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Andy Vérol - Une dernière usine avant extinction

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

Présentation

Blog à vocation satyrique - Tous les textes sur ce site appartiennent exclusivement à l'auteur aux termes des articles L 111-1 et L112-1 du code de la Prop. intellectuelle.


Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.

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Aphex Twin hurlant, sorte de gouine-homme de la musique électronique | 22 mai 2013

©Photo de Yentel Sanstitre

« Nous savons que vous faites partie des « désimplantés », ça nous arrange. Il faut manger oui, et il faut tenter de conserver ce qui peut encore l'être ».

 

Je ne savais pas si Daddy commençait à être ivre ou s'il adhérait aux propos des hommes transparents.

 

« La forêt non exploitée est une obscénité pour l'Homme. Sans la forêt, pas de Caravelles, pas de conquête de l'Amérique, des Indes, ... Rien. Aujourd'hui, les sous-sols regorgent des richesses pour reconquérir le monde, alors on y va ».

 

Daddy tituba sur le canapé. Je regardais à travers la vitre crasseuse. La seconde voiture où se trouvaient les hommes accompagnant nos visiteurs, était peu à peu dénudée par l'ombre. La fin de la matinée était heureuse. J'avais peur que l'odeur du cadavre soit portée par le vent, vers nous.

 

J'aurais aimé qu'il m'écrive un mot tout simple « J'ai gâché ta vie », mais tout ce qu'il trouva à me dire c'est :

 

« Putain qu'est-c'tu glandes? Tu vois bien que j'm'es cassé la gueule? Aide-moi à m'relever ».

 

Il était tombé comme un arbre mort au milieu du couloir. En l'espace de deux heures, il avait bu un pack de 24 canettes à lui tout seul. Les deux visiteurs attendaient sagement dans le salon. Une lueur jaune vint me frapper dans l'œil droit. J'eus un bombardement de souvenirs du temps très court où j'avais été bien dans ma peau d'animal.

 

« Nous laissons monsieur se reposer? Il semble avoir touché le paradis. Nous reviendrons demain avec les contrats. Il faut faire vite ».

 

Un laps.

 

« Tu pourrais faire putain hein, ça ferait des sous. Tu sais les chinetoques, ils aiment bien les putes françaises. Maint'nant qu'ils sont les maîtres du monde, ils s'en servent de leur p'tite bite. 
- Arrête papa. Tu sais que je veux plus faire ça. 
- Alors on n'a pas l'choix petit, faut signer l'contrat ».

 

D'une façon générale, il ne faisait pas son âge mais à y regarder de près, il y avait des signes qui ne trompaient pas: coudes fripés, barbes de deux jours poivre et sel, lèvres pincées, etc. Il s'était enfin endormi. Impossible de rester près de lui. Ses ronflements étaient des cris, son odeur corporelle, hormis les effluves d'alcool, était toxique comme toute celle des clopeurs invétérés, habillés d'une enveloppe dégueulasse soigneusement tissée par les industries du tabac. Nous entrions dans la soirée, de celle qui dure aussi long que l'après-midi.

 

« J'ai deux heures pour terminer le travail », me dis-je.

 

« Tu n'es pas l'apôtre de l'apocalypse, même si je sais que ça te fait plaisir de le croire. Tu en es seulement l'esclave, le larbin, tu en es le disciple ».

 

Il se retourna violemment, interrompant ses ronflements de moteurs à hélice. J'eus peur, sentant une goutte de pisse s'échapper de l'urètre... Il recommença finalement à grogner et poursuivre son sommeil de grizzli.

 

Pour l'installer durablement dans son coma de songes éthyliques, je mis la radio en sourdine:

 

« A toutes les filles que j'ai aimé... avant... tindintindin maintenant... nanana de charme, nananana je suis resté un adolescent ».

 

Je me mis à sourire un peu. Il fallait que je me change, que je prenne une douche et que je me fasse mes œufs brouillés et mon bacon à l'américaine...

La gravité avait changé, un peu comme si l'on avait posé sur mes genoux, durant des heures, des sacs de ce sable sucré qui m'avait servi à la recouvrir. Son linceul terreux, la baderne tassée pour attendrir sa disparition.

 

Bon an mal an, j'étais parvenu à m'assoupir devant des rediffusions de matchs de Baseball. Les Oldstars contre les Reds Tigers. Quelque chose comme ça. L’œil torve, puis la paupière collée, je m'en allais dans la rivière de salive, les mains bétonnées dans les poches quand Daddy, sorti de sa torpeur d'ivre mort, me secoua violemment, les iris rouges comme des lasers: « Tu devrais savoir que l'président des amerloques, il a des gardes du corps reptiliens. Avec internet, on le sait ça maintenant. Avec Wikileaks, on le sait, on sait que les chinois aussi ont des E.T. reptiliens à leur service HEIN?!! TU COMPRENDS ça?! Alors les mecs là, je sais d'où ils viennent. Ils veulent tout! ILS VEULENT TOUT ».

