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AFP/Arif Ali
A Lahore, Pakistan
L'attaque de l'équipe de cricket du Sri Lanka
Cette photo m'a mise en arrêt,
elle nous met en position de victime,
intérieur bus,
le photographe s'est installé,
derrière la vitre transpercée de balles.
Récit par l'image, dans l'après-coup de l'événement,
on perçoit l'émotion par l'attroupement devant le bus.
En raccourci, le photographe se met et nous met
à la place du mort,
force de l'évocation, j'ai reçu le shoot en plein coeur,
impact.
Sur le pare-brise, on a au choix le sticker d'un policier
ou celui d'un joueur de cricket,
véhicule utilitaire, stickers fonctionnels,
que tient l'homme dans sa main
une batte ou une mitraillette ?
Mais c'est l'image d'un ange qui m'apparait,
il aurait failli ou plutôt non,
il est sombre, un ange déchu, un Lucifer ?
La dépêche de l'agence,
mort de six policiers et de deux civils,
une équipe de cricket attaquée,
ne nous éclaire pas.
Que faisaient les policiers là s'il s'agit d'eux,
était-ce l'escorte ou un renfort arrivé plus tard ?
Est-ce le car des sportifs en déplacement
dont on voit le pare-brise ?
On reste perplexe.
Une image qui met en posture interrogative,
en nous soumettant des scénarii possibles,
qui suscite l'émotion directe
est-elle plus juste qu'une photo qui prétendrait
être neutre ?
Publié par Anthropia à 11:48:07 dans Actualité | Commentaires (1) | Permaliens
Mathieu Mercier
Homonculus, 2007
Crédit photo Anthropia
L'homme ne descend pas du singe.
L'homme a des ancêtres communs avec le singe.
Si vous ne savez pas qu'Erasme est le frère de Darwin
si vous ne savez pas
que Darwin préférait le mot "préservation naturelle"
au terme de "sélection",
Si vous n'y comprenez plus rien à ces histoires d'évolution,
et que vous vous méfiez de "l'intelligent design",
cette théorie des born again christian américains,
si vous voulez mieux comprendre Darwin et sa théorie,
Ecoutez cette émission passionnante du 8 février
de Ruth Scheps et ses invités,
dans Espace 2, Sonar, Darwin, sur Radio Suisse Romande.
Encore audible quelques jours.
Publié par Anthropia à 13:46:51 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (4) | Permaliens
Rodney Graham
Main street tree
L'autre soir, j'écoutais Princesse,
infirmière guadeloupéenne,
raconter ses pérégrinations dans les hauteurs de l'ile,
pour trouver de la morue
à rapporter à un vieil homme handicapé,
elle était belle, Princesse,
dans sa voiture blanche customisée.
Elle m'a fait penser à une autre princesse,
La Princesse de Clèves, celle qui n'est pas chère à Sarkozy.
On croit souvent que l'intrigue du premier de tous les romans,
porte sur la vertu d'une femme,
qui se sentant coupable d'avoir trahi par la pensée son mari,
se croit la cause de sa mort et renonce à l'amour.
Ma théorie, sur la Princesse de Clèves,
porte sur un interdit d'adultère,
imposé par la mère à la fille,
pour éviter la répétition d'un drame qu'elle a vécu jeune fille,
le jour où elle perdit les deux hommes de sa vie,
son mari et son amant, si bien qu'elle prétendit
porter le deuil de l'un en pleurant l'autre.
C'est dit quelque part entre les lignes, à vous de trouver.
La Princesse est donc l'objet d'une transmission transgénérationnelle
et d'un phénomène de répétition, qui lui fait rejouer l'histoire de sa mère,
et cet interdit perdure dans la mémoire collective,
comme un secret qui résiste au temps.
En attendant, voir un peuple se mettre à lire devant le Panthéon
un texte vieux de 400 ans a quelque chose au choix de totalement givré,
ou de sublimement audacieux. Je penche pour la seconde hypothèse.
Publié par Anthropia à 14:09:33 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) | Permaliens
Crédit photo Anthropia
Souvenir d'enfance.
