme un épouvantail.
Et puis
Dieu s'est mis à vomir sa gueule de bois.
Il pleuvait du sang
il pleuvait de la peine
Il pleuvait du café sur Macondo
il pleuvait de l'eau-de-vie sur la pluie.
 Enfin
Il est resté attaché par les cordes du déluge
fusillé par la pluie
au centre du drap blanc du lendemain
tel une flaque de nuage en personne.
 



On a enlevé de sa bouche un poème muet.
 


LA DETTE  NOUS EST EXTÉRIEURE


  Au début mon désir n'avait pas de mains.
J'aurais voulu être ambidextre
Eréndira
mais devant toi et ton histoire  je suis devenu tout juste gauche
Depuis lors nous sommes des frères jumeaux.
 Je n'avais aucune idée de rentrer.
Je voulais seulement  écouter Francisco El Hombre
Chez Catarino
trouver des traces de mon frère perdu dans ses chansons.
C'était minuit et je m'en allais
lorsque cette dame m'a demandé vingt centimes
pour rentrer au pays des délices.
 Quand je t'ai vue
tu étais  juste une fille triste
dépossédée de toi
- puisque  ton seul bien restait le bien des autres-
avec la résignation vêtue d'une  chair maigre,
même tes pauvres  tétons de petite chienne accablée
- balles décapitées calibre 22 -
n'étaient pas à toi
La faune mouvante et la flore somptueuse du pays des délices
pour vingt centimes
n'étaient qu'un mirage des hommes tristes du tropique.
 (La solitude doit être un bon aphrodisiaque)
  Le bon Dieu, déguisé en grand-mère te tuait au compte-gouttes
enivré par les 20 centimes  que 62 soldats lui payent
jour après jour
pour coucher avec toi.
D'après tes calculs il te restait  encore dix ans
à  soixante-dix hommes par nuit
pour  régler une  dette bizarre.
A ce rythme là -me disais-je-
tu finiras engloutie par l'armée de terre.
  Pauvre Aridnere
tu étais la seule araignée
qui  construisait avec son cul la maison d'une autre.
 Je suis revenu ce matin
avec le cheval de la chance qu'il te faut
-l'amour, rien de plus-
pour te dire qu'il fallait compter sur moi
pour prendre en charge ta révolte
pour tuer dieu
pour tuer la puanteur de ton histoire étouffée
mais tu n'étais plus là.



 


Retrouvez Ramiro Oviédo durant l'exposition Art! Anthropophagie! Aujourd'hui! :




Samedi 04 novembre 2006




à 17h30 : Lecture du Manifeste Anthropophage. Puis, Flop et Tante Hortense, avec Eddy Goldeberg et Christophe Rodomisto : chansons et mise en musique des textes anthropophages.




19h00: Ramiro Oviédo, poèmes déclamés.




20h00 : manger.

21h00 : débat : « Nationalité – identité – citoyenneté : bons et mauvais Français ? » introduit par Mehdi Belhaj kacem (Une psychose française. Gallimard 2006), médiation du réseau CEDETIM/CICP (rue Voltaire).

 

Publié par staal à 22:12:18 dans Intervenants | Commentaires (0) |

Extrait de | 15 octobre 2006

Oswald de Andrade




 


Le samedi 11 novembre à l'exposition-manifeste Ah !Ah !Ah !, sous la direction de Pierre-Etienne Heymann, lecture publique du « Procès (en révision) de Jésus Christ » extrait de « L'Homme et le Cheval » pièce de Oswald de Andrade.


(pièce en neuf tableau de Oswald de Andrade, écrite en 1934,  traduit du portugais, - Brésil -, par Gilles de Staal.  Extrait.)


 


Huitième Tableau :

 LE TRIBUNAL



(Extrait)

  La scène représente la salle de l'ex-prix Nobel, érigée en Tribunal Révolutionnaire. Au fond, grande porte ouvrant sur le paysage classique du Golgotha, avec deux croix seulement.

 Scène I

 Mme Icare, Saint Pierre, Icare, la Véronique
  Au fond, soldats romains, femmes, apôtres, esclaves – la foule qui était dans la maison de Pilate. La Véronique fait sécher des tirages photos grands formats
 


Saint Pierre : - J'ai l'impression de vous connaître...




La Véronique : - On se connaît  oui...




Saint Pierre : - Je ne me souviens pas d'où. Je perds un peu la mémoire.