 

J'étais mort de trouille. Il fit demi-tour, mais se retourna encore une fois, pointant son doigt inquisiteur sur moi:

 

« T'as pas intérêt à te mettre de leur côté, sinon tu vas voir. Pense bien à ta sœur... Oh putain... »

 

Il tituba, cogna violemment son arcade au coin de la porte. Un pétard de sang gicla, mais il continua à marcher jusqu'à la chambre pour se vautrer de nouveau dans son plumard.

 

« J'anxiais » tellement, du milieu de la nuit au petit matin, les mains serrées autour de canettes fraîches de Fanta Orange. La télé défilait dans mes clignements de fatigue. C'était une chambre de motel avec la télé carrée, c'était une cabine de semi-remorque avec l'homme-boucle-d'oreilles-et-tatouages, c'était la chambre rose des putes shemales vues revues assassinées sur des films « streaminguisés », c'était l'aphrodisiaque, la torpeur sur la moquette à la pisse, l'angoisse jusqu'au petit matin, jusqu'au moment où il arriverait en boitant, la paluche sur le front, l’œil droit ouvert, l’œil gauche fermé coquard par la cuite, et sa queue pendante, sa façon de traîner à poil sans gêne, gesticulant ses testicules de droite à gauche et la pendule qui indiquerait sans doute six heures... Il ne resterait que peu de temps pour se décider avant que les hommes aux os visibles ne reviennent avec le contrat.

 

Torché, taché, dégueulasse. Je restai assis derrière la fenêtre et fixai la tombe qui se situait à quelques mètres de la route. C'est étonnant comme la mort des proches est quelque chose d'irréel, un peu comme si le cerveau lessivait le présent. Je passai mon index sur la crasse de la vitre. Je dessinai une bite avec des poils larges comme mon ongle sur les testicules. Le doigt tremblait, l'avant-bras aussi. L'angoisse se manifestait de cette manière. En moi, il n'y avait que les pensées cotonneuses d'un esprit nuit blanche. Je l'entendais ronfler et péter de loin. Tout était encore serein. La télé en sourdine. La paume fraiche de la main gauche sur la « boudine ».

 

Avec son poireau sur le visage, j'avais envie de lui casser les os de la mâchoire. Le chat miaula. Sa litière n'avait pas été changée depuis trois jours. Ça sentait même avec les narines dans la flûte de mousseux.

 

De belles choses dans ses mains. Je pensais à des salades avec un peu de curry en poudre, des soins impeccables des ongles. Ongles des doigts de pieds jaillissant de ses tongues en cuir noir. Manucuré, et dents blanchies, et le gros casque crème Sony sur les oreilles, Aphex Twin hurlant, sorte de gouine-homme de la musique électronique. Derrière eux, le North-West montrait ses muscles, les vents redoublant de violence sur notre gourbi. Daddy-skin gonfla le torse, puis expira, proposa des Buds mais cette fois, la réponse fut sans appel:

 

« Nous boirons après avoir conclu ».

 

J'avais un peu peur d'avoir rangé mes mains là où il ne fallait pas. Elles étaient moites, glissaient comme du savon, gesticulaient, petits saucisses visqueuses, dans le tissu fin de ma poche touillée en Chine. Les types étaient moins conviviaux que la veille. J'avais peur qu'ils aient vu ce que je faisais la nuit, petit loup-gourou râleur retournant la terre.

 

Ils avaient amené une boîte de gésiers du Sud-ouest parce qu'il leur avait dit qu'il aimait les abats. Ces tordus étaient des rusés. Je les « lynxais » sans cligner, je les avais en joug, jubilant à l'idée de leur faire pisser le sang. Je n'osais pas. Je laissais faire. Cette enfilade de types adultes et musclés m'impressionnait, « m'homosexualisait » presque tant c'était puissant, sec comme la violence. C'était la promesse d'une séance sensuelle d'accolades viriles à la croque-moi la carotide.

 

 

Bribes-extraits du roman en cours d'écriture « La Diaspora des derniers jours/Un homme clitoridien ».

 

Andy Vérol

Publié par hirsute à 20:41:28 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

Des cendres jailliront des poignées de mains | 16 mai 2013

©Photo de Yentel Sanstitre

 

Elle était effrayante avec ses photos d'oiseaux dans sa chambre, ses livres accumulés sur la table de nuit pendant que son mec se bourrait la gueule dans le salon, matant des films porno et se disant: "Mais putain, pourquoi elle ne s'apprête plus comme au début?". La nuit était épaisse comme du pétrole, les crises s'enchaînaient et lorsqu'elle sut qu'il allait "voir ailleurs", elle n'eut d'autre choix que de venir se réfugier quelques jours chez Daddy. Mauvaise pioche. Je lui caressai les cheveux en lui disant que je ne pouvais rien faire pour elle. Ma sœur avait perdu toute sa prétention de femme cultivée de gauche. Elle était un animal déchiré.


