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Anthropia

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    Simplisme et simplicité | 20 mai 2007

     

    Simplisme et simplicité

     

    Le simplisme fait avec une réalité très partielle, un diagnostic rapide ne prenant pas en compte ce qui encombre ou dérange, débouchant sur des réponses atomisées à des problèmes partiels et mal posés, accompagnées de trouvailles en matière de slogans.

     

    La simplicité naît au contraire d'un lent processus. Soros disait qu'il se faisait une fierté de savoir réduire n'importe quel problème complexe en solutions simples. La simplicité se construit à partir d'une exploration approfondie des problèmes complexes qui se posent à notre société. Le diagnostic n'épargnant pas les sujets qui fâchent, le travail ensuite est long d'élaborer pour chaque sous-ensemble du problème une solution facile.


     

    Rappelons-nous, Juppé qui n'arrive pas à faire son budget. Chirac dissout l'assemblée. Une nouvelle assemblée permet la cohabitation. Strauss-Kahn devient ministre des Finances. Il réussit le budget : comment ? Le problème était qu'il était impossible de taxer les PME et qu'il fallait faire des économies pour rentrer dans les fourches caudines européennes. Solution simple, taxer les entreprises du CAC 40 qui ont intérêt à l'Europe et pas les PME qui ne l'auraient pas supporté. La solution est donc un composite et non une simplification, de type « Travailler plus pour gagner plus » par exemple.


     

    Alors peut-on conclure que Nicolas Sarkozy est du côté du simplisme et Ségolène Royal du côté de la simplicité ? C'est plus compliqué que cela. Je crois que Ségolène Royal n'est pas allée au bout de l'exercice. Le diagnostic était approfondi, un début de solutions a été trouvé sur plusieurs points, par exemple sur le complément indispensable entre démocratie représentative, démocratie participative et démocratie sociale. Ces trois piliers sont effectivement très complémentaires. Ou sur la dynamisation de la demande par la priorité mise sur l'écologie, la haute qualité environnementale dans le bâtiment, le développement durable et les énergies renouvelables. Oui, ce sont des bonnes solutions à des problèmes complexes.


     

    Mais sur des questions importantes comme les retraites ou le bouclier fiscal, elle n'a pas été au bout. Sur le travail, non plus. Dans le débat, quand Sarkozy dit qu'il faut des heures supplémentaires pour que l'ouvrier puisse consommer et puisse relancer la demande. Cela apparaît lumineux, tellement simple et juste. Mais il manque un morceau au raisonnement, la solution tient sur un pilotis, elle est bancale. Ce morceau, Ségolène Royal n'a pas su le lui opposer. C'est que pour qu'un patron donne des heures supplémentaires, il faut qu'il ait de la commande, que la relance ne peut donc pas venir seulement des travailleurs. Et que l'argent qu'il met dans le bouclier fiscal, la réforme des successions et le remboursement de la dette va d'abord mettre la France en récession. Qu'il faut d'abord relancer la croissance, pour que la dette soit moins lourde à rembourser. Enfin, que les heures supplémentaires ne réduisent pas le chômage, mais en créent davantage. C'est en cela que les solutions de Sarkozy sont simplistes et celles de Royal pas assez travaillées.


     

    Il reste donc aux socialistes à s'atteler à la tâche, tous ensemble, la nouvelle démocratie, la priorité à l'économie de l'environnement de Royal avec l'efficace comptable de Strauss-Kahn, de Picketty et des autres, qu'attendent-ils donc ?

     

    Publié par Anthropia à 08:58:44 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) |

    Un nouveau Roi est appelé Araignée | 19 mai 2007

    Un nouveau Roi est appelé Araignée. Araignée ? Quel drôle de nom ? Pourquoi pas Libellule ou Papillon ?...

    Nous l'appellerons désormais Prime-Président, quelque part entre un Prime-Minister et un Président.

     

    Diviser pour mieux régner

     

    Je te donne les Affaires Etrangères, mais je donne les visas au Ministère de l'Immigration.

     

    Je te donne la Santé, mais je donne le pilotage du budget de la Sécu au Ministère du Budget.

     

    Je te donne l'Economique, mais je donne l'énergie au Développement durable.

     

    Je te donne l'Emploi, mais je donne le Travail et les Relations Sociales à l'autre ministère.

     

    Je te donne l'Education, mais je donne les postes de fonctionnaires au Budget.

     

    Je te donne l'Intérieur, mais je donne l'intégration, l'immigration et l'identité nationale à un autre ministère.

     

    Je te donne les collectivités locales, mais je donne le pilotage du budget des collectivités territoriales au Budget.

     

    Je te donne le chômage, mais je donne l'emploi à un autre ministère.

     

    Un gouvernement doit répartir les responsabilités non par thématiques, mais par publics, pourquoi, pour pouvoir traiter en continu un type de public sur la thématique choisie. C'est l'histoire moderne des organisations modernes. C'est pourquoi dans tous les pays du monde, les visas sont traités par plusieurs ministères pour les publics qui les concernent. Que dira le Consul de France à un ressortissant du pays où il sera localisé qui voudra un visa, qu'il doit en référer à un autre ministre que son ministre de tutelle ? Que dire des budgets de la santé, qui seront négociés à Bercy par des financiers ? Au bout de combien de temps, la Présidence sera bouchonnée par les demandes d'arbitrage entre les ministères techniques et les financiers ? Vous le saurez si vous suivez nos prochaines éditions.

