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Andy Verol & Hirsute

Le moindre de vos dons m'aidera à arrêter - Les écrits d'une petite frappe de la littérature

Présentation

Sortie du premier roman d'Andy Verol,le 02 avril 2008: Les Derniers Cowboys français. Infos ici: http://pylone.wordpress.com/



Sortie du second livre d'Andy Vérol: Un noir désir, Bertrand Cantat, le 25 juin 2008, aux éditions Scali. Infos ici: http://www.scali.net/





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A lire absolument

Sans doute le meilleur roman de Franca Maï, L'Amour Carnassier. Infos ici: http://www.francamai.net/

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LE PIRE | 20 mai 2008

 

" Dans la vie, y'a le pire et le meilleur... Moi je suis le pire ! "

Je le regarde sans juger. Après tout s'il l'affirme, pourquoi j'irai le contredire ?

Il a pas vingt ans. Il chante dans un groupe punk qui se fait couper le jus après trois morceaux. Je me souviens juste d'une chanson qui disait " Je rampe à poil dans mon plumard, les cafards courent au plafond " Il prononce ces mots le regard fixe, la main crispée sur le micro, sa voix trop grave pour son corps me fait penser à ces petites filles qui parlent avec la bouche du diable, dans les films d'épouvante du siècle dernier. Derrière le bar, le patron moustachu essuie le même verre depuis une bonne minute. La jambe droite du chanteur semble mue par un réflexe post mortem. Il l'observe d'un œil dégoûté.

Personne pour rigoler... et même les plus rougeauds des raisins qui meurent au comptoir n'en voudraient pour fils, de ce grand couillon qui bave sur le micro. La lumière crue tombe des néons, teinte ses grimaces d'un mauvais reflet jaune. Il arrête de chanter en plein milieu d'un couplet. Se tourne vers le batteur qui ne le regarde pas. Attrape une bière. L'avale d'un trait avant d'en cracher la moitié sur ses pompes. Il se débat pour envoyer valser sa veste en cuir sur le sol, sans bouger les bras... juste des contorsions pathétiques qui finissent par la faire glisser. Il la piétine... Classe la veste ; elle en a vu d'autres... Le larsen achève le morceau. Personne n'applaudit. Je balaie du regard les quelques personnes debout derrière moi... Des yeux remplis de questions muettes. Tout le monde cache son nez dans un verre, en espérant une suite. Des voyeurs, je me dis. Un public de voyeurs désarçonnés par la seule présence de ce type qui pue le malaise, qui transpire le suicide, qui ne les voit pas... C'est la basse qui redémarre la première. Une sorte de bourdonnement pas bon pour l'estomac. Rythme binaire à la batterie et grésillement suraigu de la guitare. En boucle. Le pire disparaît un instant derrière les autres. " Vous ne m'aimez pas, vous ne m'aimez pas, vous ne m'aimez pas... ".

Il chuchote et puis on l'entend tousser et cracher. Il revient une bouteille de vin à la main. Il en vide un tiers dans sa gueule ouverte et son t-shirt blanc trinque avec lui. Le patron parle à sa femme dans l'oreille. Elle fait non de la tête, sans sourire. Un vieux gueule " casse-toi merdeux " et l'autre lui met un joli doigt, lui tourne le dos pour lui montrer son cul. Le vieux bondit de son tabouret, au ralenti. Une nana lui prend son verre des mains et il la bouscule. La nana tombe à cause du sol embièré. Le vieux, emporté dans son élan, se vautre à son tour. Au passage il encaisse un léger coup de pied dans le dos, discret, au niveau des reins. L'autre se remet à chanter... un truc sur la röte armee fraction, mais le vieux se relève et bondit vers le groupe. Je le repousse d'un revers de bras, sans réussir à le faire tomber. Il reste là debout, comme un taureau mort saoul... Le chanteur gueule pour le vieux tout seul, ses yeux le bombardent d'un mépris qui donnerait des frissons à Superman... et puis il ouvre sa main sur une lame à rasoir et commence à se lacérer le torse. D'abord on comprend pas ce qui se passe, on croit à un numéro de cirque... et puis le rouge marron du vin sur le t-shirt vire au vif, et l'autre qui taillade encore, en rythme... dès qu'il a mis au point, le patron se rue vers le disjoncteur et plonge le rade dans le noir.

Silence.

Briquets.

Il ne chante plus. Hurle sans micro, sans ampli. Juste la batterie qui continue. Un beau bordel dans le noir. Le vieux raisin essuie les coups portés par les lâches de service, ça siffle, ça gueule, les tables commencent à se renverser... bris de verre, incendie des affiches sur la vitrine... des éclairs jaunes orangés. Des types rappliquent de la rue. Passent derrière le comptoir pour choper la caisse. Le patron gueule qu'il appelle les flics. Des baffes dans le noir. L'autre saute sur le comptoir pour exhiber ses plaies. Le bassiste finit par le maîtriser. Du sang sur le front et dans les cheveux. Le Pire crache encore un peu en se débattant. Il envoie des coups de latte en aveugle. " Une balle dans la nuque pour les vieux ! " qu'il gueule encore quand le batteur se rend compte qu'il est temps de filer... Le patron chope le Pire en aveugle. Il se débat. Fait valser tous les verres du comptoir. La vieille arrête pas de crier. C'est la fête.

Sur le trottoir, ça pue la pisse, la gerbe et la vinasse. Comme toujours en fin de soirée. Je me tire avec le Pire un peu plus loin. Il saigne méchant ce con ! Et je déteste l'odeur du sang. Elle me fout des frissons dans le cœur. Je lui demande si ça va, il répond pas, juste il fait non de la tête. Avant de balancer un coup de latte dans une porte de garage. Blam ! Les deux autres du groupe rappliquent en rigolant. Attrapent le Pire sous les bras. Le fourrent à l'arrière d'une 504 noire. Je suis. Pour finir dans une tour, à jouer au poker, avec des cafards énormes qui courent au plafond.

Mr Zaft

Publié par hirsute à 22:21:27 dans Zaft | Commentaires (0) |

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