A qui voulait-il demander une rançon? Il était sinueux, le corps encombré par ses muscles travaillés dans la salle de sport de fortune. "On va demander que 500 000 euros! On verra! On baissera si y faut! Comme ça on pourra se sortir d'ce merdier et s'trouver un coin à nous qui pue pas, qui sent bon, où y'a des bons matelas, des écrans plats, une baignoire, putain une baignoire avec de l'eau chaude et pas jaune". J'acquiesçai en essayant de ne pas imprimer mon scepticisme sur ma face.


Des cendres jailliront des poignées de mains. Pour l'instant on prépare l'incendie et on fabrique l'usine à moignons...


Crevé, torturé. Les tristes mains de ce mec, figées, raides. Ce mec, cette fille habillée en mec, cette fille redessinée par Daddy, une brusque et une ultime crise. Joli lot limité à deux m² de terre dure, criblée de cailloux blancs brillants, beaux comme des boutons mûrs sur la peau d'une aguicheuse... Tiens.


Tiens, elle était gaulée comme un nourrisson laissé à l'abandon dans les gravats d'un immeuble effondré. Je pensai au lait en poudre. Quelle idée de transformer du lait en poudre...


Le sable était presque sucré, ... Il me disait d'accélérer pendant qu'il surveillait la route. J'osai: "Mais on aurait du la foutre plus loin". Il m'ordonna de fermer ma gueule. Je balançais les pelletés de terre sèche sur cette silhouette comme constituée par des milliers d'épingles.


Le cagnard cognait sur ma nuque, m'obligeant à me courber exagérément et à subir le poids de la pelle chargée de terre. "Putain, laisse-tomber, viens-là, viens on rentre!". La trouille chevillée au sternum et à l'abdomen, je me mis à courir mollement, les muscles ankylosés. Il lui restait encore les cuisses, les genoux, les bras et les mains jointes sur le ventre encore visible, grisés par la poussière. C'était foutu, définitivement foutu. J'entrai sans la station à la suite de Daddy. Deux voitures s'approchaient. Noires. Lumineuses, ondulant dans l'air brûlant dansant au-dessus du macadam.


J'ouvris mon livre sur les chutes de météorites. Il n'y avait plus de connexion internet, plus d'eau chaude et des coupures d'électricité à longueur de journée. "On va se transformer en fleurs du désert, comme ça, plus personne pourra nous attraper". Il puait l'alcool à dix mètres à la ronde. Ses dents pourries de devant sortaient exagérément, comme expulsées de sa vieille bouche par un rire du diable. "Ils avancent pas vite. C'est des américaines genre que le FBI a pour faire des enquêtes". Il parlait des voitures qui, effectivement, ne cessaient plus d'être à l'approche.


"Putain qu'est-c'qui foutent ces trous d'balle?!". C'était vrai qu'ils n'en finissaient pas d'arriver. Nous ne savions pas s'ils allaient s'arrêter ou continuer leur chemin vers l'immense ouest. Mes mains tremblaient. Je buvais un lait fraise à la paille. Le frigo faisait un bruit de pétrolette. La soute à stress était pleine. J'étais dans le sous-bois, vautré dans un tapis d'épingles. J'allais mourir de peur. "Merde, ils ralentissent. On est bon gamin".


C'est vrai que cette sorte de poubelle à ciel ouvert où nous vivions aurait du dissuader les passants de s'arrêter. Une roue campait à l'entrée de ma chambre. Un type avait laissé un tuyau luisant de cambouis entre le sèche-linge et le buffet Ikéa connard.



Il y avait un documentaire sur un crime sordide à la télé. Bellemare cadençait l'histoire. Ses lèvres étaient sèches. Il en vint à faire le détail des blessures d'une jeune femme mutilée par l'un des membres de sa famille. Il ne faisait plus aucun doute que les deux voitures venaient nous rendre visites. Les graviers du parking désaffecté crépitèrent sous les pneus des berlines. De belles américaines noires aux vitres teintées. Un temps, je tutoyai l'extase, celle qui vous saisit durant la seconde précédant l'action.


"Cette salope était avec un chinetoque, y sont partout, ils veulent nous détruire, ils vont nous humilier, ils vont nous baiser, moi j'te dis, ils peuvent venir, j'les attends, j'les défoncerai". J'avais peur aussi. On nous canardait toute la journée d'infos sur le déclin, sur la mort de tous les européens, de la culture, de tout. Deux types en jean chemise baskets casquettes sortirent de la première voiture. Avec le soleil à leurs dos, nous ne distinguions pas leurs visages. Les vitres étaient sales, tellement sales qu'elles sentaient mauvais. Daddy trafiqua dans sa poche à la recherche, sans doute, d'un glaive imaginaire. Il ne savait plus sur quel pied danser. Je sentais qu'il avait le nourrain gargouillant et le nerf surchargé d'électricité.


