Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/
Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.
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<< La chasse aux cons a commencé! | Carnet n°7 - 17 décembre 1995. Duno a écrit en vert : « Ne plus épeler le mot « mièvre » une fois défoncé ». | Un bel endroit... >>
J'ai mis plus de deux heures pour retranscrire ce texte de mon frère. Il approchait de la fin. Au fil des mois son écriture s'est métamorphosée. Il tremblait de plus en plus, si bien qu'il devient perturbant de lire.
J'y ai ma chambre. J'y reste, enfermé. Parfois je sors en calbute, descends dans la cuisine, chope un truc froid à becqueter et remonte dans ma chambre géante. Balcon, vu sur les skieurs, sur la station, les versants escarpés de la montagne. De l'eau de vie. Des bières. Des clopes. Une salope, une fois de temps en temps. Coup de fil. « Allo Sofiane... Oui j'suis dans ma chambre ! Non j'sortirai pas ! Dis à la blonde de 18 ans qui s'est pointée ce matin, de monter dans ma chambre. Si elle ne veut pas venir, tu la dégages. Si elle ne vient pas avec des bas, jupe, talons. Tu la vires. » Je ne joue pas la star. J'en suis une. Je n'abuse pas. Je fais ce que tout être puissant a toujours fait.
Dans l'attente de l'enregistrement du nouvel album, nous ne faisons plus ni concerts, ni interviews. Rien. Toujours de la presse people pour faire marcher le mythe rock n'roll sur nos vies de merdeux, et surtout des « escales » à Paris, au label. Jacques est le gros con qui tente de foutre la merde dans ma carrière. Il dirige le label. Ce même label a été racheté par une major qui, bien sûr, demande au label de continuer à jouer la carte « Indépendant » et l'option « Alternative », avec quelques bémols, pourtant. C'est là que Jacques, directeur de gauche, fan des Sex Pistols, des Who et de John Cage qui ne cesse d'encenser les groupes comme Mano Negra tout en se sifflant des barreaux de chaise cubains, en sirotant des Bourbon 50 ans d'âge, en arborant des fringues « punkoïdes » dessinées par des crétins comme Pierre Cardin, ou ce genre de vieux machins de la haute couture. Il s'encanaille aux puces de Saint-Ouen pour s'acheter des jeans 50% moins chers (du genre « je n'oublie pas d'où j'viens »).
Je quitte donc le chalet, une fois de temps en temps, pour écouter les jérémiades de Jacques (Alain, notre manager est toujours planté sur un fauteuil blanc, sur sa droite) sur une éventuelle re-discussion de notre contrat. Il essaie aussi de me booster pour composer les trois derniers morceaux. Nos ventes baissent. Nous sortons de la vague « grunge » qui nous a permis d'émerger en France et en Europe surtout. Un peu au Japon. Les Majors rachètent des tas de label indépendants. Ces labels ont été créés par des jeunes mecs qui veulent secouer l'industrie du disque afin de faire émerger des artistes nouveaux, voire même être les porteurs d'un nouveau message. Les majors sont en embuscade. Ce ne sont que des machines à fric, tout comme les maisons d'édition ou les galeries d'Art. Le but, c'est de faire de l'art un produit de consommation courante... Ce sont les artistes qui ont aussi contribué à ça. On est en quête de gloire, mais on ne crache pas non plus sur un jacuzzi, une télévision énorme et de la bouffe ultra-cher qu'on peut ingérer comme des hamburgers. Avec les doigts, en parlant la bouche ouverte, en se suçant les doigts qui servirent peu de temps avant pour se gratter les couilles.
Jacques est un mec qui parle « cool », qui revendique une forme de façon de vivre entre celle d'un british classieux/fortuné et un keupon hargneux, contestataire, un peu sale dans ses pratiques sexuelles. L'essentiel, pour lui, est de désactiver toute forme de rébellion sérieuse. Ce qui est intéressant pour ce gros merdeux, c'est d'utiliser l'image du révolutionnaire, la cause anarchiste et le côté rentre-dedans et dangereux pour servir le capitalisme le plus brutal.
