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Anthropia

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    Hommage à Doris Lessing | 11 octobre 2007

     

    Hommage à Doris Lessing, dont on annonce ce jour qu'elle va recevoir le 10 décembre le Prix Nobel de littérature.

    J'ai aimé les livres de Doris Lessing, les Enfants de la Violence, ses nouvelles, son autobiographie, mais surtout The Golden Notebook, Le Carnet d'Or.

    Un roman social, un roman-monde, un roman féministe et psychanalytique à la fois.

    Qui narre sous forme de journaux, le journal d'une communiste en Afrique, le journal d'une femme perdant pied dans sa vie, le journal d'une femme amoureuse à Londres, son existence éclatée sur plusieurs continents, son moi scindé, sa difficulté à vivre l'amour.

    Un dernier Journal, le Carnet d'Or, tente de réconcilier ses différentes occurences du moi, de se réunifier dans un unique journal.

    J'ai fait une maîtrise sur ce roman. Et quand je suis allée voir sa traductrice en France, Marianne Véron, lui demandant si je pouvais rencontrer Doris Lessing. Elle a répondu que ce ne serait pas possible. Savez-vous ce qu'elle dit aux étudiants qui font des travaux sur elle ? Que vous feriez mieux d'écrire vos propres romans.

    J'ai suivi son conseil. Car elle donne envie d'écrire. Elle donne envie de mettre ses pas dans les siens.

    A lire absolument, si vous ne l'avez fait.

    L'auteur peut être entendue ici.

     

     

    Publié par Anthropia à 18:39:09 dans Critique littéraire | Commentaires (0) |

    Ce qui est perdu | 08 juin 2007

     

    Vincent Delecroix

    NRF - Gallimard

    14 € - 155 pages

     

     

    C'est l'histoire d'un oiseau déplumé, d'un pauvre philosophe et d'un philosophe pauvre, qui tente de faire la biographie de Soren Kierkegaard et ce faisant son travail de deuil, à la suite du départ de son amie.

     

    La tentative tout au long du livre, de cet objet qui se prétend roman, est de chercher ce qui est perdu, ce qu'on perd, ce qui nous perd, tout en essayant de ne pas courir à sa perte.

     

    C'est l'histoire d'une chute, d'une chute dont on craint qu'elle ne soit mortelle. Mais le petit poucet trouve sur son chemin quelques adjuvants, quelques cailloux qui vont l'orienter et le remettre dans la vraie vie. Enfin, une réalité qui soit compatible avec l'océan de réel dans lequel est plongé Vincent Delecroix.


     

    Ce nom, c'est un pseudo dit-il. C'est aussi le nom de l'auteur. Il est philosophe, il agglutine même les titres universitaires, étudiant de la rue d'Ulm, agrégé de philosophie, docteur en philosophie. Il est maître es Kierkegaard.

     



    Dans le roman, le narrateur nous introduit à des personnages quelque peu fantomatiques, qui s'enrichiront un peu, juste un peu. On trouve le Médaille Field de mathématique, son frère, Abel, le coiffeur, les clients d'Abel, une femme qui sait la chose littéraire et la glose, Séraphin et ses histoires, et surtout Maren, la guide, qui ne dit presque rien. Elle figure la fiancée perdue, la fiancée abandonnée de Kierkegaard et peut-être, mais chut, ne gâchons pas la chute.


     

    Elle n'est pas jolie la guide, elle a des chaussures plates. Elle parle danois.


     

     

    Et lui, Vincent, pour arrondir ses fins de mois, devient chauffeur du bus pour touristes danois. C'est là qu'il la rencontre. Il croise aussi Melchior, le patron d'un hôtel où on parle danois. Hier taler vir dansk. Et le client de Melchior, le vieux monsieur qui revient chaque année à Paris depuis quarante ans. On l'aura compris, on avait le choix entre Andersen et sa petite sirène et Kierkegaard, le philosophe. Ce sera Kierkegaard et sa reprise, le même motif revisité n fois, la figure de tous les dangers, la folie, la solitude, la mélancolie et quelque chose d'autre qui s'appelle l'entêtement, la quête sans fin. On n'a pas le choix. Toujours Kierkegaard.




     

    L'essentiel est de ne pas mourir de peur avant de toucher le sol, lui dit le vieux Monsieur.


     

    Drôle d'histoire, direz-vous, et pourtant, on marche. On entre dans cet univers, on se laisse aller à suivre le gentil délire du narrateur, nous aussi voulons savoir pourquoi les épis de maïs sont trop salés et quelle est donc la fonction du chat et pourquoi Maren troque ses chaussures plates pour d'autres moins confortables.