J'écoutais Curtis sous la couette, la nuit, en cachette. Si Daddy m'avait surpris, il m'aurait foutu la raclée de ma vie.


Ils chuchotaient fort (comme l'enfant qui te demande si tu dors): "Il est bleu ce petit, regarde comme il est bleu". Daddy tardait à prendre des Bud. J'avais peur qu'il revienne avec le fusil et qu'il les abatte sans réfléchir. J'entendis qu'il fouillait. Eux me regardaient en coin avec l'air coquin des femmes sexuelles des VHS de Daddy. "Regarde qu'il est bleu te dis-je". Ils riaient. "Comment tu t'appelles toi?". Je bredouillai mon prénom. Une prière dans la tête, je ne savais que faire. Le mur était mon tuteur. Leurs langues léchaient leurs babines. "Il est bleu, il a peur te dis-je".


Tiens, ils avaient des têtes sans peau, leurs cages crâniennes étaient parfaitement visibles. Ils me souriaient toujours. Ils avaient des couronnes en plomb dans le fond de la bouche.


Ça n'était pas dans ses habitudes. Il avait mis quatre canettes de bière sur un plateau ainsi qu'une coupelle de cacahuètes grillées. Des yeux, il m'ordonna de virer le bordel de la table basse: des cadavres de bouteilles de vinasse, des papiers administratifs tachés de café, des magazines de gonzesses à poil et de sports de combat. Il déposa le plateau et tendit une bouteille à chacun, sans verre....... Il n'avait pas l'habitude de recevoir, mais ce qui m'étonnait, c'était qu'il n'ait même pas décidé de les mettre dehors, un coup de gros sel dans le cul.


"Alors Messieurs, je peux faire quoi pour vous?

- Nous cherchons une issue. Votre propriété est un formidable lieu. C'est magique.

- C'est une vieille station abandonnée. y'a tout à r'faire ici. Vous venez d'où?

- De Diurne. Là-bas, ça se complique.

- Ah?

- Oui, les chinois et les arabes ont tout accaparé. Nous cherchons de nouvelles issues.

- Ouais, faut bien bouffer".

Le plus petit avait les os plus larges que son partenaire. Je voyais son tibia sillonner à l'intérieur de son pantalon. Il avait sans doute eu une fracture mal réparée car une bosse importante déformait l'os en son milieu.


La sœur cuisait à moitié dans son trou pendant qu'ils s'envoyaient des bières fraiches. Daddy la jouait stratège, le palpitant tuné à l'angoisse, la ligne de vie rétrécie par la pétoche. Je n'étais pas mieux, triturant une boule de papier mâché par un passage dans la machine à laver.


Je crus entendre "on lui fait l'amour à l'endroit puis à l'envers, on lui range les bourses, on lui teint les cheveux". Les tympans coton, je m'excusai et déguerpis dans le couloir avant de me ruer dans les chiottes, toute bouche ouverte prête à recracher l'intégralité de mes boyaux sueurs, mes boyaux senteurs, mes boyaux tuyaux claqués usés.


Sa cuillère de café, qu'il ne lavait jamais, était carrée dans sa bouche. Il écoutait les types comme s'ils étaient dignes d'intérêt. "On a besoin de filmer les lieux pour le présenter à nos financiers. Mais il faut que vous restiez discret. Pas question que les chinois, les indiens ou les allemands viennent nous piquer le marché. Nous ferons des forages pendant quelques mois et bien sûr, vous serez largement rémunéré. Disons qu'on vous paiera un loyer qui pourra vous assurer un bel avenir". Il passa sa langue sur la croûte marron formée par le café séché. Il chiquait la crasse avec délectation.


Les traces timides de mes pas étaient là, formant des taudis de crêpes de sable en forme de semelles, celles de mes baskets. "On verra bien si ça suit la logistique. Dans l'immédiat, allons nous installer dans le désert, tous les quatre et faisons une photo". J'en avais oublié l'autre voiture qui attendait. Fenêtre teintée, moteur en marche, garée dans l'ombre de l'ex atelier des mécanos.


Des UFO humains. Des vents spectraux.


Je me vautrais dans la fange virtuelle, croupissant dans la famine sentimentale et sexuelle de filles idiotes. Daddy donnait de sa personne pour soutenir les gros lards du catch américain. Il déclenchait des guerres sur le canapé, promettant l'enfer aux bastonneurs ennemis qui ratatinaient ses idoles. Pendant ce temps, je pianotais sur mon phone, ensorcelant l'hémisphère sentimental de ces ingénues du bout du monde, déclenchant leur fureur hormonale. Les folles. Daddy remarquait mon air dudule de jeune chasseur: "Arrête avec ces conneries! Les meufs, c'est dans la rue qu'on les chope". Il y avait une route, pas une rue. Il y avait une route et pas de maisons. Il y avait le désert, les bagnoles rares qui passaient. Il y avait ses cuisses musclées, la promiscuité pré-incestueuse. Il y avait tout sauf des filles à pécho.


