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Cliché Anthropia
Au-dessus de Schirmeck se trouve le camp du Struthof,
tout en haut dans la forêt sur la montagne sacrée,
le camp de concentration français.
Un mémorial a été dressé, on peut visiter,
haut lieu du tourisme K.L.
A Schirmeck se trouve aussi un autre camp,
le mini-camp, la petite prison sympathique,
quelques baraquements,
où on internait les Alsaciens,
dont il ne reste plus que cette bâtisse et cette plaque.
Et quelque part un souvenir de famille,
d'un homme ravagé,
qui ne s'en est jamais remis,
de son petit tour
dans une petite prison sympathique.
Publié par Anthropia à 00:45:09 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) | Permaliens
Tôt de bon matin, elle renforçait la couture d'un bouton qui menaçait lâcher ; et dans l'après-midi, s'empressait de retrouver le petit diamant qui manquait à la parure de la robe que son Impatience voulait porter le soir.
La jeune fille, dont je parle, avait trouvé le poste dans les petites annonces d'un journal local. Ancienne costumière de théâtre, elle se trouvait être la petite-fille d'une gouvernante des enfants d'un Roi d'un Royaume voisin, elle avait donc tout naturellement postulé et s'était retrouvée employée plus vite qu'elle ne l'eût imaginé.
Et la ritournelle des jours et des saisons s'était mise en route. Vêtir et dévêtir la Reine, le matin retirer ses vêtements de nuit, puis lui présenter ses sous-vêtements, les collants, les pulls, les blouses, les jupes, les cardigans. En bref, le quotidien d'une habilleuse.
Le quotidien, oui. Mais ce qui la tourmentait, le détail qui la hantait, c'était que le corps qu'elle touchait était celui de la Reine. Et on ne doit pas toucher le corps de la Reine. La Reine jamais n'oubliait qu'elle était la Reine. Il fallait donc en l'habillant réussir ce prodige de ne pas laisser ses doigts au contact de sa peau. Comment faire enfiler ses collants à une Reine sans même l'effleurer ? Nul ne saurait y parvenir. Mais Cinderella trouvait des subterfuges. Ne pas la regarder dans les yeux, faire des petits gestes rapides, construire la chose comme un ballet, elle présentait ouvert, le pied du collant, comme une bouche goulue, la gaine de la jambe étant pliée gondolée. Le pied cambré s'y engouffrait. Et vite Cinderella tirait, légère, légère, pour que la Reine ne sente rien. Et ma foi, la Reine n'y trouvait rien à redire.
Pourtant Dieu sait si la Reine était exigeante. Elle perdait régulièrement lunettes, pochette, livre, en incriminait tout ce que la valetaille comptait de fidèles serviteurs. L'Habilleuse échappait à la règle. Fille de bonne famille, noble elle-même, elle avait quelque chose de plus que les autres n'avaient pas.
Un jour, dans l'Abbaye où elle avait été autorisée à s'asseoir, à l'occasion d'une cérémonie où la Reine-Mère au bras de son petit-fils remontait l'allée centrale, Cinderella avait ressenti toute la puissance de sa position. Quand la Reine-Mère l'avait frôlée, à son passage, celle-ci avait humé et reconnu l'odeur de vieille, l'odeur qu'elle fréquentait au jour le jour, les algues aigres de l'âge, les arômes de sueur mélangés aux essences rares, les acidités, l'odeur d'un corps qu'elle connaissait par cœur. Elle en avait fermé les yeux, tant elle éprouvait une forme de triomphe, en ce qu'elle seule connaissait l'intime de la Reine, maîtresse de cette carte du tendre corps.
Mais, sitôt éprouvé, le vertige de cet insigne privilège l'avait saisi, CInderella s'en effraya. Car elle avait appris que la Reine jamais ne cédait d'un iota de sa royale suprématie et qu'il ne fallait pas, au grand jamais jamais, qu'elle fût prise en défaut d'humer. Elle se devait de fermer les narines, d'oublier l'haleine. Elle jouissait dans le déduit de l'éphémère instant. Car tel était l'interdit absolu : la Reine ne transpire pas, la Reine ne révèle pas le parfum du grand âge. Pas de lèse-majesté, verboten de sentir ; la Royale Habilleuse savait qu'elle devait lui cacher l'intense émotion qui la saisissait.
