Le débat sur l'Identité nationale qu'a voulu Nicolas Sarkozy et mis en oeuvre Eric Besson a pris un relief particulier avec la votation suisse qui a, à la surprise générale, approuvé l'interdiction de la construction des minarets sur le sol helvete. Le référendum organisé à l'initiative du parti d'extrême droite UDC a bénéficié d'une campagne nauséabonde, crystalisant tous les clichés et atisant toutes les peurs envers l'islam en stigmatisant une pratique volontairement qualifiée d'intégriste.
L'opposition socialiste française a préféré refuser le débat, y voyant un piège, un détournement de la campagne électorale des régionales au profit d'un thème national déterminé pour tous, risquant, ont-ils pensé de favoriser leurs auteurs. Ils ne sont pas tombés dans le panneau. Mais en refusant le débat, ils ont laissé l'UMP développer ses thèses, et ont de fait accepté de ne pas remplir leur mission, faire acte d'opposition, ou éventuellement d'accord, peu probable sur cette question très clivante dans la vie politique française.
C'est dommage. Car en effet, pourquoi refuser un débat sur l'identité nationale ? Non pas seulement que ce ne soit pas aux politiques d'organiser des débats aussi importants, que celui-ci qui touche à ce qui constitue notre patrimoine commun, c'est une évidence. Mais en démocratie, il me semble bon de ne pas refuser le débat et la confrontation, particulièrement lorsque l'unité de la nation semble mise à mal. C'est une question de pragmatisme et de responsabilité face aux défis auxquels nous sommes confrontés.
Le débat a évidemment connu des dérapages, des extrémistes en tout poil qui en ont profité pour mettre en avant des positions radicales, populistes, voire extrémistes ou démagogiques. Surtout, plus intéressant mais plus inquiétant, le débat a mis en évidence le faussé de plus en plus grand entre les français musulmans ou musulmans de France et les autres. La machine à intégrer que constituait la France il y a une cinquantaine d'année semble ne plus fonctionner. Pour quelle raison ? A la fois par ce que la France est devenue multi-culturelle et multi-confessionnelle, une réalité que beaucoup semblent ou feignent d'ignorer.
La France n'a pas su affirmer ses valeurs et principes au nom d'une pseudo générosité aux accents démagogiques, laissant au Front national et à la droite de la droite, reprendre ces thèmes ; ceux que Nicolas Sarkozy a voulu et su récupérer. Mais à l'inverse, ceux qui ont cru ou croient encore symboliser l'ouverture et être ceux qui allaient mettre en oeuvre l'intégration mode française n'ont en réalité fait que reproduire les schémas de ces trente dernières années. Les derniers dérapages verbaux de Brice Hortefeux et consorts en sont l'illustration.
Alors oui, un débat sur l'identité nationale est possible, sereinement, hors contexte électoral, organisé par des initiatives cioyennes ou des institutions telles que le Conseil économique et social, mais certainement pas par les Préfectures ou par les partis politiques.
Le débat est régulièrement posé. Déjà le 15 juillet 2008, j'abordais ce sujet dans un billet sur ce blog que vous me faites la l'honneur de lire, abordant en particulier la question de la burka.
En ce qui me concerne les choses sont claires. Ce qui fonde la République française, ce sont des valeurs et des principes, mais aussi une histoire, une culture, des traditions.
Pour maintenir sa tradition d'accueil et d'intégration, la France doit, me semble-t-il, être ferme sur ses valeurs (liberté, égalité, fraternité), ses principes (la laïcité..). Parce qu'elle est multiculturelle, la France d'aujourd'hui doit aussi accepter de s'ouvrir, intégrer le fait que l'Islam est la deuxième religion de France. A ce titre, elle mérite respect et considération.
Ainsi, la présence de minarets dans les mosquées françaises ne me choque pas si elle s'inscrit dans un contexte architectural et que l'on privilégie l'harmonie et la beauté, une notion subjective, je le reconnais. En revanche, si ceux-ci devaient être lieu d'appels à la prière chantés, à la manière des pays de tradition musulmane, il y aurait là pour moi une opposition réelle à un des principes de la République française, la laïcité.
Par ailleurs, la France aura retrouvé son unité lorsque aura réussi à permettre à chacun de ses concitoyens de trouver sa place dans notre société quelque soit son sexe, son identité sexuelle, son origine géographique, sa couleur de peau ou sa religion. Cela place d'abord par le travail. La lutte contrer les discrimations de toutes sortes est donc à mon sens, le fondement d'une identité nationale partagée et reconnue, par tous. Elle est le préalable à ce que chacun puisse s'identifier à ce pays que nombre de peuples opprimés à travers le monde envient.