Tout le monde courbait l'échine dans l'entreprise. Soudain, ils arrondissaient les angles, acceptaient toutes les concessions pour garder leur chemin lisse de salariés, subordonnés à l'enfer du quotidien, trimeux lâches, gueulards en périphérie, roublards en face à face. Je passais le balais, la serpillière, je vidais leurs corbeilles à papier, passais un coup d'éponge sur leurs bureaux. Tous étaient tendus par les nerfs, ligotés à leurs écrans, leurs dossiers, leurs combinés. J'avais une liberté qu'ils n'avaient pas: j'étais intérimaire, éphémère, invisible, j'étais démuni, grotesque à leurs yeux. Les pires étaient ceux qui jouaient aux sympas, qui mimaient l'humanité. S'ils avaient été ce qu'ils prétendaient être, ils m'auraient donné une part de leur becquetance de subordonnés, soldats de la Machine, chiens baveux du grand chenil.


 

Bribes-extraits du roman en cours d'écriture "La Diaspora des derniers jours/Un homme clitoridien".

Andy Vérol

 

Publié par hirsute à 22:04:33 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

Ses seins ufologiques. Son pubis ovniaque. Ses yeux Alienés | 04 mai 2013

Je voulais faire l'amour avec quelques murs démolis, encore, curer entre les dents les briques, et m'infiltrer. Je voulais m'effacer pour que ça n'empire pas, que cela cesse. J'étais tiraillé entre la sœur soudaine et le daddy répétitif. Qu'avais-je fait pour que ma vie soit une telle impasse puante, un temps stagnant dans la serviette mouillée sueur de leur haine réciproque ?

 

Dans la boîte aux lettres, ils m'avaient envoyé une lettre pour me dire que j'étais condamné à vivre dans leur congélateur...

 

Le docteur ouvrit son bide, en sortit ses boyaux brillants et les balança sur le bureau.

 

«Vous voyez ça? Ce sont mes intestins. Et ces intestins, voyez-vous, ils sont perclus de métastases. Alors vous savez quoi? Votre rhume, votre dépression et vos lamentations concernant les coups portés par votre père, vous pouvez vous les foutre au cul! »

 

Qui aurait accepté de redevenir l'esclave usiné que furent les grands-parents? Qui aurait voulu se présenter chaque matin devant la porte de la fabrique pour gagner sa pitance quotidienne? Daddy n'en voulait pas, trop heureux de palper son RSA, bouffer gras/sucre amerloque, mater son catch, bricoler ses poubelles Mustang 60'/70' et se beurrer la gueule en regardant le grand désert d'en-face. Ça ne l'empêchait pas de réclamer des barrières douanières et « qu'on refoute ces feignasses de français au travail au lieu d'le donner à ces saloperies d'bougnoules »... Le drapeau pendouillait comme une bite molle sur le fronton de notre ghetto de spectres.

 

Sa laideur était sa beauté. Sa face taillée au couteau lui donnait un charisme tel que l'on ne pouvait que se laisser envoûter. Dans la symétrie ou dissymétrie d'un visage, on pouvait entendre la musique qui en sortirait.

 

Je n'avais pas à essayer d'entrer dans la peau d'un criminel en puissance: il était dans ma propre chair, dans mes cellules, dans mon ADN. Il était logé là, partout, quelque part, nulle part, sorte de muezzin des ténèbres qui lançait chroniquement l'appel à la destruction. Seule l'écriture m'offrait la possibilité d'en faire une richesse, un monde, une guerre menée à la vue de tous.

 

Nous étions juste houspillés par la guerre que se livraient l'intérieur et l'extérieur de soi. C'était un luxe ça, surtout quand tu n'avais pas ton bol de bouillie à chercher chaque jour.

 

Après s'être regardé un documentaire sur les Aston Martin de James Bond et un autre sur les UFO, je vis Daddy bouffer une boîte de choucroute froide avec les doigts. Ma sœur était enfermée dans la chambre d'amis et faisait des petits bruits d'archéologue de tiroirs...

 

Sa pastille Vichy sous la langue, il semblait s'apaiser, laissant son appareil génital et gélifié en paix, regardant avec l’œil trouble des programmes sur la pêche en eau vive. En l'espace de quelques minutes, il en devenait presque rassurant.

 

« Moi je sais que Jésus et Mahommet, ces petits bonimenteurs qu'ont fait fortune, c'est rien à côté de moi et ma Nation! Tu vois ma fille, ici, c'est ma Nation et toi t'es une étrangère. Et tu sais c'que je fais à l'étranger moi?! ».

