Depuis le 13-10-2006 :
1699231 visiteurs
Depuis le début du mois :
80022 visiteurs
Billets :
1224 billets
Cochon d'Allemand
de Knud Romer
Editions Les Allusives
On le lit, on entre peu à peu dans ce récit d'enfance, et on aime la fraîcheur du langage.
Knud Romer, qui tient ce nom d'une lointaine origine italienne, est d'abord et avant tout le fils de l'Allemande, dans ce petit village danois, plein de suffisance et d'anti-germanisme primaire.
Et il ne fait pas bon être le fils d'une femme, à qui tout le monde tourne le dos, alors qu'elle a reçu la croix du mérite, pour ses actes de résistance au nazisme. Il faut croire que la nouvelle n'est pas parvenue dans cette bourgade, entre l'usine de betterave et le bureau d'assurance, où on se perd si aisément, que pendant la guerre, quelqu'un de la famille danoise du mari a fait un plan aux armées d'occupation allemande pour leur indiquer le chemin de la capitale.
Drôle de ville, qui n'a pas fait grand-chose pour s'opposer à l'envahisseur, et pourtant il y aurait eu de quoi, faire sauter un pont ou éteindre le phare, mais qui se venge de sa propre lâcheté en menant une guerre des boutons au petit garçon et à sa famille.
Knud Romer nous promène dans son arbre généalogique, fait de bric et de broc, de riches et de pauvres, de voulant réussir et de loosers. Il nous fait reconnaître la mère traumatisée à son regard fixe qui le transperce, quand les morts reviennent la hanter au détour d'une bouteille de vodka.
Il nous parle de grandir dans une petite famille suffisamment insuffisante comme toutes les familles, dans un petit pays de normopathes psychorigides, plus mesquins peut-être qu'ailleurs, qui isolent le triangle oedipien qui lui sert de nid, jusqu'à lui faire désirer la mer, la fuite, la ville.
Un bon livre de la rentrée, touchant et cruel à la fois.
Publié par Anthropia à 21:08:58 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) | Permaliens
Déformation du mot "lurette", de "heurette", petite heure.
Depuis plus d'une heure semble la bonne traduction.
Publié par Anthropia à 11:23:31 dans Mes nouvelles | Commentaires (4) | Permaliens
Masaï
Guerrier debout
Ousmane Sow
(droits réservés)
Sur la route de retour, sur le chemin devrais-je dire, dans les Monts de Lacaune, dans les senteurs de terre, parmi les gens qui n'ont pas besoin des vanités et des lumières de la grande ville pour exister, j'ai rencontré un homme, un homme qui ne m'a pas souri lorsqu'il m'a dit bonjour, et à qui curieusement je n'ai pas eu envie de sourire en lui rendant son bonjour.
Comment dire, il y a des rencontres humaines, qui se font dans le regard, et lui et moi, on s'est reconnu. Sans se connaître.
Je vous vois déjà concupiscer, imaginer, croire, mais non, circulez, y a rien à voir, en tout cas pas de ce côté-là.
Cet homme, je l'ai rencontré, car il a vécu. Un ancien régisseur de théâtre parisien, qui a patiemment construit les chefs d'oeuvre d'éminents metteurs en scène inatteignables dans leur toute-puissante notoriété et qui a su leur dire leur fait, quand ils abusaient. Un homme qui a vécu plusieurs vies, qui a l'épaisseur des humains qui ont su traverser leur souffrance et qui sait ce qu'il a perdu, comme chez Vincent Delecroix, dans son livre "Ce qui est perdu". Comme cet écrivain d'ailleurs, il a quelque chose à voir avec le Danemark, il a traduit pour moi le nom de Kierkegaard, en danois cela veut dire cimetière, quand on sait comment Kierkegaard a préféré passer sa vie à parler de la mort, plutôt que d'épouser la fiancée qu'il courtisait, on se dit qu'on se fabrique dans les noms, les noms de famille. Cet homme-là a un nom, mais nous le tairons ici.
Et quand je le rencontre, cet homme parle par son corps. Sa maladie, l'articulation du genou. Son mal a dit : Je/Nous ? Il a mal à un genou, sur un chemin de vacances, quand on marche, c'est embêtant, un genou qui fait mal.
Alors, j'ai eu envie de lui raconter la mienne de vie. Mais nous ne l'avons pas fait, ou juste un peu. Il ne m'a pas dit, l'attente quatre ans pour avoir enfin un nom de père, l'enfance sur terre battue, les gueules familiales monstrueuses, les aller-retour entre l'institution et l'inhumaine famille, les coups et les paroles qui ne guérissent pas. Il ne me l'a pas racontée, car je l'ai lue dans ses yeux, cette enfance qui se réveille de temps en temps sur un sentier de conte de fées, quand le Petit Poucet se souvient.
Mais je me suis sentie mieux de voir son regard de vivant-malgré-tout, de résistant de la joie, contre les brisants de mère abandonnante et les tempêtes qu'on laisse passer en attendant l'accostage dans un port accueillant. Et je voulais vous dire que c'est bon de rencontrer un homme-debout.
