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Anthropia

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    Malaise dans la psycho-dynamique | 29 octobre 2009

    Djamel Kokene

    Nous

    Galerie Anne de Villepoix

    Crédit photo Anthropia

     

    A propos de l’émission « Mise à mort du travail », animée par Marie Drucker,  sur France 3,  et de quelques livres sur la souffrance au travail.

     

    Messieurs les psycho-dynamiciens, Messieurs les reporters sur le travail, vous désespérez Billancourt. En assimilant tous les travailleurs à des victimes, vous les mettez en souffrance.

     

    Loin de moi l’idée qu’il n’y a pas de souffrance au travail.

     

    Comparer un fonctionnaire, qui a pour tâche d’accompagner tout citoyen quelque soit sa qualité dans un parcours administratif, à un commercial vendant des produits à des clients avertis et l’évaluer sur la seule performance de ses résultats, alors qu’on devrait également l’évaluer sur son processus de travail, comment parvient-il à s’adapter à autant de cas différents, quelle énergie, quel savoir-faire, est une erreur, que commet actuellement notre gouvernement. Il n’a pas compris la différence de nature entre ces deux pratiques.

     

    Il y a du vrai bien sûr dans ce qui a été dit lors de l’émission Mise à mort du travail. D’accord avec  le raisonnement, selon lequel les patrons sont plus intéressés par la courbe du CAC 40 que par le développement de l’activité dans l’entreprise, d’où une perte du sens et des valeurs, au nom de la rentabilité. D’accord avec l’idée que les directions de ces grandes entreprises s’occupent davantage des profits redistribués aux actionnaires que de la logique produit, de la logique client, ou du bien-être au travail des salariés. D’accord avec le raisonnement sur l’alibi du client-roi, pour obliger les salariés à fournir toujours plus de productivité, mais les associations de consommateurs savent depuis longtemps ce qui se cache derrière cette notion de client-roi, des entreprises toutes-puissantes qu’on ne peut même pas amener devant les tribunaux par des class-action. D’accord avec l’abus sur les chaînes de montage, sur les machines-outils, contraignant à toujours plus de rapidité, de concentration, d’où des troubles musculo-squelettiques, des accidents du travail, etc. D’accord avec l’analyse de la posture de ces patrons abuseurs, comme celui de Carglass, qui mettent les salariés dans l’impossibilité de répondre à leurs objectifs, manque de personnel, manque d’organisation, manque de matériel, sans que cela ne conduise pour les salariés les plus consciencieux à rallonger les journées de travail, pour les cadres, à travailler 50 à 70 heures pour le même salaire, pour les employés ou les ouvriers, à rallonger les journées ou augmenter la productivité pour faire face aux impératifs, sans heures sup, sans prime au résultat.

     

    Mais pour vous répondre, je crois que vous faites des erreurs épistémologiques sur plusieurs points.

     

    Toutes les entreprises ne sont pas cotées en bourse, ni leurs patrons ne touchent des bonus. Assimiler tous les collectifs de travail à des entreprises centrées sur le bonheur de l’actionnaire est une erreur méthodologique. Sachons faire le distinguo.

     

    D’autre part, tout travail n’est pas synonyme de tripalium. C’est une vision extérieure et sans doute élitiste, de penser que parce que votre travail est peu valorisant socialement, il fait souffrir. Penser qu’une personne, parce qu’elle travaillerait à la chaîne ou à domicile serait forcément en souffrance, méconnaît les ressorts humains à s’épanouir, dès lors qu’on a un espace où se retrouver collectivement, un salaire, un but dans la vie quand on se lève le matin, et des tâches auxquelles on pense et qu’on veut bien faire. L’épanouissement au travail ne passe pas fatalement par la vanité d’un métier chic, la presse et les psys l’ignorent souvent, serait-ce parce qu’elle est l’un des fondements –pas le seul, bien sûr- de leur choix professionnel ?, de type « jamais comme mon père ouvrier, épicier ou ma mère femme de ménage » ? Ne soyons pas dupe.

