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A. Balasubramaniam
Galerie Kalwar
India
Crédit photo Anthropia
Le magnifique papier de Mustapha Kessous (clic) dans Le Monde
pose avec élégance et sans auto-flagellation
la question du racisme ordinaire en France.
Une psy de ma connaissance dirait que le souchien
renvoie à l'immigré un regard de déni,
sans désir, qui montre que jamais il ne pourra s'identifier à lui.
Ce que la police ordinaire du coin traduit
en coups de batons et humiliations diverses.
Et me revient le souvenir d'un copain,
qui se faisait appeler Claude quand il démarchait au téléphone,
ce que Mustapha se refuse à faire,
il se contente d'omettre le plus souvent et c'est déjà beaucoup.
Le problème de Claude, c'est que même avec ses copains,
il se faisait appeler Claude, et cela créait comme un décalage,
parce que cela ne collait pas, on le sent toujours quand quelqu'un vous ment.
Mais alors c'est quoi la solution ?
La solution, c'est de changer la société,
d'être vigilant pour que ces petites humiliations cessent,
d'être là pour l'autre quand il en a besoin.
Je remercie tous les jours l'école de la République
qui a permis que mon fils soit ami de maternelle
avec Sofian, Ken et Mohamed.
Parce qu'ils viennent toujours à la maison,
et que j'ai ainsi la même vie, à l'intérieur qu'à l'extérieur,
une vie harmonieuse multicolore.
Récemment je suis allée à un mariage,
La mariée était une Salima, le marié un Ben David,
et j'ai compris que la vraie France était aussi celle-là,
celle qui voit se marier les Mustapha avec les Geneviève,
comme ça, tout simplement.
Publié par Anthropia à 13:07:29 dans Actualité | Commentaires (5) | Permaliens
Paradox of praxism Mexico City
Francis Alys
Taxer la burqa, telle est la nouvelle idée
d'un député islamophobe des Pays Bas,
et pourquoi pas taxer le port de la croix, de la kippa,
la tenue de bonne soeur,
et tiens tant qu'on y est, le complet veston de ces hommes
tous pareils, qui prennent la navette à 6 heures du mat' à Orly,
cette semaine, c'était l'angoisse, je n'y peux rien,
voir les 200 bonshommes l'un derrière l'autre faisant la queue,
plier bien net leur veston après l'avoir retiré et le poser dans le panier,
tous en choeur ouvrir leur ordi avant leur passage dans le scanner,
délacer leurs chaussures, poser leurs clefs et leur téléphone portable,
il y a là quelque chose d'obscène dans ce ballet de grisaille,
quelque chose de l'infinie soumission des cadres,
mais revenons à nos moutons,
taxer la burqa, c'est un peu comme si le voile était néfaste à la santé
..... de ceux qui le regardent.
Quand la taxe carbone fait payer les pollueurs,
la burqa ne fait de mal qu'à celles qui la portent.
La taxer, ce serait double punition, double inféodation.
Mais cela en dit long sur le racisme de notre époque,
qui se lâche de plus en plus, dans les conversations de couloirs,
comme l'autre jour avec Hortefeux.
Chez les hommes politiques,
l'intolérance et la suffisance, il faudrait les taxer.
Publié par Anthropia à 14:14:22 dans Actualité | Commentaires (5) | Permaliens
Aristarkh Chernyshev et Alexei Shulgin
XL Gallery, Moscou
Crédit Photo Anthropia
La petite chaine qui est montée, montée, a tout d’une grande. On lui voit vers 20h pointer le bout de son JT, avec sa présentatrice de choc, Claire Barsacq. Il y a même une madame météo qui vient visiter madame m6JT, façon de copier la concurrente.
Après un quart d’heure zappé par deux coups de fil, je sais l’observation n’est pas très scsientifique, je vous fais la synthèse de mes constats.
En fait, M6 applique à ce JiTé la même recette qu’à Un diner presque parfait : pédagogique, on explique les ingrédients, on anime la soirée, humour de la voix off et causticité en moins.