     

    Sans qu'on s'en soit avisé, on se retrouve tout à coup tout nu face aux émotions, à l'angoisse de la perte, à la vie de la pensée, toute donnée à nous avec ses faiblesses, ses incertitudes et ses limites.


     

    Mais on n'est pas abandonné, et même si la fin tombe vite, elle nous montre que le chemin mène à une petite hutte au fond de la forêt ou à l'un des bassins du parc de Versailles. Car tout n'est pas perdu.

     

     

     

     

     

     

    Publié par Anthropia à 17:13:17 dans Critique littéraire | Commentaires (0) |

    Qui dit Je en nous ? | 25 mars 2007

    James Hopkins

    Eye-glass

    2006

    (droits réservés)



    Qui dit Je en Nous ?

    Claude Arnaud

    Grasset    -   20,90 Euros


    Un passionnant essai, une galerie de portraits de faussaires et d'incertains de l'identité en tous genres, une façon de revisiter ce concept de sujet, de moi, Je, « Qui dit Je en nous ? » est une interrogation sur les troubles des héros à pseudos, des usurpateurs, mais aussi des faux-self et des malades.


    Martin Guerre, père de famille, mauvais époux de Bertrande, disparaît en 1548. Bon vent ! Il resurgit quelques années plus tard. Et après quelques hésitations, chacun s'empresse de le reconnaître, même son épouse pour qui il redevient son époux légitime. Mais deux procès plus tard, il sera reconnu comme imposteur : quelqu'un se fait passer pour Martin Guerre, qui vient de quelques lieues plus loin et il s'appelle Du Thil. Que fait ce coucou dans le nid d'un autre ? D'où vient que cet homme figure le bon mari, en lieu et place du mauvais ? Quelle réparation se joue là ?


     Cette quête de Claude Arnaud va nous mener d'un être double à l'autre (on ne trouve que des hommes dans cet essai). De l'auteur Pessoa et ses nombreux hétéronymes, jamais stabilisé dans aucun.



    De Von, Erich von Stroheim, l'acteur d'Hollywood, qui campera avec obstination les officiers nazis, quel intérêt, alors que son destin le mettait plutôt du côté des victimes, des juifs ?



    Bien sûr, on s'attend à Romand, faux médecin, bon mari, assassin, héros de l'Adversaire d'Emmanuel Carrère, qui n'a pas su décevoir son entourage normopathe et a préféré s'enferrer dans des litanies de mensonges, qui ne pouvaient mener qu'à deux possibilités, sa disparition, ou celle violente de tous ses proches.



    Et ce Kurt Gerstein, cet étrange résistant, qui va jusqu'à devenir SS pour mieux lutter de l'intérieur, mais à ce point de l'implication dans l'approvisionnement des camps, est-on encore un résistant ? Lui-même n'en est plus si sûr et quand la fin de la guerre arrive, craignant de n'être pas cru, il préfère disparaître.



    Enfin Binjamin Wilkomirski, emblématique usurpateur de la figure de la Victime, celle que le XXème siècle a immortalisée dans la Shoah. Juif des camps ou pauvre gosse abandonné qui se cherche une allure, une posture, un symbole, pour dire plus fort le dol qui lui a été fait. Et comment sa notoriété se retournera contre lui, après qu'il ait usé et abusé de la confiance de ses amis ?



    La richesse de l'essai tient dans ce cheminement dans les méandres intimes du héros qui ose une double identité. Sa limite réside peut-être dans ce que Claude Arnaud n'en fait finalement que peu de chose, une approche psychiatrique ou psychologique aurait peut-être pu nous en dire davantage de ce décollement de soi.



    Plus phénoménologique qu'explicative, cette étude mérite pourtant qu'on s'y attarde, notamment parce que les formes du double sont multiples, qu'elles empruntent les voies de la fausse identité ou du pseudonyme, celles d'un passé recomposé transformé en fiction servie à ceux qui veulent bien l'écouter, celles d'une mythologie à laquelle le faussaire finit par s'identifier, ou encore celles qui amènent l'usurpateur dans un rôle qu'il assume avec jouissance, tant il trouve avantage à s'essayer à être le Bien et le Mal à la fois.



    « Qui dit Je en Nous » nous emmène dans le feuilleté de l'identité, bien au-delà de l'appartenance à un groupe social. Il pose de fait la question de la dé-liaison, quand un humain ne se sent plus appartenir et ouvre donc le champ à tous les possibles de son devenir.






