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Anthropia

Mon village au bord du ciel, blog où sinstallent mes textes et billets d'art contemporain

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    De l'aube à l'aurore | 03 décembre 2007

    Crédit pour les images

    La première nuit de Georges Franju

    Fotokino-Laterna magica

     

     

     

    Une amie hier soir à table a posé une question qui nous a emmenée : Qu'est-ce qui est premier de l'aube ou de l'aurore ?

     

    Nous avions avec nous le spécialiste de la couleur. L'aube est la lueur qui apparaît du plus profond de la nuit, elle est transparente, blâfarde, elle n'est pas couleur. Puis l'orangé de l'aurore s'annonce, celui du soleil qui se lève, et l'aurore apparaît.

     

    Un autre enchaîna. Dawn pour l'aube et aurorus ou sunrise pour l'aurore en anglais. Mais alors The Golden Dawn ? L'aube dorée, quelque part entre aube et aurore.

     

    Et nous partîmes sur les nuits difficiles de nos ancêtres, on ne dormait pas dans les siècles passés, tant on craignait les incendies, voir disparaître la ville en cendres était une hantise. Subterfuges que les anciens inventaient pour se rassurer, le veilleur de la nuit, Dormez, braves gens, la nuit est tranquille.

     

    Les rituels de nuits tronçonnées, on se lève, on mange un quignon de pain, on se recouche, on se relève, on guette l'aube. Et les prieurs coupant la nuit d'offices nocturnes et matutinaux, pour mieux passer de la mi-nuit à l'aurore, quand les voleurs se cachent dans les embrasures de portes, en attendant l'heure du forfait.

     

    Minuit pour les contemporains signifie souvent l'heure du coucher. Il fût un temps, où ce fût l'heure au creux de la nuit noire, quand les rues n'avaient pas encore de réverbères, que la chandelle ou la lampe faisait office de permission d'y voir.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Publié par Anthropia à 10:17:23 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) |

    Limonade, alles war so grenzlos | 16 novembre 2007

    Limonade, tout était si infini

    (titre d'une oeuvre d'Hélène Cixous - récit à partir de cette phrase de Kafka)

     

     

    J'aime cette phrase, les bulles si fines de la limonade, qui s'échappent dans un mouvement ininterrompu, la gratuité de la boisson parce qu'inessentielle, de l'eau de seltz et du sucre, la potion d'une enfance à l'orée de la nuit, quand le sucre console de tout, et la liberté d'une phrase qui fuse pour ne rien dire, ne rien céder dans une première lecture qui se dérobe, comme l'annonce d'un rêve obscur à décrypter.

     

    Suite ininterrompue de gouttes de rien, d'onces de néant, qui aurait fait souffle. Cela s'agite, il y a du désir, dans ce désert plein d'eau, il y a du stupre, dans l'innocence de ce bonne nuit de grand-mère.

     

    La chaîne des insignifiances dans cette phrase et puis.

     

    Alles war so grenzlos, une immense nostalgie, le regret de ce qui ne fut une fois que le vide, l'absence d'être, comme promesse de tous les êtres. Au-delà de cette limite. Beyond this limit. Pas de limite à l'avenir de l'humanité. Pas de mur qui traverse le pays, pas d'interdit dans les têtes, pas de règle qui norme ou légifère, un espace-temps de toujours dans lequel nous rêvons avoir été. Le bain primordial, la scène primitive, le grand rut de la rencontre.

     

    Et puis, le doute. Alles war so grenzlos, sans frontière, sans barrière, tout était si ouvert. Cela a-t-il été ? Un jour vraiment, jadis ? Y a-t-il eu sur la terre une telle promesse ? Il aurait été une fois où l'univers s'offrait sans pudeur, où l'infini d'une sphère pleine d'air aurait enchanté le monde ? Fut-il un jour, ce jour du toujours et du jamais, du grand Eternel, du Paradis de rien défendu ?

     

    Et le war. Warus, Warus(1). Le War, comme la preuve d'une fiction. Il était. Il y avait. Et donc d'une déception. Si le tout m'avait été raconté, mais le tout est là-bas, bien enfermé dans son imparfait, qui n'en finit plus de finir.

     

    Alles war so grenzlos. Limonade, tout était si infini. Et maintenant, hein, maintenant. Tout est fini ? Non, le grenzlos résonne, il raisonne avec nos si et nos ah, bon. Le sans frontière reste ouvert, comme un passé qui ne s'achèverait pas. Et de ce grand tout nostalgique, Kafka fait une traîne de mariée, la queue de la comète, la phrase ouverte qui est ce qui fut et ce qui sera. Ehié asher ehié. Je suis ce que je serai.

    Anthropia

     

     

     

    PS : Merci à Mémoire vive pour la photo

    (1) Warus, warus, gieb mir ... Cette phrase de défaite absolue, de nostalgie d'avoir perdu, l'appel aux regrets. prononcée par l'Empeur Auguste à prpos du guerrier germain Warus.