     

    C’est là où le bât blesse dans le raisonnement, sans grande subtilité, de nos penseurs patentés. Dans un premier temps, on généralise abusivement à toutes les entreprises, des pratiques des boites cotées, de l’autre, on véhicule la vision négative du travail, dès lors qu’il n’est pas valorisé socialement ou qu’il est de toute façon une aliénation, conception marxiste indépassée ; on entreprend ce faisant la démolition systématique des êtres-travailleurs, tous victimes, les pauvres. Mais si on en restait là, on n’aurait qu’un avis extérieur sur leur réalité, ou que le prisme du pathologiste qui ne voit que les problèmes toute la journée, sous forme de plaintes des patients.

     

    Le grand art de ces reportages pratiquant l’amalgame et s’alliant les tenants de la psycho-dynamique, c’est de pratiquer un aplatissement, une réduction, un écrasement de deux concepts forts différents : être victime et être souffrant. Ce n’est pas parce que les autres vous pensent victime, que vous êtes souffrant. Ce n’est pas parce que vous êtes souffrant que vous vous considérez comme une victime, ou que les autres le font. Faire le raccourci est une erreur conceptuelle, mais ouvre ainsi la porte à tous les dévoiements.

     

    Je souffre, c’est personnel, intime, cela se mélange avec mes propres croyances, je souffre parce que je ne me reconnais pas dans mes pratiques, parce qu’on me force à faire des choses mauvaises pour moi, je souffre parce qu’il y a des événements objectivement douloureux, tout cela est ressenti personnellement et renvoie au sujet (même s’il peut y avoir des causes exogènes). Je peux aller voir un psy pour en parler. Je peux me dire qu’il est normal de souffrir dans de telles circonstances et attendre que le temps fasse son ouvrage. Je peux me dire que c’est insupportable et me suicider. Et je peux en faire un motif de lutte pour retrouver le sens. Ce que je reproche à ces Messieurs, c’est que jamais on ne voit la lutte contre ce qui fait souffrance, on renvoie chacun à son individualité victimisée, sans montrer des collectifs ou des individus ayant réussi à agir sur leur environnement de travail pour qu’il évolue.

     

    Je suis victime, je m’assimile tout à coup à une catégorie sociologique, j’adhère au discours de ces gens qui me disent que je suis victime et donc que je dois bien souffrir quelque part.  Pour certains, ils iront chercher une valorisation dans un statut du « c’est pas ma faute », pour d’autres une sujétion dans un « les autres font de moi une victime, même si moi, au fond, je ne suis pas si malheureux, tout à coup, je le deviens, parce que s’ils le disent, c’est que je dois l’être quelque part, mon travail, n’est-ce pas, si inconsistant, mon statut si peu valorisé, les pratiques de ma boîte si peu catholiques ou cathodiques ».

     

    Le hic avec cette analyse est qu’elle ne dit qu’un aspect du politiquement incorrect, celui des patrons, mais pas l’autre, celui des salariés. S’ils sont victimes et souffrants, ils sont aussi acteurs de leur vie : quand un salarié met de travers une fraise sur sa machine-outil, se donnant ainsi le moyen de la saboter, il a trouvé un moyen de rétorsion, masqué, mais auquel il recourt chaque jour quand les rythmes de production d’une machine sont trop rapides. Les jeux sur l’ordinateur ou les conversations téléphoniques à rallonge durant les heures de bureau en sont aussi un exemple. Que les entreprises tentent de sanctionner ces pratiques en fliquant leurs collaborateurs par une évaluation individuelle serrée, pousse toujours plus loin l’esprit de rétorsion par les salariés : et pas toujours dans le sens du suicide, dans le sens le plus souvent d’un désengagement, d’un cynisme qui pousse à la non-qualité, au vol de matériel, à l’acceptation de pots-de-vin, de cadeaux en nature, etc. Cela ne se dit pas, mais les victimes pratiquent assez régulièrement la vengeance au travail.