Je m'introduis subrepticement dans la chambre de mon frère,
je fouillotte dans ses affaires,
les fanzines, les photos pornos.
Puis j'avise son stock de musique en boite.
Je lui pique une K7 audio, je lis les gribouillis dessus,
il écrit comme un cochon mon frère,
je ne parviens pas à lire le nom du chanteur sur la K7,
je sors de la chambre la K7 cachée dans mon pyjama.
(oui les moins de trente ans ne peuvent pas connaitre,
le plaisir de la K7 volée,
c'était avant le téléchargement peer to peer).
Arrivée dans ma chambre, j'introduis la boite dans mon magnétophone.
Et là, c'est l'électrochoc, l'oeil alerte, l'oreille conquise,
l'envie de tout comprendre des paroles,
c'est Otis Redding, le meilleur d'entre tous.
(SITTIN' ON) THE DOCK OF THE BAY
- written by Otis Redding and Steve Cropper
- lyrics as recorded by Otis Redding December 7, 1967, just three
days before his death in a plane crash outside Madison, Wisconsin
- #1 for 4 weeks in 1968
Sittin' in the mornin' sun
I'll be sittin' when the evenin' come
Watching the ships roll in
And then I watch 'em roll away again, yeah
I'm sittin' on the dock of the bay
Watching the tide roll away
Ooo, I'm just sittin' on the dock of the bay
Wastin' time
I left my home in Georgia
Headed for the 'Frisco bay
'Cause I've had nothing to live for
And look like nothin's gonna come my way
So I'm just gonna sit on the dock of the bay
Watching the tide roll away
Ooo, I'm sittin' on the dock of the bay
Wastin' time
Look like nothing's gonna change
Everything still remains the same
I can't do what ten people tell me to do
So I guess I'll remain the same, yes
Sittin' here resting my bones
And this loneliness won't leave me alone
It's two thousand miles I roamed
Just to make this dock my home
Now, I'm just gonna sit at the dock of the bay
Watching the tide roll away
Oooo-wee, sittin' on the dock of the bay
Wastin' time
(whistle)
Publié par Anthropia à 12:10:31 dans Ecoutez Otis Redding | Commentaires (8) | Permaliens
Le déjeuner sur l'herbe (détail)
Florence Reymond
Crédit Photo Anthropia
Lyon, le 23 février 2009
Je monte dans un taxi.
Au rétroviseur, un de ces CD de décoration,
sur lequel est imprimé en rose et vert le contour d'une ile
dont je ne reconnais pas la forme,
heureusement, sur l'autre face en rose pâle,
le mot Haiti.
Haiti, les Tontons Macoutes,
la pauvreté,
les sols partis avec les ouragans,
et sur les marchés, comble de la régression,
passé récemment dans le Zapping de Canal,
"les galettes de terre",
dernier nutriment pour faire face au starving.
Le chauffeur, plutôt heureux de notre conversation jusque là,
se met en colère.
Haitien, il a une expertise, oui la situation politique,
oui l'exil pour cause de délit d'opinion,
oui les ouragans, oui la pauvreté,
mais les "galettes de terre", c'en est trop,
c'est de la conspiration, de la manipulation d'opinion,
car les "galettes de terre", Madame,
c'est une Délikatessen d'Haiti,
les femmes riches s'en font quérir à l'étale,
les femmes enceintes s'en délectent comme d'une envie de fraise,
la "galette de terre" est un gisement de sels minéraux,
une spécialité locale, qu'on a toujours mangé,
alors la filmer comme si c'était la métaphore de la pauvreté,
c'est péché.
Je quitte le taxi perplexe,
pourquoi la "galette de terre" dans les médias ?
Y en a-t-il davantage que jadis,
quand le taximan courait dans les allées de toiles ?
Ou les remarque-t-on aujourd'hui
pour illustrer d'un symbole le retour à l'état sauvage
des habitants de l'ile ?
Ce qu'on veut faire accroire.
Publié par Anthropia à 09:20:57 dans Actualité | Commentaires (0) | Permaliens
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