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Andy Vérol - Une dernière usine avant extinction

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

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Une biographie d'Andy Vérol: Manu Chao, le clandestino, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/ 


Une biographie d'Andy Vérol: Noir Désir, le vent les portera, juin 2009, Editions Pylône.Infos ici: http://pylone.wordpress.com/


Nouvelle d'Andy Vérol dans le livre collectif, Le Livre Noir de Ta Mère, Ed. de Ta Mère - 2009. Infos ici: http://detamere.blogspot.com/


Premier roman d'Andy Verol, Les Derniers Cowboys français. Collection Pylône - 2008. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/

Une biographie d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, 2008, aux éditions Scali. Périmé.


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Robert Smith, en 1981, s'est suicidé avant de fonder The Cure (Suite...) | 29 octobre 2008

Suite du texte d'ici

Mais ça donnait envie ce qu'il faisait...

Comme un cachotier, un espion de Moscou (et oui on était toujours du mauvais côté du mur de Berlin en 1981. A l'Est ou à Ouest, c'était toujours cette irritation puissante au cul qui prenait les citoyens pauvres quand ils pensaient aux dirigeants de ce monde-là), j'expliquai à Hutchinson qu'il fallait absolument parler avec Julien... savoir le pourquoi de cette pensée qui faisait soudain de mon quotidien, une catastrophe.

« Mais c'est une pédé ce mec ! Si mon père me voit avec, c'est moi qui va tuer oh ! »

Je finis par le persuader et nous nous retrouvâmes perchés sur l'arbre à clopes, avec l'objet de mes désirs intellectuels sensuels tout ça tout ça...

Il y a des souvenirs qui se transforment en présent tellement ils sont prégnants (J'donne la définition tellement elle est bonne celle-là aussi :

« Qui porte en soi un germe de reproduction, en parlant d'une femelle. J'ai six brebis, dont trois prégnantes »).

Il faisait gris, le gris acier, pas celui qui brille, mais l'usé. Le gris décris dans dix mille livres par des centaines d'auteurs aguerris à la description... Un ciel qui bavait sur nous, nous cramponnait à une dépression partielle et profonde. Le feu du froid, le glacial aussi de nos sexes rétractés, dans nos slips à poche, par un peu trop de tristesse.

J'avais allumé une Peter Stuyvesant le premier. Les « blondes » étaient encore plutôt des clopes pour les femmes... et pour les enfants finalement. Hutchinson avait piqué une bouteille de pinard rougeasse cradasse qu'il avait rempli à moitié d'eau « comme ça, ça fait du rosé et on est moins bourrés ». On se servait dans des verres Duralex (un tas de jeunes bobos pseudo-hippies trouvent ça « coool » ces mochetés transparentes) et on buvait par petites gorgés alternativement, avec de petites taffes (la fumée n'entre pas de la même manière durant l'enfance... C'était un peu un étouffement, une façon de se réinsérer de force dans le ventre d'une mère de passage, juste croisée sur le trottoir... Oula).

Julien trouva ça absolument fabuleux. Sous l'acier terne du ciel, entre les branches humides et les quelques feuilles survivantes, nous avions l'impression d'avoir notre empire de quelques mètres carré. « Et si tu veux tu te mets debout sur la grosse branche là et tu peux pisser sans que les adultes y te voient ».

Il avait eu, un instant, dans ses yeux rougis, une lueur enfantine... Il n'était plus le vieux de 14 ans, mais un gosse microscopique fasciné par notre trouvaille. L'arbre aux clopes, dressé dans une clairière au milieu d'un bois d'épineux urticant proliférant.

« Vous faites que fumer des clopes et boire du vin ici ?
-         
Non des fois on regarde des magazines de cul aussi, genre Lui ou La Redoute... »

Grosse fascination. Nous aussi. On ne pouvait s'empêcher de le regarder fixement. Mater son maquillage, son duvet de moustache, son menton tranchant, ses cheveux braqués broussaille en l'air à l'aide de savon de Marseille, ses fringues étranges, son look (oui je répète que ce mot était nouveau, tout comme le mot cool ou « c'est mode »)...

Hutchinson n'y alla pas par quatre chemins, tout épuisé qu'il était par l'absorption de tabac et d'alcool :

« T'es une pédé comme gars toi ?
-         
Putain arrête ! Vas te faire enculer !
-         
C'est moi que tu vas enculer la pédé ? »

Je ne savais pas vraiment ce que voulait dire ce mot. « Enculer » était, pour moi, le verbe qui définissait l'acte d'enquiller un bâton énorme en bois dans le trou du cul... Et je n'en voyais pas tellement l'intérêt, sauf de faire très mal à un endroit qui ne le méritait pas...