     

     

     

     

     

     

    Publié par Anthropia à 22:16:41 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) |

    Moraline | 08 novembre 2007

    Georges Segal

    Homeless, 1989

    FIAC 2007

    Cliché Anthropia

     

     

     

    Cela a le son de la naphtaline, l'odeur aigre-douce de l'huile de foie de morue, la couleur sépia des mots du XIXème siècle, cela s'appelle la moraline.

     

    C'était l'époque où les nantis faisaient leurs bonnes oeuvres, les patrons catholiques construisaient des dispensaires, les femmes de bonne famille reprisaient les chaussettes dans les quartiers pauvres des faubourgs ; tout ce joli monde faisait dans la moraline.

     

    Cette pensée à deux sous destinée à se donner bonne conscience.

     

    Un peu comme aujourd'hui, quand Sarkozy fait l'aumône aux marins-pêcheurs, quand il augmente de 1 euro/mois les allocations familiales des familles de deux enfants, qu'il augmente le SMIC du minimum syndical de 1%.

     

    La moraline, on croyait que les conquêtes du XXème siècle nous en avaient libérés. La moraline, on pensait que c'était bon pour les gueux, qui quittaient leur campagne, pour venir s'entasser dans les capitales régionales, à l'usine sur la chaîne, à l'atelier sur les machines à coudre.

     

    Dire qu'on est revenu à cette époque, voir bientôt plusieurs millions de Français prêts à mendier ou aller à la soupe populaire, voir la faim revenir, les campements dans les villes, les maladies de pauvres s'installer durablement.

     

     

    Pour un peu, j'en ferais moi de la moraline. Si je n'y préférais la radicalité de la lutte.

     

     

     

    Publié par Anthropia à 00:45:01 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) |

    La cloche des juifs | 04 octobre 2007

    Diego Perrone La mamma di boccioni in ambulanze e la fuisione della campana

    (droits réservés)

     

     

     

    J'ai gardé d'une méfiance ancienne à l'égard des religions le réflexe de ne pas habiter près d'une église. J'ai toujours pensé que les cloches qui y sonnent sont faites pour envahir ma vie privée, pour remémorer aux chrétiens leurs devoirs à l'égard de Dieu. Mais me le seriner au creux de mon lit, quand je fais l'amour, dans mon bain ou lors d'un repas, c'est distiller à mon cerveau gauche via le rythme campanile les messages subliminaux de deux mille ans d'interdits de tous genres. Un peu comme dans ces villes arabes où chante le Muezzin, grande ressemblance de ce point de vue avec notre histoire occidentale.

     

    Et comme pour tout ce qui essaie de me manipuler à l'insu de mon plein gré, je préfère ne pas.

     

    A Colmar, au XIIIème siècle, une cloche avait été mise en place, la Zenerglocke, la « cloche des dix-heures », qui sonnait le soir et qu'on surnommait aussi Cloche des juifs, car elle signalait aux Juifs l'heure de quitter la ville, ceux-ci n'étant pas autorisés à dormir intra-muros. C'était l'époque des grandes pestes médiévales, des accusations d'empoisonnement des sources et des puits, des pogromes. Celui de Strasbourg en 1349 avait aussi eu pour conséquence de mettre en place une Cloche des juifs,  sonnant chaque soir le couvre-feu et cette obligation de quitter la ville. Cette pratique était répandue et s'est prolongée jusqu'à la Révolution française. A Neuviller-lès-Saverne, le bourdon, appelé Bürgerglocke (cloche citoyenne), sonnait chaque soir à dix-heure. Dès qu'en tintait le premier coup, les autres églises reprenaient en chœur la sonnerie et l'on fermait les portes de villes. Dans d'autres villes, on mettait des chaînes dans les rues. 

     

    Il n'y avait pas que les Juifs qui étaient concernés. A Colmar, les protestants aussi devaient quitter la ville. Et chaque soir, donc, chaque corps de métier devait replier son tablier, ranger son établi, prendre sa vareuse, chaque homme de la religion honnie désenlacer une femme aimée et quitter la ville pour rentrer chez soi, dans les villages et bourgs voisins, la banlieue, le long de routes sans lumière.

     

    Je me suis laissée dire par un protestant, il s'est présenté ainsi, qu'à Colmar, chaque soir à 22 heures, elle sonne toujours, la Zenerglocke, et qu'à cette heure plus proche du loup que du chien, il y pense, il ne plie pas bagages car il vit là, mais il sait ce qu'elle signifie. 

     

    Bien sûr, elle n'est plus que le symbole de cette autre époque, les portes de la ville ne se ferment plus derrière lui, mais il se sent convoqué à revisiter l'histoire. Petite madeleine, qui vient lui rappeler quotidiennement le statut de ses ancêtres coreligionnaires, par la cloche de dix-heures, il est toujours le paria de la ville catholique.