Si tu donnes aux révoltés, des groupes manifestant une réelle haine pour le monde d'aujourd'hui, tu pourras canaliser leur fureur. Ils pèteront les espaces périphériques et laisseront en l'état les fondations du système assassin qui plombe l'immense majorité des êtres. C'est comme ça qu'on laisse s'organiser des raves à la campagne, mais qu'on envoie des flics à la fin, ou en plein milieu de la nuit. Pour les petits cons révoltés qui fréquentent ces lieux, ça répond exactement à ce pourquoi ils sont là. Le but des capitaliste, qu'ils se prétendent de droite ou de gauche, c'est de transformer tout en fric. Un ado qui veut baiser ses parents va se rapprocher des types vestimentaires que l'on dit « provocateur ». Il écoutera une musique qui, même si c'est de le merde abominable, deviendra l'art premier. Le rave, c'est le dernier truc pour prouver que l'on veut changer le monde et affirmer que ce n'est que de la merde. C'est surtout un truc de blanc d'ailleurs. Pour les noirs, c'est le rap. Je caricature, mais c'est vraiment ça pourtant. Donc les ravers vont faire un tour dans une se ses soirées fétiches.
Un : ils vivent un moment où des artistes totalement libres balancent une techno stéréotypée et brutale dans leurs petites faces. Le dj, contrairement au chanteur de groupe de rock reste anonyme, caché derrière ses platines. Il est évident que ça ne durera qu'un temps.
Deux : ils participent à un évènement considéré comme « hors du monde » et qui met en place des formes de communication nouvelles entre les êtres. Ils sont donc certains d'être différents et sont persuadés que c'est le point de départ pour un grand chambardement.
Trois : l'intervention des flics (souvent plus les gendarmes, c'est l'armée, ça fait plus guerre) et la brutalité dont ils usent pour arrêter les « petits dealers » et les organisateurs de l'évènement, ainsi que la destruction illégitime d'une partie de la sono confortent l'état d'esprit dans lequel se trouve tous ceux qui refusent de laisser vivre ce capitalisme carnassier.
Finalement, tout le monde rentre chez soi... On se retrouve dans le magasin de vinyles de techno lundi et on en reparle. Le phénomène était le même dans les années 50. C'est d'ailleurs là où tout s'est mis en place. A présent, une partie du monde capitalisme, de ces élites économiques et politiques entretient cette part de rébellion. De révolte. En fait, il n'existe aucune place pour aucune forme de véritable révolution. Les disques sont fabriqués à l'étranger parce que les ouvriers y sont plus dociles et moins chers. Les directeurs artistiques ont le zizi tout dur au seul contact d'un artiste révolté, une sorte de Van Gogh, mais avec de l'argent et une forte propension à ne pas craindre la mort. Ce directeur a tout prévu. Un avocat. Des assistants. En fait l'artiste révolté, dès qu'il a signé avec le label est exactement comme un tigre de cirque. Tu sens que la bête est hyper-dangereuse, qu'elle peut, à tout moment, péter un câble et arracher la gueule du dompteur. Dans le public, des femmes mouillent leur culotte de trouille et d'excitation. Des hommes se surprennent à mater le cul du dompteur, à vouloir secrètement recevoir un petit coup de cravache qui claque sur le cul. Putain ! Le tigre est beau, énorme, majestueux. Dans la nature, il vivrait paisiblement, et deviendrait une « furieuse » sanguinaire contre, sur, autour du corps frêle d'un enfant humain ou d'une biquette âgée... On l'imagine. On le pressent. Voilà. Jacques est un dompteur. Il nous balance des gros morceaux de barbaque nerveuse et rouge à souhait. On se jette là-dessus. On bousille un truc ou deux dans la cage... Et lui fait ses bénefs.