 

Il frappait violemment sur la porte au point de la faire trembler. Elle hurlait derrière, l'implorait de la laisser tranquille.

Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé. Strabisme divergent de la perception dans un environnement virtualisé.

 

Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre Petit pilleur de mes tombes pour se bâtir un trône fabriqué avec la merde de mon cadavre.

 

Certains murs, surtout ceux de l'arrière, avaient été rafistolés avec des planches de bois qui laissaient passer l'air, le sable charrié par le Zéphyr. Ça se foutait partout, dans le café au lait et ses croûtons de pain, sur les cendriers, la toile cirée, le tissu usé marron du canapé, les grains de beauté se muant en crabe, les poils des guibolles, les rigoles encombrées de crasse, le carrelage historiquement noir, présentement terre, ... partout. Absolument partout... Je passais ma langue sur la façade de mes dents de devant et des grains de sable minuscules se ruaient contre l'émail de mes molaires encore solides.

 

Il n'y a pas de dénouement pour la salive qui forme un lac croupissant sous la langue.

 

Ses seins « ufologiques ». Son pubis « ovniaque ». Ses yeux « Alienés ». Sur le matelas taché de pisse, ma sœur allongée sur le dos et maintenue fermement par Daddy le corps sudation le muscle cuivré.

 

Bribes-extraits du roman en cours d'écriture "La Diaspora des derniers jours/Un homme clitoridien".

 

Andy Vérol

 

Publié par hirsute à 19:53:12 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

L'impunité est la banque, le réseau d'amis, la drague hardcore en fake derrière un écran | 27 avril 2013

©Photo de Yentel Sanstitre


« Vous êtes un peu trop virulent pour rien, parfois »... C'était le psychiatre qui lui dit ça avant qu’il lui mette une beigne... J'avais fait une fille en Lego allongée sur le canapé que j'avais cassée en tentant de la câliner. La nuit je reniflais, et le jour, je toussais du sable.
« Il est là dans son coin, il dit rien, il devient rouge comme une tomate dès qu'on lui parle à c'te gamin-là. Il a même pas les mains sales, pas un seul pète aux guiboles. Il est propre, sage comme une image… » Puis il fermait la porte de ma cage et s'en allait avec la pute, la paluche large logé sur ses fesses obèses.
On pouvait dire du mal de Daddy, le jeter au fond d’un tiroir, l’insulter, lui promettre l’enfer, mais il n’avait jamais fait une seule tache sur la peinture de sa voiture ou le drapeau français qui bernait à l’entrée de la station. Car L'impunité est la mégapole, est l'entassement, l'acculturation par le béton, les écrans, les vices rentrés dans les murs par les lois, par l'indifférence... L'impunité est le village, la vieille qui reluque derrière le rideau, la « bonne femme » qui joue le corbeau, les sourires de façade, les conversations « pluie et beau temps et c'était mieux avant ». L'impunité est le salarié, son sonnant et trébuchant qui choie sur son compte en banque. L'impunité est la banque, le réseau d'amis, la drague hardcore en fake derrière un écran. L'impunité est le réseau routier, ferroviaire, les lois sécuritaires, la justice à dix niveaux hiérarchisant les races, les sexes, les pauvres et les riches devant un juge, a jeun, il ne répond de rien, assomme l'en-face, le réduit en poudre, lui indique le chemin de la déchetterie. L'impunité est l'homme de télé, celui de pouvoir, celui de « l'info ». L'impunité est celui qui l'envie, qui l'admire en cachette à l'instar de l'homophobe qui se paluche en secret devant mec qui se fait sucer par un shemale en streaming. L'impunité est celui qui parle au nom de Dieu, qui assène quand il enseigne. L'impunité est la quête de bonheur, d'amour qui laisse le droit à chacun de se foutre du bonheur des autres, de chercher le sien, de se gaver soi, de se plaindre, de se raconter sur les réseaux dits sociaux... L'impunité, c'est l'illusion d'être immortel, de contrôler, de tenir à pleine main son existence...
Les gardiens du temple partouzent consanguins dans la fange...
Dire la sœur, son sein esprit, sa vulve interdite, le Daddy qui préparait le pire en lui servant une nouvelle louche de purée Mousseline. Truquer aussi ses expressions de visage. Mais ça, Daddy ne savait pas faire, plus prompt à mimer les méchants du catch qu'à jouer le père avenant à la main coulissant sur la nuque fraîche de sa progéniture. Un temps, il se cura les dents puis il proposa de la servir de nouveau.
« Non, papa, là, franchement, j'en ai assez ».
N'écoutant que son entêtement, il lui servit une nouvelle louche deMousseline. Ses yeux étaient devenus d'un noir caverneux, un de ces lieux où le monstre sans formes et pleins de poils laineux attendait, la graisse plaquée aux côtes, pour engloutir l'enfant neuneu tordu en arrière par un cartable Superman. Daddy attendait qu'elle sorte les pics de sa fourchette qui baignait dans la purée industrielle. Elle céda, la souleva et absorba la diarrhée blanche avec une moue de dégoût. Clashé, je faisais tourner un dé entre mes doigts sous la table, entre le bois et le doux du dessous de la toile cirée.
« Ça se voit tout de suite quand une femme est chaude, elle a un regard d'huître! ».
Il s'esclaffa de rire, prit sa paire de burnes à pleine main à en chiffonner son short Adidas puis il alla dans le salon, se vautrer dans le canapé devant la télé hurlant les commentaires crétins d'un amerloque pro des matchs de boxe anglaise. Ma sœur était au bord des larmes. Encore sous le choc, elle enchaînait mollement les cuillerées de Mousseline, vaseline buccale pour mieux faire pénétrer un cancer.
Bribes-extraits du roman en cours d'écriture "La Diaspora des derniers jours/Un homme clitoridien".
Andy Vérol

