Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Anthropia

Mon village au bord du ciel, blog où sinstallent mes textes et billets d'art contemporain

Présentation

anthropialeblog@gmail.com 


Droits réservés

Compteur

Depuis le 13-10-2006 :
1740242 visiteurs
Depuis le début du mois :
121033 visiteurs
Billets :
1226 billets

Daily motion

    Wikio

    http://www.wikio.fr

    << Pour un dimanche jaune | Chronique Ivryenne XXI- Obsession | Je n'irai pas voir Bienvenue chez les Ch'tis >>

    Chronique Ivryenne XXI- Obsession | 06 avril 2008

    Louise Bourgeois 

    The mirror

    FIAC 2007

    Cliché Anthropia

     

     

    Il y a d'étranges moments captés dans la foulée d'une marche en ville.

     

    Ce matin, j'éveillais mes cheveux dans l'air doux d'un presqu'été.

     

    En traversant, j'aperçois une voiture garée en double file,

    dans la voie des bus, tous warnings clignotant.

     

    Devant la voiture, une jeune femme maigre, cheveux longs chocolat,

    quelque chose dans l'allure qui me fait penser à la pauvreté, l'ingrate condition.

    La voiture n'est pas neuve, mais il y a voiture.

     

    Ce qui me frappe d'abord c'est le mouvement répétitif qu'elle exerce

    à l'aide d'un petit mouchoir

    sur la carrosserie de sa voiture, porte conducteur ouverte,

    elle frotte avec obsession des petites taches qui se trouvent sur le toit,

    dans l'arrondi, au-dessus du cadre de porte.

     

    Elle frotte une tache, puis une autre, comme si là dans la double file,

    tous feux allumés, elle n'avait que ça à faire.

     

    Je dis ça, parce qu'en traversant, j'ai vu un bus s'arrêter pour prendre des passagers,

    il va bientôt redémarrer et fatalement, oui fatalement,

    il va vouloir emprunter le couloir bus que la femme au mouchoir bloque,

    avec sa voiture, porte ouverte.

     

    Elle frotte, elle frotte, mais ce faisant,

    je la vois glisser des regards façon derrière les paupières,

    vers les fenêtres du grand immeuble, juste en face.

    Des petits coups rapides.

    J'ai compris : c'est pour ça qu'elle est là.

     

    Ce qui m'apparaît, c'est qu'elle fait mine,

    mine de rien, mine de nettoyer,

    mine d'être là par hasard.

     

     

    Dans l'auto, banquette arrière, un enfant emmitouflé. 

    Elle est là, un dimanche matin, par hasard,

    dans un couloir de bus, avec son fils bébé,

    qui n'a rien d'autre à faire qu'attendre là dans l'auto,

    dans son fauteuil-bébé, à regarder sa mère,

    nettoyer d'hypothétiques taches

    sur le cadre de la porte de la voiture.

     

    Voilà. Et je me mets à supputer.

    Que fait-elle ? Qui attend-elle ?

    Un homme, forcément un homme.

    Le père du petit. Elle sait qu'il est là.

    Il est marié avec une autre.

    Alors, elle l'attend, elle veut le voir.

    Elle existe encore, il ne peut pas la larguer

    comme ça, sans rien dire.

     

    Elle vient avec le petit,

    qu'elle a habillé en quatrième vitesse ce matin,

    parce qu'il fallait qu'elle voie son homme,

    et qu'il n'y a personne pour le garder.

     

    Lui ne donne plus signe.

    Il n'appelle plus. Il laisse son répondeur sonner dans le vide.

    Elle n'a même plus accès à la boîte vocale.

     

    Alors, elle est là.

    Et aucun bus, aucun regard de passante, aucun cri d'enfant,

    ne saurait avoir raison de son obsessionnelle attente nettoyante.

     

    C'est cela l'air de pauvreté qu'elle porte sur elle,

    c'est celle de l'esprit ;

    on regarde partout en quête de quelque chose

    et y a rien.

    C'est l'air de la folie.

    Une Lucia, qui attend et qui frotte.

     

    Finalement, elle capitule, je me suis retournée, deux fois le bus a klaxonné,

    place au public, à la transportation,

    la femme est dans son tort, elle doit céder le passage,

    et même le libérer, dégagez, y a rien à voir.

     

    La femme n'est pas à sa place, elle doit quitter, séance tenante.

    Et je la vois remonter dans la voiture,

    avec nonchalance, l'indifférence de la solitude,

    que rien n'atteint.

     

    Elle va se garer dans la rue adjacente.

    Le bus la houspille, long klaxon de culpabilisation.

     

    Elle reste dans la voiture, elle regarde obsédée,

    vers l'entrée de l'immeuble.

     


    Elle attendra toute la matinée s'il le faut et même l'après-midi.

     

    Mais peut-être, attend-elle simplement son homme passé chez sa mère,

    pour le bonjour du dimanche.

    Et la nervosité n'est que la relation tendue

    à la belle-mère, sujet de conflits.

     

    Ou bien est-ce sa soeur qui va chercher quelques effets chez son amant

    qu'elle vient de quitter. Et la soeur craint le pire, un acte violent.

     

    Que valent quelques secondes pour découvrir un être ?

     

    On ne sait jamais en voyant une femme nettoyer,

    ce qu'elle cherche à effacer.

    A part la tache.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Publié par Anthropia à 14:37:00 dans Chroniques Ivryennes | Commentaires (3) |

    08-04-2008  15:57  08-04-2008 15:57
    ...presque à voir  De  Urbidan  Sujet:  ...presque à voir
    Belle petite chronique de "rien", de ce presque à voir imperceptible. J'étais à côté de vous, à vous regarder voir. C'était très doux. Merci.
    06-04-2008  21:02  06-04-2008 21:02
    obsession  De  mona  Sujet:  obsession
    Anthropia , votre regard posé sur l'autre lui donne vie . Le plaisir de vous lire .
    06-04-2008  15:31  06-04-2008 15:31
    la différence  De  Juléjim  Sujet:  la différence
    Ce qui fait toute la différence entre "une fille pauvre" et "une pauvre fille" : juste une question de juste place, dans les mots, dans la rue, dans la vie.

    Ajouter un commentaire

    Nom :
    Email :
    Url :
    Sujet :
    Texte :
    Code :
    si vous n'arrivez pas à voir le code Cliquez ici

    Mes autres textes et images

    Sites à découvrir

    Soutien à Aides

    Pour voir le widget Aiderdonner, vous devez installer le plugin Flash :

    Télécharger le greffon Flash

    Avril

    DiLuMaMeJeVeSa
      12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930   
    • RSS
    • RSS
    • Podcast
    • atom 03