La Véronique : - Moi je me souviens. C'était à ce tintouin du Calvaire il y a vingt siècles. (Elle tourne de face la photographie qu'elle a en main et sur laquelle apparaît Adolf Hitler crucifié sur une swastika) Vous étiez des nôtres...




Saint Pierre (Reconnaissant la photographie) : - Mais lui c'est Christ ! Christ roi !




La Véronique : - Parfaitement ! Le chancelier Christ, la dernière incarnation de l'antisémitisme.

  Scène II
 


Les mêmes, Madeleine




Madeleine : - C'est ici que va avoir lieu le jugement du fils de David !




La Véronique : - Lequel d'entre eux ?




Madeleine : - Celui qui est là, sur ce portrait.




La Véronique : - Ah ! Le dernier Dieu aryen !




Madeleine : - Je suis témoin.




Saint Pierre (Se levant) : Madeleine ! Ma fille chérie !




Madeleine : - Qui êtes-vous ?




Saint Pierre : - Je suis le vieux Pierre.




Madeleine : - Le pêcheur de Génésareth ?




La Véronique : - Nous voilà tous ensemble à nouveau. Moi, avec les photographies, toi avec les parfums...




Madeleine : - Tu continues à me faire concurrence, Véronique !




La Véronique : - Pas du tout ! Je suis ici à titre administratif. Je prépare les pièces d'identité des accusés qui doivent comparaître aujourd'hui devant le Tribunal Rouge.




Madeleine : - Tu as tué l'art en Judée.




La Véronique : - Je n'ai été que la précurseure de l'industrie du portrait.




Madeleine : - Tu continues à gâcher l'art véritable. La Renaissance elle même n'a pu te résister. Tu t'es alliée aux curés pour inonder le monde avec tes chromos de saints souffreteux !



La Véronique : - Aujourd'hui, je me dédie au cinéma...




Madeleine : - J'ai vu. Le roi des rois. Sacré navet !




La Véronique : - Erreur. Je suis au service du cinéma d'Etat. J'ai évolué. Je suis le progrès en personne.




Madeleine : - Eh bien moi, je continue d'être l'art pour l'art.




La Véronique : - Toujours modèle d'atelier* ?




Madeleine : - Comme en Judée. Si tu n'étais pas apparue, on aurait pu avoir un art sémite natif, propre à fortifier l'unité sentimentale de la Diaspora. Cela aurait peut être engendré les plus grandes conséquences politiques. Mais un peuple dispersé et sans art, voilà ce que ça donne...




Saint Pierre : - Madeleine, je ne te reconnais pas. On dirait une députée de classe !




Madeleine : - Bien sûr ! Pour vous, j'ai surgi comme une prostituée analphabète du Premier siècle. Mais tout ça c'étaient du baratin. La Passion, la Croix, la Résurrection et le reste, baratin... Nous menions la lutte tenace contre l'impérialisme Romain... La lutte idéaliste !




Saint Pierre : - Les chansonnettes sur ta rue ! Qu'est-ce qu'on aimait ça !




La Véronique : - Tu récitais une poésie futuriste que le Rabi adorait...




Saint Pierre : - Récite pour nous souvenir. Se souvenir c'est vivre !




Madeleine (Récitant) :




 



      Ma rue




      Ma rue à Magdala




      Remplie de putains




      Rongées d'infections




      Inondées de parfum




      Mortes de faim




      Personne ne vit dans ma rue




      Parce qu'il le veut bien




      Ni moi




      Ni les autres malheureuses




      Les Pharisiens fréquentent




      Ma rue




      Etroite




      Qui sent le sperme et l'encens




      Les hommes de loi y passent




      Ils savent que le travail honorable




      Ne rapporte rien

 


      La femme et la fille du pauvre




      Ne gagnent que quelques sous




      Dans ma rue

 


      C'est pour ça que ma rue est pleine




      Pour cela que je pleure la nuit




      Dans ma rue




      Quand je me souviens de moi.

 


Icare : - Pauvres malheureuses ! Ca fait de la peine ! On devrait règlementer cela !




La Véronique : - C'est la monogamie qui les produit. Dans l'Etat Socialiste, elles appartiennent au Musée de l'Histoire.




(..........)

La suite,  le 11 novembre, à la Galerie de Nesle, à la clôture de l'exposition-manifeste
Ah !Ah ! A3 – Art- Anthropophagie – Aujourd'hui !



 

Publié par staal à 21:49:39 dans Oswald de Andrade | Commentaires (0) |