     

    Et je me dis qu'une région et une Eglise, qui conservent sans scrupule de telles traditions, devraient peut-être revoir leurs pratiques. Parce qu'après tout, nous vivons sous un régime républicain, où chacun est prétendument égal à chacun.

    Pour en savoir plus sur les cloches de nos villes, lisez cet article intéressant d' Eric Sutter
     

     

    Publié par Anthropia à 12:28:11 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) |

    Cendrillon's buzz | 10 septembre 2007

    Photo Mathieu Reinart

    Détail (droits réservés Alapage)


        

    Cendrillon est en tête des charts en ce moment. Eric Reinhardt qui se prend pour icelle fait dans la personnalité multiple, il écrit tous les scénarii de la vie dont il est le héros, que se serait-il passé s'il n'avait été Eric Reinhardt, ou plus exactement, quels Eric Reinhardt se cachent sous la peau de l'écrivain, avatars de lui-même qui s'il avait suivi certaines pentes savonneuses du vice ou quelques pistes erratiques l'auraient habillé en sérial-killer, en hedge funder ou en...

     

    Heureusement y avait la marraine, enfin la copine, qui l'a plongé hurlant dans une réalité réelle, et l'a forcé en quelques sortes à donner le meilleur de lui-même dans ses romans.

     

    J'ai entendu sa lecture, qui ne m'a pas convaincue d'acheter le livre, malgré le buzz infernal depuis la rentrée.

     

    Cendrillon donc, mais aujourd'hui c'est du conte de fée dont je veux parler, parce qu'il faut enfin que cesse le scandale absolu, la fatale erreur qui perdure jusqu'à nos jours, ou plutôt qui se développe à grande allure. L'algue tueuse, le ravageur contre-sens, j'ai nommé la pantoufle de verre.

     

    Si vous tapez, Cendrillon, Conte, sur Internet vous tombez inéluctablement sur cette phrase : « Le prince la suivit, mais il ne put l'attraper; elle laissa tomber une de ses pantoufles de verre ».

     

    Vous vous attendez donc qu'elle se casse en mille morceaux. Manque de chance, la pantoufle de vair n'est pas en verre.

     

    Comme tout un chacun qui s'est intéressé un jour d'un peu près aux contes de fée, je savais que verre s'écrivait en fait vair et que c'était de la fourrure. C'est tout ce que je savais. Mais j'avais un certain avantage si j'en juge par le nombre d'amis étrangers qui ont tous lu cette histoire dans la version traduite qui reproduisait en hébreu, en anglais, etc., le mot VERRE et qui s'étonnaient donc de ce que les Frenchies fassent des chaussures aussi fragiles.

     

    Mais hier, je ne sais comment le sujet est venu sur le tapis, l'expert de la couleur, chez qui je dînais, celui qui a écrit le non moins expert Dictionnaire de la couleur, déjà commenté ici, la référence suprême pour apprendre sur la couleur, la lumière, etc., s'est mis à dévoiler le fin mot de l'histoire.

     

    Vous apprendrez donc que VAIR est un mot qui vient de vairié, qui veut dire chiné. Qu'en l'occurrence la pantoufle de vair est en fourrure chinée de gris et de noir. Que cette fourrure était taillée par les peauciers dans la peau des écureuils, qu'on appelait pour certains Petits gris, qui faisait les manteaux les plus précieux, car il fallait en rabouter de nombreuses peaux (mettre bout à bout) pour arriver à réaliser des pièces de grande taille, il en fallait beaucoup de petites mains pour en venir à bout. Disposer d'une pantoufle de vair était donc un luxe.

     

    Mais il est vrai que de nos jours, avec les ligues de défense de la nature, les anti-fur et les autres, raconter que la pantoufle de vair est en fait une pantoufle faite de pauvre petit écureuil, à qui on a fait la peau, cela ne sied pas à une héroïne de conte de fée. Alors, on préfère parler de verre et perdre la graphie rare du mot vair.

     

    Pourtant cela aurait été joli de la garder en vair la pantoufle, d'imaginer que quand on la laisse tomber, elle ne se casse pas en éclats, mais se ramasse comme un doudou que le beau Prince met dans sa poche, qu'il caresse obsessionnellement jusqu'à ce qu'il la retrouve.

     

    Mais une question demeure. Combien faut-il de peaux d'écureuils pour réaliser une pantoufle ? Cette question-là reste pour l'instant sans réponse. Une hypothèse, peut-être que celle de Cendrillon n'en comptait qu'une, étant donnée la petitesse du pied, ce qui rendait unique la personne qui pouvait la chausser.

           

    NB : Ah tiens les Suisses, qui bloguent nombreux sur ce site, hein Emelka et Alain, savent eux que pour rabouter, on rapond chez les Helvètes. (Rapondre. Mettre bout à bout).

      

     

     

    Publié par Anthropia à 11:34:32 dans Mes nouvelles | Commentaires (6) |

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