     

    Publié par Anthropia à 11:33:07 dans Critique littéraire | Commentaires (0) |

    La soupe de Kafka | 05 mars 2007

    La soupe de Kafka

    Mark Crick

    Editions Flammarion

     

     

    Publié par Anthropia à 17:10:14 dans Critique littéraire | Commentaires (0) |

    La passe magique | 03 mars 2007

    Un roman russe

    Emmanuel Carrère

    P.O.L.  19,50 €

    Je me suis souvent laissée prendre aux étranges passes magiques d'Emmanuel Carrère. Dans l'Adversaire, dans sa nouvelle érotique du Monde, dans son film envoûtant Retour à Kotelnitch. Même dans la fuite erratique du héros de La Moustache, film moins réussi, j'ai trouvé de quoi nourrir mon intérêt pour un auteur qui parvient le plus souvent à nous faire sentir cette volatile sensation du réel.

     

    Mais Un roman russe s'il parvient à m'emmener jusqu'au bout de ce long récit de 357 pages, recyclant d'ailleurs des passages du film et la nouvelle du Monde, me laisse un goût amer.


     

    J'ai longtemps vu Emmanuel Carrère comme un chevalier à la triste figure qui nageait comme on survit, parce qu'on n'a pas le choix, chaque œuvre, d'une nécessité impérieuse, contribuant à faire reculer l'angoisse et à rendre palpable quelques secondes le fantôme du grand-père. Ici, cette fois, dans ce texte, quelque chose ne passe pas.


     

    Trois récits s'enchâssent, l'histoire d'amour avec Sophie, la belle héroïne de la nouvelle du Monde, les péripéties des voyages à Kotelnitch (quatre au total si je ne m'abuse) avec notamment la quête obsessionnelle autour d'un étrange couple, Ania et Sacha, perdus dans cette ville sans grâce de Russie, et dont l'assassinat de l'héroïne constitue en creux le nerf du récit. Enfin la méditation de l'auteur sur la personnalité de son grand-père disparu, qui fait écho à l'histoire d'un soldat hongrois abandonné plus de cinquante ans dans un hôpital psychiatrique à Kotelnitch, un reportage qui constitue l'alibi initial du voyage de l'auteur. Kotelnitch est le lieu où vont les disparus quand ils disparaissent, nous dit le narrateur.

     




    Ce Roman Russe s'affiche comme une audace, un moment où Emmanuel Carrère franchit la ligne blanche et où il désobéit à sa mère en écrivant sur celui qu'elle lui a demandé de ne pas évoquer avant sa mort - la mère s'appelle Hélène Carrère d'Encausse, le grand-père, un interprète zélé des Allemands durant la guerre, Georges Zourabichvili, qui a disparu dans l'épuration bordelaise en 1945-. Mais dans cette frontière précise, au lieu d'ouvrir sur la béance, l'auteur se met au contraire à construire une citadelle, à faire bloc avec sa génitrice, à lui ressembler, incarnant tout à coup un être sûr de lui, un homme établi, épris de sa classe sociale et de son rang, même de son « joli russe », dans l'accent à défaut de la langue.

     



    Curieuse métamorphose, oserai-je reprocher cela à un héritier qui fait tout pour élaborer sa transmission et en faire du bon pour lui-même et ses descendants.

     


    Ce qui me met mal à l'aise tient à ce que Emmanuel Carrère n'est pas allé cette fois vers son risque, on n'entend là bien peu d'émotion et de réel, mais vers une symphonie réaliste qui force la note. La folie y ressemble à une blessure d'amour-propre, la conscience de classe se manifeste comme une revanche sur la maîtresse volage, l'enfreinte faite à la loi familiale s'empêtre dans un hommage rendu à la mère. Même lorsqu'il aborde sa culpabilité dans la mort de sa nania, c'est dans l'attitude des parents qu'il vient chercher son non-lieu. 




    La lettre à la mère n'étant jamais que la soumission d'un fils à cet amour dont il ne s'échappe pas, même pas par la grâce d'un nouveau couple et d'une infante royale. La dernière page annonçant le suicide d'un cousin permet peut-être de comprendre les voies subtiles de l'évitement quand il s'agit d'échapper à cette obscure malédiction.




    Il était dit que ce roman serait le dernier d'une adolescence trop attardée, l'adolescence s'achève mais la cause n'est toujours pas entendue. Pourtant le livre se goûte avec plaisir, l'enchâssement des narrations est réussi, la ligne brisée du temps fait ses méandres avec toujours la même finesse. Peut-être ai-je trop lu, trop vu Emmanuel Carrère, cette histoire étant une énième visite dans sa théogonie personnelle, pour en voir les effets de surprise.



    Je n'écris généralement que sur les oeuvres que j'ai aimées, j'écris sur celle-ci pour rendre hommage à son art de conter ce qui n'est somme toute qu'un roman russe.  

     

    Publié par Anthropia à 19:35:22 dans Critique littéraire | Commentaires (0) |

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