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Cliché Anthropia
Monsieur le Conseiller Général est content.
Il vient de faire voter par l'assemblée plénière,
c'est comme ça qu'on appelle le Conseil général
quand il se réunit pour voter les décisions,
il vient de faire voter donc le parc d'éoliennes
sur un territoire qui lui est cher.
C'est qu'il en a fait des pieds et des mains,
en commission Environnement,
pour faire avancer son dossier
et le faire inscrire à l'ordre du jour.
Il est vrai qu'il a la délégation Environnement,
ce qui aide.
Au même moment, Monsieur le Maire apprend la nouvelle,
c'est facile, c'est le même, il cumule les mandats.
C'est sur son territoire qu'on va installer les éoliennes.
Il se remercie vivement pour ce vote ô combien désiré,
il en avait signé la demande, sur le conseil de lui-même,
et ne doutait pas que son avatar obtiendrait satisfaction.
C'est chose faite.
De son côté, la société d'économie mixte,
qui avait monté le projet,
négociation, rachats de terrains, futur plan d'implantation,
se réjouit fort,
surtout que son Président et notre Conseiller général,
accessoirement le Maire,
ne font qu'une même personne.
Trois joies en une en ce jour,
pour un élu ordinaire, multi-casquettes.
C'est ce qu'on appelle la démocratie à la française.
Publié par Anthropia à 11:42:01 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) | Permaliens
Iceberg
(droits réservés)
Je suis en face d'une stagiaire,
qui apprend un métier, on dit A.V.S.,
auxiliaire de vie sociale,
elle prépare un diplôme d'Etat.
Elle raconte, elle a travaillé chez une personne âgée,
elle a remarqué que le lit est imbibé le matin,
que le lit pue l'urine,
que le Monsieur est trempé au sortir de la nuit ;
elle trouve que les protections sont insuffisantes,
que les petites alèses ne protègent pas le matelas.
Elle écrit tout ça dans le cahier de liaison,
qu'elle laisse sur la table de la cuisine
à destination de la fille, adulte,
qui est tutrice de son père,
c'est comme ça désormais dans les familles,
les filles deviennent les mères.
La stagiaire signale
qu'il faut des draps-housses de protection.
la solution est simple.
Le lendemain, elle arrive, le Monsieur est trempé,
elle le douche, elle change les draps, elle l'habille,
mais le lit sent la pisse, c'est terrible, que faire.
Elle va lire le cahier de liaison.
La fille-qui-est-la-mère a répondu :
vous n'avez qu'à mettre des couches.
Des couches, comme pour un bébé.
Mais elle en met déjà des protections.
Elle le lui a déjà écrit,
la fille-qui-est-la-mère le sait
mais la fille-qui-est-la-mère ne veut pas imaginer
cette décadence du père,
et puis la fille-qui-est-la-mère,
ça la fatigue d'aller chercher des draps-housses qui font alèse,
et puis la fille-qui-est-la-mère n'a plus d'argent,
toute cette assistance ça coûte,
il y a déjà le 24h/24h, ce personnel qui se succède,
et puis ces exigences, acheter, toujours acheter.
Et je suis là, impuissante,
face à l'A.V.S. impuissante,
qui est face au père impuissant,
qui subit sa fille-qui-est-la-mère impuissante.
Publié par Anthropia à 17:16:42 dans Mes nouvelles | Commentaires (1) | Permaliens
Wolf von Kries
Extrait d'une vidéo
Zapping Unit (voir ci-contre)
Cliché Anthropia
On arrive dans la principale pièce de l'Office.
C'est un centre d'art contemporain.
Trois cabines en carton de taille inégale se présentent en face du public.
Le public essaie chaque cabine en carton,
devant lui une porte, il est dans une sorte de box,
dont l'entrée est totalement découpée, le fond de la cabine est une porte.
Sentiment de confinement, une place seulement, solitude, ressenti du carton, vieillot.
Première cabine. Il y a une porte en bois
sur laquelle il y a des messages contradictoires, "double binded".
Entrez. Entrez sans frapper. Frappez avant d'entrer. Sonnez ici.
La porte s'ouvre vraiment,
sur une pièce baignée de lumière blanche surexposée.
Où on ne voit rien, sauf qu'on sent l'odeur d'éther,
un faux jour, au fond la lumière violente.
Comme une expérience de mort
racontée par ceux qui en sont revenus.
Deuxième cabine : on est là sans pouvoir bouger
et on entend les voix vieilles et mélodieuses de
Radio Sottens (musique suisse).