Ce soir, c’était H.A.D.O.P.I., méthode QQOQPC, Quoi ? Qui ? Où ? Quand ? Pourquoi ? Combien ? On explicite le sigle, le monsieur montre les lettres au tableau, un tuyau pour briller au zingue du café d’en face (Haute Autorité, vous en saurez plus que Mitterrand), puis on aborde la partie cours théorique, les adresses IP, ô mon dieu, qu’est-ce que c’est ? Ensuite, un peu de droit, la progressivité des peines, une pointe de morale, bon citoyen M6, ne téléchargez pas, et c’est bouclé, ah presque, la gentille G.O. de se lamenter sur les pauvres compagnies qui perdent tant d’argent, façon de culpabiliser ma voisine coiffeuse de 40 ans et ses teenagers.
Au JT de M6, on ne remet surtout pas en cause l’ordre établi, le monde ou le pouvoir comme il va, c’est un donné, il faut faire avec. Sur M6, on est dans le Comment, E=M6, c’est la technique qui compte, plutôt que de se poser des questions, on explique comment ça marche, et quand on répond aux pourquoi, on enfonce des portes ouvertes, on fait du journalisme façon boyscout, avec plein de bonnes intentions et un bon couteau suisse.
Un de mes amis, misanthrope, m’a dit, pas plus tard qu’hier, tu sais, pour que le Qi* national soit de 85 en moyenne, il faut bien qu’il y en ait en-dessous.
Sans aller jusque là, il est misanthrope, lui, et comme ce Jité est un peu fait pour les boeufs, je me demande bien qui est la cible du JT.
Je préférais le 6 mn, sans sentiment ou presque.
Sur @si, click here, une réponse possible de Judith Bernard.
*(quotient intellectuel)
Publié par Anthropia à 21:00:11 dans Actualité | Commentaires (0) | Permaliens
Florence Reymond
crédit photo Anthropia
Souvenir d’une lointaine thèse, la reproduction des schèmes familiaux dans le rapport au travail. Qu’est-ce à dire ? Un salarié entre dans une société et y reste, dès lors qu’il y retrouve des modes d’affiliation proches de ceux qu’il a découverts avec sa famille. C’est un mode de fonctionnement dans lequel il sait se mouvoir : il peut donc s’adapter, l’organisme le coopte comme sien.
Dans le cas de entreprises publiques ou parapubliques, citons au hasard Renault, France Télécom, on peut énoncer que le salarié y a trouvé une culture clanique, des modes d’identification et des réflexes collectifs qu’il perçoit comme familiers, une solidarité monnayée contre l’acceptation d’une hiérarchie forte, contre une définition de poste étroite, sans beaucoup de possibilités d’initiative (pas une tête ne dépasse), bref il s’y sent bien parce qu’il y trouve la protection d’un groupe moyennant une position infantilisée, ou une position institutionnelle prédéfinie, ou une position de silencieuse indifférence dans le cas où l’individu va chercher ailleurs ses modes de valorisation. Dans les trois cas, c’est du donnant-donnant, chacun s’y retrouve dans le contrat et cela peut durer longtemps, du XIXème au troisième quart du XXème siècle, cela se passait ainsi.
Catastrophe, quand les directions décident de changer de paramétrage. Privatisation du groupe public, adoption des codes du privé, diminution du nombre de niveaux hiérarchiques (d’où perte du sentiment d’encadrement), développement de l’impératif d’initiative (« sois autonome »), ce que Renault appelle « créativité sur les modèles », au Technopole ou que France Télécom nomme « nouvelles méthodes de travail », notamment en matière de contact client.
Ces professionnels, qui « exécutaient » les tâches prévues dans un cadre rassurant, même ceux qui venaient d’entrer, ayant enfin obtenu un poste dans ce type d’entreprise comme la famille l’avait souhaité, se retrouvent trompés sur la marchandise. Brutalement livrés à eux-mêmes, c'est-à-dire à personne, puisque n’ayant que peu développé leur sens de l’individualité, l’autonomie pour eux a quelque chose de vertigineusement anxiogène. Une appartenance à un système clanique fait de vous une sorte de moitié d’homme, une partie libre, une grande partie prise dans l’appartenance au groupe. Si le groupe se délite, si les repères disparaissent, l’individu se retrouve comme un adolescent hors de sa coque, le fameux homard dont parlait Françoise Dolto dans son Complexe du même nom. Quoi de plus logique alors que ces « nouveaux adolescents » de la maturité se sentent mal à l’aise (stress), aient des difficultés à évoluer (sentiment de harcèlement moral), et pour certains se suicident.
