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Anthropia

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    La vie des autres | 01 février 2007

     

     Cliché Ocean films - droits réservés  

    La vie des autres
    De Florian Henckel von Donnersmarck
    Avec Ulrich Mühe, Sebastian Koch et Martina Gedeck

    Sortie en France cette semaine




    Un film de voyeur, d'un voyeur patenté, payé pour ça, professeur à la Stasi Académie.



    Au début, une longue leçon de torture psychologique, un masterpiece, où Ulrich Mühe, matricule HGW, explique en amphi l'art et la manière d'attendre les confidences d'un supposé coupable. Leçon presque trop didactique, jusqu'au coussin qu'on enferme dans un bocal pour conserver les odeurs de peur du traqué. On ne sait jamais, pour plus tard, les chiens... Car les aveux arrivent inexorablement quand les menaces d'arrestation de la famille, d'abandon des enfants se font plus précises.



    Sous les ordres d'un cadre du parti carriériste, HGW propose ses services d'expert pour l'écoute 24H/24 d'un auteur à succès, Georges Dreyman et sa compagne, l'actrice Christa-Maria Sieland. Pas de chance, l'homme est bon, l'homme est un bon socialiste, l'homme est amoureux de sa compagne, l'homme est un poète.



    Nous sommes en RDA, pendant les années quatre-vingt, le pouvoir est dans les mains d'une nomenklatura qui en abuse. Un metteur en scène célèbre, ami de Dreyman, n'a plus le droit d'exercer. Amertume. Le ministre de la culture qui mène le bal est tombé amoureux de l'actrice. Pas de chance. Elle sait qu'elle pourrait ne plus pouvoir monter sur les planches. Que faire ?



    Dreyman joue un personnage très crédible, entre narcissisme et vanité de l'homme arrivé, fidélité à ses amis relégués, profonde humanité et réel socialisme. Peut-on longtemps rester du côté de l'abus, de la dégénérescence, quand doit-on commencer à prendre position et risquer sa carrière ?



    HGW, qui dans l'anonymat de son grenier suit gestes par gestes et mots pour mots la vie de l'homme bon, n'est plus aussi sûr de servir la bonne cause. Ses rapports circonstanciés s'en ressentent.



    Un film troublant, un film en demi-teintes, où le flic n'est pas qu'un rouage du système, qui s'autorise tout à coup à devenir sujet. Magnifique travail des acteurs, scénario impeccable. Une leçon de vie dans l'arbitraire, quand toute une société, une famille, un couple s'épiait et se dénonçait.



    Je suis ressortie de ce film avec un regard affiné sur ce qu'on appelle la liberté. Dans ma société, suis-je libre ? Quand je suis filmée de l'ascenseur au distributeur, du distributeur à l'espace vidéo-surveillé, quand tous mes achats peuvent être recensés, quand on peut déclencher en quelques minutes la chasse à l'homme ? Dois-je accepter que certains soient fichés, qu'on enquête sur leur vie, qu'on entre par effraction dans les ordinateurs, qu'on questionne les voisins, les proches ? Quand on encourage les fonctionnaires, les banquiers à dénoncer un homme sans papier ?



    Que veulent donc dire les mots « Libertés publiques » ?

    Publié par Anthropia à 13:07:54 dans Critique Cinéma | Commentaires (0) |

    Itinéraire d'une jeune fille rangée | 16 janvier 2007

    Diane Arbus (droits réservés)




    FUR




    Steven Shainberg




    Avec Ty Burrell, Harris Yvlein, Robert Downey Jr, Nicole Kidman

     


    Le début de l'histoire nous présente une jeune femme rangée, mariée-deux filles, frustrée, dans l'Amérique new-yorkaise des années cinquante, dont on comprend très vite l'étrange étrangeté et la sensibilité artistique. Le scénario nous fait assister à son initiation, conduite par un voisin, nouveau venu et peu conventionnel, qui la mènera à une radicale bifurcation de sa vie ; elle prendra sa vocation de photographe au sérieux et se consacrera désormais à son art.

     


    Un rôle innovant pour Nicole Kidman, qui joue Diane (Dee-Ann) Arbus, la célèbre photographe américaine. Ce film réalisé par Steven Shainberg fait penser à la Leçon de piano, par ses silences, ses plans longs, ses subtilités psychologiques. Il est des films, absolument anti-conformistes, qui dérangent, étonnent. Ce film est une ode à la différence et nous insuffle une singulière énergie.

     


    Nous sommes conviés à la découverte d'une artiste, mettant nos yeux dans son regard sur le monde, découvrant avec elle des êtres singuliers, leur humanité, leur proximité, qu'elle a su si bien photographier. Quelques arrêts sur image nous font reconnaître au passage son œuvre photographique.

