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La passion du monde

Le blog de Gilles Huard

La nouvelle guerre froide ? | 16 août 2008

Alors que j'étais en vacances en Turquie, à sa frontière, en Georgie se déroulait un conflit dramatique entre la petite Georgie et la géante Russie venue soi-disant défendre les populations séparatistes d'Ossétie du sud et d'Abkhazie. La première aspire a se réunifier avec l'Ossétie du Nord de laquelle elle a été séparée lors du démantèlement de l'ex-URSS ; la seconde est clairement pro-russe. La présence de troupes russes à 40 kms de Tbilissi, la capitale géorgienne, m'inquiète et me laisse perplexe.

Elle m'inquiète car elle en dit long sur la stratégie de la Russie vis à vis du reste du monde. La santé économique retrouvée, la Russie développe des relents de nationalisme qui mettent gravement en danger la région, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du pays.

Elle me laisse perplexe car si je soutiens le principe de "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", c'est à dire le droit reconnu des peuples à être souverains et libres, je m'interroge sur la motivation de Moscou dans la démarche entreprise mais aussi sur ses méthodes. Loin de défendre les plus faibles, car l'exemple de la Tchétchenie nous montre que c'est loin d'être sa préocupation, la Russie a engagé un bras de fer visant à mettre la Georgie "à sa botte" et à faire payer à l'ancien allié son passage dans le camps occidental. Veut-elle de nouveau satelliser ses pays voisins. Encore trop tôt pour le dire.

Tout ceci se déroule sous les yeux de l'Europe et des Etats-Unis qui semblent impuissants. Les Etats-Unis tentent de défendre mollement l'allié géorgien, mais craignent la réaction russe et d'alimenter une nouvelle guerre froide que tout le monde croyait loin. D'ailleurs, le Président Georges Bush n'a-t-il pas déclaré dans un discours ferme "Par ses actions de ces derniers jours, la Russie a compromis sa crédibilité et ses relations avec les pays de monde libre ... Le monde a vu avec inquiétude la Russie envahir un Etat voisin souverain et menacer un gouvernement démocratique élu par son peuple ... Cet acte est absolument inacceptable pour les nations libres de la planète." Ce discours est fort et clair. Mais une fois prononcé que va-t-il faire si la Russie ne plie pas, ce que je n'imagine même pas tant ce serait faire aveu de faiblesse (ou de responsabilité...)

On se rappelle qu'en 1990 lors de la 1ère crise en l'Irak, son père avait été encore plus ferme. Cette fois, Georges Bush à quelques mois de la fin de son mandat est au pied du mur : va-t-il laisser tomber l'allié géorgien, montrant que celle-ci n'était que purement stratégique et intéressée, et donc finalement avec la même optique que celle de la campagne russe actuelle ? Si Bush, reste fidèle à son alliance et sauf à ce que la Russie revienne en arrière, on peut craindre une crise politique grave aux portes de l'Europe. Il y a un certain relent de guerre froide dans tout cela

Et que dire de l'Europe ? Empétré dans son double discours sur les droits de l'homme et son amitié pro-russe et pro-américaine, Nicolas Sarkozy semble réaliser un service minimum avec une proposition de cessez-le-feu qui n'inclut même pas la reconnaissance de la souveraineté géorgienne (sans doute pour mieux faire signer les russes). L'Europe de la défense qui n'existe pas encore, et voit sous ses yeux un de ses membres, la Pologne, qui va accueillir des bases américaines permettant le tir de missiles de moyenne portée ; tandis que l'Europe politique peine à émerger tant que des institutions claires n'auront pas été adoptées. QUAND EST-CE QUE L'EUROPE SERA ENFIN A LA HAUTEUR ?!!!

Mais que dire des peuples des deux camps qui pendant ce temps souffrent, sont certainement très loin de ces discussions de salons et ne demandent qu'à vivre dignement et pacifiquement.

Publié par gilleshuard à 14:59:30 dans International | Commentaires (0) |

Union méditérannéenne : une occasion manquée | 20 juillet 2008

Je reste un peu mitigé après la signature, le 13 juillet, à Paris, du Traité insituant l'Union pour la Méditerranée.

Certes, la photo était belle ; non pardon, avec la présence de Bachar el Assad, le Chef d'Etat syrien, elle était plutôt gachée. Mais pouvait-on réellement l'éviter ?

Le sommet aura au moins permis que des chefs d'Etat de nations ennemis se rencontrent, voire se parlent, Israël et la Syrie notamment. Le Président Syrien a également indiqué vouloir envoyer un représentant diplomatique au Liban, reconnaissant de fait, l'existance souveraine jusqu'alors contestée de l'Etat libanais.

Mais les multiples conciliations auxquelles il a fallu concéder pour que le Président Sarkozy puisse s'enorgueillir d'avoir fait avancer les choses sur le terrain diplomatique et économique dans une région en mal d'Europe, notamment la Turquie et le Maghreb, ont dénaturé ce qui était au départ un projet ambitieux : une Union méditérannéenne, à l'image de l'Union européenne : un espace de paix et de prospérité.

La volonté de la Syrie de voir figurer dans les pays européens signataires l'ensemble des 27 plutôt les seuls pays ayant la mer méditérannée en partage a clairement mis à mal l'esprit initial du projet et son ambition de créer un espace de solidarité et de coopération entre peuples de la méditérannée. Au lieu de cela, on aura une conférence à 44 pays représentant 750 millions d'habitants mais sans réelle capacité à agir.

