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Anthropia

Mon village au bord du ciel, blog où sinstallent mes textes et billets d'art contemporain

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    Muette | 27 janvier 2007

     











    Je ne parviens plus à ouvrir la bouche pour dire un mot, on me guette.











    Si je parle, on se gaussera, on se moquera.











    Je voudrais me taire pour faire silence, mais le silence coûte cher.











    Je voudrais parler pour me défendre, mais mon adversaire a tari la source.




     




    Mes mots sont caducs, rongés par l'acide, des clones en imitent la couleur et l'odeur.




     




    Tu te souviens des mots, quand ils étaient bons, quand ils disaient le sens, le plaisir et la peur ?







    Je suis la fille de la muette, la toquée, la médusée. Un homme me maintient à terre, les bras en croix.






    Le braqueur de parole a convoqué ses amis. Ils sont là, faisant cercle autour de moi.






    L'effroyable Attila avec ses armées de guerriers a rasé la toundra de mes espérances.





    Une cohorte aux visages hâlés par les UV fait déferler la terreur. Mes amis répètent que toute tentative de rebellion, d'indignation ou de préférence est inutile.










    Leur stratégie est en tenaille, la menace et la colère pour me faire trembler, la critique et le rire pour me tétaniser, la conspiration pour m'isoler et la célébration pour étouffer le son de ma voix. 








    Pour obtenir qu'à tout coup, je courbe l'échine.







    La propagande comme une peste noire m'impose son tempo. Des hommes en manteau de cuir rouge, étincelants de dorure, sont apparus, sortis d'on ne sait où.






     






     






     

    Publié par Anthropia à 01:09:32 dans Mes nouvelles | Commentaires (1) |

    L'oiseau bleu | 18 janvier 2007

     

    La petite est assise sur la pelouse du jardin. Ils sont partis pour la journée. Ils ont pris la voiture et l'ont quittée. Toute la journée sans eux. Ils l'ont laissée toute seule. Exprès. Elle est punie.


    Elle préfère ne pas y penser. Cela lui arrive de décider de ne pas penser. Et elle ne pense pas. Elle regarde les iris. Les iris violets et jaunes. Elle observe les tiges droites, les têtes de poupées altières, son petit monde.


    Elle lève la tête, elle vient d'entendre un bruit d'aile, un bruit d'oiseau, mais ne voit rien. Elle retourne à ses fleurs en poussant un soupir. Là, dans l'herbe elle reste immobile. Elle contemple son œuvre, ce jardin qu'elle a patiemment travaillé et ses ongles noirs, les traces noirâtres sur ses jambes, mélange de sueur et de terre.


    Pas un souffle de vent. Même les nuages là-haut ne bougent pas. Les iris sont sages comme des images, la seule complication c'est leur forme, les pelures de couleur les unes sur les autres. La petite sent l'herbe fraîche sous ses fesses à l'endroit où sa peau est nue. Elle remue un peu, pour mieux sentir le frais.


    Sa mère lui a donné ce rectangle de jardin le long du mur et lui a dit : tu peux y planter ce que tu veux. Et la petite a décidé de planter des iris, seulement des iris, beaucoup, plein, énormément d'iris. Elle n'aime ni les chrysanthèmes, ni les géraniums, ni les glaïeuls. Elle a hésité avec les gueules-de-loup, mais maman les a gardées pour le massif au centre de la pelouse. Il restait les iris et ses favoris sont de cette couleur. Et voilà ! Exactement ce qu'elle voulait. Parfois elle est vraiment contente, la petite.


    Elle transpire un peu.  Un moment plus tôt, la tête en bas, campée sur ses jambes nues et raides, elle a enlevé les petites peaux grises fanées qui collent aux pétales. Des peaux comme des voiles, si délicats. Comme du tissu, celui d'un dessous délicat, en voile, comme cela, tout doux. Un jour son frère lui a montré un dessous de maman et lui a dit, c'est sexy. La petite ne savait pas quoi dire. Les yeux de son frère brillaient. Elle était un peu gênée quand il lui a dit ça, surtout qu'il le touchait juste dans le creux, à l'endroit de la foufoune.