      


    Délicatesse des sentiments, dans le couple, dans l'aventure menée, les scènes s'enchaînent montrant comment Diane Arbus est à l'écoute de son moi profond, cherche à se découvrir elle-même tout en veillant à ne pas se retrouver victime des autres. Un film captivant, délicat, malgré des plans étonnants, tant la fourrure sous toutes ses formes est présente dans le film.




     

    Publié par Anthropia à 13:12:57 dans Critique Cinéma | Commentaires (0) |

    L'incroyable destin d'Harold Crick | 13 janvier 2007

     


     

     

    L'incroyable destin d'Harold Crick de Marc Forster,
    avec Will Ferrel, Emma Thompson et Maggie Gyllenhaal, Queen Latifah et Dustin Hoffman

      

    Le pitch de ce film est magique, un homme entend un matin une voix de femme, qui narre sa propre vie, avec des détails que lui seul connaît. Une psychanalyste intelligente lui conseille d'aller voir un spécialiste de littérature, Dustin Hoffman, qui n'accepte de le coacher que lorsque celui-ci lui cite une phrase entendue « Loin de se douter de ce qui l'attendait ». Ce « loin de se douter », qui est la marque d'un narrateur omniscient et accessoirement le titre d'un cours du littérateur, entraîne le professeur à rechercher qui, diantre, est l'écrivain qui rédige le roman de la vie d'Harold. C'est aussi le début des bifurcations pour Harold, qui va voir sa vie chamboulée, notamment lorsqu'il rencontre Maggie Gyllenhaal, patissière au grand coeur. 

     

    A l'autre bout, la narratrice, Emma Thomson alias Mrs Eiffel, auteur à succès, écrit dans les affres de la création les mille détails de ce destin, pour lequel elle cherche la mort la plus appropriée. Une assistante expérimentée, Queen Latifah, envoyée par son éditeur, lui donne un coup de main.

     

    Cette comédie fantastique fait inévitablement penser au Truman Show et à ces scénarios où les héros sont aux prises avec un manipulateur tout-puissant. Elle fait se poser la question de la fiction, de son rapport avec le réel. Le sous-titre anglais « stranger than fiction » aurait pu aller jusqu'au bout de cette logique d'une réalité plus singulière que n'importe quelle fiction. On aurait aimé que l'ambiguïté de la folie d'Harold et de la réalité de la narratrice persiste, pour qu'in fine l'histoire soit indécidable, c'est-à-dire littéraire.

     

    Mais le réalisateur n'a pas résisté à l'idée de la double fin, changée d'un trait de plume, qui rend l'intrigue à sa réalité filmique, c'est-à-dire une fiction qui ressemble à une réalité et dont on peut changer la fin. Cela s'appelle un film.

     

    Tendre, ironique, très bien joué et savoureux.


     

    Publié par Anthropia à 11:12:14 dans Critique Cinéma | Commentaires (0) |

    Trace | 24 décembre 2006

     


    (droits réservés)

    Publié par Anthropia à 12:03:17 dans Critique Cinéma | Commentaires (0) |

    Bab'Aziz, le Prince qui contemplait son âme | 21 novembre 2006

    film de Nacer Khemir








    Partir au désert, marcher sur les traces de personne.

    Vous allez à la Réunion ?

    Oui.






    Connaissez-vous le chemin ?

    Non. Celui qui a confiance ne se perd pas.

    Ichtar, la petite-fille et son grand-père, font le chemin de vie, escaladant les dunes, le grand-père transmettant à la petite-fille les savoirs de son art, celui d'un derviche.

    Le sable est partout, il protège des tempêtes, il recouvre le vivant, il s'efface pour revenir sous le balais fantaisiste.

    Le sable comme symbole des secondes de nos vies, envahissant notre quotidien, égrénant les instants de milliards de cristaux.

    Puis, l'humain. Dans ce film, l'humain trébuche, l'humain émerge, l'humain est un miracle de cette nature hostile, l'humain désire et poursuit la gazelle, sa chimère toujours là pour le perdre.

    Comment parler d'un film-symbole, d'un film soufi qui nous conduit vers la sagesse des derviches. En se glissant comme la petite Ichtar dans la musique pour la danser des bras, du cou, du corps qui tourne.

    Ichtar aime les histoires et nous aussi.

    Avec elle nous écoutons l'histoire du Prince qui contemplait son âme dans l'eau d'une flaque. Nous découvrons le secret du derviche roux qui cherchait un puit pour retrouver son palais. Nous accompagnons le jeune homme qui recherche sa bien-aimée, qui lui a volé ses vêtements au lendemain d'une nuit d'amour.


    Des histoires de fous, des histoires de pauvres, des histoires d'illuminés, plus savants que les plus savants.


    Un film qui ne nous quitte pas, qu'on veut revoir et revoir, pour imprimer ces petites phrases, viatique de la vie de l'esprit.

    Publié par Anthropia à 23:01:01 dans Critique Cinéma | Commentaires (0) |

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