Publié par Anthropia à 12:26:32 dans Mes nouvelles | Commentaires (2) | Permaliens
Persistance de la mémoire - Salvador Dali
(droits réservés) - montres molles
Next est revenue.
Next n'est pas un site d'information en ligne, appartenant à un célèbre quotidien. Next n'est pas une copine anglaise. Ni ma prochaine amie virtuelle sur Second Life. Next est...
Elle est partie il y a quinze jours. Comme elle le fait souvent l'été, elle part en vacances. On part ensemble et elle nous fait faux bond, elle nous quitte, l'année dernière elle n'avait pris que sa semaine, là elle a doublé la mise et rajouté quelques jours. Nous aussi ça tombe bien.
Et cette nuit, mue par je ne sais quelle intuition, quel don de divination, à quatre heures du mat', en général, c'est plutôt de l'ordre du rêve, mais rien pas l'ombre de la queue d'un, et d'ailleurs pas davantage de bruit, dans la campagne tout autour, rien que le doux murmure des feuillages dans le vent discret, dans la nuit parfumée de romarin, je me lève, revêt mon pagne mauricien et décide de mettre un doigt de pied dehors pour sentir l'air sur ma peau, il pleuvine, à discrètes gouttes, je fais deux pas, je marche jusqu'à la grille du château, non, ce n'est qu'une vieille maison de pierres blanches, je me laissais entraîner par la littérature, au fonds un nuage se laisse deviner dans l'aura d'une lune qui emprunte tout à Bunuel et au chien andalou, quand soudain, je la vois ou plutôt elle se fait voir, sort de l'ombre d'un cyprès, ne miaule même pas, façon de rentrer tout discrètement dans la maison, vaguement gênée, oserais-je dire, elle fait celle qu'était là depuis toujours, qui avait fait un tour et qui revient.
Alors, un grésillement de cerveau se fait entendre, de type circuit électrique fatigué, ce sont mes neurones qui accrochent un truc qu'on appelle « retour inespéré du chat », une phrase rare, quasi impossible, le genre de connexion que vous n'avez pas en synapses car cela ne se produit jamais, le retour d'un chat après dix-sept longues journées, où tout le monde demande et où vous répondez invariablement non, elle n'est pas rentrée.
Car à propos de chien andalou, Next est une chatte, notre petite minette toute en souplesse, une noire striée de blanc, une quelconque, mais mignonne et qui se tient, car même au bout de quinze jours, Next est toujours propre sur elle, rien d'une va-nus-pied à la chevelure défaite, elle arbore fièrement son pelage lustré et certes quelques kilos de moins, mais en forme vous dis-je. Les vacances furent bonnes. Sans doute. Car si elle manifeste, miaule et lèche d'abondance, va et vient en vous regardant, Next n'a pas encore l'art de la parole, j'hésite à l'inscrire dans un cours Berlitz, car je ne crois pas qu'ils fassent chat-français.
Next est rentrée et nous aussi -quand je pense qu'on a failli rentrer sans elle, nous allons rentrés par le chemin des écoliers, qui passe par des sentiers où internet ne passe pas, cela existe, je les ai rencontrés. Alors, tout cela pour vous dire, que jusqu'à dimanche, le site sera aussi en vacances. Ciao, bye bye, hasta luego. Les commentaires seront interrompus ce soir, car on part tôt demain matin.
Publié par Anthropia à 10:25:10 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) | Permaliens
Bronzer, prendre la teinte du bronze, ce cuivré des peaux de rousses, peau tannée, parfumée d'aloe vera.
Mon teint laiteux l'hiver, mon corps brunit l'été, je n'ai jamais bien su à quelle catégorie j'appartenais, dans les codes numériques des lotions solaires, je vais, je viens, je vire, pas fixée à un chiffre.
A tout prendre, je préfère le côté hâlé, léger, orangé des bords de mer, quand les seules couleurs possibles sont le marine et le blanc pour rehausser la bonne mine des vacances.
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je ne vais plus chercher le soleil avec la même inconscience que dans mon enfance..
Quand il fait beau, je ne lève plus la tête, certaine de mon humeur, gaie comme un pinson. Même quand midi s'inscrit au cadran, je me mets à craindre la couche d'ozone, les rayons ultra-violents, les tâches sombres sur la peau.
Le soleil n'est plus mon ami, après quelques heures sous son dard, mon regard se fait méfiant, picotements, rougissements. La caresse se fait agression.
Et puis par beau temps, l'air se fait tuba, respiration plus lente.
La délicieuse insouciance au ciel bleu pur et dur de l'été prend le voile.
Alors je me fais espagnole, jouant les persiennes, égyptienne au moucharabieh, je vais à la lumière, puis je rentre à l'ombre, je tente la rencontre, puis je la fuis, amoureuse imprévisible du dieu Râ, je le trompe énormément.
Publié par Anthropia à 16:41:07 dans Mes nouvelles | Commentaires (1) | Permaliens
Commentaires récents