    Elle entend à nouveau l'oiseau, le bruit d'ailes semble se rapprocher, elle regarde dans le grand sapin, mais ne remarque aucun mouvement. L'oiseau joue à cache-cache. La petite a chaud. Elle s'est assise, parce qu'elle a travaillé la terre et que c'est fatiguant la tête en bas. Elle n'aime pas la terre noire, enfin elle aime quand elle est noire, mais plus du tout quand elle devient grise, elle déteste la pâleur de la terre quand elle a passé, qu'on la dirait morte. Elle a retiré les pierres, les petites herbes, parce que c'est ce qu'on fait, maman lui a dit qu'un beau parterre doit être nettoyé. Et la petite pense que maman a raison. Pourtant quand la terre est toute grise autour de ses iris, elle se dit que la nature est mal faite ou que maman a peut-être tort.

     
    Tout autour de la plate-bande, elle a dressé sur le côté de larges cailloux tout plats, couleur de lait, des sortes de galets qu'elle a trouvés au cimetière sur la tombe voisine de celle de grand-mère. En échange, elle y a déposé des iris. Elle en avait apporté pour la tombe de grand-maman, elle a séparé le bouquet en deux, un pour grand-mère, un pour la dame, comme cela on ne voit pas qu'il manque des cailloux. Elle a réparti les cailloux restants, ni vu ni connu j't'embrouille, et puis la dame n'a pas à se plaindre, parce que maintenant y a des iris, avant y avait rien que des cailloux.


    Depuis quelques minutes, la petite ne pense plus, elle se sent bouillante, son nez est brillant, elle sue, son chemisier blanc la gêne, il frotte sur son torse et sur son ventre. Maman lui met souvent des tissus qui râpent, qui grattent, qui coincent les bras. Elle se tourne. Elle est assise sur la pelouse, ses talons sous elle : un de ses talons nu est posé contre ses lèvres, celles du bas, écartant le slip. Depuis quelques secondes, sans qu'elle sache bien ce qu'elle fait, tout doucement, son talon frotte imperceptiblement ses lèvres à travers le coton chaud. D'un coup, il a écarté le tissu pour s'imposer là. Elle ne pense pas. C'est doux. Elle sue, les joues rouges. Elle voit sur le sol l'ombre d'un vol d'oiseau. Elle jette un regard vers le ciel, et, cette fois, elle aperçoit un oiseau bleu, d'un bleu gris brillant, juché sur la terrasse juste au-dessus d'elle. Il semble la narguer. Laisse-moi. Sa tête retombe. Le talon s'enfonce davantage et commence à remuer régulièrement. Son ventre se soulève et ses lèvres se détachent puis retombent sur le talon. Elle sent l'air remonter dans ses poumons et ses petits boutons de seins frottent sur le coton dur de sa blouse. La petite a fermé les yeux. Ses lèvres sont chaudes, mouillées. Ca sent le chaud et l'humide. C'est bon. Son talon continue encore, il insiste. Elle murmure, on ne sait quoi. Un petit chatouillis entre ses jambes. Elle pousse un son étouffé, qui reste enfermé tout au fond de sa gorge, un son un peu rauque, perdu, amorti, à peine audible dans le jardin.

     
    Et sans prévenir, l'oiseau bleu se met à carillonner, des trilles montent et descendent, une harmonie toute en triple croche, trtvitt, trtvitt, trtvitt, une conversation, comme s'il s'adressait à elle. La petite relève la tête et éclate de rire. Elle n'est plus seule. Elle reconnaît le visiteur. Elle a lu quelque part qu'un oiseau bleu d'Australie collectionne les objets bleus, les bouchons, les pinces à linge, les petits morceaux de ficelle, tout ce qu'il peut récupérer en bleu. Puis il les sème un à un le long d'un chemin qui mène à la belle, à laquelle il fait la cour. Quand il construit le nid, il compose une teinture et d'un petit morceau de bois trempé dans l'eau teintée par les pigments de fleurs, il peint son nid couleur azur. La petite se met à alors à rêver qu'un oiseau bleu venu des mille et une nuits sème le sol d'iris et l'enveloppe d'un voile nuptial de soie blanche, brodée de fils bleus, pour s'envoler avec elle.
     