     

    Ce jeu à qui perd gagne est l’aporie perdante-perdante de certaines de nos entreprises, la perversion des systèmes abuseurs qui rendent les salariés abuseurs. Pas de solution dans cette négativité. Mais pas non plus de solution, si l’on se contente d’un discours monolithique de la souffrance.

     

    Ô ce moment, à la fin du reportage Mise à mort du travail, où nous nous retrouvions, nous, tous les Français travailleurs, victimes parce qu’institués comme tels, ô le malaise visible de François Chérèque, comme tétanisé devant la lourdeur psy du constat, ô l’impossible débat derrière cette charge à mort et la parole misérabiliste de Christophe Dejours (que j’ai pourtant entendue plus subtile dans ses livres).

     

    A la fin de l’émission, nous étions sommés d’aller illico presto nous suicider devant ce constat imparable ou de nous enfuir dans l'imaginaire, un bon crime d'une série quelconque pour exécuter nos bourreaux.

     

    Si le mot France rime si merveilleusement avec souffrance, il rime aussi avec espérance, la rime est moins riche, mais elle apporte davantage d’ouverture d'esprit. On n’a aucun intérêt à tordre le bâton de l’autre côté, dans une sorte de réponse de la bergère au berger. On a au contraire l’obligation de bien poser les problèmes, sans langue de bois, sans misérabilisme maladroit. J’aimerais faire un reportage où on puisse entendre autant la pratique des uns et la réponse des autres, autant les solutions que les constats, comprendre les enjeux d’une parole franche au travail, en voir les effets bénéfiques dans les équipes, parce que ça existe, parce que je le vois régulièrement, et que ce n’est pas de l’angélisme, juste une vision moins systématiquement complotiste et paranoïde de nos univers de travail.

     

    Publié par Anthropia à 13:54:02 dans Actualité | Commentaires (4) |

    Olivier Duhamel, un politologue | 19 octobre 2009

    God nose

    John Boldessari

    Gallery gemini

    Crédit photo Anthropia

    Art Basel, 2008

     

     

     

    Je dois reconnaitre qu'Olivier Duhamel

    fait un remarquable travail de décryptage,

    dans ses chroniques sur les Matins de France-Culture.

    Ce matin, ça s'appelait Monocratie d'opinion (ici).

    Et de nous expliquer que bien sûr, il y a monocratie,

    notre Président exerce le pouvoir seul,

    mais que ce pouvoir s'exerce à renforts de sondages,

    et que l'entretien avec le Figaro en est la preuve :

    il recule sur les sujets sur lesquels l'opinion a mis son véto,

    Clearstream et son attaque des coupables,

    remet en cause la cagnotte scolaire qui choque,

    mais pas sur les sujets où son électorat lui donne raison,

    Mitterrand et l'ouverture, la fermeture de Calais.

    L'exception, Jean Sarkozy, mais on pardonnera sans doute à ce bon père.

     

    Finalement, je me demande si les médias ne devraient pas enfoncer comme lui

    le coin dans les zones sensibles de l'électorat de droite,

    là où ça fait mal, pour obliger notre leader massimo

    à reconnaitre ses erreurs.

     

     

     

    Publié par Anthropia à 10:05:21 dans Actualité | Commentaires (0) |

    Plan média de l'Elysée : à l'eau | 18 octobre 2009

    Paul THEK

    Série de Reliquaires technologiques

    Crédit Photo Anthropia

    Palais de Tokyo, 2007



    J'aime bien cette période où on a l'impression

    que les journalistes font leur travail d'information.

    La preuve, vous avez bien sûr vu l'énauurme plan média

    de Sarkozy pour récupérer la main et l'initiative de l'agenda.

