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Superpado a laissé un commentaire à propos du post précédent.
... C'était il y a quelques années, une exposition d'art contemporain dans la Creuse. Chaque oeuvre était encadrée d'un texte trés fourni qui nous disait ce qu'il fallait voir, j'avais trouvé ça insuportable... dit-il.
S'il y a un monde où j'accepte de ne pas voir ce que je vois, ou bien de voir au-delà de ce qu'on me donne à voir, ou bien de croire voir quelque chose qui n'est pas, bref un monde où d'emblée il y a jeu sur le réel, c'est bien dans l'art contemporain.
J'accepte le mensonge dans l'art, la fourberie même, le subtil qui dit une chose et son contraire, le jeu permanent sur le sens, sur le visible et l'invisible, sur la frontière et la limite des mondes. Le Ceci est une pipe de Magritte, ou bien le ready-made de Duchamp me donnant à contempler comme une oeuvre d'art dans le Musée l'humble pissotière. Ceci est une oeuvre d'art.
J'aime aussi dans l'art contemporain qu'il faille un récit pour commencer à comprendre.
Qu'il faille réfléchir à ce que l'artiste donne à voir, qui n'est plus une évidence.
Chez Liam Gillick par exemple, les résidus de limaille de fer rouge étincelant sur le sol de l'usine donnant à voir dans le même regard des paillettes de lendemains de fête, mais d'une fête qui n'aura pas lieu parce que la fête est finie, le plan social est passé par là. Et pour cela il faut lire une sorte de roman technico-social étalé sur les murs, où de manière sybilline on me permet de comprendre qu'il y avait là dans les années quatre-vingt une entreprise modèle, qui a donné à voir au monde entier une nouvelle technologie, prétendûment plus humaine, l'ilôt de production (1), et que des dizaines d'années plus tard, elle a fermé, elle a mis la clef sous la porte, qu'elle n'a pas échappé au grand laminoir.
Et cela mis côte à côte avec les récents suicides à Mulhouse, l'usine Peugeot, et l'information donnée par un syndicaliste selon laquelle on doit maintenant monter la voiture en 26 heures au lieu de 28 heures, ou je ne sais combien, et que le principe est le même d'ilôt de production, mais cette fois devenu moins humain.
Ou bien les lettres de non-motivation de Julien Prévieux, c'est un jeune artiste qui publie ses lettres comme des oeuvres d'art, lettres qu'il envoie vraiment et auxquelles les entreprises répondent comme si elles étaient de vraies lettres de motivation par des réponses négatives automatiques, alors que lui envoie des phrases telles que "je vous demande de ne pas m'embaucher", "je ne suis pas intéressé à entrer dans votre entreprise". L'entreprise ne sait pas gérer cela, car elle a des process et qu'une lettre n'est-ce pas est forcément de motivation, la non-motivation, cela ne s'exprime pas par une lettre.
Et tout à coup je rapproche ces lettres des récentes lettres lues par le même syndicaliste de Peugeot qui dit combien la direction culpabilise les salariés en arrêt-maladie qui sont sommés de "changer de comportement", cela veut dire, ne plus être malade ?, ne plus vouloir être malade ? La direction précise qu'elle ne l'envoie qu'aux récidivistes. Récidivistes de la maladie ? Les plus malades, les plus rétifs à leur mode de management ?
La maladie comme métaphore, disait Suzann Sonntag, la maladie comme métaphore pour le patron, qui dit "si t'es malade, c'est que tu n'es plus motivé". Et peut-être a-t-il raison, oui, peut-être qu'il est vraiment malade de ne plus en pouvoir, et alors il est malade vraiment.
Et l'employé va culpabiliser, il va entendre ces oukazes, ne sois plus malade, ne sois plus rétif à mon mode de management, je vois même dans tes pathologies. Alors, quand Julien Prévieux nous donne une lettre de non-motivation comme une oeuvre d'art, il apporte la seule démonstration possible, une réponse par l'absurde à la situation, une sorte d'échappatoire qui touche juste là où il faut.
Voilà l'art, l'art dans la société. L'art qui nous permet de ne plus voir la réalité avec les mêmes yeux. L'art qui donne du recul.
