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    Qui a peur d'Anselm Kiefer ? | 24 juin 2007

     

    Chute d'Etoiles

    Détail de l'oeuvre présentée au Grand Palais

    Cliché Anthropia

    (Droits réservés)

     

    On ne peut pas ne pas aller voir l'œuvre d'Anselm Kiefer, présentée dans le cadre de la carte blanche offerte à un artiste de renom, Monumenta, au Grand Palais.

     

     

    La merveilleuse nef de lumière et de verre du Grand Palais se prête admirablement à cette œuvre. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il y a le premier plan et le second plan d'Anselm Kiefer.

     

     

    Le premier plan, ce qui s'impose au regard est le monumental et le gris de la modernité bâtisseuse. Nous sommes environnés de formes mal vieillies, de zinc gris et de béton armé brisé, illustration d'un après-guerre qui n'advient pas, d'un immense abîme de murs lézardés, d'enchevêtrement de murs issus du grand chambardement et de cubes froids du prêt-à-construire qui ne pense pas. Anselm Kiefer plante son décor, vous ne pourrez l'ignorer.


     

     

    Le second plan d'Anselm Kiefer allie littérature, végétaux et minéralité.

     

     

     

    Du palmier allongé vaincu à terre au secret tourmenté des fougères, chères à Paul Celan, ou au Nebelland, le pays du brouillard, d'Ingeborg Bachmann, l'œuvre de l'artiste nous plonge dans un infini désarroi. Une émotion sourde nous fait vibrer. Elle ne s'achève pas dans le périple au pays de la rouille, qu'Anselm Kiefer nous fait découvrir à l'endroit puis à l'envers, mettant ses mots dans ceux de Céline, dans Voyage au bout de la nuit. Elle ne s'évanouit pas non plus dans les crissements du verre, chuchotement mystérieux d'une langue que seuls les initiés parviennent à comprendre, celle du Shevirath-ha-Kelim, le bris des vases.

     

    Tout fait temple chez Kiefer, un troisième Temple, qui n'adviendra pas, car nous sommes au-delà d'un monde que rien ne fera revenir. Le monde d'une culture allemande qui a vu la limite de sa toute-puissance dans l'horreur du nazisme et qui ne peut s'autoriser d'aucun pardon, d'aucune ignorance. N'y voyons pourtant pas là un tombeau sacré, car l'œuvre curieusement n'est pas triste, elle transcende par sa force toute velléité de mélancolie ou de nostalgie, elle place cet acte dans l'endossement d'une faute collective, sans culpabilité personnelle. Par ses effets de citation, elle dit aussi que certains parmi nous ont su trouver les mots pour dire l'innommable.







     

    Publié par Anthropia à 14:20:44 dans Qui a peur d'Anselm Kiefer ? | Commentaires (0) |

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