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    L'intolérance à la frustration | 25 mars 2009

    Tous clones

    Crédit photo Anthropia

     

     

     

    Une des principales sources de notre stress quotidien émane de notre intolérance à la frustration. Le réel ne saurait nous résister, et quand il le fait, quand la technique fait défaut, quand le TGV une fois de plus ne part pas à l’heure, ou quand cette place de parking convoitée nous échappe à l’instant tant attendu, quand nous découvrons au démarrage d’un séminaire que la rallonge pour l’ordi est restée au bureau, quand ce réel nous met devant le fait accompli de son inaccompli, nous ne résistons plus, le dépit nous saisit, un sourd énervement monte qui ne saurait trouver d’obstacle sur son chemin, les joues nous en rosissent, l’haleine se fait pâteuse, la surface de la peau se met à lente ébullition, crispation, tension, dents serrées et pour certains poings dans le mur.  

     

    Jusqu’à la contre-offensive d’une armée de moines zen, façon soldats du Xi’ang défilant dans l’éternité en mode pétrifié, qui nous soufflent qu’il n’y a rien à attendre de l’intolérance à la frustration et que face à ce symptôme, il n’est qu’un recours, le lâcher prise.

     

    Lâcher prise. Ce mot a l’heur de ne pas être compris d’un grand nombre de nos contemporains. Alors j’explique. Tout d’abord, rendons à Guy Finley ce qui appartient à son augustre livre : le lâcher prise. Nous ne parlons pas ici de tout lâcher, de mollir, de nous laisser abattre par l’adversité dans le mano a mano d’un combat de petits chefs ou cheftaines. Le lâcher prise est un exercice mental : au lieu de s’entêter, on s’arrête, on coupe-circuite, on fait la part des choses à l’aide du principe de réalité. Combat perdu d’avance, perdu pour l’instant, pas perdu pour attendre, un perdu pour un rendu, pas un combat, pas un, pas, aaaaaahhh, les doigts en cercle,.huuuuuuummmmmm. Le lâcher prise, quoi.

     

    L’intolérance à la frustration est la maladie juvénile de l’homme moderne et de la femme aussi, nous poussant souvent au comble du ridicule, femmes au bord de la crise de nerf au comptoir de passage à l’aéroport, hommes traquant les voitures queue-de-poisson sur l’autoroute.  C’est l’intolérance à la frustration qui nous pousse vers le petit whisky du soir, la même qui se cache derrière les fringales de chocolat, la torture des vitres sous le chiffon ou les quatre cent paires de chaussures au-dessus de l’armoire, côté homme je peux ajouter l’achat compulsif de scies circulaires et/ou de cravates, ou encore la collection de produits de soins du visage de nos métro-sexuels. L’intolérance à la frustration fait le lit de nos passages à l’acte, la nuit de nos insomnies et souvent la grosse de nos divorces.

     

    Il ne s’agit pas de se contenter de peu, mais bien davantage de savoir attendre, négocier, résister, espérer. C’est le « pas tout, tout de suite » qu’on prêche à nos enfants et qu’on ne s’applique pas.

     

    Ne pas supporter la frustration, ne pas autoriser que le monde soit imparfait, vient de nos égos contemporains, un brin surdimensionnés, ou de nos « surmoi » envahissants, de nos pulsions de vie qui se sont perdues en route, ont tourné vinaigre parce qu’elles n’avaient pas su trouver les cheminées symboliques, celles de la parole qui apaise, de la pensée qui patiente, du raisonnement qui explique, de la respiration qui soulage.

     

    Que ne dit-on plus souvent que les pulsions sont nées vivantes avant que d’être mortifères, qu’elles ne le deviennent, ça, sales pulsions de nos obsessions morbides, paranoïaques et sado-maso, que faute de prise de conscience, ce lent balayage entre le cerveau reptilien et le néo-cortex ?  

     

    Sinon ? C’est le petit bonheur de quotidien qu’elles fabriquent, du petit moteur d’aéroplane tout vivant qui fait des vœux de nuage dans le ciel.

     

    Mais il faut bien le dire, parfois l’intolérance à la frustration vient de loin, de la maltraitance subie enfant, de l’impossibilité de l’âme quand la haine la dénie, de l’insupportable douleur ressentie et encore et encore qu’on ne saurait revivre, alors tout plutôt que sentir, et je t’intolère et je te dégomme la frustration, je te la met K.O., ligotée, au fond du panier, le cadenas sur le verrou, le panier au fond de l’eau, l’eau au fond du trou, le trou au fond du rien..

     

    A moins que nous ne nous mettions à mettre des mots sur tout ça, à démêler entre le superfétatoire et l’inscription profonde, entre la narcisson vaniteux et la blessure douloureuse, pour ré-apprivoiser les petits ressentis, qui étaient partis depuis longtemps se cacher dans la crypte, pour leur dire, viens, petit, petit, en leur tendant la main, pour qu’ils reviennent nous raconter pourquoi ils se terraient là, tout là-bas.

     

    C’est ainsi que les hommes vivront, reléguant aux oubliettes les pleurs de crocodiles, les cris d’orfraie et les colères d’éléphants.  Intolérance à la frustration ; à ne pas confondre avec gémissement de l’âme.

     

    Publié par Anthropia à 11:00:24 dans Le carré psy | Commentaires (3) |

    23-04-2009  16:23  23-04-2009 16:23
    L'imperfection  De  poissonrouge  Sujet:  L'imperfection Url: [Liens]
    Excellent texte ... si bien écrit!
    27-03-2009  09:13  27-03-2009 09:13
    Joli, Odradek  De  Anthropia  Sujet:  Joli, Odradek
    Oui en effet
    27-03-2009  06:32  27-03-2009 06:32
    Rolling Stone  De  odradek  Sujet:  Rolling Stone
    "You can't always get what you want..."

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