Sortie du premier roman d'Andy Verol,le 02 avril 2008: Les Derniers Cowboys français. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/
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Sans doute le meilleur roman de Franca Maï, L'Amour Carnassier. Infos ici: http://www.francamai.net/
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©Andy Vérol - Mon humanoïd de quartier - Janvier 2008
Albert a dit de se taire. Il a retiré sa carcasse. Il dégoulinait de sueur dessous. On l'a tous regardé avec étonnement. Il avait de la graisse partout Albert. Au block 4, les mecs qui ont de la graisse, sont généralement les potes des nouveaux-rouges. Ils ont des paluches bien propres et des dents blanches.
Bizarrement, ça ne le dérangeait pas de se montrer si plein de son jus d'aisance et de traîtrise. Il avait forcément donné des infos aux nouveaux-rouges. Pas de doute.
On était tous mal en point sinon. Enfermer dans les cellules aux murs de bois usé, on transpirait, on sentait les os affleurer sous la peau d'cochon qu'on traine depuis des mois.
C'est Louis qui s'y est collé: "Pourquoi t'es gros l'Albert?"
J'ai pris une gorgé de vinasse pour me réchauffer la couenne.
"Ben je suis pas si gros.
- Si t'es gros l'Robert. T'es tellement gros qu'on dirait la baleine. La bête qu'a disparue y a des années-là... T'es une baleine ou un traître l'Robert? Ou faut qu'on t'appelle l'nouveau-rouge?"
La tête de Rob a fait des allers-retours autour pour prendre à témoin tous les silencieux que nous étions.
"Eh les mecs! C'est moi Robert! çui qui vous file des paquets d'clopos et des bouts de tissus pour la bricole. Oh les mecs!" Tout le monde le regardait avec l'air méchant, austère, de ceux qui ont faim et se boufferaient bien un salaud de traître.
A cette heure-là, vers 15 heures (ancien système), 2.3 (nouveau système), le bois des murs transpirait et les mouches à merde foisonnaient autour de nos carcasses vivantes-de-vie-encore... Je savais que je devais prendre l'air de vouloir lui mettre sur la gueule au gros. Je le faisais parce que le groupe, lorsqu'on est des "creveux" (des moribonds), doit rester souder, pour gérer une crise majeure. J'ai relevé la capuche de mon sweet-shirt vert, j'ai noirci les yeux (je sens si fort les pupilles se dilater avec le stress et la colère), et me suis approché de la gélate, le vieux Robert, celui qui dépannait tout le monde, sans compter, celui qui nous défendait contre les chefs de patrouilles, celui qui avait réussi à faire dissoudre le Block D4, celui des Artisans-enseignants (d'emplois à vie, ils étaient passés à crevures éternelles), et je lui ai envoyé mon talon à fond dans le bas du dos, histoire qu'il se cambre et tombe sur les genoux... Ces derniers s'enfoncèrent dans la terre rouge. C'est exactement là que mon talon s'est planté sec dans sa nuque charnue, pour y briser une vertèbre ou deux. Crac!
Block 8. Ceux qu'on appelle les Socialistes. Ils étaient des gens qui pensaient que la paix était une valeur à défendre. Cette idée, je me rappelle, s'était répandue à la suite de la seconde guerre mondiale... Le monde n'était fait que de conflits, de violences, de famines, de destructions, et ces gens prônaient la paix... Comme tourner le dos à la vie.
Je suis nettoyeur dans le block 8, c'est à dire que je reçois la semence des plus vieux pour pouvoir la transmettre aux autorités scientifiques... C'est rémunéré, et sur volontariat, mais un client socialiste m'a dit, un jour que j'agitais son chibre avec précision: "Ce que tu fais là est une atteinte à ma dignité!
- Et pourquoi ça vieille couenne?
- Parce que tu me forces à faire ça.
- Non mon vieux, tu es sur la liste. Je fais ce qu'il y a à faire.
- Je n'ai jamais signé d'autorisation."
Une fois la semence du vieux recueillie, je me suis demandé s'il m'avait dit la vérité. Vraisemblablement. Dans ce block, ils y a beaucoup de ces anciens professeurs et instituteurs. Ils ont des têtes spéciales. Difficile à dire ce qu'ils ont de différent. En tout cas, leurs regards ne sont pas les mêmes que ceux de nous autres. Ils sont très différents. Un peu effrayants pour quelqu'un comme moi. Si effrayants que parfois, je me suis permis d'en abattre certains qui me fixaient trop...
Andy Vérol
Publié par hirsute à 03:42:33 dans Andy Verol | Commentaires (1) | Permaliens
08-01-2008 09:48
De Philippe Leteissier Sujet:
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