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Andy Vérol - N'est pas ton ami

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Présentation

 


Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/ 


 



Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


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Du chômage, des coups et des cris étouffés… | 21 juillet 2009

Le travail salarié est une façon simple et efficace d’infantiliser les citoyens. Sitôt déchus de son statut de salarié, l’individu devient un demandeur d’emploi (Alors qu’on réserve ce terme, en économie, à l’employeur, c'est-à-dire l’entreprise, l’association ou la collectivité publique), un chômeur - plus vulgairement - et se voit jeté dans l’existence et le marché du travail sans aucune arme, sans plus aucune capacité à se prendre en main.

 

Parce que le drame de notre belle époque réside-là. Pour ceux qui ont toujours galérés, qui ont vécu dans des zones, qui connaissent l’exclusion sociale, les choses paraissent parfois moins compliquées que pour un ingénieur, un  responsable de projet ou encore une secrétaire polyvalente. Sans aucune capacité réelle à décider de leur destin, certains s’enferment dans la complainte, la dépression, la colère, pire, dans la logique de chasse aux boucs émissaires…

 

Sébastien est dans ce cas-là. Il vient simplement de casser le crâne d’une conseillère à l’emploi qui sortait de son boulot… Il bave, a du mal à déglutir, respire fort, et avec quelques éclairs de lucidité, il sent la trouille lui durcir l’estomac, contracter ses intestins. A 31 ans, il sent qu’il vient de signer son arrêt d’existence…

 

En traversant le centre commercial Parly 2, il se rend parfaitement compte que les gens le reluquent. Il est sale, boueux, parce qu’il s’est roulé par terre avec sa victime avant de la fracasser. Son cœur bat fort, puis ralentit, puis accélère de nouveau. Il a parfois des débuts d’érections, et urine par à-coups dans son pantalon noir marque Levi’s qu’il s’était payé avec ses indemnités de licenciement.

 

Il bossait chez Alcatel jusqu’en novembre 2008. Il occupait un poste d’agent de maintenance informatique, payé 2230 euros brut par mois plus les avantages du type mutuelle, comité d’entreprise et autres réjouissances. Cela faisait  six ans qu’il occupait cette fonction et s’entendait bien avec ses collègues. Pour l’essentiel, ses relations avec ceux avec qui il bossait se cantonnaient à tous les clichés rébarbatifs liés au statut de salarié de grande entreprise : grosses blagues, copinages dans les pubs le soir, histoires de cul pathétiques, petites guéguerres sous-jacentes pour bouffer la prime au mérite, etc. Conversations insipides, résumés de séjour au retour de congés, discussion sur les actualités « t’as vu encore un crash d’avion, c’est de pire en pire », « encore un violeur récidiviste qu’on a libéré ».

 

La belle vie pour Sébastien qui avait des horaires, un revenu régulier pour payer ses crédits immobilier et automobile, qui avait une fiche de poste claire, des habitudes, des certitudes sur le travail, sur la vie, sur le bien, le mal…

 

Quand le DRH lui a notifié son licenciement, il a été surpris, un peu vexé, mais il était confiant. Avec un dispositif financier avantageux pour les licenciés économiques et son parcours de formation et professionnel, il retrouverait vite un emploi.

 

Donc, quand en décembre 2008, il annonça à Julie, sa meuf, qu’ils allaient se barrer quinze jours à Bali pour profiter de cette période de répit, celle-ci devint blême et lui demanda de retrouver rapidement un taf. Ce qu’il ne fit pas.

 

Un matin, le lendemain d’une énième soirée d’engueulade (Elle avait été licenciée à son tour le 17 décembre 2008), il lui apporta le petit déjeuner au lit, une rose et deux billets d’avion pour New York New York, la Grosse Pomme, son gros musée d’Art contemporain, ses sirènes de flicaille et son trou béant ground zero tout le tralala…

 

Elle souriait et se dit qu’après tout, ça leur ferait du bien, qu’ils se lanceraient à fond dans leur nouvelle vie, à leur retour…

 

Il n’y a pas plus con qu’un européen qui voyageait à NY. Les visites, les marches forcées pour mater tout ce que cette ville peut offrir pour en mettre plein la vue. Ça n’avait pas de sens ce séjour. Sébastien était toujours dans sa logique de salarié à la con, avec ses envies de voyages, de « découverte » dans un confort réel… La vie égoïste d’un merdeux occidental.

 

Tous deux baisaient assez peu. Elle n’avait plus tellement envie de ses à-coups. Pour elle, le chômage n’était pas l’occasion de se la couler douce… Bien au contraire. L’image de son mec s’était modifiée en raison de l’espace-temps qui se tordait peu à peu, au fil des jours. Plus de contraintes réelles, plus d’horaires, plus de missions journalières, plus de pression…

 

« Le chômage, c’est comme un saut à l’élastique sans élastique » lui lança un jour Béatrice, la sœur de son con de tonton. Les esprits deviennent tellement flasques dès qu’il s’agit de parler de crise, de maladie, de chomedu mais aussi d’avenir… Ils étaient les prisonniers de leur milieu. Leurs proches qui, eux, avaient encore du travail, qui savaient tout sur tout avec leur « quand on veut on peut », « ceux qui cherchent du travail en trouvent », etc. C’est tellement beau l’entourage quand tu moulines dans la merde et la boue. C’est tellement classe cette pression incessante, ces phrases couperets durant les repas de famille, ces gros clichés sur le « trouver un job », ce fac-similé de pensée sur des destins éventrés par la perte d’un emploi, la désocialisation, le bannissement sourd de ceux contre ceux qui n’ont jamais eu ou qui ont tout perdu.

