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Anthropia

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    Pourquoi nous lisons des livres | 20 mai 2009

    Thomas Hirschhorn

    How to dance Deleuze ?

    Fiac 2008

     

     

    Quand on se préoccupe d'écrire, et qu'on a beaucoup lu, on est frappé de ce que certains écrivent encore des romans d'antan, façon narrateur tout-puissant, je m'en vais vous raconter toute la vérité, et d'autres -ceux de l'auto-fiction, ceux de la narration parcellaire - se mettent dans la position relativiste, je ne vois que ce que mon angle de vue me permet de voir et je ne peux trouver le reste de la vérité que dans les autres, quand ils veulent bien me la dire.

    Cela pose plusieurs questions : "La vérité existe-t-elle pour certains et pas pour d'autres ?" Et "Ecrit-on pour dire la vérité ?"

    Est-ce un rapport de certitude au monde (je ne doute pas), de psycho-rigidité (ce que je vois est ma vérité, donc la vérité) ou de naiveté, qui fait penser à certains que la vérité peut être prise au lasso, façon cow-boy ? Et pour ceux qui doutent, est-ce une incertitude vitale qui leur fait voir que rien n'est sûr, que tout se dérobe au fur et à mesure, que la vérité cède sous le poids de l'ambivalence ? Ou bien plutôt une attitude pragmatique, voire scientifique, la mosaique des points de vue sur le monde, la compréhension de Tome, Prigogyne et Vigarella, la réalité n'étant que le résultat d'un dialogue entre deux observateurs, ce dialogue permet d'établir une certaine vérité à un instant T.

    Depuis l'ère du soupçon, la vérité est une patate chaude, un porc-épic, c'est à qui la laissera à l'autre : la lente déconstruction de notre LQ (langue quotidienne) en est un des reflets, à quoi sert de dire quelque chose qui au final est soit de la communication, soit une illusion. Mais ce n'était pas le cas aux siècles d'avant, celui du progrès, celui des idéologies, en ce temps-là, la vérité se laissait approcher comme une pierre philosophale, un Eldorado à conquérir. Et ne lisions-nous pas depuis notre enfance des livres que pour justement dérouler un monde lisible, quand la réalité quotidienne se dérobait. Je crois bien qu'enfant, j'ai lu les omniscients pour me rassurer, convaincue de trouver la vérité dans les livres.

    Et je livre ce paradoxe qui m'apparait aujourd'hui, si nous sommes devenus écrivains ou lecteurs pour démasquer ce qui se cache, trouver les secrets, découvrir la vérité, si toute notre quête s'est nourrie de cette première motivation, alors que faisons- nous à poursuivre le travail dans un siècle d'où la vérité s'est envolée ? Avons-nous décidé d'être des chercheurs à vie, remontant notre rocher de Sisyphe comme des boeufs, attachés à leur piquet ? N'ont-ils pas raison les bling-bling, les obsédés du quotidien, les jouisseurs du moment, à renier littérature, philosophie et tout le saint-frusquin ?

    Nous sommes devenus des admirateurs du travail de la forme, le chemin plutôt que le but, le style plutôt que les faits.

     

     

     

     

     

    Publié par Anthropia à 11:26:24 dans Critique littéraire | Commentaires (0) |

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