J'accepte, parce que l'artiste fait oeuvre avec ce premier puis second puis troisème plan de compréhension.
Je pourrais avoir la même curiosité devant un homme politique ou dans les situations que j'ai décrites plus bas. Je pourrais me dire que la réalité est complexe, qu'elle se dérobe, qu'il faut accepter la complexité des choses. Mais je dois dire que certains faits résistent. Dans la petite histoire, savoir que la femme n'est pas la mère a un sens. Savoir si Sarkozy a bu est une question qui compte. Savoir si le festival de mon amie a reçu un accueil chaleureux aussi. Nous sommes là au niveau des faits et non de l'interprétation d'une réalité non claire.
La perverion fait la différence. Quand on ignore les faits et qu'on les transforme par la parole, il y a selon moi dépassement d'une frontière invisible, celle au choix de la folie ou de la perversion. Et ce n'est pas joyeux.
(1) L'ilôt de production a remplacé la chaîne. Avant chacun faisait une action à son tour sur une voiture. Avec l'ilôt de production, on met la voiture au centre, elle ne bouge plus, et une équipe de techniciens et ouvriers travaille autour, s'active, fait un certain nombre d'actions, parfois va jusqu'à une centaine d'opérations. C'était supposé être plus humain, supprimer l'aspect "robot" de la chaîne, ne plus faire le même mouvement mille fois par jour. Mais en fait cela a complexifié le travail pour l'ouvrier, qui doit réfléchir et faire en même temps, tout cela très vite, et d'autant plus vite si on supprime du personnel et du temps.
Publié par Anthropia à 09:33:14 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) | Permaliens
Mon amie organise un festival. C'est une réussite. Réunion de bilan. Une personne se présente, qui n'a quasiment rien fait dans l'opération. Elle prend la parole, la garde, fait un bilan critique, n'aborde que les points difficiles des autres. Elle réécrit l'histoire. Ce qu'elle a fait n'était pas bon. Elle parle des heures pour dire ce que les autres ont mal fait, pour qu'à aucun moment personne ne dise ce qu'elle a mal fait. Elle pourrait dire : bande de nazes. Elle le pense très fort. Les autres n'essaient même pas de lui répondre. Elle est la toute-puissance personnifiée. En sortant, mon amie en vient à s'interroger sur son projet. Etait-ce une si belle réussite ? A-t-elle fait autant qu'elle en avait l'impression ? Elle finit par douter d'avoir vu ce qu'elle a vu, le public qui applaudissait, les gens heureux le lui disant.
Je gère une entreprise d'une cinquantaine de personnes. Cela se passe il y a quelques années. C'est une période de croissance pour la boîte. Bonne ambiance. La Présidente du conseil d'administration passe son temps à aller voir les uns ou les autres pour trouver la faille. Un jour elle fait irruption dans mon bureau. S'affale sur une chaise. Elle parle avec hargne, hostilité, le sourire figé, les dents serrées, le regard fixe qui ne me regarde pas. Elle dit, problème de communication, difficultés actuelles. La syndicaliste vient de dire qu'elle est très satisfaite des récents accords. Les salariés viennent de voter un référendum sur le temps de travail, où ils cautionnent à 94% les choix d'organisation qui ont été faits. La courbe des résultats est en hausse. Mais la douairière parle et sa langue sème le médiocre, l'échec, les mini-drames, elle sort les serviettes sales, le linge puant. Elle fait d'une belle situation un échec. Ai-je imaginé ces réussites, ces bons scores, ces sourires, ces moments de plaisir dans l'entreprise ? Je rentre me mettre dans les bras de mon amant qui me console.
Un homme se présente aux élections. Il est élu. Il apparaît titubant sur un plateau de conférence de presse. Il sourit de manière niaise, réprime quelques hoquets, parle étrangement, posant des questions dérangées. Il n'est pas dans un état normal. Tout le monde s'en rend compte. Des millions de gens le constatent sur une vidéo. Un journaliste de JT belge l'a même supposé. Puis des journalistes interviennent. Non, comme il ne boit pas -on l'a pourtant vu goûter un verre de blanc devant des vignerons- comme il ne boit pas donc, il ne peut pas être saoul. Le journaliste de JT belge prie la France de bien vouloir lui pardonner. Il a mal vu. Des millions de gens aussi. Comme il est le Président, il ne peut pas être défaillant, c'est donc que nous avons mal vu. Personne ne peut réagir quand tous les médias nous disent, circulez, y a rien à voir, vous n'avez pas vu ce que vous avez vu. Avec d'autres, vous vous demandez. Suis-je tordue ? Ma psyché est-elle malade ?