    Allongée dans l'herbe, elle reprend tout à coup conscience du temps qui passe et elle frissonne. Le soleil a disparu de l'autre côté de la maison, qui à présent jette une ombre à ses iris. L'oiseau s'est tu. La pelouse devient fraîche, l'herbe colle un peu à ses cuisses. Elle se remet à attendre. Ils ne vont pas tarder à rentrer.


     

    Publié par Anthropia à 16:53:38 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) |

    Loin de se douter de ce qui l'attendait | 14 janvier 2007

     





    Loin de se douter de ce qui l'attendait.

     



    Embrayeur de discours, ce loin. Il va chercher aux confins de la psyché. L'homme était loin de lui-même, loin de ses propres questions. Absent à l'essentiel, ce qui l'attendait.

     



    Loin est du côté du hasard, celui du destin qui nous échappe.

     



    Comme une caméra qui nous prend de haut au carrefour d'une ville, au distributeur d'une banque, dans l'allée d'un bus ou d'un métro. Le loin de la narratrice qui guette, omnisciente.

     



    Loin de se douter de ce qui l'attendait, la jeune SDF, celle qui ignorait qu'elle était filmée, ne souriait pas, toute occupée à son enlèvement. Alerte Enlèvement, comme ces mots résonnent de dynamique, tous à la joie de dépister, de jouer les indics, de repérer la délinquante ou le jeune gars autiste, ou malade mental, ou débile. Peu importe le diagnostic, ce qui compte, ce sont les symptômes ou les indices.

     



    Loin de se douter, à moi les pauvres d'esprit, les SDF de douze ans, comment se douteraient-ils, agités par leur propre histoire ? Se douter, c'est déjà être alerté à l'intérieur, se douter, c'est supputer quelque chose de la réalité à venir. Comment se douteraient-ils ? Ils ont toujours été aveugles à leur scénario.

     



    Se douter, c'est être malin avec la vie, avec le sens, avec les autres. C'est être réflexif, se regarder d'un œil suspicieux, s'analyser et anticiper. Se douter, c'est se prendre en charge. Pour se douter, faut bien s'aimer.

     



    Ceux-là sont juste incapables, incompétents. On a toujours douté d'eux, ils ne se doutent de rien. Ils enlèvent des enfants avec naïveté, en passant à l'acte, sans réfléchir aux conséquences. Sans l'ombre d'un doute.

     



    Quel doute les envahit au moment de commettre les actes répréhensibles. S'ils ne se doutent pas pour eux-mêmes, comment se douteraient-ils pour la société, qui va les enfermer, pour les familles qui vont leur en vouloir, pour les médias qui vont en faire leurs choux gras, pour les enfants qui vont en rêver ou en avoir des cauchemars.

     



    Loin de se douter de ce qui l'attendait.

     



    Car quelque chose les attend, au bout de cette histoire, quelque chose qu'ils ignorent, mais qui finit le doute, qui résout l'attente. Un "ce" qui repose, qui rend à soi-même, irruption d'un drame, qui force à faire face. Ah, c'est ça mon histoire, le destin m'attendait donc là ? Je ne savais pas que par là, il y avait une impasse, qui m'acculerait, seul, médiatisé et condamné d'avance. Que ce serait cela l'histoire de ma vie, que plus tard, on dirait de moi, loin de se douter de ce qui l'attendait, voilà ce qu'il ou elle a fait.

     



    Quelqu'un savait-il pour lui, pour elle ? Quelqu'un aurait-il pu faire quelque chose ? Quelqu'un qui se serait douté de ce qui l'attendait, qui le voyait arriver, qui savait que tout cela n'allait pas bien tourner, qu'on le savait depuis longtemps qu'un jour, il ou elle passerait à l'acte, qu'on n'a rien fait pour, mais qu'est-ce qu'on aurait pu faire.

     



    Qui se serait douté.