     

    Quand dans ce gouvernement, un ministre cherchera à mettre en cohérence, à harmoniser la politique vis-à-vis d'un type de publics, il se rendra compte qu'il ne peut rien faire sans l'arbitrage du Premier ministre, qui lui-même devra se retourner vers son Prime-President pour savoir quoi décider.

     

    Car outre le choix d'hommes grand angle, des découpages tordus de missions, ce gouvernement n'a pas de doctrine. Une preuve, avoir pensé prendre Védrine aux affaires étrangères, puis avoir choisi Kouchner, deux visions radicalement différentes, est un non-sens. Le sarkozysme est un pragmatisme médiatique, calculé en temps réel par Sarkozy.

     

    Ce gouvernement est un nid de vipères en gestation. Gageons que changeront souvent les ministres et que le Prime-Président bien vite se retirera des bourbiers qu'il aura engendrés. Du type de la terrasse d'Argenteuil, par exemple ?

       

     

     

     

    Publié par Anthropia à 20:55:26 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (1) |

    De la démocratie, où ça ? | 17 mai 2007

     

     

     

    « Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.

     
    « Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d'eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu'ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n'aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d'eux à la prospérité de tous. Il n'est pas besoin d'arracher à de tels citoyens les droits qu'ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes(...)

     « Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s'emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu'il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu'il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d'ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d'apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s'éveillent et s'inquiètent ; pendant longtemps la peur de l'anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre.

     
    « Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c'est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s'ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu'elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l'ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l'homme qui doit l'enchaîner peut paraître. (...)


     « Il n'est pas rare de voir alors sur la vaste scène du monde, ainsi que sur nos théâtres, une multitude représentée par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d'une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l'immobilité universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent à leur gré les mœurs ; et l'on s'étonne en voyant le petit nombre de faibles et d'indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple...

     
    « Le naturel du pouvoir absolu, dans les siècles démocratiques, n'est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier. »

     

    Alexis de Tocqueville
     

    Extrait de De la Démocratie en Amérique,  Livre II, 1840 (10/18, 1963).

     

    Publié par Anthropia à 01:08:32 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (2) |

    La théorie du fusible | 15 mai 2007

      

    De Gaulle, grand électricien devant l'Eternel, avait su dans sa constitution organiser tout un système de résistances et de fusibles, de circuits courts et de coupe-circuits.

     


    Ainsi la création d'un premier ministre, qui proposait son gouvernement et conduisait la politique gouvernementale, avait-elle pour but de ne pas exposer le Président, en offrant en cas de remise en cause de la légitimité de la politique menée, la possibilité d'un disjoncteur, l'homme du devant faisant fonction de fusible.

     


    Le Président au-dessus des partis, pouvait, dans l'après-coup d'un conflit, décider de se priver de ses services, il apparaissait alors comme un médiateur suprême, Deus ex machina qui résolvait les problèmes.

     


    Que dire de l'attitude de notre Prime-Président ?

     


    Que son goût de l'action pourrait bien un de ces jours lui jouer des tours. François Fillon ressemble de plus en plus à la jeune fille de service, qui accueille en geisha les ukases de son Seigneur et Maître. A quoi servira-t-il quand la bise sera venue ?

     


    On est loin de l'art du Florentin, de celui qui savait s'effacer pour mieux régner. Sarkozy ne sait pas déléguer, il ne connaît que le pouvoir solitaire, où il faut tout faire soi-même. Comment résistera son tempérament nerveux ? Saura-t-il faire face à la complexité de ce métier ? 

     


    Et cet homme, le moins diplômé de tous les présidents que nous avons eus, notre Reagan beau-parleur, saura-t-il choisir the right man at the right place ? Quand on voit qu'il est prêt à nommer Kouchner aux Affaires étrangères, ce que jamais ne fît aucun premier ministre sous la gauche, on peut se dire qu'il ne sait évaluer les hommes qu'à l'aune de son propre thermomètre : le sondomètre.

      

    Mais fait-on de la politique et gouverne-t-on la France à coups de sondages ? Cela pourrait bien être là la limite du système.



     

    Publié par Anthropia à 10:22:26 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (5) |

    Ségolène Royal a raison | 14 mai 2007

     

    Ségolène Royal a raison
      

    L'urgence bien sûr est de réussir les législatives. Mais après ?

     

    Il faut préparer la relève, reprendre le pouvoir à la droite. Et pour cela, il faut une candidate capable de nous entraîner vers la victoire.