Mais plus encore que la protection locale d’une entreprise, ils ont perdu, en même temps que leur statut, l’appui d’un Etat protecteur, l’intervention d’un gouvernement bienveillant, l’arbitrage d’un Président secourable. Car ces suicidés des groupes publics sont aussi des sacrifiés de la République, ils ont compris qu’il n’y avait plus de recours dans un pays qui a voté pour le démantèlement de ses fondements mêmes. Quelque part ces désespérés nous parlent de nous-mêmes, d’un modèle social disparu, d'un nouveau qui s'impose, de l'étrange mutité des partis et syndicats de gauche à défendre le peuple.
Les suicidés de la République sont les signaux forts, que quelque chose a changé au Royaume de France.
Publié par Anthropia à 11:58:48 dans Actualité | Commentaires (0) | Permaliens
Vidya Gastaldon
Doma ine de Kerguéhennec
Créd it Photo Anthropia
L’univers numérique semble incommensurable. Qui n’a jamais perdu dans un trou noir du grand Tout, qui nous sert désormais d’infini, un fichier qu’il avait soigneusement rangé, croyait-il, en son temps, et qu’il ne parvient pas à retrouver même avec la touche recherche de son gestionnaire.
A la radio, qui plus est nationale, on n’imagine pas que ce type d’événement puisse arriver, processus certifié, procédure blindée, système de validation redoublé, un disque dur paré à toute éventualité, non, pas eux, cela ne peut pas leur arriver.
Et pourtant si, c’est ce qui est arrivé ce matin, durant plusieurs minutes, à France Culture. La pôvre speakrine qui excusait, notre nouvelle grille, on a perdu l’émission de Dominique Rousset, l’Economie en Questions, comme si la crise et ses commentateurs disparaissaient peu à peu devant le business as usual, banques d’affaires, banques centrales et paradis fiscaux reprenant le bon vieux rythme d’avant.
Mais rassurons-nous, l’émission a été retrouvée, juste très, très différente de celle que faisait jadis Dominique Rousset. Il faut dire que les économistes qu’on lui a collés, Olivier Pastré, Patrick Artus et Nicolas Baverez, ne sont pas précisément des analystes inonoclastes, c’est dire que l’establishment sera bien gardé, que la langue de bois sera garantie.
La question ironique de la productrice jetée à la cantonade vers la fin de l’émission, l’aviez-vous prédite la crise ?, et le long silence des Artus and Co, conclu d’un « soyons modeste » de Pastré, venait comme décrédibiliser toute l’émission, effectivement, comment faire confiance à ces économistes qui annonçaient la reprise à la veille de ce qui fût l’une des catastrophes historiques de l’économie.
Juste un fait, que Philippe Martin rappelle et qui interroge : la crise ne touche pas tout le monde équitablement, la montée du chômage atteint beaucoup plus les hommes ; leur taux de chômage rejoint peu à peu celui des femmes.
Et c’est cela qu’on comprend, c’est l’aspect hétérogène de la crise, ceux qui s’en sortent sont ceux qui l’ont générée, pas les traders –qu’on a érigés en boucs-émissaires- non, mais les banques d’affaires, les banques centrales qui font qu’un prêt à une entreprise est moins rentable qu’une spéculation sur la monnaie ou sur le baril de pétrole. Et ceux qui viennent la commenter, sont les mêmes qui ne l’ont pas vue venir, voir qui l’ont suscitée.
Ce que je comprends, c’est que le jeune chef d’entreprise que j’ai rencontré l’autre jour, qui vient d’obtenir deux énormes appels d’offre et qui ne va pas pouvoir y répondre, parce que sa banque lui refuse le prêt dont il a besoin pour produire ses marchés, est la victime de tout ce système, et les salariés qu’il aurait pu recruter pour produire ces marchés, aussi.
Et pendant ce temps, MM. Artus et consorts font la queue devant les grands restaurants à Londres, et prétendent donner des leçons d’économie. Nous avons besoin de penseurs, d’analystes pertinents, non inféodés au secteur bancaire. De qui se moque France Culture à nous refourguer, comme si de rien n’était, les pilotes du Titanic ?
Publié par Anthropia à 10:34:38 dans Actualité | Commentaires (0) | Permaliens
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