Un enfant se tient à la porte de la chambre des parents. Il entrouvre la porte. Il voit son père nu son corps occupé sur un autre corps. Une femme blonde. Ce n'est pas sa mère. Le petit garçon a vu son père et sa maîtresse. Il reste là figé, fasciné, une question obstrue son esprit. Son père aperçoit une ombre sur le mur, se retourne. Se lève, enfile un slip. S'approche de la porte. Prend son petit garçon dans ses bras, le porte dans sa chambre. Et dit, il ne faut pas réveiller maman. Mais papa, ce n'est pas maman. Le père dit : tu as mal vu. L'enfant dit : ah bon, je croyais. Il s'endort. La question s'est enfoncée dans une zone inconnue où elle restera des dizaines d'années. Il n'a pas vu ce qu'il a vu.
Qu'est ce monde qui nous dicte ce que nous devons regarder, où nous devons regarder, comment nous devons regarder ?
Qu'est ce monde où les apparences ne sont pas fiables, les faits des incertitudes, les vérités, des mensonges ?
Publié par Anthropia à 23:39:06 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (1) | Permaliens
Notre président a franchi une ligne, la ligne de son surmoi, celle qu'il surveillait comme le lait sur le feu, qui l'obligeait jusqu'à présent à ne pas accepter une goutte d'alcool. Il le disait haut et fort sur les plateaux. Je ne bois pas. Nous ne savions pas pourquoi, lui il le savait.
Et puis au G8, alors qu'il faisait connaissance, il a eu un véritable coup de coeur pour Poutine. Est-ce la mauvaise réputation ? L'amour des renseignements confidentiels ou de la barbouze tous azimuts ? Ou une question de culture, celle de l'exagération, de la menace, de l'outrance verbale ?
Toujours est-il qu'à Heiligendamm, ce fût un coup de foudre. Ils ne se quittaient plus. Ils marchaient dans les jardins. Ils remontaient ensemble au petit salon. Et puis d'une remarque politique à un sourire complice, d'un mot entre confrères à une bonne blague puis à une confidence personnelle, ou peut-être était-ce la pression trop lourde à supporter, ils se sont mis à boire. Ou plutôt, il s'est mis à boire avec Poutine. Tu t'es vu quand t'as bu ?
Oui, lui, ça se voit quand il boit, il n'a peut-être pas bu beaucoup, mais lui, il ne tient pas la vodka.
Alors, petit conseil pour que nos secrets d'état et le mot de passe du code nucléaire restent bien protégés, je propose qu'on ne laisse plus seul avec des politiciens retors Monsieur Sarkozy dans les dîners en ville, surtout à l'international. Que son garde du corps soit choisi parmi les coachs anti-alcooliques et qu'il s'abstienne, bon sang, qu'il fasse preuve d'abstinence, car pour faire le job, il faut garder la tête sur les épaules et non comme il l'a fait lors de la conférence de presse du G8, laisser échapper des petits rires avinés, tanguer sur ses pieds, parler avec une bloc de béton sur la langue, bref tout ce qu'on ne vous a pas dit sur aucun des JT de France.
Si vous cherchez des images, allez du côté du BBB ou chez Rue89. Comme disent les grands titres, "à Heiligendamm Nicolas Sarkozy a tenté de s'imposer". Oui, tenté seulement.
Nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec ce leader maximo, on a l'impression qu'il perd le sens des limites dès qu'il sort de France, à Malte déjà, et maintenant dans le Nord de l'Allemagne. Non vraiment, ce gars a tout d'un membre de la famille Bidochon, il ne sait pas voyager.