Dans le cas contraire, c'est prendre beaucoup de risques et hypothéquer l'avenir voire sacrifier l'avenir de nombre de nos concitoyens, bref un véritable gachis. Ce n'est pas simple, cela va prendre encore du temps, mais c'est le prix à payer si l'on veut que chaque français soit fier de son drapeau.
Publié par gilleshuard à 22:09:05 dans Identité | Commentaires (0) | Permaliens
Voilà un vaste programme que la question posée dans le titre de ce billet. En fait tout est parti du week-end que je viens de passer dans l'Allier, département où je vivais jusqu'en octobre dernier et où je suis allé retrouver des ancien(e)s collègues - connaissances - ami(e)s connu(e)s durant mes 3 années passées à Moulins (chacun choisira le terme qui convient...).
Le débat est lancé : qu'est-ce que l'amitié ? Au détour d'une conversation à propos de facebook et du côté virtuel des réseaux dits "sociaux", le débat est venu sur la valeur qu'il fallait donner aux personnes que l'on connait de manière fortuite, avec lesquelles on peut avoir des affinités, des contacts qui sont pris et que chacun veut prolonger... Peut-on parler là d'amis ? En ce qui me concerne, oui.
D'aucuns passeraient rapidement à autre chose, le temps jouant son rôle ; ils continueraient leur petite vie, même sans arrières-pensées. Je ne suis pas de ceux-là. Après ma famille, l'amitié est l'une des valeurs les plus importantes me semble-t-il.
L'amitié n'est pas pour moi un concept de vague lien amical prétendument entretenu et qui ne tiendrait que par des souvenirs peinant à ne pas s'effacer. Au contraire, cela signifie pour moi partager des moments de convivialité, de complicité, d'échanger autour de valeurs et de préoccupations communes, de partager sur ce qui fait la vie de chacun, y compris parfois les aspects les plus personnels. Sans cela, me semble-t-il, il y a convivialité, mais rien de plus.
Mon problème, car il s'agit bien d'un "problème", c'est que cela demande un investissement important que d'entretenir ces amitiés. C'est même parfois difficilement compatible avec une vie professionnelle active et une place pour la vie personnelle. Et pourtant...
De même, en amitié il faut être deux. C'est pourquoi j'ai aussi appris à prendre de la distance avec ceux de mes amis qui ne savaient pas passer un peu de temps à entretenir cette amitié, par manque de temps, de volonté parfois. La lassitude faisant son travail j'ai parfois démissionné.
Mais je renonce difficilement. Voilà pourquoi j'investis tant de temps à entretenir ces amitiés. Cela me coûte des litres de gasoil, des heures dans les trains ou les avions, mais je ne regrette jamais. Pire, je ne me lasse pas de développer de nouvelles amitiés, en France et de part le monde. C'est pour moi, non seulement un moyen de donner à mes voyages un sens plus authentique que le seul tourisme ; mais c'est surtout un moyen de m'enrichir culturellement de la différence de l'autre. Quoi de plus normal après tout lorsqu'on a la "Passion du Monde" (cf titre de ce blog).
Pour entretenir ces amitiés au-delà des frontières, c'est évidemment plus compliqué, mais pas impossible puisque j'ai conservé et parfois retrouvé des amis connus il y a plus de 15 ans... Et pour cela, encore, les réseaux sociaux...
Publié par gilleshuard à 00:17:24 dans Identité | Commentaires (1) | Permaliens
Une des rubriques de ce blog est intitulée "Foi et conscience", une autre "Contre l'intolérance". J'aurais pu mettre ce billet dans l'une ou l'autre de ces rubriques, finalement il figurera dans la rubrique "Identité".
La République française est régie par le principe de la laïcité qui permet à chacun de vivre sa différence, spirituelle ou de conviction dans le respect des règles communes qui nous rassemblent et qui figurent dans la Constitution et le Droit français. Ces règles sont là pour dire quelles sont les valeurs qui nous rassemblent et qui contribuent à favoriser le "vivre ensemble". Elles constituent le socle commun de l'identité française. Celui-ci n'est pas négociable ni amendable, sauf à modifier ce qui nous unit.