On aura noté outre l'absence annoncée du colonel Kadhafi, celle du Roi Abdallah de Jordanie et surtout celle totalement imprévue du Roi Mohammed VI du Maroc. Ces deux derniers ne croient-ils déjà plus à la démarche ?...

Publié par gilleshuard à 23:37:55 dans International | Commentaires (0) |

Ingrid la charismatique | 07 juillet 2008

Malgré la polémique naissance et mal placée à l'encontre d'Ingrid Bétancourt si son omni présence dans les médias depuis 3 jours, en dépit des propos stupides d'une Ségolène Royale qui a affirmé que le Président Sarkozy n'était pour rien dans la libération d'Ingrid alors que l'ensemble de la classe politique reconnaissait que la pression constante du Président de la République était certainement à l'origine de la mobilisation sans précédent pour les otages colombiens (elle n'a décidément pas la stature de la fonction présidentielle à laquelle elle osait prétendre !), malgré ce climat qui donne parfois envie de vaumir (passez-moi l'expression...), je préfère retenir l'image et les propos d'une femme charismatique, courageuse, engagée, fidèle qui a donné une bouffée d'air, de simplicité et de joie dans ce monde souvent triste et compliqué. Nous avons vécu durant les quelques heures de sa libération en Colombie, puis de son arrivée en France une sorte de communion, de grace, d'harmonie collective, d'union sacrée autour de son histoire, des retrouvailles avec ses proches, et de son message proclammé avec force. Quel charisme !...

Publié par gilleshuard à 21:19:54 dans International | Commentaires (2) |

Ingrid Betancourt LIBRE ! | 03 juillet 2008

C'est une grande émotion qui me gagne ce soir avec la libération d'Ingrid Betancourt. Après 6 ans de captivité dans la forêt colombienne dominée par les Farc. La libération de l'otage franco-colombienne ainsi que de trois otages américains et onze militaires colombiens a pu être réalisée grace à l'armée colombienne. Malgré une attitude parfois discutable et souvent décriée du Président Uribe, il s'agit là d'une véritable réussite pour la stratégie du Chef d'état colombien.

Je n'oublie pas que des milliers d'otages sont toujours emprisonnés en Colombie et partout dans le monde. Ne les oublions pas !...

Publié par gilleshuard à 00:02:40 dans International | Commentaires (1) |

Tempête européenne | 15 juin 2008

L'Union européenne connait une crise sans précédent déclanchée par le non irlandais à la ratification par son pays du Traité de Lisbonne qui devait remplacer le malheureux Traité de Nice ; celui continuera donc à s'appliquer même si le processus de ratification continue à se dérouler dans tous les autres pays des 26 qui ont choisi de voter la ratification du texte par voie référendaire.

La crise majeure à laquelle on assiste a une triple facette :

- c'est d'abord une crise institutionnelle, car le Traité de Lisbonne était le résultat d'un compromis entre les 27 suite aux "non" français et néerlandais au référendum de ratification du Traité consitutionnel ;

- c'est aussi une crise démocratique, car s'il est légitime que chaque pays pèse de manière égale et que l'on n'impose à aucun pays une direction qui ne serait pas la sienne, le projet européen est néanmoins un projet collectif ; on peut dès lors s'interroger sur le fait que l'Irlande et ses 3 millions d'habitants réussisse à bloquer l'Europe et ses 494 millions d'habitants. L'Europe démocratique reste à construire, c'était notamment l'objet du Traité constitutionnel puis de Traité de Lisbonne que de permettre à ses institutions de fonctionner de manière plus démocratique, en renforçant les pouvoirs du Parlement européen. Personnellement, j'aurais préféré une ratification parlementaire pour tous car on le constate désormais à chaque référendum, les citoyens votent souvent à côté de la question) ou bien un référendum unique pour tous les Etats le même dans les mêmes conditions mais à condition que l'on simplifie les textes proposés et que les gouvernants se mobilisent réellement pour les expliquer et les défendre ;

- c'est enfin et surtout une crise identitaire, car depuis l'entrée des 10 nouveaux pays d'Europe centrale et de l'est plus Chypre, l'Europe se cherche, doute, ses membres se referment sur eux-mêmes, chaque pays semblant vouloir préserver ses propres avantages et intérêts alors que le contexte international a changé. Les Etats ont une attitude de "consommateurs" et semblent dire "j'en veux pour mon argent" et sont moins dans l'idéal d'une Europe reconstruite et pacifiée qui croit en son avenir commun. L'Euope doit se rapprocher des citoyens : sans doute mieux en expliquant mieux ce qu'elle fait et ce qu'elle apporte l'Europe à tous ses habitants, mais elle doit aussi se réformer et s'intéresser aux questions stratégiques et majeures au regard des grandes puissances actuelles ou en devenir que constituent les Etats-Unis, la Chine ou l'Inde.

On dit souvent que les crises européennes ont permis de relancer l'Europe grace à des initiatives qui débloquaient les situations. Cette fois ce sera très difficile. Il faudra beaucoup de talent et d'imagination au Président Sarkozy qui va présider l'Union européenne à partir du 1er juillet pour sortir l'Europe du marasme où elle se trouve...

Publié par gilleshuard à 22:08:29 dans International | Commentaires (0) |

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