(à demain)
Publié par Anthropia à 11:59:06 dans Mes nouvelles | Commentaires (0) | Permaliens
Carte d'Asie du Nord et du Centre
138000 visiteurs en un peu plus d'un an pour 608 000 pages lues. Vous butinez dans les posts, les chroniques, la rubrique « est-ce que tu vois ce que tu vois ?. Certains textes ont été lus 10 000 fois, certaines expositions, plus de 7 000 fois, celle de Pougues-les-Eaux (improbable bourg, mais géniale expo) sur le Syndrome de Broadway et celle du Grand Palais, « Qui a peur d'Anselm Kieffer ? ».
Vous êtes venus de plus de soixante pays pour visiter le blog ce mois-ci, dont certains de territoires aussi rares que l'Ouzbékistan et l'Azerbaïdjan, cela me fait rêver. la route de la soie, Samarkand, Boukhara, la belle au bulbe bleu, Taschkent. J'aimerais que des gens du Kirghizistan (je préférais quand cela s'appelait la Kirghizie, plus magique), me rendent visite, le pays des chevaux et des yourtes. Mais clichés que tout cela, je suppose que la vie n'y est pas si simple, cela aussi m'intéresse.
Voilà d'où vous venez, j'aimerais que vous m'en disiez davantage, de ce que vous trouvez ici pour y revenir régulièrement. J'aimerais aussi qu'une conversation puisse s'installer. Je sais ce n'est pas très pratique, parfois on tape les chiffres et on a l'impression que le message n'est pas passé, et on s'y reprend à trois fois, si bien qu'il y a six fois le même commentaire. Et puis le blog n'est pas très pratique pour les commentateurs. J'en ai conscience. J'y pense.
Et je me demande si je dois continuer.
Jamais je n'avais été autant lue, mes quelques textes publiés sous format papier ont bien dû l'être par, allons, une centaine de désoeuvrés. Mais ici, gratuité et côté pratique j'imagine, on vient, on revient. Certains m'ont même mis dans leurs liens, je les remercie. Je ne sais pas ce que vous venez chercher, à quoi vous trouvez un intérêt, si ce n'est par les commentaires, un mot critique positif ou négatif, c'est selon.
Pour moi la question de fin d'année, c'est dois-je continuer à parler politique ? Oh je sais, tout est politique. Quand je parle du livre de Julien Prévieux, Lettres de non-motivation, ouvrage d'art contemporain, c'est évidemment à portée politique, mais je me comprends, c'est d'abord la démarche artistique qui m'intéresse.
Non que je ne veuille plus m'indigner sur les questions sociales, mais je peux le faire sans « militer », juste quand la coupe est pleine, ich hab' die Nase voll, I'm sick of it, bref quand une envie inextinguible me somme de réagir.
J'ai longtemps hésité à introduire ce thème dans ce blog. Au départ, je voulais me contenter d'écrire sur l'art plastique contemporain, la littérature, de croquer des situations vécues, bref une balade dans le siècle. Puis l'année m'a rattrapée, l'année des élections, l'année de tous les combats, et j'ai craqué, je me suis engagée. Je ne pouvais pas ne pas le faire.
Maintenant que la bataille a été perdue, que nous en avons pris pour cinq ans, et même si je ne m'interdis pas la réaction à chaud sur un sujet d'actualité, je me demande si je vais continuer à militer, dans militer, il y a militaire, brave petit soldat, membre d'une chapelle et j'avoue que je me suis fait parfois un devoir d'intervenir, pour ne pas laisser la place vide, sans besoin de quelconques mots d'ordre, mais pensant incarner une ligne de gauche, une colonne vertébrale, des principes, quand on est de la famille de gauche, on a souvent quelque chose à dire du monde.
Mais dans cette vigilance tarabustant le fil de la vie, la politique m'assèche, me sidère, me désespère, elle est plus souvent sujet à mortifération (sic) que viatique. Et je n'ai pas envie que mes mots soient encombrés, alourdis, empesés, par ce vocabulaire le doigt sur la couture du pantalon, ce vocabulaire grossier au sens d'un tissu brut, peu raffiné, peu raboté, et surtout peu subtil.