Publié par hirsute à 08:34:25 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

Le sol sueur d'un bunker | 18 avril 2013

©Photo de Yentel Sanstitre

 

 

On te fournit le déclin avec le kit main libre, le métissage foiré, le terroir à l'azote, une centralisation des névroses, un désir de draps salis par le foutre... Le monde se divise en deux catégories: ceux qui ont un pistolet à eau, et ceux qui gonflent les ballons de baudruches. Toi... tu gonfles les ballons...

 

La démesure du chuchotement malsain d'un gamin traînant près de l'oreille, toutes les nuits, faisant craquer le parquet avec ses pieds menus. Des habitations abandonnées au bord de routes empruntées par quelques vents chauds et des plaies d...e corps des représentants de la Diaspora des derniers jours.

 

Le vent chargé de sable fouettait la station hors-service. Il se balançait sur son rocking-chair, un chapeau de feutre rabattu sur le front, une pipe en bois vernis dans la bouche, un Polo London Styl, un Jean Loïs bleu marine usé naturellement et des docs coquées bordeaux à lacets blancs. Une Mustang jaune jaillit au loin. Il plissa les yeux pour reconnaître l'américaine, soulevant son chapeau avec le pouce droit, la bouche s'entrouvrant, la pipe pendouillant collée à sa lèvre inférieure.

 

« Oh putain d'enculé que c'est bon ça! »

 

La bagnole ralentit et s'engagea dans sous l'abri qui couvrait les pompes à essence désaffectées. Daddy était debout, subjugué, paralysé d'admiration pour cette Ford Mustang impeccable sortie des années 60.

 

« Ben mon salopard ».

 

Deux tonnes de tics sous les yeux lui donnaient un air de victime de Ken le Survivant juste avant l'explosion de sa grosse gueule.

 

Comme il y avait de plus en plus d'écrivains et de moins en moins de lecteurs... De plus en plus d'humains et de moins en moins d'animaux... De plus en plus d'écrans et de moins en moins d'yeux ouverts, je me disais que Daddy avait raison, ruiné par sa connerie, spongieux, venimeux, mou comme son vieux fauteuil de pupille de la déception...

 

Toutes ses journées étaient consacrées à la recherche de pièces de bagnole sur le net, au visionnement de films crades vintages, à l'ingurgitation de Hotdogs de pain mou, de moutarde en tube et de saucisses ECO+. Il n'en oubliait jamais la France, postillonnant sur le poste de télé, pointant de l'ongle « tous ces pédés du showbiz » avant de s'enfiler des rasades de vin blanc « comme les merloques et leur whisky dégueulasse... »

 

Il galérait pour payer sa facture d'eau et le changement de ses plaquettes de freins sur sa poubelle et pourtant, voir ce bourgeois fraudeur expiant ses péchés sur une chaîne de télé, lui arracha une larme. Il était comme ça, bleu, bileux, il était chagriné, décoré de la médaille du Que-Dalle, mais là lui lunait en zyeutant ce grand bonhomme tombé dans le gouffre. La chambre de Motel puait la sueur du précédent client, la lampe de chevet ne marchait pas, un routier baisait bruyamment une pute dans la chambre d'à-côté, sa rotule lui faisait mal, mais lui, oui, tiens, lui, il lâchait sa grosse larme en écoutant un gros con.