Publié par Anthropia à 08:13:58 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (2) | Permaliens
L'équipe de Daniel Schneidermann s'interroge. Plus exactement, elle sait pour sûr que l'émission s'arrête le 17 juin, ce qui semble bien tôt pour une si bonne émission, comme un arrêt au milieu de gué. Et la production ignore si elle sera reconduite à la rentrée ou pas. Ca, c'est grave.
ASI est une oASIs dans le paysage audiovisuel français. Cette émission est la seule émission réellement neutre, puisqu'elle montre les dessous des médias, sans parti pris, elle dévoile à droite, à gauche, au centre.
Son point de vue, montrer comment s'élaborent les émissions, montrer les partis pris des journalistes, analyser les angles, les reportages, les enquêtes, les JT, les émissions de divertissement, bref montrer la télé dans tous ses états. Elle éclaire également le jeu de chaises musicales dans les grands groupes médiatiques.
Alors imaginer que cette émission qui fait un million de téléspectateurs à l'audimat, soit 6 à 7% de parts de marché, soit davantage que la chaîne elle-même, puisse être assise sur un siège éjectable est proprement inimaginable.
Mais par ces temps d'orages médiatiques, il nous faut rester vigilant.
Consultez le bigbang blog dans la liste de mes sites préférés et soutenez cette très bonne émission.
Publié par Anthropia à 16:15:05 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (3) | Permaliens
Cette année, les cerises poussent en même temps que les fraises. Nous le devons au crash entre les mois, cette sorte de raccourci qui confusionne les garde-robes, les corps, les têtes sans oublier les proverbes.
Mélanger fraises et cerises ? Cela n'a pas le même goût. C'est ce que m'a dit hier une de mes clientes, toute tourneboulée. Je pouvais auparavant me préparer à cette courte saison des fraises, puis un peu plus tard, à la mi-juin, cueillir dans l'arbre ces belles cerises noires toutes juteuses.
Mais nous sommes entrés dans le grand melting pot des saisons, dans celui des goûts et dans celui de la langue. Plus rien n'a de spécificité, on agite les symboles, les mots, tout se confond, tout va bien.
Hier matin, j'écoutais à France Culture, à l'heure du coq, Pascal Lamy, un ancien ami de chez nous, celui qui a tout renié pour rejoindre l'OMC. Il parlait, parlait des cerises et des fraises, tout semblait si transparent et clair, et l'OMC, si intelligente, si protectrice, et lui si digne, respectant les altermondialistes, se moquant gentiment des membres du G8.
Et tout à coup, Olivier Duhamel lui posa une question. Mais dites-moi, Pascal Lamy, Nicolas Sarkozy quand il négocie avec tel ou tel argument, cela ne rime à rien, puisque les institutions ne le permettent pas, c'est donc du vent. Expliquez-nous Pascal Lamy, comment marchent les institutions européennes, les dessous des décisions de la Commission. Et alors, Pascal Lamy, l'ami du petit déjeuner, qui était venu les bras plein de cerises et de fraises, se redressa tout de go à Genève, d'où il appelait avant de prendre son avion pour le G8, et rappela qu'il ne pouvait pas répondre, non pas du tout, qu'il avait pris un engagement, que cela que lui demandait Duhamel, n'était pas neutre, que cela l'impliquait. Qu'il ne pouvait pas se mêler d'une négociation européenne.
Et Duhamel de lui dire, mais je ne vous demandais que d'expliquer le fonctionnement ordinaire des institutions. Mais pour Pascal Lamy, cela serait délit d'initié, nous expliquer ce que seuls certains peuvent savoir, nous dévoiler le dessous des cartes, non, cela n'est pas possible. Alors à cette réelle transparence concrète, nous dûmes renoncer. Heureusement Ali Badou posa une question bateau, dans lequel euh laquelle l'ami de trente ans nous emmena.
Quand la démocratie européenne et les positions politiques de notre Président seront expliquées aux enfants que nous sommes, nous aurons enfin gagné. Alors, peut-être devrions-nous aller voter dimanche, pour que nos députés puissent réclamer des explications, des clarifications, puissent éclairer pour nos pauvres consciences aveuglées, les G8 et autres sommets européens et mondiaux.
Publié par Anthropia à 15:36:05 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) | Permaliens
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