     

    D'abord contre-feux des ministres contre l'attaque "bassement ad hominem

    et anti-jeune" de la gauche ;

    puis Sarkozy donne une leçon sur le mérite devant un aéropage d'écoliers,

    pensant clore le débat, mais cette fois la provo est trop forte,

    les médias s'insurgent : "faites ce que je dis, pas ce que je fais".

    Et on renvoie les braves ministres au feu sur Jean Sarkozy, cette fois,

    la valeur n'attend pas le nombre des années et bla et bla et bla.

    Enfin, cela ne suffisant plus, Sarkozy a donné un entretien au Figaro,

    une interview "circulez, y a rien à voir",

    qui a bien sûr relancé le buzz, les électeurs UMP eux-mêmes

    décidant que l'heure de la récré n'avait pas sonné,

    malgré les exclamations émerveillées de Mme Balkany,

    sur le meilleur d'entre eux que serait Jean Sarkozy.

    faut dire que si l'indicateur

    porte sur les turpitudes, alors forcément, le plus jeune est le moins grave.

     

    Enfin le pompier se précipite à Gandange, Gandrange,

    une minute d'arrêt,

    mais une semaine trop tard, le mal est fait, et sans rien de concret.

     

    Et tout ça fait poussif, réchauffé, à tel point...

    que les journalistes décident de faire le service minimum, les lycées oui,

    mais sans oublier Jean Sarkozy, Gandrange oui, mais sans oublier Jean Sarkozy,

    et cette fois pas de contre-feu contre les quadras du PS,

    non, le contre-feu, c'est les internautes UMPistes qui le font contre Sarko

    et son éditorialiste Mougeotte.

     

    c'est comme si l'élastique était cassé, le beau ballet entre les médias et Sarko,

    je te donne chaque jour un beau sujet et tu me fais l'article,

    semble avoir un problème de synchro,

    les journalistes se sont mis à faire de l'information, normalement,

    là où Sarko et Le Figaro attendaient de la communication ; on montre désormais,

    comme disait Chirac dans les Guignols, cette semaine, l'effet Garcimore,

    ce que fait la main droite et ce que fait la main gauche,

    le magicien a perdu la main.

     

    Serait-ce une première vraie faute d'appréciation

    de la situation par Sarkozy ? A mettre cet art de la manipulation médiatique

     au plus haut, à penser que plus c'est gros, plus ça passe,

    il va peut-être finir par dégoûter les Français et même les médias.

     

     

    Publié par Anthropia à 09:12:15 dans Actualité | Commentaires (1) |

    Twitt and go | 15 octobre 2009

    Transformé par Anthropia

    Merci à Gilles Klein d'asi de signaler ces logos apparus sur twitter.

    J'en ai retraité un sur photoshop,

    parce qu'ici on ne vend pas des oranges pas cher.

     

    Publié par Anthropia à 13:36:24 dans Actualité | Commentaires (0) |

    Le renard s'en saisit | 14 octobre 2009

    Fiac 2007

    Crédit photo Anthropia



    Vers six heures ce matin,

    j'ai appris que si mon avion ne décollait pas,

    et moi ne décolérais pas,

    c'était pour cause de grève de Servisair.

    En allant discuter avec les grèvistes,

    j'ai appris que leur société s'était vue

    retirer sa licence, par le Ministère des Transports,

    des mauvais résultats financiers, non,

    une mauvaise qualité de service, non,

    non, juste, qu'on a donné la licence

    à une autre société, Europeonline,

    des amis de certains en haut lieu,

    parait-il.

     

    Et que les salariés de Servisair

    ne sont pas repris, pas tous,

    pas tout de suite.

     

    Ayant raté deux jours de boulot,

    m'étant levé de bonne heure

    pour gagner ma vie,

    je me dis que le libéralisme à la Sarkozy,

    n'est pas de faire entrer les renards libres dans le poulailler libre,

    mais de mettre l'Etat au service des renards.

     

    On le voit à tous les étages ces temps-ci.

     

     

     

    Publié par Anthropia à 16:29:22 dans Actualité | Commentaires (0) |

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