 

En regardant les films avec les mecs qui pissaient le sang et qui trouvaient encore le moyen de se dire des trucs sentimentalo-amicaux avant de crever dans leurs plaies, j'avais peur, je me sentais lâche, je voulais être comme eux et dire à l'ami alors que mon bras pendait comme un vieux drap spongieux:

 

« Joe... Me laisse...pas... tu étais... »

 

Et je mimais la bouche grande ouverte se vidant de la vie sur le sol sueur d'un bunker... L'acier froissé entassé dans les casses était les vergetures répugnantes. Les plastiques déformés calés dans nos bides étaient les piles d'ordures blotties contre les axes bitumés... Ils me glaçaient, mettaient en danger ma vie, celle des rares proches qui me restaient et ma santé mentale. Ils parlaient de pureté comme on poignarde un enfant en bas-âge, ils revendiquaient fièrement un passé qui ne disait qu'une seule chose: vous n'êtes que des immondes rats dégénérés, des bâtards infects méritant la souffrance et la mort. C'est lorsqu'ils me tabassèrent un soir, dans une rue parisienne, que j'ai prié Dieu, pour la première fois, afin qu'il écourte ma vie...

 

Je baisai son soutien-gorge comme une bête folle, allongé sur le ventre sur le matelas de son lit abandonné. C'est tout ce qu'elle avait laissé dans la maison (et une boîte de confit de canard du Sud-Ouest).

 

J'avais le dedans d'un couillon malade de peur à l'approche des gens, des filles, des plus grands, dans un corps de brute, de bête, de bodybuilder sans poil au regard dur... Mon narcissisme de dépressif (mes ancêtres avaient péri dans des guerres, des mines, des épidémies) m'amenait à coller des photos, les aligner sur le mur, jour après jour, dans un jubilatoire besoin de regarder naître les rides: comme flirter avec le temps, lui enquiller un gros gode-ceinture dans l'cul, et ruminer un chewing-gum chlorophylle en massant délicatement mes burnes. L'odeur des draps sales étaient âcres comme l'eau croupie de la baignoire.

 

Plongé dans les mots de Bram Stoker, je ne me rendis pas compte immédiatement de la disparition de ma sœur, son cul, ses gros seins, ses idées de gauche et son look qui hésitait entre l'alter mondialisme et le désir de faire bander des musclés en Marcel chevauchant des Harley. C'était ce genre de fille qui aimait dormir à côté du garçon, pas avec le garçon dedans, qui cachait toujours des montagnes de viols, de vitres pétées par l'inceste, qui n'en faisait pas des livres comme Angot mais qui rangeaient ses psychoses dans l'autre comme on gare sa bagnole au garage.

 

Délaissant la bagnole sur le parking, je m'installais dans les toilettes sales en inox de l'aire d'autoroute, et je humais les odeurs de pisse des hommes précédents en me branlant. Martyrisé au vinaigre, c'te nègre, c'te mouche moulinait des bras façon efféminée en pleine soirée « Toupet la chic à rouste dedans ». Il s'enfilait des vodkas sans cesse, parlait de politique fiction, grignotait les ongles de pieds de sa maman lorsqu'elle dormait, du haut de ses un mètre soixante et de ses trente et un ans.

 

Mon caddie « fluidait » dans les allées principales. Je tâtais des tissus si doux de boxers si moulants, je prenais soin de séparer les pommes cabossées de celles qui étaient luisantes et nettes comme un sous neuf, je regardais les dames, les « clin-d'oeillais » en mimant l'oiseau qui tentait de s'envoler, je sentais la choucroute chaude touillée par une grosse blonde joviale déguisée en Lepen bavaroise..., je roulais les R en parlant vinasse avec le nez rougeaud de l'œnologue au rabais... J'admirais les néons, les promotions, les culs moulés de quelques femmes voilées, je touchais les fromages et je calculais sans cesse. J'étais presque heureux, à bord de l'aéronef d'abondance, je me violaçais de plaisir les coudes posés sur la barre ferme du caddie, j'avais des envies, de l'appétit, des pensées légères, j'étais... en enfer...

 

Il me prit dans ses bras, me serra jusqu'à l'étouffement, son bide et son sexe démesuré écrasés contre moi.

 

« Tu as tellement grandi. Ton papa était mon plus grand ami. Maintenant, je vais m'occuper de toi ».

 

Il m'effrayait. Je n'avais aucun souvenir de ce type chauve, flasque à l'œil gluant. Un pull à rayures, il attendait son tour à la caisse. Des chaussures bateau, un pantalon en velours avec ourlets laissant les poils chevilles jaillir. Il empruntait la route du soleil, mais je savais, et voyais au travers de ses tissus, qu'il était un féroce guerrier tout gonflé de muscles sueurs, de veines dehors, de doigts solides transperçant la peau de l'ennemi à l'instar d'une pince en acier, l'assiette était presque propre, j'achevai de la nettoyer à coups de langue.

 

Donnez-vous la peine de trébucher sur son corps, ce « viandard spermeux » mollissant dans la fange sociale. Donnez-vous la peine d'enfiler des perles d'amer dans son gosier et ne lui dite plus jamais qu'il fut mon père.

 

Bribes-extraits du roman en cours d'écriture "La Diaspora des derniers jours/Un homme clitoridien".

 

Andy Vérol
 

Publié par hirsute à 12:49:28 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

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