    Un parti godillot qui n'a pas su préparer l'échéance

    Car on ne peut nier que François Hollande ait préparé la défaite. Il n'est pas de bon vent à celui qui n'a pas de cap. Tout occupé à colmater les brèches, à écoper le fond du bateau, à rassembler les égos boursoufflés de ses éléphants, son art a consisté au conservatisme le plus strict. Un mois avant la primaire, les sections organisaient le néant-béant, dîners-party avec conférences sur l'histoire du PS, tout sauf préparer sérieusement la suite. Le congrès, anticipé pour empêcher des contributions approfondies.  Le projet ? Pondu sur un coin de table par quelques happy few. La bataille contre le présidentiable sortant, rien que de mou et d'insuffisant. Jusques et y compris la communication du PS, par exemple l'Hebdo, qui un mois avant le premier tour, publiait un numéro sans aucune photo de Ségolène Royal, -imaginons si on avait fait cela à Mitterrand ?- ou qui, à la veille du second tour, présentait en Une, Ségolène Royal en caricature, façon de la discréditer. Bref, rien n'a été fait par le Parti et son secrétaire pour gagner la bataille. Alors qu'il propose aujourd'hui de refaire un énième parti godillot ne changera rien. Ce n'est pas d'une nouvelle infrastructure dont on a besoin, mais d'un nouveau leader.

    François Hollande n'a pas cette étoffe, cela se saurait. Ségolène Royal, si, on l'a vu durant le débat, n'en déplaise à certains.





    Une ambition farouche d'un leader déterminé

    Oui; il faut une ambition forte, une farouche détermination pour gagner cette bataille. Il faut bien y consacrer cinq années d'opiniâtre lutte. Ségolène Royal en à peine six mois nous a déjà montré la voie. En une campagne, elle a davantage fait pour la refondation de la gauche qu'en cinq ans son compagnon à la ville, DSK ou Fabius. Démocratie participative, non-cumul des mandats (en vrai pas pour semblant), ouverture au centre (pour dialoguer, pas pour abdiquer ses idées), refondation sociale en remettant le syndicalisme et le dialogue social à sa place majeure dans le pays, recentrage de la gauche sur l'idée de progrès pour l'homme et ses besoins, mais en incitant, en stimulant l'économique, sans l'étouffer, etc.

     


    Ni un néo-libéralisme qui fait l'aumône, ni un gaucho-dogmatisme qui ressasse les vieilles rengaines

    Que semblent molles et tièdes les tentatives socio-démocrates d'un DSK, tenant d'un Bad-Godesberg archaïque, qui n'a pas compris que l'avenir de l'homme, ce n'est pas le néo-libéralisme qui fait l'aumône, comme le prôneraient aussi un Rocard ou un Jospin. Que semblent éculées les rengaines néo-dogmatiques d'un Emmanuelli, qui n'a pas compris en profondeur que la nouvelle démocratie est participative, pas conservatrice gaucho-dogmatique. Le service public, la carte scolaire, oui si cela fonctionne, mais un système qui conserve les postes de quelques-uns, qui donne la réussite au bac à quelques autres, ce n'est pas suffisant. Conserver comme des épouvantails à moineaux les vieux horipeaux de la gauche, juste parce qu'ils auraient été inventés à gauche n'a pas de sens, il faut créer des solutions d'aujourd'hui pour des problèmes d'aujourd'hui. Il faut sortir du conservatisme de gauche comme du conservatisme de droite, pour redonner de l'efficace et du sens au socialisme.




    Ni un blairisme

    Et la solution n'est pas non plus d'un blairisme. Dont on voit qu'il devient un succédané de programme pour Sarkozy, qui tout occupé à se préparer à devenir premier ministre de sa présidence, en avait oublié l'intérêt d'en faire un. Le blairisme dont on peut rappeler que s'il a obtenu un taux d'activité à 72% (contre 62% en France) ne l'a fait qu'à coups de très petits emplois partiels à un SMIC inférieur au SMIC français et qu'au prix de la mise au rancart de 7% de la population active, priée d'aller pointer à la maison du handicap du coin. T'as pas d'sous pour t'acheter un dentier, t'es handicapé, t'es dur à la comprenette en informatique, t'es handicapé. A ce tarif-là, la France qui ne compte que 0,5% de handicapés, verrait son taux de chômage chuter à 2% pour 5% en Angleterre. Rappelons enfin que Blair s'est employé à reconstituer, par un recrutement important de fonctionnaires, une fonction publique victime des coupes claires du thatchérisme. Alors, un blairisme qui met au travail les petits retraités pour qu'ils gagnent plus et fait exploser les prix à Londres est tout sauf une solution socialiste.

     


    Mais une Nouvelle gauche

    Ségolène Royal en appelle à une Nouvelle gauche, décomplexée, dé-dogmatisée, mais recentrée sur ses fondamentaux, la valeur humaine, les hommes et les femmes, la satisfaction de leurs besoins, le respect de leur environnement, sans oublier l'économique, à quoi on ne fait plus de procès d'intention – car quand on ne compte pas, c'est toujours les pauvres qui trinquent – mais qu'on incite plutôt qu'on entrave, qu'on stimule plutôt qu'on étouffe, qu'on dynamise plutôt qu'on contraint. 

     

    Alors pour porter et affiner ce programme, qu'attend-on pour désigner notre prochaine candidate aux Présidentielles ?

     

     

     

     

    Publié par Anthropia à 14:53:58 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (5) |

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