Je tendis le Duralex rempli à Julien :

« Bois. On s'engueule pas. Y font quoi tes parents ?
-         
Ben avant ils conduisaient des péniches. Mais maintenant ils font plus rien. Ils ont de l'argent dans une banque. Et ils font que se promener.
-         
Pourquoi vous êtes ici si vous êtes riches ?
-         
On n'est pas riche. On a juste assez pour vivre comme tous les jours, mais pas plus. »

Hutchinson râlait « Spèce la pédé, spèce la pédé »... Quelque chose de ce genre là.

« Mais toi Julien, t'es un pédé contre le monde alors ? ça veut dire que tu veux enculer la société c'est ça ?
-         
Ouais c'est ça. Je l'emmerde. Je l'encule. Je l'enfile !
-         
Tu lui mets des coups de batte de baseball ouais ! C'est bien ça ! C'est fort ! T'es fou.
-         
Ouais !
-         
C'est comme une personne la société. Tu lui mets des baffes.
-         
Ouais je lui crache à la gueule.
-         
Yeh ! Tu lui vomis sur la bite !
-         
Ouais ! Je lui fous des coups d'ongles dans l'ventre !
-         
Yesss ! Tu lui arraches les ch'veux et tu l'enfonces dans l'trou d'sa bite !
-         
Ouais !!!!! J'lui mets des coups d'boule et j'lui roule des patins !
-         
Ouahhh ! »

On était en transe. L'air était froid, limite fin du monde. Le jour s'effondrait dans la grisaille et nous partions quelque part où personne ne pourrait nous rattraper. Hutch soufflait comme un taureau prêt à ruer sur l'mec moulé en doré dans l'arène. Julien allumait clope sur clope. Je buvais le pinard à la bouteille...

Nuit. Extinction immédiate du souvenir...

On ne se vanta évidemment pas de cette rencontre auprès de nos potes d'école. J'avais ça en tête comme une obsession, telle une nouvelle paire de shoes qu'on porte à ses pieds et qu'on ne cesse de zyeuter dans les miroirs croisés dans les galeries (merde ça sort d'où cette phrase de merde ?).

Julien était au collège en bas de Nouzonville. Je le voyais passer à pieds, en bas, sur la route principale... Il était seul, la tête baissée comme tiré par un ennui sidérant (merde encore une phrase ignoble !).

Ce fut une période bénie pour moi. Casimir le soir et Julien le matin. Des êtres étranges qui peuplaient mon univers intérieur. J'avais mis de côté mon obsession des érections molles (ça consistait à se demander pourquoi mon sexe n'était ferme d'une fois sur deux, et surtout quand je pourrais le mettre dans un autre être humain pour savoir ce que ça ferait)... J'aimais, alors, les extraterrestres, l'astronomie (surtout tout ce qui touchait à la Lune), les bodybuilders et les punks... C'était tout ce qui pouvait véritablement m'intéresser.

Une nuit du début de l'hiver, alors que Mitterrand faisait encore illusion dans la tête des citoyens populos, on eut droit aux sirènes de pompiers et de flics. Tata enfila son peignoir et sorti sur le perron.

« Alors el'Richard, tu sais dont c'qui s'passe ?
-         
Ben j'sais pas trop, mais ça vient d'chez les gros drogués ! »

L'attente en pleine nuit et les plus curieux d'aller questionner le garde-champêtre. Ce dernier, bien qu'intègre, était évidemment un ivrogne notoire qui, parfois, allait à toute berzingue sur sa mob, urinant comme le cochon sur la selle de sa monture hue ! Il ne retint pas sa langue chargée de vinasse et déballa illico la vérité des faits à Voitek, le routier violent du numéro 16...

Julien, le Robert Smith, avait tenté de poignarder ses parents dans leur lit. Il y était partiellement parvenu, tranchant le bras droit de son père et le sein gauche de sa mère. Mais rien de mortel. En revanche, sans doute paniqué par ce qu'il venait de tenter, il retourna la lame sur sa carotide et la trancha de bon cœur... Pisser le sang. Le corps qui s'écroule... Les cheveux hirsutes vautrés sur la moquette du salon...

J'en avais pris pour mon grade... Personne, bien sûr, n'alla à l'enterrement du Julien qu'on appela « la salope de tarlouze tarée »... J'organisai dans la chaleur torride du dessous de mon drap et ma couverture (y avait pas encore de couette non), une cérémonie en son honneur, avec mes playmobils cosmonautes et deux stylos Bic en forme de croix (pas à l'envers, à 8 – 9 balais, je ne pouvais pas soupçonner à quel point il est bon délicieux d'être anticlérical, anti-dieu, anti-cureton et tout l'tralala religieux gerbant, ...).

Robert de Niro n'est plus un héros... (Toujours en cours d'écriture)

Andy Vérol

Publié par hirsute à 19:52:45 dans Andy Verol | Commentaires (0) |

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