La révolte, pire la révolution, sont absorbés intégralement, et aucune bête ne pourra plus revenir là-dessus. Dans 5 ans, nous serons en l'an 2000. Et le capitalisme aura triomphé. Plus personne ne saura discerner le mal qu'il fait à tous. On nous dira que le Nazisme, c'était bien pire, que le fanatisme religieux est tellement dangereux, que pour lutter contre la barbarie, contre le terrorisme, contre la misère, contre les guerres, contre la maladie, il faut des moyens, beaucoup de moyens, que ça coûte très cher, et que sans argent, sans notre système qui « n'est pas si parfait je l'admet », et bien des malheurs plus grands encore s'abattraient sur l'Humanité toute entière... J'ai le droit de dire ce que je dis. Mais à chaque fois que tu contrediras la doctrine de récupération massive de tous les principes révolutionnaires, on injectera des milliards dans l'appareil de propagande moderne qu'est « l'information », qu'est la « communication », qu'est le « marketing »...
Jacques aime lorsque je parle comme ça, que je lui lise des passages de mes carnets, mes pensées. Jacques a la queue si dure lorsque je lui parle comme ça. «C'est exactement ça putain ! Duno ! Il va falloir en faire un bouquin ! Il est temps que ce monde de merde bouge ! Et moi le premier ! » En France, un jour, et je vois arriver cette catastrophe avec un bâtard tel que Chirac, un homme incarnera tout à la fois : le racisme et l'anti-racisme de chacun. La rébellion et l'ordre. Les postures populos dans les salons riches... Je ne sais pas qui sera cet homme ou cette femme, mais j'espère que je n'y serai plus.
Jacques essaie toujours de revenir au contrat. Le discuter à nouveau. Mais j'évite le sujet. Je suis ivre. Je laisse Alain faire. « Parle de ça avec Alain. Je préfère que tu ais ta queue raide à l'écoute de ma révolte connard. » On ne l'insulte jamais Jacques. « J'ai rien entendu Duno ! Après tout ce que je t'ai donné, tu n'as pas à me traiter de connard. Sors de mon bureau Duno ! Tu n'y entreras plus tant que tu ne te seras pas excusé. Et puis Duno, ça va changer la donne pour tes contrats futurs ! Je déteste les insultes Duno. »
Voilà la limite à ne pas franchir. Elle est frêle la limite. On la franchit très vite. Le mot « connard » de trop... Et la menace : je ne te balancerai plus des palettes complètes de barbaque si tu fais pas un mimi à ton dompteur... » Il y a une chose que le capitalisme ne contrôle pas encore. La Révolution est une idée vaine, sûr que toute forme de collectif est voué à l'échec et à la séparation. Il existe un seul moyen efficace pour contester et changer le monde haïssable dans lequel nous vivons comme des bêtes luxueuses (en Occident surtout) : nous suicider. Mourir. Choisir de disparaître. Basta ! Je sais que le label s'en servira, construira un mythe afin de relancer les ventes du groupe. Je sais que des gens de ma famille s'en serviront pour attirer un peu de ma gloire et de mon pognon sur eux. Le capitalisme est global. Il est total. Il est vain de lutter contre ton maître... Dieu est le Capitalisme. Dieu est mon Seigneur... Rejoindre le pire ennemi du capitalisme et de toute logique humaine (l'Homme déteste le vide) par le suicide: le Néant. »
Duno a ajouté ça au stylo vert : « Putain c'est jamais marrant. Pas marrant, jamais marrant c'que j'écris. »
Est-ce que je parviendrai à me faire assez de pognon et un peu de gloire en éditant une partie de ses carnets si puissants? Le cynisme des morts...
Duno & Andy Verol
Publié par hirsute à 15:57:46 dans Andy Verol | Commentaires (4) | Permaliens
26-08-2007 23:20
De lol Sujet:
j'suis con
26-08-2007 22:13
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hellO Url: [Liens]
26-08-2007 16:25
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26-08-2007 16:25
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