     

    Publié par Anthropia à 08:54:36 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) |

    Trois litanies - Litanie du retournement du corps | 03 janvier 2007

     


    Trois litanies
    (Troisième volet) - Litanie du retournement du corps
    De Jacques Rebotier
    Poète, musicien
    Inédit


     in
    Orphée Studio
    Poésie d'aujourd'hui à voix haute
    Présentation et choix d'André Velter
    nrf
    Poésie/Gallimard
    (droits réservés)



    Toi, depuis le temps que tu te dis que ta peau doit être mieux de l'autre côté, que tes épaules, ta poitrine, ton dos, tes ongles gagneraient à être vus par en dessous, tes cuisses, tes doigts, ton pénis, retournés comme des gants, ou de vieilles chaussettes, ta gorge renversée, ton larynx écortiqué, comme carapace de langoustine au verso de laquelle s'appliquent des pouces, tes phalanges démontées par le menu, tes papilles à gustation une à une rebroussées, désénervées, tes artères nommément déjantées comme soudains ces pneus de vélo, diables jaillis de nos bottes, ton oreille ébigornée, désenfouie, cette soi-disant oreille interne, avec marteau, enclume et je ne sais quel artisanal étrier, tes nerfs dégainés comme l'acier, la veine cave troussée et retroussée comme peau de lapin, ou vieux boudin, ta vessie déballonnée, hérissée comme un poisson-lune, hissée comme un jeu au fil du cerf-volant, ton aorte excavée, tes poumons débroussaillés, tes orteils révulsés, dépenaillés, tes yeux dépeignés, torréfiés, inoculés, anophtalmés, puis dépeignés à nouveau, ton pénis ébouriffé, parapluie qu'une bourrasque a fait sortir de ses gonds, tes cheveux déchaînés un à un Dieu évidemment reconnaîtra les siens, ton oreille à outils (l'autre) enfin désinternée, déterrée en grande hâte avec une fourchette à cerveau, tes reins décapsulés, ta vulve renversée, révolutionnée, qu'on puisse un peu voir de quoi il retourne, tes ovaires décoiffés, rangés l'un après l'autre dans des boîtes à œufs, ton foie éclaté comme une mangue, ton foie exhibé comme un fait divers, ton foie qui demande à être tranché au plus fin pour mieux démultiplier ses surfaces au soleil, ton pharynx désengoncé, ton œsophage déboyauté, ton pancréas percé à jour, ta trachée précipitée face contre terre dans la position de la pire humilité, et ton estomac : retournement d'estomac dans son exceptionnelle situation, vieil estomac, avant-déluge, sac à pattes, que ton tube-à-digérer tout entier soit balancé de l'amont vers l'aval, jeté cul par-dessus tête, et particulièrement échiqueté, tortillonné, torsionné, comme un anneau de Moebius qui aurait mal tourné, ton intestin patiemment écouvillonné, je ne veux pas voir un centimètre carré de la paroi interne de ce gros et de ce petit côlon qui ne soit proprement remis à sa place, que chacun d'eux soit rendu à sa nature vraie jusqu'au dernier de tes pores et toutes moelles dehors le dernier de tes derniers os, jusqu'au dernier de ton premier paléo-cerveau, hémisphères à deux dos, gorgés de tout, pleins de faux, hurlant qu'on les étale enfin aux quatre points de –mille milliards de neurones palpitant dans la nuit comme villes-lumières – la planète. Ah, depuis le temps que tu ne rêves non pas seulement sens dessus dessous mais sens dedans dehors, depuis le temps, enfin, ah, oui, pouvoir enfin te retourner sur toi-même...


     

    Publié par Anthropia à 11:01:38 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) |

    Trois litanies - Litanie du désamour | 02 janvier 2007

     

    Trois litanies
    (Deuxième volet) - Litanie du désamour
    De Jacques Rebotier
    Poète, musicien
     In
    Le Moment que (copyright cipM/Spectres Familiers)
     Repris dans Orphée Studio
    Poésie d'aujourd'hui à voix haute
    Présentation et choix d'André Velter
    nrf
    Poésie/Gallimard
    (droits réservés)