 

Au retour de NY, Julie ne défit pas ses sacs. Elle les garda bien en mains et décampa chez ses parents, installés, à la retraire dans une grosse maison havraise. Grosse chienne de vie qui consiste à retourner chez ses vieux, remplir le lave-vaisselle, se promener le dimanche, se rappeler papa qui aimait sa grande fille comme la prunelle de ses yeux.

 

Et Sébastien s’accorda le droit de sombrer. Il donnait des gages à sa conseillère à l’emploi en acceptant de participer à des ateliers « CV » ou encore « lettre de motivation ». Il répondait mollement à des offres d’emploi, mais surtout, il « profitait de la vie », en déprimant complètement.

 

Il réalisa qu’il aimait cette fille vraiment quand elle lui dit d’aller se faire mettre et de ne plus jamais l’appeler. Il l’aimait parce qu’elle répondait à son schéma de vie dictée par son éducation de mec de classe moyenne. Elle avait été le rythme, le dessein et le dessin. Elle avait été le frigo plein qui nourrissait son sexe en orgasmes. Elle avait été l’aspirateur, l’idéal, le chemin tout tracé. Elle avait été celle qu’il enlaçait en famille, faisant le branleur « t’as vu qu’elle est belle, parfaite, classique ma gonz’ ? ». Elle avait été la capote anglaise qui le préservait de la réalité. Elle avait été sa femme, sa chose, sa connasse, son vide-nerfs. Il l’aimait. Il se branlait en pensant à elle. Elle, ses nibards, sa chatte, sa façon salope de l’avoir laissée.

 

Il l’appelait en pleine nuit, sur la ligne fixe de chez ses parents. Son père se fâcha un jour : «Tu laisses ma fille tranquille maintenant ou j’appelle les flics pour harcèlement. »

 

Il perdit onze kilos en un mois, se mit à picoler beaucoup et seul. Il devenait le dépressif type, cet être humain pas comme les autres qui fait chier tout le monde.

 

Il voyait les fantômes et s’astiquait le viandeux en vociférant devant son écran plat. Ne se lavait pas, s’astiquait encore, et regardait les fantômes. Il se viandait dans la baignoire et bouffait des boîtes de thon. Il insultait les fantômes et reniflait ses caleçons. Il était bien. Il était vide. Flasque. Il était humain. Plaintif. Isolé, coupé du monde. Il s’en foutait bien du monde. Leur famine, leurs attentats, leurs guerres, leurs crises économiques… Leur planète… En orbite autour de la bouteille, vautré dans une nappe de fumée de shit.

 

A suivre ?

 

Andy Vérol

Publié par hirsute à 11:48:07 dans Andy Verol | Commentaires (3) |

21-07-2009  21:55  21-07-2009 21:55
attendre  De  lilith  Sujet:  attendre
oui ... j'attend , c'est pas un caprice .... juste une petite exaltation ;)) mais déconnes pas hein ! prends soin de toi ! enfin ,je sais pas moi , ça va ?
21-07-2009  21:08  21-07-2009 21:08
Ecrire  De  Andy Vérol  Sujet:  Ecrire Url: [Liens]
J'écrirai encore comme ça Lilith. Mais j'ai besoin de puiser dans mon ventre pour ça... Il faudra encore attendre un peu pour un roman... j'ai plus trop les muscles dans la tête depuis quelques mois...
21-07-2009  20:37  21-07-2009 20:37
plus vrai que vrai ....  De  Lilith  Sujet:  plus vrai que vrai ....
Une réalité , trop classique , hélas ... un thème qui me fait penser à un des romans de Franca , je sais plus le titre mais tu dois savoir toi !et les Cow boys aussi ... "Il l’aimait parce qu’elle répondait à son schéma de vie dictée par son éducation de mec de classe moyenne. Elle avait été le rythme, le dessein et le dessin. Elle avait été le frigo plein qui nourrissait son sexe en orgasmes. Elle avait été l’aspirateur, l’idéal, le chemin tout tracé... " Ce passage est tout simplement ENORME .... il faudrait l'afficher partout , dans les écoles , les maternités , les selfs .... VV c'est un roman en cours ? "Elle avait été celle qu’il enlaçait en famille, faisant le branleur « t’as vu qu’elle est belle, parfaite, classique ma gonz’ ? ». Elle avait été la capote anglaise qui le préservait de la réalité. Elle avait été sa femme, sa chose, sa connasse, son vide-nerfs. Il l’aimait." pffffffffff tout est dit là .... Tu t'en tape mais , ça me fait du bien d'te lire , quand t'écris comme ça ! Continues ... hum ?

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