Une Marocaine vient de voir sa demande de naturalisation refusée par le Conseil d'Etat au motif qu'elle avait "adopté, au nom d'une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes". La cour s'est notamment appuyé sur sa tenue vestimentaire et sa vie privée : vêtement la recouvrant de la tête au pieds, soumission à son mari et vie recluse à son domicile, alors qu'elle ne portait pas le voile avant son arrivée en France.
Si je combats toutes les formes de racisme, d'antisémitisme ou d'intolérance, il m'apparaît néanmoins essentiel de préserver notre patrimoine commun que constitue la laïcité. Je salue la décision du Conseil d'Etat qui pour la première fois a pris en compte le niveau de pratique religieuse pour se prononcer sur la capacité d'assimilation d'une personne étrangère. Loin d'interdire la pratique d'un islam librement consentie, elle vient contrevenir aux distorsions de cette pratique religieuse que constitue l'extremisme islamiste. Je l'aurais évidemment saluée de la même façon si s'était agit du Christianisme ou du Judaïsme.
J'admets néanmoins que la question n'est pas aisée car dès lors que l'on entre dans la sphère privée, la frontière avec l'atteinte à la liberté individuelle et la liberté de conscience est ténue. Mais il s'agissait là d'un cas manifeste qui ne souffrait d'aucune sorte d'ambiguité et qui nécessitait une réaction claire.
Publié par gilleshuard à 22:37:36 dans Identité | Commentaires (1) | Permaliens
Ce soir il y avait sur M6 une émission intitulée "passé recomposé", une sorte de "perdu de vue" (l'émission de Jacques Pradel de TF1 il y a une vingtaine d'années) revisitée, moins télé-réalité, moins voyeuse, plus sous forme de reportage et plus pudique, à mon goût. J'ai regardé cette émission en pensant à une de mes amies qui vient de retrouver une partie de ses origines, et peut-être, un peu, en imaginant l'émotion qui peut naître à la découverte d'un passé retrouvé.
L'occasion pour moi aussi de mieux comprendre, à travers certains reportages, ce que de jeunes adoptés peuvent ressentir quand ils ne connaissent pas leur histoire, leur passé. De l'importance pour des parents adoptifs de favoriser la construction de l'identité de son enfant en lui apportant tout l'amour et la sécurité, certes, mais également en sachant lui dire la vérité sur ses origines, ses racines. A méditer...
Publié par gilleshuard à 23:42:22 dans Identité | Commentaires (0) | Permaliens
Après quelques jours passés en Angleterre, je suis content de
retrouver mon blog préféré (!). A Londres, j'ai retrouvé mon ami Piotr,
un polonais mariéà une anglaise, que je connais depuis maintenant 15 ans.
Nous
avons une discussion de fond qui m'a laissé perplexe. Pourquoi ? son
refus d'admettre que l'on puisse avoir une identité qui nous est
donnée, comme un patrimoine, que l'on peut détester, ne pas reconnaître
ou au contraire accepter et vivre pleinement. Selon lui, ce que l'on
est n'est pas forcément définitif. On peut se conditionner en se
forgeant une certitude que
ce que l'on veut est plus fort que ce
qu'on est ; une sorte d'"auto-lavage de cerveau" ou de formatage
volontaire de son être (non de son esprit). Cela me parait très
dangereux car ce serait donner caution (ou pour le moins accorder une
reconnaissance scientifique) au régime nazi qui durant la seconde
guerre mondiale, effectuait des tortures (lobotomies...) aux
homosexuels notamment en se basant sur l'idée que l'identité vient de
la volonté ou de la consitution physiologique de
chaque individu.
La
nuance est bien là, ce que l'on est voire "ce que l'on naît" n'est pas
issu de ce l'on pense, souhaite ou décide, mais de notre être absolu,
notre existant. Si comme disait Descartes "Je pense donc je suis", il
convient donc de prohiber cet adage comme illustration de la volonté
comme constituant de l'identité. Celui-ci signifie plutôt que parce que
l'homme est intelligent (en principe !), il est "doué deraison", alors il existe (est).
Dès lors, on ne choisit pas ce que l'on est, ni de couleur, ni
homosexuel, ni grand ou petit. Tout comme, on ne choisit pas la manière
dont cette différence vécue en minorité dans des contextes particuliers
peut nous atteindre dès lors que la majorité en fait une source de
rejet, au plus peut-on trouver des lieux de ressourcement, des espaces
où vivre cette différence en
toute sérénité ; c'est là malheureusement qu'apparait l'esprit communautaire.
A suivre... J'attends vos réactions
Publié par gilleshuard à 21:06:17 dans Identité | Commentaires (0) | Permaliens
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