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Une Scorpionne dans la jungle

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Mettre au monde | 24 octobre 2008

Ma mère a cessé de me parler du jour au lendemain, il y a exactement ... 4 mois. C'est peu, mais à la fois c'est très long quand on s'était habitué à l'entendre tous les vendredi ou samedi soirs.

Pourquoi ne me parle t-elle plus ? je l'ignore foncièrement. 

Il y a une vague histoire de maison, de clés, de week-end prolongé, enfin bref, j'avoue avoir du mal à suivre, et à me dire qu'elle puisse faire "la gueule" pour ça. Mais j'essaye, encore, de comprendre.

Ma mère sort avec un "con" depuis presque 10 ans. Elle a quitté mon père sauvagement, s'est entichée d'une femme, pour finalement s'acoquiner d'un mec que je pensais n'être qu'une passade et qui, par sa perversité, sa médiocrité et sa bêtise, l'a finalement attachée pour de bon.

Au début je l'aimais bien, son copain. Je le trouvais d'une bonne écoute, un brin déconneur, surprenant et sans peur du ridicule. Il était habile de ses mains pour créer de petits objets (j'ai toujours aimé les maisons de poupée) et cuisinait avec goût et imagination. J'allais souvent chez lui pour y retrouver ma mère et je leur parlais pendant des heures de mes déboires amoureux. 

Mais les années passant, leur couple a été le tableau parfait de crises conjugales, tout en restant solidement ancré sur le mur. Ils ne se sont jamais séparés que l'espace de quelques semaines. Chaque fois il était aisé de penser que c'était "pour de bon", mais chaque fois ils remettaient le couvert, avec ce plaisir sadique de se retrouver après la tempête dans un déversement de plaisirs charnels motivés par l'absence de l'autre.

Bref, plus les années passaient plus le sadisme allait bon train, et la connerie du copain de ma mère devenait palpable. Histoires de fric, de cul, de jalousie, de famille, bref, c'était un remake made in "home" de Santa Barbara. Ma mère n'avait de cesse de me relater ses mésaventures, ses crises et ses désillusions. Et plus le temps passait, plus le malaise s'installait, et plus je me demandais comment ma mère pouvait encore s'accoupler avec un homme qu'elle détestait. Et il fallait ensuite faire bonne figure durant les repas, devant cet homme qui alimentait nos conversations en des termes peu élogieux. Mais il n'inspirait pas plus la sympathie. Avec le temps il est devenu aigri, mécontent, râleur, sournois, cassant, gris.

Les choses ont empiré quand j'ai quitté la ville avec mon homme pour habiter dans une belle maison à la campagne. Un semblant de réussite. J'ai comme eu l'impression que la jalousie les rongeait. Ils sont venus quelques fois, toujours assez vite, des visiteurs peu impliqués, juste curieux. J'ai senti le fossé se creuser davantage encore.

Cet été ma mère a connu une énième crise avec son copain. Nous l'avons hébergée de bonne grace, nous avons tout fait pour qu'elle se sente bien. Elle était ma petite protégée. Je lui ai proposé de rester la semaine, malgré nos emplois du temps bien chargés elle pourrait vaquer à ses occupations, mais elle a refusé sans le dire vraiment. Elle n'est jamais revenue, mais entre temps elle s'est rabibochée avec son copain, délaissant ses projets de week-end avec ses copines, et ne trouvant aucune raison valable pour s'être remise avec lui, juste la peur latente de finir seule comme une vieille fille.

Elle s'est remise avec lui, elle me l'a donc appris par téléphone. Je ne l'ai pas jugée, pas du tout, je n'ai rien dis, du moment qu'elle était, ou paraissait, "contente". Heureuse serait un terme mal placé ici.

Je ne l'ai pas revue. En revanche, elle m'a téléphoné un jour de juin pour me demander les clés de notre maison, durant un week-end prolongé où nous n'étions pas là, afin de venir, elle et son copain, profiter de la campagne. 

Ma mère, seule, aurait été la bienvenue, mais lui n'avait aucun carton d'invitation ici, au regard des dernières fois où il faisait la tête et balançait des réflexions à tout bout de champ. J'ai donc refusé, prétextant que nous ne partions finalement pas. Imposer à ma mère un "NON" franc l'aurait anéantie. Elle n'a jamais supporté qu'on lui tienne tête. Elle m'aurait détestée. Je redoutais le pire. Et comme elle n'est jamais capable de comprendre les choses les plus élémentaires, il faut traversir les choses, les rendre plus digestes. Mais à croire qu'elle ne m'a pas crue. Après ce message sur son répondeur où je lui ai dis que nous ne pouvions rendre la maison disponible, elle ne m'a plus jamais rappelée. Je tombais inlassablement sur son répondeur. Elle était aux abonnés absents. Aucun message, aucune nouvelle, aucun mot. Quelques temps après, elle me réclama les clés de son appartement à travers un texto froid et impersonnel. Prête à ouvrir le dialogue, et pensant que c'était ce qu'elle voulait, je proposais de la rencontrer pour lui restituer ses clés qui ne m'ont jamais servi à autre chose que d'aller arroser ses plantes durant ses très frèquentes escapades à l'étranger. Elle me rejeta clairement en disant qu'elle n'était pas là, et suggérait de les lui faire passer à son travail, ce qui sous-entendait que je ne la croiserais pas.

Je me suis exécutée, écoeurée.

Renier sa propre fille sans raison aucune, ça me semble si étrange, si ingrat. J'en ai connu des fils et des filles impardonnables, injurieux, des mauvaises graines ou des enfants belliqueux qui rejettent leurs parents qui trop souvent les ont trop aimés.

J'ai été tout l'inverse. Une gamine ordinaire, trop sensible, trop aimante, trop fragile et trop déséquilibrée pour oser dire "merde" un jour et s'affranchir de ce poids passé, quand à 13 ans ma mère a préféré claquer la porte, partir et mener une vie d'adolescente attardée sans aucune explication.

Car elle n'a jamais dit les choses et pour autant, je ne l'ai aimée que trop, pleurant son absence, allant jusqu'à collectionner les cheveux qu'elle laissait dans la salle de bain après s'être coiffée. Une vraie fanatique, une vraie obsédée. Quand elle est venue passer quelques jours à la maison en mai dernier, j'ai pleuré son départ une nouvelle fois. J'ai baisé ses draps, j'ai mouillé sa taie d'oreiller avec mes larmes de gamine abandonnée. 

Je ne veux pas me plaindre. Je crie simplement ici l'absurdité d'une vie, si stupide. Pourquoi mettre au monde un enfant que nous ne sommes pas capable d'aimer? Ma mère n'a jamais été maternelle. Elle était froide, distante, et instable. Elle ne pardonnait rien et nous infligeait, à mon père et moi, des guerres froides incessantes dès qu'un mot qui ne lui plaisait pas, avait été prononcé. 

Aujourd'hui elle recommence, encore. J'estime ne pas être une mauvaise fille. J'ai beau tenter de me trouver des failles, des erreurs, des maladresses, je n'en trouve aucune, si ce n'est de vivre ma vie de jeune femme tant que je peux le faire.

Publié par Scorpionne38 à 21:36:01 dans Une Scorpionne dans la jungle | Commentaires (1) |

27-10-2008  17:20  27-10-2008 17:20
...  De  Harulyras  Sujet:  ...
Le jour de mon anniversaire...il n'a pas été très joyeux non plus.

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