La porte en bois ne s'ouvre pas. Mais on est tenté d'essayé.
Troisième cabine plus spacieuse avec un siège :
on est là sans bien comprendre
et on sent successivement la vanille, la cannelle, la vinasse,
expérience sensorielle.
Sur un des murs de la seconde pièce,
une énorme porte en bois qui supporte un moniteur avec une vidéo.
On voit une main sur une poignée de porte,
qui pousse et qui repousse une porte, qui grince,
et toujours le même mouvement d'ouvrir sempiternellement
une porte qui ne s'ouvre pas.
Sur un mur en face, il y a le texte de Kafka, le gardien de la porte
(Préparatifs de Noces à la campagne).
Le jour du vernissage : Performance du dervice-tourneur
Un derviche-tourneur danse à plusieurs reprises,
il tourne dans une jupe ornée de visages déformés
de traumatisés crâniens et de carcasses de voitures.
Il fait monter une partie du costume sur le haut du visage
et le redescend.
Publié par Anthropia à 11:23:12 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) | Permaliens
Spinoza Map 2007
Marcus Steinweg
Thomas Hirschhorn
C'est une équipe, qui se plaint.
Chacun aux entretiens vient dire que ce Monsieur, là,
n'est pas ceci, ou cela, sympathique, efficace,
Chacun, qui est sympathique et efficace, se plaint du même Monsieur,
nonvraiment, je comprends qu'il faudrait l'éliminer,
qu'il est cause de tout, des problèmes, de l'ambiance.
Le Monsieur, lui, se plaint d'avoir des problèmes avec ses collègues,
de n'être pas aidé sur les dossiers, d'avoir à tout contrôler.
Je dois préciser que cette équipe est une équipe de filles.
Et le Monsieur, c'est un garçon.
Et le Monsieur, c'est un bon pro, très pointu et exigeant,
mais il est vrai, pas très gai, me dit le patron.
Que vais-je faire ?
Et je me souviens tout à coup de la théorie du schizophrène
d'un de mes bons amis psychiatre.
Tu aides un schizophrène à aller mieux dans une famille,
aussitôt un autre se déclare.
C'est une famille au symptôme :"il faut du schizo".
Et je me mets à penser que dans cette équipe,
il faut du bouc-émissaire.
Alors, au déjeuner, le sujet s'y prêtait,
on y parlait de bouc-émissaire justement,
mais sans lien avec notre objet,
j'ai annoncé : vous connaissez ma théorie du bouc-émissaire ?
Non. Quand on en élimine un, un autre se déclare.
Et tout le monde se retourne vers moi,
les yeux tout à coup sérieux,
comme si cela allait être leur tour,
l'une rigolote dit, vous savez moi ici au début,
j'ai failli l'être bouc-émissaire. Et les autres de rire.
Il faut toujours protéger le bouc-émissaire,
parce que si on l'élimine,
demain cela pourrait être moi.
Publié par Anthropia à 13:41:31 dans Mes nouvelles | Commentaires (1) | Permaliens
Georges Segal
The Homeless, 1989
FIAC 2007
Cliché Anthropia
Vous ne pouvez pas la rater.
Postez-vous au Starbuck de Saint-Germain,
commandez un cookie, ou plutôt deux.
car elle va arriver.
La petite vieille qui traverse le boulevard,
oui juste là, stoppant toutes les voitures,
qui redémarraient après le feu rouge,
c'est elle, jupe de velours marron,
pull bleu marine, cheveux blancs hirsutes.
Vous ne pouvez pas vous tromper,
elle est sale, si sale.
Elle s'approche, toujours la même technique,
c'est mon fils qui le dit,
elle se penche sur votre table en terrasse,
juste au bord,
façon de ne pas se faire voir du gérant,
et se met à tester l'élasticité,
le moëlleux de votre gateau,
d'un doigt si immondément durty,
que vous lui donnez tout de suite
le cake qu'elle vient ainsi de rendre immangeable.
Tiens, prenez-le,
un don ça ?
Elle s'en empare triomphante
d'une griffe rapace, à la vitesse de la poussière,
puis le range dans le garde-manger
qu'elle a aménagé entre col et bouche,
elle s'est mise à trembler tout à coup,
comme incrédule de l'avoir fait une nouvelle fois.
Vous ne savez pas comment elle disparaît,
tout à coup elle n'est plus là.
La vieille du Boulevard Saint-Germain
ne mendie pas, non,
elle vous lève le coeur
à défaut de vous le crever.
.
Publié par Anthropia à 09:43:35 dans Mes nouvelles | Commentaires (5) | Permaliens
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