    42 C'est à ce moment que tu ne m'as pas vu, il faisait grand soleil, nous avons alors senti très bien que rien ne va, que rien n'allait, que rien allait nous arriver
    41 Tout de suite, je me suis dit : fini c'est fini, les motos roulent, les mots parlent, les arbres s'arrêtent, les bicyclettes se regardent : c'est bien fini
    40 déjà hier nous n'étions plus très vivants, tu sentais bien un peu le renfermé, nous n'étions pas si vivants que ça, on sentait bien que ce n'était pas ça
    39 c'était, ç'aurait pu être dans un train, dans un rêve, au restaurant, sur le sable d'un nuage, sur un trajet de non-retour, c'était, c'était nous
    38 déjà je ne te disais plus rien, tu ne me disais plut tu, sans doute avions-nous déjà depuis un long temps cessé de nous voir venir, tu disais ?
    37 tu m'avais dit : je vais voir et je reviens tu vas voir, je vais voir ce que je peux faire, ne bouge pas voyons je vais voir et je reviens, viens !
    36 c'était en traversant la rue tu allais chercher quatorze cigarettes c'est fou les risques qu'on peut se prendre pour quelques cigarettes !
    35 écoute bien : la nuit est grave, la nuit nous ment, la nuit dangereuse ment comme elle respire à la santé obscure de nos poumons
    34 en cas d'incident, lisez, prenez votre temps, prévenir tout objet permanent ou personne suspecte au trois cent vingt neuf douze
    33 j'aurais tant voulu pourtant, je voudrais tant, j'aurais tant voulu que ce soit toi mon prince marchant, et toi ma belle au bois mordant
    32 alors une dernière flamme nous a retournés, un grand besoin de bain de sang, un grand retour de sang, un dernier tour ?
    31 en cas d'incendie gardez votre sang chaud, ne criez pas au froid, suivez les conconsignes de sécucucurité
    30 tant de sang a passé dans l'obscurité, le temps dormait si bien dans son sommeil, et voilà soudain qu'il se retourne !
    29 j'aurais tout tant voulu, j'aurais tout l'temps voulu, j'aurais voulu tout le temps, et maintenant voilà qu'il nous sépare !
    28 est-ce que je te dis encor quelque chose, ou bien vraiment plus rien ? dis-moi dis-moi vite quelque chose
    (quelque chose)
    27 tant que le temps bougeait il était encor vivant, et pui il a cessé tu sais, et il s'est arrêté
    27 n'arrachez pas cette note, ne la recouvrez pas par des meubles ou des dossiers, et ne la brûlez pas !
    27 le temps aux babines retroussées, le temps diminué de moitié, les trois quarts du temps, le très grand temps
    27 il m'a suffi de te voir me voir pour voir que c'était tout, non non tu n'aurais pas dû brûler cette note
    26 le temps me vient, le temps repart, le temps-circulation illimité aux urgences, le temps coupé
    25 interdiction : ne pas s'arrêter sur les bandes d'absence, attention aux odeurs de silence
    24 tout de suit après je me suis dit : il n'y a plus rien à faire, il n'y a plus qu'à rien faire
    23 carrefour modifié, fin de priorité, le temps qui passe n'y pourra rien changer
    22 j'ai rien vu, j'ai rien compris, je n'ai pas vu la malchance qui se glissait dans mon lit
    21 c'était sur l'autoroute, en été, c'était chez d'horribles amis (en effet)
    20 en cas de mon absence tirez sur ma poignée, ah, nous avons bien changé...
    19 il y a bien longtemps que je ne comprenais plus ce que je me disais
    18 et je pensais : quelle est cette langue étrange dans ma bouche étrangère ?
    17 une porte qui claque, un papillon de la nuit, c'est fini
    16 un volet qui bat, une goutte de robinet, c'est fini
    15 maintenant voilà, notre vie n'est pas plus qu'un souvenir
    14 le souvenir d'une vie survenue par en dessous
    13 le souvenir d'une vie qu'on vivra par la suite
    12 un rayon de soleil, une table, fini
    11 une vie qui ne nous a plus regarrdés
    10 un véhicule de chantier, un nuage
    9  une vie de désilluminé
    8  tu dis : c'est fini, terminé
    7  terminablement fini
    6  finalement c'est bien
    5  c'est bientôt fini
    4  c'est bien fini
    3  (l'infini)
    2  tu dis ?
    1  mm...
        


    (Demain la suite des trois litanies)

     


     

    Publié par Anthropia à 11:12:23 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) |

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