Alors, je m'interroge. Comment garder la fraîcheur du regard, la capacité d'indignation intacte, comment s'éviter la langue pâteuse des cuites idéologiques, la crise de foi (re-sic) des lendemains qui déchantent ? Comment dire non à ce régime et dire oui à la vie, au plaisir du vivre ensemble, au beau temps, à la pluie fine sur la campagne, à la tempête sur l'océan, à l'orage dans la montagne, au ciel enflammé sur le causse ?
Le voilà l'enjeu de 2008 pour moi, guetter la lueur rieuse dans les yeux d'un être cher, chercher le brin d'herbe entre les rails du chemin de fer, saisir l'ombre du vent dans les bambous sur le mur du bureau, m'appuyer sur la douceur du temps présent, pour éviter de gratter l'endroit sensible, celui si souvent heurté par les images, les nouvelles, les abus de ce politicien et de ses amis ?
Et puisque nous avons une année pour y réfléchir et voir ce qui en résulte,
Bonne année subtile à vous aussi.
Publié par Anthropia à 15:38:46 dans Mes nouvelles | Commentaires (3) | Permaliens
Petit conte de Noël
Un soir, dans son église un curé s'apprêtait à fêter la messe de minuit.
Il savait qu'il aurait au premier rang, de bons chrétiens, des hommes habillés de cuir noir, des hommes qui se contenteraient de retirer leur képi, c'était l'Occupation, la ville résonnait des pas martiaux et de battements de tambour à chaque nouvel oukase.
Quand l'heure de dévoiler la crèche fut venue, la crèche avait été apportée sur un brancard et était bâchée comme une 202, le curé retira la couverture et apparurent sur le socle des centaines de santons, des centaines de petits êtres de pâte à sel, peints soigneusement à la main.
Et sur la poitrine de la sainte famille, qu'on appelle ainsi, parce qu'elle est sdf, à la recherche d'un toit pour la nuit, on avait cousu des étoiles de David, des étoiles jaunes, les étoiles obligatoires pour tout Juif durant la guerre. Jésus, Marie, Joseph portaient l'étoile jaune. Une obligation n'est-ce pas.
Alors, les nazis sont sortis, en colère. Ils ont laissé la messe se tenir, le curé rester là à rappeler au cœur de la nuit que cette famille pauvre était juive de la lignée de David, et qu'elle était non le berceau de l'humanité, mais le berceau de notre humanité.
Publié par Anthropia à 12:12:10 dans Mes nouvelles | Commentaires (1) | Permaliens
Palais de Tokyo
The Third Mind
2007
Détail d'un tableau
Cliché Anthropia
A tous les grands nerveux qui se reconnaîtront, à tous ceux qui à l'approche des lumières enguirlandées s'enfoncent dans les marécages épais d'une enfance en déshérance, à tous ceux que les nuits laissent en loques au matin et qui tentent de se compter, à mes amis blafards aux cernes enturbanées, à mes copains dunkel qui se posent la question, à ceux qui n'ont pas le sou pour se payer un coup, à ceux qui dormiront dans la rue cette nuit, je voudrais dédier cette lettre.
Qu'ils sachent que le monde n'est pas vide et pas sans amour, qu'ils reconnaissent les lueurs d'amitié dans les yeux de l'étranger qui passe, qu'ils s'accrochent au son d'une musique, aux paroles d'une chanson, qu'ils accueillent le prophète quand il se déguisera sous la forme d'un quidam, qu'ils cherchent un, un seul suffit, un souvenir d'enfance rassérénant et qu'ils s'embarquent pour Cythère sur ce beau voilier du passé.
Je suis de tout coeur avec eux, je passe en faisant signe, je ne m'arrête pas, car j'ai charge d'amitié, de famille, de maternité. Qu'ils sachent que je me compte aussi ces soirs-là, comme eux, sauf que je subsume et que je totalise et qu'in fine s'il fallait le refaire, je le referais ce chemin. Avec vous aussi, si vous le voulez bien.
Bonne Fête.
Publié par Anthropia à 09:42:55 dans Mes nouvelles | Commentaires (4) | Permaliens
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